jeudi 23 novembre 2017

matrimoine et patrimoine

Aïe aïe aïe... La formulation "Journées du matrimoine et du patrimoine" est à l'étude.

Pas difficile de lire l'avenir : UN siège de député devra être remplacé par UNE place de député, le Collège de France va devoir se trouver un nom moins sexiste, le Sénat aussi, et tout à l'avenant. Tandis que l'Assemblée nationale, les mairies et les écoles maternelles pourront conserver leur nom, contrairement aux lycées et aux gymnases. Ce n'est même pas de l'humour. Alors, les livres de Marguerite Yourcenar et Albert Camus sembleront semblablement rédigés dans un vieux français imbitable et intolérable, par deux imbéciles qui se foutaient de savoir s'il travaillaient sur UNE table ou UN bureau et s'il bâtissaient UNE œuvre personnelle ou UN patrimoine littéraire plus vaste que leur genre.

Photo : Marguerite Cleenewerck de Crayencour, future Yourcenar, enfant.

Lettre ouverte aux tenants de la cacographie surnommée "écriture inclusive"

Insupportable vision paranoïaque et vindicative que celle irriguant le projet de cacographie dite "inclusive".

Je suis une femme, donc une personne et un individu. Ce terme d'individu m'est indolore et ne met en rien ma féminité en péril. Il ne m'apparaît pas comme sexiste mais comme neutre. Et de fait, les hommes ne m'apparaissent pas comme odieux par nature.

Je suis un homme, une personne discrète ou au contraire une célébrité locale admirée. Ce terme de "personne discrète" ne met aucunement ma virilité en péril, non plus que l'étiquette de "célébrité locale admirée". Ces féminins de portée générale ne m'apparaissent pas comme hideusement féministes mais comme neutres : une victime du devoir, une sommité médicale, une erreur de casting, etc. Neutres, ces termes de forme féminine le sont, tout comme le sont des neutres de forme masculine mais de portée générale : un cas social, un élément moteur, un exemple pour la jeunesse, etc.

Le délire haineux de la vengeance d'un sexe contre un autre ne nous ressemble pas, ni moi la femme, ni moi l'homme. Femme, je m'inscris contre la guerre des sexes ; à l'instar de tout homme digne de ce nom. Homme, j'ai cette violence symbolique en horreur ; à l'instar de toute femme digne de ce nom.

Mais avec les tenants de votre affligeante cacographie surnommée "écriture inclusive",  on passe à autre chose que la rage de faire rendre gorge au sexe opposé : on s'installe dans une position de sabotage culturel dont l'obscurantisme est très alarmant.

Les dynamiteurs de trésors culturels en Syrie ou en Afghanistan s'attaquèrent à des ruines de pierre, et le monde les réprouva. Vous, les tenants du sabotage graphique radical de l'écriture gréco-latine vivace depuis trois millénaires, vous criblez de balles une langue vivante et vous le faites "la fleur au fusil". Car comme les ravageurs de ruines antiques, vous orchestrez cet autre ravage au nom de la fin d'une oppression : celle de la lettre de l'alphabet.

Ne voyez-vous pas que cette oppression n'existe pas ? Non, vous ne le voyez pas. C'est le propre d'un délire que d'apparaître au délirant comme la réalité.

Ne vous étonnez pas, toutefois, que notre organisation soucieuse de vitalité de la langue désigne votre entreprise de désagrégation de notre langue comme mortifère, et agisse pour préserver la collectivité francophone de ce qui s'affirme comme un projet de sape malveillant, vengeur, fulminant, régressif, et non comme un vent de fraîcheur, de bonté ni de progrés.

Miss L.F.


mercredi 22 novembre 2017

snobisme et sexisme des alumni

Inquiétante, cette prise de distance croissante des grandes écoles et universités de France vis-à-vis de leur propre langue : non, il n'y a ni pertinence ni légitimité à rebaptiser "alumni" les associations d'anciens élèves d'écoles francophones ni leurs anciens élèves eux-mêmes.

Le pluriel du mot latin alumnus (signifiant élève, au masculin) n'est évidemment pas arrivé chez nous par le latin, mais par imitation servile d'un emprunt déjà très ancien des étudiants nord-américains au latin. Notre ré-emprunt est nettement digne des moutons de Panurge, comme en atteste sa propagation aussi soudaine et fulgurante que tardive : les moutons ont le réflexe vif mais l'esprit lent.

Nous ferions mieux d'imiter les universités des USA pour leurs extraordinaires fanfares de plusieurs centaines de musiciens. Ces formations artistiques et ludiques persistent à briller par leur absence dans nos universités, où l'apprentissage d'un instrument de musique ne fait plus le poids dans la journée d'un étudiant - non plus que dans l'esprit d'un président d'université, manifestement - face aux joies du pianotage à deux pouces sur un téléphone portable...

Pour en revenir aux alumni, il est étonnant que les institutions de l'enseignement supérieur ne se soient pas émues de l'adoption de ce masculin pluriel nettement genré, puisque le latin comprend aussi le féminin pluriel alumnae et le neutre pluriel alumna. C'est donc bien le masculin mâle qui a été adopté, et non le neutre pluriel plus approprié pour des ensembles mixtes.

A défaut de s'émouvoir de cette nouvelle étape d'américanisation de notre culture estudiantine par l'invasion des alumni directement importés d'outre-Atlantique sans passer par Rome, les étudiantes elles-mêmes eussent pu s'émouvoir de la prédominance masculine qui s'y attache, peu compatible avec les efforts sincères de la société pour éradiquer les marques d'infériorisation d'un sexe par un autre. Encore eut-il fallu qu'elles sussent distinguer le masculin pluriel d'une langue morte, et qu'elles ne fussent pas éblouies par le miroir aux alouettes de l'exotisme américanisant qui étincelle dans ce suivisme cuistre.

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mardi 21 novembre 2017

le masculin ne l'emporte pas (en paradis)

Nous avons publié cette analyse voici déjà dix ans. Elle est lumineuse. Mais rien n'y fait : l'obscurantisme prend de la vigueur.

Nous remettons donc cet article sur le dessus de la pile, compte tenu de l'obstination générale à ressasser que "le masculin l'emporte" - ce qui est faux - et à s'en plaindre, ce qui n'est pas plus judicieux. Il faut au contraire admettre ceci : la forme francophone du MIXTE PLURIEL se montre alternativement masculine (par exemple : les individus dépravés, les gens connus) ou féminine (par exemple : les personnes présentes, les victimes indemnisées).

Il en résulte que la guéguerre des sexes ne devrait pas avoir pas sa place dans cette question grammaticale. Mais il apparaît aussi que la formule "le masculin l'emporte" doit enfin être abandonné, non parce qu'elle est blessante - elle ne l'est pas - mais parce qu'elle est fausse.

Sur leur site Internet, voici plusieurs années déjà, les correcteurs du quotidien français Le Monde lançaient un concours d'idées concernant l'invention d'un nouveau pronom personnel pour les pluriels mixtes, afin d'en finir avec la fameuse règle grammaticale maladroitement formulée, selon laquelle ce serait "le masculin qui l'emporte" quand un pluriel mêle des sujets féminins et masculins.

La solution est peut-être une convention de style, plutôt qu'une création lexicale.

Dans le cas de ces pluriels mixtes, on pourrait décider d'employer "eux" à la place de "ils". Si ils évoque trop foncièrement il pour être supportable à certains féminismes sourcilleux, on ne peut pas faire le même reproche au pronom eux, qui ne sonne ni comme ils ni comme elles, et qui se montre donc nettement plus impartial. "Je pars avec eux" s'est déjà imposé depuis des siècles pour exprimer le fait que l'on parte avec ses amis, femmes et hommes, garçons et filles, à tel point qu'il serait saugrenu de dire : "Je pars avec ils"! De même, décidant que le seul pronom pluriel mixte est désormais "eux", on pourrait prendre l'habitude de dire "eux n'en veulent pas", ce qui est objectivement plus neutre que "ils n'en veulent pas" ou "elles n'en veulent pas". À propos de l'exemple cité par les correcteurs du journal Le Monde, concernant cinq infirmières et un médecin accusés à tort "d'un crime qu'ils n'ont pu commettre", on pourrait parler "d'un crime qu'eux n'ont pu commettre".

Avant que cette recommandation toute simple de la Mission linguistique francophone* entre dans les mœurs avec l'aide du journal Le Monde, il faudrait surtout cesser d'énoncer si faussement dans les écoles la règle de grammaire en question, et ne plus affirmer que "le masculin l'emporte" - ce qui est objectivement inexact. La formulation juste serait : "tout pluriel mixte devient neutre",  que ce neutre soit d'apparence masculine ou féminine (1).

Ce sera l'occasion de clarifier la notion de genres en français, et d'y enseigner l'existence de quatre genres et non deux :

- le genre féminin
- le genre masculin
- le genre neutre
- le genre mixte

Le genre neutre est tantôt homonyme du genre féminin ("une personne", "une passion", "une victoire"), tantôt homonyme du genre masculin ("un canon", "un destin", "un espoir"). Le genre mixte, toujours pluriel par essence [sinon, où serait la mixité ?], est plus souvent homonyme du genre masculin pluriel ("les jeunes mariés"), mais il aussi parfois du genre féminin pluriel ("les personnalités invitées"). Ce qui, par réciprocité, indique que le genre masculin est plus neutre que le genre féminin. Ainsi, le féminin n'est-il nullement dévalorisé ; il est au contraire reconnu comme plus affirmé que le genre masculin. Qui cela peut-il offenser, hormis les enragés d'un sexe contre l'autre ?

(1) "Toutes les personnes présentes sont venues de leur plein gré" est un bon contre-exemple de pluriel dans lequel "le féminin l'emporte" et non le masculin, tout comme les célébrités et leurs victimes sont convoquées au tribunal : quel que soit le sexe ou le genre des célébrités comme des victimes, le féminin l'emporte. Ou plus exactement, le neutre de forme féminine.

*La présente recommandation de notre organisme a été publiée voici dix ans déjà, sous la forme de cet article

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samedi 11 novembre 2017

vol, viol, dol, bol et grivèlerie

Le dol, c'est le refus prémédité d'honorer une clause d'un contrat. La similitude d'aspect du dol avec le vol et le viol est flagrante. Une autre forme d'extrosion se distingue du lot, quant à la forme du mot qui la désigne : le fait de filer sans payer son repas au restaurant s'appelle grivèlerie.

Ce terme de grivèlerie est sans parenté notable avec vol, dol, viol. Toutefois certains estimeront que ne pas payer son repas au restaurant, ce n'est pas de la grivèlerie... c'est du bol !


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jeudi 9 novembre 2017

dirty old man (vieux cochon)

La fin de l'année 2017 aura vu dans le monde occidental, et spécialement en France, une incitation au déferlement d'actes de délation dont l'ampleur n'aurait techniquement pas pu être atteinte en aussi peu d'heures durant les hostilités de la Seconde Guerre mondiale, à l'époque où apparut l'incitation à dénoncer les juifs par lettre anonymes dûment timbrées plutôt que par internet ; incitation dont on sait qu'elle a encouragé tant de délateurs exaltés à se faire complices de crimes de guerre sans plus d'états d'âme que ça.

Mais heureusement, il ne s'agit pas aujourd'hui de s'en prendre à une ethnie ni à une classe sociale, juste à la moitié de l'humanité : le sexe masculin. Ce genre non féminin, brutal et répugnant d'altérité, dont les individus sont foncièrement méchants et dont la capacité à nuire aux femmes est un sujet d'effroi collectif qui justifie la dénonciation en masse, avec ou sans preuves. Ces humains de sexe masculin, à peu près tous déjà fautifs ou promis à le devenir, en tant qu'ils sont suspects d'être ceci : des porcs (sic) et des prédateurs.

L'un de ces abjects membres de la gent masculine s'est entendu accuser d'avoir fait l'intéressant sur un plateau de tournage, voici plus de trente ans, par des plaisanteries salaces, sans toutefois être retombé depuis dans cette ornière, semble-t-il, ni avoir le moindre viol, la moindre agression et moins encore le moindre acte de torture ou d'assassinat à son passif.

Cet acteur de cinéma anglophone de grand renom, aujourd'hui octogénaire, a sans doute mérité de se faire traiter dans les années 1980, par une stagiaire de dix-sept ans et demi au verbe haut, de "vieil homme sale", nous dit la presse, traduisant ainsi en français les propos de la jeune victime auto-proclamée des grivoiseries verbales d'un jour. Aujourd'hui quinquagénaire pimpante [portrait ci-dessus], elle serait toujours profondément perturbée par le souvenir de cette relation platonique et de la cour cependant trop leste que lui aurait faite "ce vieil homme sale", sur leur lieu de travail et en présence de nombreux témoins (donc hors de toute intimité menaçante, c'est déjà ça).

Nous est-il permis, de prendre part à cette cacophonie de délations turpides en traînant dans la fange l'imbécile rédacteur de cette dépêche de presse française qui ne connaît même pas l'expression toute faite "dirty old man" et se mêle pourtant d'informations anglophones, en nous traduisant ça mot-à-mot par "vieil homme sale", alors que dirty old man signifie vieux cochon ?

Par les temps de fiel de cette fin de 2017, où il convient de dire comme un seul homme que "la parole se libère" dans la désignation des porcs à tous les vents médiatiques et sans délai de prescription (on a les idéaux de liberté de parole qu'on peut), ce genre de violence symbolique et d'injure publique nous est certainement autorisé, nous linguistes femmes à l'encontre d'un journaliste homme. Mais nous préférons nous en tenir à une indolore admonestation : ami journaliste zélé, si tu ne comprends pas l'anglais, fais-toi aider pour le traduire en français.

Il existe quelques bon dictionnaires de faux amis à ta disposition.  Ou cette chose qui ne fait de mal à personne, ni femmes ni hommes : la jugeote.  Miss L.F.

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lundi 6 novembre 2017

"être vent debout" : sens et contresens

"Vent debout" est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte.

C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une douzaine d'années après l'an 2000.

Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont "vent debout contre" telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux...

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

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mercredi 1 novembre 2017

ce qui se passe ou ce qu'il se passe ?

Que se passe-t-il ? La musique de cette question anodine, correctement formulée, semble être à l'origine d'une tendance grandissante à déformer la tournure de la réponse, et dire "je ne sais pas ce qu'il se passe" (sic) au lieu de "je ne sais pas ce qui se passe.

Personne, pourtant, ne songe à remplacer "je ne sais pas ce qui me plaît en toi" par "je ne sais pas ce qu'il me plaît en toi".

Le maniement des verbes impersonnels fait appel à une perception instinctive, et cependant subtile, du lien entre la syntaxe et le sens, qui piège même les meilleurs auteurs, il est vrai. Le public, quotidiennement soumis aux approximations linguistiques des orateurs professionnels, peine légitimement à s'y retrouver. Dans le doute, la simplicité est toujours salutaire. Et l'on sera bien inspiré de préférer savoir ce qui se passe, plutôt que ce qu'il se passe, question à laisser aux mauvais interviewers.

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lundi 23 octobre 2017

support papier : le monstre administratif indécrottabe



Sachant que le papier est par nature un support, il est inepte de le préciser dans la formule "sur support papier", comme il serait inepte de voyager "en véhicule voiture" ou de réclamer "un récipient verre d'eau" pour se désaltérer.

Cette précision superflue se double ici d'un viol de la grammaire : qualifier un terme à l'aide du mot papier, notre langue ne le permet pas car le mot papier n'est pas un adjectif.

Les choses ne sont pas "papier", elles sont en papier ou sur papier ou de papier

Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic), le support papier (sic) ni les objets "papier" d'une manière générale. 
Les formules employant le mot papier comme qualificatif sans l'équiper de la construction grammaticale appropriée - de papier, en papier, sur papier - sont donc des barbarismes à proscrire. 

Exactement pour la même raison que sont à proscrire les maisons bois (sic) et les ossatures bois (sic) au lieu des constructions et ossatures en bois. Correctes en anglais, ces agglutinations sans joint syntaxique sont abusives en français.

Merci aux agents et chefs de service des administrations françaises d'en prendre définitivement note, sur quelque support que ce soit. Grrrr... 

samedi 21 octobre 2017

fainéant

Il y a des fainéants de la logique qui disent et écrivent "feignant" au lieu de "fainéant".

Le fainéant, c'est celui qui fait néant, qui ne fait rien ou ne veut rien faire. Pas difficile à comprendre, si ?

La prononciation rapide des syllabes "fainéant" peut dériver vers "fainiant". C'est ce qui a introduit la méprise entre ce mot et le participe présent feignant du verbe feindre, dont la sonorité est proche de la prononciation imprécise de fainéant.

Il semble que certains aient imaginé à partir de là que le feignant était celui qui feignait de travailler. Or la personne qui feint est une feinteuse ou un feinteur et non un "feignant".

Le "feignant", en tant que paresseux, n'existe pas. Sauf sous la plume de rédacteurs professionnels qui ne réfléchissent pas à ce qu'ils écrivent. Ce qui ne fait pas pour autant d'eux des fainéants, mais peut-être des feinteurs, habiles à se faire passer pour compétents en matière de langue française sans vraiment l'être.

Enfin, rappelons que le fainéant cède à la fainéantise, et non à la feignantise.

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mercredi 18 octobre 2017

potentialités et fonctionnalités

Selon l'adage sarcastique "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué", des millions de francophones, désireux de passer pour hyper-compétents à coup d'hypertrophie incorrecte de mots corrects, se sont mis à nous parler des "potentialités" plutôt que du potentiel des choses, et de leurs "fonctionnalités" plutôt que de leurs fonctions (notamment dans le jargon informatique). Ils ont bien tort.

Car si notre langue cède à ce travers, par souci de lui conserver sa cohérence nous ne devrons plus calculer par additions ni par soustractions mais par additionnalités et soustractivités ; et nous devrons nous interdire de commettre des crimes passionnels dans des tunnels : nous serons contraints de passer aux crimes de passionnalité dans des tunnalités. On voit combien cette mauvaise pente, d'un ridicule particulièrement raide, est casse-gueule. Le mieux est de cesser de s'y aventurer.

Fonctions et potentiels suffiront, partout où font actuellement fureur les "fonctionnalités" et les "potentialités". Merci de faire passer le messages aux mordus de la boursouflure et de la vaine acrobatie sémantique.

lundi 16 octobre 2017

après la numéro un mondiale, voici la numéro une

Les commentateurs sportifs francophones sont connus pour leurs multiples entorses à la langue française. Parfois, ils vont jusqu'à en déchirer les ligaments, comme dans l'expression "la numéro un mondiale" (sic).

Créée en France pour la joueuse de tennis Amélie Moresmo, cette expression fautive est maintenant appliquée sans relâche à toute championne du monde. Elle se décline à des échelons inférieurs ["la numéro un française", "la numéro un de notre club"] et dans d'autres secteurs que le sport [telle entreprise est "la numéro un mondiale"].

Cette coutume nouvelle viole une règle élémentaire de notre langue : un mot féminin doit avoir un article féminin [la femme et non le femme], un mot masculin exige un article masculin. Sans exception aucune. Robert est une personne charmante, Robert n'est pas un personne charmant. Donc Amélie n'est pas une numéro un.

Numéro
étant un mot masculin, et non un adjectif variable, nulle ne saurait être "une numéro". Pas même "une numéro mondial". Moins encore "une numéro mondiale"... puisqu'une seconde règle est ici violée : l'obligation d'accorder le substantif [un numéro] et son qualificatif [mondiale] !

Les observateurs de la Mission linguistique francophone constatent que cette faute échappe à la vigilance des rédacteurs en chef des grands supports de presse, et pas seulement aux journalistes de L'Equipe. À tel point que Le Monde ait pu imprimer ceci, en gros caractères [26.01.2008, pp 34 et 35] : "Claire Leroy, barreuse cérébrale détrône la numéro un mondiale". Si la championne est cérébrale, la correctrice, elle, est distraite...

NDE : cet article publié en 2008 est remis sur le dessus de la pile à la faveur de l'arrivée en salles d'un film intitulé Numéro une, autre confusion grammaticale liée au numéro 1 : dans "numéro un", le mot un n'est pas l'adjectif numéral variable un/une ; c'est le nom invariable d'un chiffre, le 1. Il n'existe donc pas dans les transports en commun de "ligne une" mais uniquement des "lignes 1" (= lignes portant le numéro 1) ni dans les supermarchés de "caisse une"(même motif), et il n'existe pas de dame numéro une, car ce n'est pas la dame qui est une mais son numéro qui est 1. Le 1.

dimanche 15 octobre 2017

grosso modo, grosso merdo

Popularisée au début des années 1970 dans la bouche d'un humoriste radiophonique raillant une mauvais maîtrise du français doublée de la prétention de le parler admirablement, la formule "incessamment sous peu" accumulait deux adverbes ayant strictement le même sens. Forgée avec l'intention de faire sourire par son ridicule, cette bourde a fini par être prise au sérieux, et trouve depuis pas mal d'années sa place dans des propos qui se veulent absolument sérieux.

Il commence à en aller de même pour la déformation ordurière et humoristique grosso merdo, dérivée de grosso modo. Elle surgit répétitivement, et sans aucune mine amusée, dans des conversations de travail au cours desquelles personne ne se permet pourtant de dire "c'est un résultat de merdre" au lieu de "c'est un mauvais résultat".

Ce grosso merdo, vous qui l'avez à la bouche, crachez-le discrètement à la poubelle avant d'entrer en réunion ou en cours, tel un chewing-gum dont la mastication bruyante et béante ne peut qu'irriter la plupart de vos voisins.

Sinon, souvenez-vous de l'adage "les meilleures plaisanteries sont souvent les plus courtes". Pour montrer combien vous êtes drôle, dites une fois "grosso merdo", puis ne le dites plus jamais. En gros, c'est ce qui peut vous arriver de mieux. À vos interlocuteurs aussi.

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jeudi 12 octobre 2017

le web est mort mais internet est vivant

Le Web est mort en Francophonie, mais internet est vivant. Le Journal officiel de la République française a publié les seuls termes admis en français pour désigner the Internet ou the World Wide Web. Ce sont internettoile, toile mondiale ou toile d'araignée mondiale. Pour ce dernier, le sigle TAM est aussi accepté. Mais les trois lettres WEB ne le sont plus.

La Mission linguistique francophone a constaté que les administrateurs autodidactes de la version francophone de Wikipédia ne tenaient aucun compte de cette évolution et persistaient - au prix d'éventuelles rétorsions rageuses contre leurs contradicteurs mieux éclairés - à dénommer "site Web" les sites internet. Dommage de se cramponner ainsi à des traces de rouille d'une autre ère numérique lorsqu'on a le privilège insigne de régenter la langue pratiquée par les francophones avides du savoir encyclopédique qui scintille sur la toile mondiale tissée par la précieuse et redoutable araignée interactive. 

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mercredi 11 octobre 2017

cartonner, faire un carton, carton plein

La différence de niveau de langue entre "peu importe" et ''je m'en branle" semble échapper à une cohorte d'orateurs professionnels, et spécialement aux présentateurs et journalistes de télévision et de radio qui sont en train d'abandonner collectivement les mots succès, victoire et triomphe au bénéfice de leur synonyme argotique carton ("faire un carton").

Pour une écrasante victoire, ils vont parfois vont jusqu'au "carton plein", comme s'il s'agissait d'un carton de déménagement ou d'une grille du loto traditionnel pleine de pions gagnants, alors qu'initialement la dérive argotique du mot carton, au sens de succès foudroyant, vient de la cible en carton du stand de tir dont on réussit à atteindre le centre.

Le festival de Cannes 2015 honore-t-il 100% de films français par ses trois palmes les plus en vue ? Pour les présentatrices des deux grandes chaînes françaises d'information télévisée en continu, "le cinéma français cartonne". Et l'on demande au critique de cinéma invité au journal télévisé de la grande chaîne généraliste du service public comment il explique non pas ce triomphe ni ce succès ni cette triple victoire mais, fatalement, ce carton.

La langue du commentaire sportif argotique s'est maintenant emparée du discours analytique sur la culture. L'inculture fait un carton et le mot juste fait ses cartons. Merci qui ?

NB : Aussi appelé registre de langue, le niveau de langue mesure le degré de raffinement de la langue employée par le locuteur. Il ne doit pas être confondu avec le niveau en langue(s) qui mesure le degré d'aisance dans la pratique d'une langue : "j'ai un très bon niveau d'anglais mais je confonds les niveaux de langue du français !"  Telle est l'autocritique que peuvent s'adresser les journalistes de langue maternelle française qui croient correct d'employer "cartonner" ou "faire un carton" à la place de "triompher", "être un succès", "avoir du succès", "gagner", "réussir", "l'emporter", "s'imposer", "briller", "marquer des points", "battre des records", "enthousiasmer le public", "être très applaudi", etc.

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dimanche 8 octobre 2017

mûr et immature

Il manque à notre langue des mots tout simples. Tels certains antonymes [ces termes de sens opposés, comme joie et tristesse] qui restent à inventer. Ainsi, l'exact antonyme de profond n'existe pas en français. Notre langue s'en tire par des périphrases comme "peu profond" ou "pas profond". L'adjectif "superficiel" fonctionne aussi comme antonyme de profond, mais seulement dans certains sens propres (une plaie superficielle) et certains sens figurés (une analyse superficielle). Au sens général, il ne convient pas : un estuaire est profond ou peu profond, il n'est pas "superficiel".

Inversement, l'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature.

La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français: ils croient que le contraire d'immature, c'est "mature". Or, c'est exact en anglais (she is mature) ; mais pas en français non (elle est très mûre pour son âge, et non très "mature" pour son âge).

La Mission linguistique francophone a relevé dès les années 1990 que l'adjectif mûr était pourtant devenu minoritaire dans les médias écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Ce terme reste impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie mûr et, par extension, adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque l'antonyme du mot mûr est le mot immature, l'antonyme du mot immature est le mot mûr. Seuls peuvent en disconvenir les ennemis de la logique la plus imparable et les partisans de l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale...

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lundi 2 octobre 2017

...et autres inepties

Dans les pages du journal Le Monde, un article intitulé "Adidas et autres Coca-cola misent gros" semble affirmer par ces mots qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille.

Cet usage de la locution "et autres" suivie d'un terme qui ne désigne pas un groupe d'éléments analogues est à bannir. Non pour des raisons de style ou d'esthétique, mais parce qu'il convient, si l'on aspire à vivre le plus heureux possible, de s'abstenir de passer pour parfaitement stupide devant son auditoire. On entend pourtant, encore de nos jours, de trop nombreux orateurs professionnels (journalistes, politiciens, enseignants) procéder à des énumérations de ce genre : "les tigres, pumas et autres lions". Or, ni les tigres ni les pumas n'étant des lions, il ne peut exister "d'autres lions" à ajouter au tigres et aux pumas !

Sous peine d'aboutir à un énoncé incohérent, la formule "et autres" doit toujours être suivie - explicitement ou implicitement - d'une catégorie commune à tous les éléments de l'énumération. Dans l'exemple ci-avant, il faudrait dire : "tigres, pumas et autres félins" ou "tigres, pumas et autres fauves". À la rigueur, on peut aussi placer "et autres" en extrême fin d'énumération, sans préciser la catégorie : "tigres, pumas, lions et autres" - sous-entendu "autres félins, autres fauves", etc.

Mais dire : "il portait tout un arsenal - fusils, pistolets, grenades et autres sabres" est aussi absurde que de dire "j'ai emmené en vacances femme, enfants et autres chats". A moins d'être un papa gato [chat en espagnol], bien sûr.

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samedi 30 septembre 2017

à très vite ou à très bientôt ?

Evidemment, seuls "à bientôt" et "à très bientôt" sont corrects, tandis que "à très vite" est un monstre grammatical dont la présence dans la bouche et sous la plume de gens sensés étonne.

En effet, la préposition à introduit ici l'annonce d'un moment dans le temps. Or, "très vite" n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder "très vite" d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain, à ce soir, à plus tard ou à bientôt.

Raisonnons par l'absurde : si "à très vite" [= revoyons-nous très vite] était correct, alors "à volontiers" [= revoyons-nous avec plaisir] comme "à peut-être" [= revoyons-nous peut-être] et "à hors de question" [= plutôt crever que de nous revoir] le seraient aussi. Un jour viendra peut-être où la structure de la langue sera démolie à ce point. Elle ne l'est pas encore.

Sortons-nous donc de la tête les "à très vite", les "suite à", les "au final", les "éditions papier" et autres effondrements grammaticaux ravageurs.

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mercredi 27 septembre 2017

on ne renseigne pas un formulaire

On lit de plus en plus souvent cette injonction : "Renseignez le questionnaire".

Dans la langue dénaturée que pratiquent la plupart des administrations, cela signifie qu'il faut fournir les renseignements demandés. Qu'il faut remplir ou compléter le questionnaire.

Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc).

Nombreux sont ceux pour qui les mots n'ont plus qu'un sens vague, interchangeable. Mais le verbe renseigner désigne exclusivement l'action de fournir des renseignements à des êtres humains : un panneau routier et une dictionnaire peuvent nous renseigner, mais nous ne pouvons pas renseigner un dictionnaire ni un panneau routier. Cela n'a aucun sens.

On lit pourtant de telles recommandations : "dans la première case, renseignez votre nom" (sic). La Mission linguistique francophone rappelle à ces rédacteurs administratifs en déroute - à qui il manque sans doute plus d'une case - qu'on ne "renseigne" pas son nom dans une case ni même à l'oreille d'un interlocuteur de chair et d'os, on l'indique. C'est la personne à qui vous indiquez votre nom que vous renseignez... Ce n'est pas votre nom que vous renseignez : vous renseignez la personne qui vous demande ce renseignement !

Dans le même esprit, il existe depuis peu une tendance à porter dans les cases non remplies d'un formulaire la mention "Non renseigné" au lieu de "Néant" ou "NC" ("Non communiqué") ou "Sans objet" ou NSP ("Ne sait pas") ou "À remplir". Cette tendance est absurde, pour les raisons expliquées ci-avant. Vous voilà renseignés.

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dimanche 24 septembre 2017

près de / prête à

La Mission linguistique francophone rappelle que les adverbes sont tous invariables. Y compris les adverbes loin et près.

Une idée fausse s'est pourtant installée dans certains esprits, et notamment dans l'esprit de nombreux professionnels de la presse parlée, qui lisent devant des millions d'auditeurs et de téléspectateurs des textes d'information entachés de cette bévue : l'idée selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre. Autrement dit, d'être tantôt masculin, tantôt féminin. Personne - pas même un journaliste - ne se hasarde pourtant à accorder d'autres adverbes que celui-là. "Ils sont souvent là" ne donne pas au féminin "elles sont souventes là"...

La réalité est qu'en dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif prête comme le féminin de l'adverbe près ; et ne craignent donc pas de dire : "La crise n'est pas prête de finir" au lieu de : "la crise n'est pas près de finir."

Si leur intention est en réalité d'utiliser ici l'adjectif prêt au féminin, alors ils font une grossière erreur de syntaxe, en construisant prêt avec la préposition de au lieu de la préposition à. En français, on est près de la sortie mais on est prêt à sortir. Donc prête à finir, et non prête de finir. Car en français, on est "prêt à tout", et non "prêt de tout"!

On note avec soulagement que les journalistes de la presse parlée ne nous invitent pas encore à féminiser l'adverbe loin, antonyme de l'adverbe près. On ne les entend pas dire "Charlotte ira lointaine" au lieu de "Charlotte ira loin".

Ils ne disent pas non plus : "Aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis prête de toi", au lieu de "aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis près de toi". Perdus pour perdus, ils ont tort de s'en priver : ici au moins, on aurait sur la langue la saveur délicate d'une licence poétique...

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vendredi 15 septembre 2017

quand tout est "sécurisé", plus rien n'est sûr...

En France, le discours ambiant des premières années du vingt et unième siècle a été pétri de considérations sur la sécurité.

La Mission linguistique francophone constate qu'il en résulte des dérives lexicales malencontreuses. Si le vif succès du mot "insécurité" n'appelle pas de mise en garde, il n'en va pas de même pour l'emploi fautif des barbarismes "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation", actuellement omniprésents dans le vocabulaire des professionnels de la langue et, par suite, du public.

Les choses ne sont plus sûres, elles sont "sécurisées".
Les biens et les personnes ne sont plus en sécurité, ils sont "sécurisés".
Les inquiets ne sont plus rassurés, ils sont "sécurisés".
Les faibles ne sont plus protégés, ils sont "sécurisés".
Les activités à risque minime ne sont plus encadrées ni surveillées, elles sont "sécurisées".
Les périmètres dangereux pour notre sécurité ne sont plus interdits ni bouclés, ils sont "sécurisés".
Les champs de mines ne sont plus déminés, ils sont "sécurisés".
Les falaises, les voûtes, les murets qui menacent de s'écrouler ne sont plus consolidés ni étayés, ils sont "sécurisés".
Les villes assiégées ne sont plus envahies ni conquises ni prises ni même défendues, comme elles l'étaient jadis ; les correspondants de guerre nous disent qu'elles sont maintenant "sécurisées" par l'assaillant (c'est-à-dire qu'il s'en est rendu maître) - ou "sécurisées" par l'assiégé s'il se défend bien.

Bref, "Sécurisé/sécuriser" peuvent signifier tout et son contraire.

Mais cette vacuité de sens n'est pas leur moindre défaut. La Mission linguistique francophone rappelle que "sécuriser" et "sécurisé" sont initialement des barbarismes dérivés d'une mauvaise traduction du verbe anglais "to secure" [signifiant "assurer", "rassurer", "rendre sûr", "garantir"].

Paradoxe ultime : aussi présent qu'il soit sous divers aspects déformés, le mot sécurité lui-même perd sa vigueur de jour en jour et vit dans la plus grande insécurité, menacé de disparition sous les coups lourds et gauches du barbarisme "sécurisation" (sic) - un synonyme illégitime dont abusent rédacteurs et locuteurs professionnels, tous secteurs confondus - organismes officiels compris.

Conclusion : "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation" sont à proscrire activement dans le langage courant (1). La langue française dispose de tous les mots voulus et n'a nul besoin de ces néologismes paresseux qui dévorent les mots de sens clair, ces parasites brutaux au sens vague, à l'origine défectueuse, nuisibles à sa clarté et à sa cohérence.

Car quand tous est "sécurisé", plus rien n'est sûr. Ni certain.

(1) Le verbe sécuriser et à réserver aux spécialiste de la psychologie lorsqu'ils évoquent l'action d'instaurer un sentiment de sécurité. Ce qui peut aussi très bien se dire "rassurer", mais laissons-leur la jouissance exclusivement technique de ce jargon qu'ils emploient depuis plusieurs générations et qu'ils chérissent. Par contre, il n'y a pas à prêter attention aux dictionnaires, imprimés ou en ligne, qui autorisent d'autres acceptions en français courant, sous prétexte qu'on les a lues dans la presse au détour d'un article mal rédigé... 

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jeudi 14 septembre 2017

s'enfuir et s'ensuivre, même combat

Le verbe s'ensuivre ne s'écrit pas en deux mots "s'en suivre". Pas davantage que le verbe s'enfuir ne s'écrit "s'en fuir" ou que le verbe s'enfermer ne s'écrit "s'en fermer". Le grand public peut s'y tromper. Mais des personnes faisant profession d'écrire en français ne devraient pas s'y méprendre.

On trouve pourtant toujours des professionnels de la communication écrite qui vous écrivent des choses comme : "il s'en est suivi une grève des pilotes" (sic) [Le Monde] au lieu de "il s'est ensuivi une grève des pilotes". Ces même professionnels n'écrivent pourtant pas "il s'en est gagé à s'en tendre avec nous" (sic) au lieu de "il s'est engagé à s'entendre avec nous".

C'est pourquoi la Mission linguistique francophone rappelle qu'en bon français le verbe s'ensuivre n'est pas sécable et se conjugue d'un seul tenant, comme tout autre verbe débutant par le préfixe en-.

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mercredi 13 septembre 2017

participer à / participer de

La Mission linguistique francophone met en garde contre cette confusion, trop fréquente dans les milieux intellectuels, entre les deux constructions du verbe participer : participer à et participer de ne sont pas interchangeables, et moins encore synonymes. Participer à la fête, c'est y prendre part, y apporter sa contribution. Tandis que participer de la fête, ce n'est pas en faire partie ni y participer ni y contribuer, c'est en avoir certaines caractéristiques. Ainsi peut-on dire très justement que "les bombardements de civils participent du meurtre" [ils ne participent pas au meurtre, ils y ressemblent à bien des égards].

Le psychiatre et infatigable mystificateur Jacques Lacan (1901-1981) était passé maître dans l'art d'impressionner ainsi à peu de frais son auditoire en nimbant de fausse profondeur des propos dont le sens échappait à tous grâce à l'emploi de mots de liaison inattendus, de verbes dévoyés, de termes arbitrairement redéfinis. Il en résultait des affirmations de ce type : "le désir est la métonymie du manque à être". Et toc !

Cette obscurité voulue participait à son prestige mais participait de l'escroquerie intellectuelle (1). Ses suiveurs perpétuent la tradition quasi religieusement. D'autres font du charabia à la Lacan sans le savoir, notamment en remplaçant à tort l'expression participer à par la tournure participer de dans un sens inexact.

(1) Le fait que l'obscurité lacanienne participe de l'escroquerie a été démontré notamment par Maria Pierrakos (in La tapeuse m'a dit), François Georges (in L'Effet 'yau de poêle), François Roustang (in Lacan, de l'équivoque à l'impasse) et Jacques Bricmont et Alain Sokal (in Impostures intellectuelles).

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samedi 9 septembre 2017

initier, générer, impacter


Le verbe initier n'a qu'un seul sens correct en français : procéder à une initiation, à un rite initiatique ; tous les autres sens qu'on lui donne depuis vingt ans sont faux, tels ceux-ci : prendre une initiative, être l'initiateur de, être à l'origine de ou lancer une action.

Le verbe générer n'a qu'un seul sens correct en français, et il est d'ordre mathématique. Tous les autres sens sont faux : une mauvaise nouvelle cause de l'inquiétude, elle n'en "génère" pas.

Le verbe "impacter" est un anglicisme et un barbarisme. Il n'a aucun sens correct en français.

"À côté des verbes irréguliers, s'est constituée [à la fin du vingtième siècle] une nouvelle famille, celle des verbes laids. Sont apparus valider, checker, initier, générer, impacter. Ils font autorité plus qu'ils ne signifient. Ils attestent de l'appartenance du locuteur à la sphère "manageuriale". C'est un sabir qui se parle dans l'industrie, dans les services, dans les administrations, dans les médias et demain, qui sait, dans les abbayes." (Philippe Delaroche, Caïn et Abel avaient un frère, Éditions de l'Olivier / Le Seuil, 2000, p. 23)