samedi 20 janvier 2018

employabilité : aptitude à l'emploi

La critique du terme employabilité nous donne l'occasion de rappeler l'observation extrêmement judicieuse de la physicienne et lexicographe Colette Galeron : "L'anglais est une langue du mot, le français une langue de la phrase".

Pour jauger l'aptitude à l'emploi (alias "employability"), ce dont le français a besoin n'est pas forcément un néologisme pesamment construit à l'imitation de l'anglais, mais une idée exprimée avec humanité en joignant naturellement quelque mots simples, inusables et justes. Surtout lorsque l'alliance équilibrée de mots justes (aptitude à l'emploi - six syllabes) ne coûte pas une syllabe de plus que le façonnage d'un néologisme patibulaire (employabilité - six syllabes aussi).

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

jeudi 11 janvier 2018

exfermer et s'exfermer

On sait que notre langue souffre parfois de créations de termes inutiles et mal pensés, nés simplement de l'ignorance du terme nécessaire déjà présent dans son stock.

Inversement, des mots indispensables n'existent pas et rien ne semble parvenir à les faire exister.

L'enfant dont les parents sont morts est orphelin, mais les parents dont l'enfant est mort n'ont pas de nom. Une rivière est profonde ou peu profonde, mais l'adjectif autonome signifiant peu ou pas profond n'existe pas en français (shallow, en anglais ; flach en allemand ; sekély en hongrois).

C'est un troisième exemple qui nous intéresse ici. On entre ou on sort. On empêche d'entrer et on empêche de sortir. Or, le contraire d'enfermer (au sens d'empêcher de sortir) n'existe pas en français (au sens d'empêcher d'entrer). Les étourdis qui sortent de chez eux en oubliant de se munir de leurs clefs et ne peuvent plus rentrer dans leur propre domicile connaissent pourtant bien l'action de "s'enfermer à l'extérieur" ou "s'enfermer dehors", selon des oxymores peu satisfaisants dans la mesure où "enfermer" est un mot construit pour exprimer ce qui se passe dedans (préfixe en-) et non dehors (préfixe ex-).

Plutôt que de le laisser indéfiniment en-dehors des dictionnaires, La Mission linguistique francophone reconnaît la nécessité de faire entrer dans notre langue le verbe exfermer et sa forme pronominale s'exfermer, équivalents exacts de l'anglais to lock in et to lock out. Car voilà un néologisme aussi naturel qu'utile. "Je ne sais pas ce que tu as fabriqué, mais je suis exfermée et j'ai froid ! Tu peux te dépêcher de venir m'ouvrir ?"

samedi 6 janvier 2018

pour la gêne occasionnée




















POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

lundi 1 janvier 2018

les vingt-quatre dernières heures

En ces premières heures de l'année 2018, commençons par adresser aux professionnels de la parole nos meilleurs vœux de bon maniement des expressions 24 heures et 48 heures !

Car la langue française a subi ces dix-huit dernières années une sévère poussée de désorganisation dans l'emploi des adjectifs dernier, premier, prochain placés au contact d'un nombre.

La grande majorité des journalistes, des orateurs politiques et des rédacteurs publicitaires nous parlent des "prochaines 48 heures" ou des "dernières 24 heures". Entraînant le public à patauger dans les fautes qu'ils banalisent, ces professionnels de la langue vivent sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais, langue étrangère dans laquelle l'ordre des mots est ici l'inverse du nôtre.

En français, l'adjectif cardinal (un, deux, trois, etc) doit toujours se situer avant l'adjectif qualificatif. Ce n'est pas une option, c'est une obligation.

Moins savamment, nul n'ignore que le français exige que l'on dise : "j'ai trois grands enfants", et non : "j'ai grands trois enfants" ; et "les dix plus belles villes du Maroc" plutôt que "les plus belles dix villes du Maroc". On ne peut donc en aucun cas dire non plus "les dernières vingt-quatre heures". Le seul ordre correct de ces mots est : "les vingt-quatre dernières heures", comme "les vingt-quatre dernières secondes".

Cette règle intangible du français se vérifie aisément pour les jours écoulés ou à venir : chacun dit bien "dans les deux prochains jours" et non "dans les prochains deux jours". L'ordre à respecter est exactement le même pour "quarante-huit (prochaines) heures", synonyme de "deux (prochains) jours".

N'est-il pas vertigineux de devoir rappeler à des professionnels de la langue sur quelles fondations doit s'édifier leur discours, et ce jusque dans l'ordre le plus élémentaire des mots ?

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

jeudi 28 décembre 2017

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l'Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son "déroulé" (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Et dans la bouche de ceux que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le "déroulé" (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. Et de toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation.

[*] Faux : le néologisme "un déroulé" est issu du participe passif du verbe (se) dérouler ; il est donc impropre à évoquer l'action autrement que subie. Il appartient indéniablement au registre de la passivité et non de l'activité.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

mardi 26 décembre 2017

ne rien lâcher

Article publié en décembre 2013. Quatre ans plus tard, ce travers ayant gagné du terrain, nous remettons la mise en garde ci-après sur le dessus de la pile.

Un animateur d'émission littéraire, voulant conclure un compliment à un jeune auteur prometteur, et l'encourager sans doute par ces mots à poursuivre sa carrière, lui dit à mi-voix : "ne lâchez rien". C'est l'expression vedette de l'année 2013.

"Ne rien lâcher" nous est venu du commentaire sportif, au sens de "résister" à ses concurrents, "surclasser" son adversaire, "poursuivre son effort". De là, le tic verbal est passé au journalisme d'information générale dans une acception toujours plus vaste donc plus vague, puis s'est posé sur la langue courante et s'y accroche. Pour longtemps ? Peut-être pas. Le vent l'emportera. En guise de bain de bouche, la Mission linguistique francophone vous offre en cette fin d'année un lot de synonymes de "ne lâchez rien". Synonymes qu'il serait dommage de lâcher.

Continuez. Accrochez-vous. Restez vous-même. Ne cédez pas. Soyez confiants. Ayez confiance (en vous). Ne vous découragez pas. Appliquez-vous. Tenez bon. Tenez le coup. Tenez tête. Refusez. Sachez dire non. Sachez dire oui. Allez de l'avant. Ne vous laissez pas aller. Ne vous laissez pas abattre. Concentrez-vous. Soyez combatif. Battez-vous. Courage. Résistez. Bonne chance.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•] 

lundi 25 décembre 2017

cosmonautes, astronautes, spationautes, taïkonautes


Comment appellera-t-on en français un astronaute suédois ? Ou un cosmonaute rwandais ?

Nul ne sait. Mais à chaque mission spatiale chinoise, la presse francophone s'engouffre avec une promptitude irréfléchie dans l'emploi d'un terme spécifique pour les cosmonautes chinois : ce seraient des taïkonautes. Le journal Le Monde va jusqu'à donner cette précision étymologique toute aussi irréfléchie ; c'est-à-dire tout aussi fausse : "taïkonaute signifie homme de l'espace en chinois". Absolument inexact. Taïkonaute signifie quelque chose comme "navigateur du grand vide" en greco-latino-chinois [nautes est un mot latin emprunté au grec].

Certains ont propagé l'idée qu'il faudrait employer des termes différents selon la nationalité de l'homme de l'espace : astronaute pour un citoyen des USA, cosmonaute pour un Russe, spationaute pour un Français et taïkonaute, donc, pour un Chinois. Ce serait le seul exemple dans toute la langue française d'un nom de métier adapté à la nationalité du professionnel ! Un danseur, un cuisinier ou un architecte ne changent pas de nom selon leur pays d'origine. Pas davantage dans le sport - haut lieu du chauvinisme, pourtant. Un skieur et un nageur restent, en français journalistique comme en français courant, un skieur et un nageur, quelle que soit leur nationalité.

Wikipédia (dont les lexicographes improvisés ne sont jamais à court de certitudes étranges et naïves) va jusqu'à affirmer que le terme cosmonaute "s'applique à un Russe ou à un Français ayant volé avec un Russe..." De mieux en mieux. Et comment appellera-t-on un Hongrois ayant volé avec une Guatémaltèque et deux Siamois, chers wikipédiens de génie ?

La Mission linguistique francophone invite les professionnels francophones de l'information et leur public à renoncer à cette idée absurde selon laquelle il faudrait employer des mots différents pour qualifier les cosmonautes ou astronautes des différents pays du monde. Cette lubie est d'autant plus sidérante (c'est le cas de le dire) que la navigation spatiale ne connaît ni frontières ni contours territoriaux d'aucune sorte.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI

jeudi 21 décembre 2017

loin s'en faut

Très prisée de certains orateurs politiques et commentateurs médiatiques, l'expression "loin s'en faut" (sic) est une contorsion vide de sens, qui résulte de l'hybridation difforme de deux ou trois expressions, toutes parfaitement correctes quand on ne les mélange pas : loin de là et il s'en faut de beaucoup ou il s'en faut de peu.

On s'étonne que des êtres doués de raison, et ayant pour mission ou pour ambition de régler le fonctionnement de la vie sociale, s'égarent à ce point dans l'absurde et soient à ce point privés de la capacité de s'assurer qu'une formule dont ils se gargarisent possède bien une queue et une tête. Car vraiment,  c'est quoi Monsieur le Sénateur un loin qui s'en faut ? Vous pouvez nous en faire l'analyse grammaticale ? Certes non.

Vous qui ne pérorez pas dans les médias, n'allez pas non plus imaginer que "loin s'en faut" vous fera paraître meilleur orateur que les adeptes de l'irréprochable "loin de là", car ce sera tout le contraire : vous passerez juste pour une grenouille occupée à tenter de se faire plus grosse qu'un bœuf.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

dimanche 17 décembre 2017

initier, générer, impacter


Le verbe initier n'a qu'un seul sens correct en français : procéder à une initiation, à un rite initiatique ; tous les autres sens qu'on lui donne depuis vingt ans sont faux, tels ceux-ci : prendre une initiative, être l'initiateur de, être à l'origine de ou lancer une action.

Le verbe générer n'a qu'un seul sens correct en français, et il est d'ordre mathématique. Tous les autres sens sont faux : une mauvaise nouvelle cause de l'inquiétude, elle n'en "génère" pas.

Le verbe "impacter" est un anglicisme et un barbarisme. Il n'a aucun sens correct en français.

"À côté des verbes irréguliers, s'est constituée [à la fin du vingtième siècle] une nouvelle famille, celle des verbes laids. Sont apparus valider, checker, initier, générer, impacter. Ils font autorité plus qu'ils ne signifient. Ils attestent de l'appartenance du locuteur à la sphère "manageuriale". C'est un sabir qui se parle dans l'industrie, dans les services, dans les administrations, dans les médias et demain, qui sait, dans les abbayes." (Philippe Delaroche, Caïn et Abel avaient un frère, Éditions de l'Olivier / Le Seuil, 2000, p. 23)

vendredi 8 décembre 2017

le masculin ne l'emporte pas (en paradis)

Nous avons publié cette analyse voici déjà dix ans. Elle est lumineuse. Mais rien n'y fait : l'obscurantisme prend de la vigueur.

Nous remettons donc cet article sur le dessus de la pile, compte tenu de l'obstination générale à ressasser que "le masculin l'emporte" - ce qui est faux - et à s'en plaindre, ce qui n'est pas plus judicieux. Il faut au contraire admettre ceci : la forme francophone du MIXTE PLURIEL se montre alternativement masculine (par exemple : les individus dépravés, les gens connus) ou féminine (par exemple : les personnes présentes, les victimes indemnisées).

Il en résulte que la guéguerre des sexes ne devrait pas avoir sa place dans cette question grammaticale. Mais il apparaît aussi que la formule "le masculin l'emporte" doit enfin être abandonné, non parce qu'elle est blessante - elle ne l'est pas, sauf paranoïa langagière - mais parce qu'elle n'exprime pas la réalité de la langue française.

Sur leur site Internet, voici plusieurs années déjà, les correcteurs du quotidien français Le Monde lançaient un concours d'idées concernant l'invention d'un nouveau pronom personnel pour les pluriels mixtes, afin d'en finir avec la fameuse règle grammaticale maladroitement formulée, selon laquelle ce serait "le masculin qui l'emporte" quand un pluriel mêle des sujets féminins et masculins.

La solution est peut-être une convention de style, plutôt qu'une création lexicale.

Dans le cas de ces pluriels mixtes, on pourrait décider d'employer "eux" à la place de "ils". Si ils évoque trop foncièrement il pour être supportable à certains féminismes sourcilleux, on ne peut pas faire le même reproche au pronom eux, qui ne sonne ni comme ils ni comme elles, et qui se montre donc nettement plus impartial. "Je pars avec eux" s'est déjà imposé depuis des siècles pour exprimer le fait que l'on parte avec ses amis, femmes et hommes, garçons et filles, à tel point qu'il serait saugrenu de dire : "Je pars avec ils"! De même, décidant que le seul pronom pluriel mixte est désormais "eux", on pourrait prendre l'habitude de dire "eux n'en veulent pas", ce qui est objectivement plus neutre que "ils n'en veulent pas" ou "elles n'en veulent pas". À propos de l'exemple cité par les correcteurs du journal Le Monde, concernant cinq infirmières et un médecin accusés à tort "d'un crime qu'ils n'ont pu commettre", on pourrait parler "d'un crime qu'eux n'ont pu commettre".

Avant que cette recommandation toute simple de la Mission linguistique francophone* entre dans les mœurs avec l'aide du journal Le Monde, il faudrait surtout cesser d'énoncer si faussement dans les écoles la règle de grammaire en question, et ne plus affirmer que "le masculin l'emporte" - ce qui est objectivement inexact. La formulation juste serait : "tout pluriel mixte devient neutre",  que ce neutre soit d'apparence masculine ou féminine (1).

Ce sera l'occasion de clarifier la notion de genres en français, et d'y enseigner l'existence de quatre genres et non deux :

- le genre féminin
- le genre masculin
- le genre neutre
- le genre mixte

Le genre neutre est tantôt homonyme du genre féminin ("une personne", "une passion", "une victoire"), tantôt homonyme du genre masculin ("un canon", "un destin", "un espoir"). Le genre mixte, toujours pluriel par essence [sinon, où serait la mixité ?], est plus souvent homonyme du genre masculin pluriel ("les jeunes mariés"), mais il aussi parfois du genre féminin pluriel ("les personnalités invitées"). Ce qui, par réciprocité, indique que le genre masculin est plus neutre que le genre féminin. Ainsi, le féminin n'est-il nullement dévalorisé ; il est au contraire reconnu comme plus affirmé que le genre masculin. Qui cela peut-il offenser, hormis les enragés d'un sexe contre l'autre ?

(1) "Toutes les personnes présentes sont venues de leur plein gré" est un bon contre-exemple de pluriel dans lequel "le féminin l'emporte" et non le masculin, tout comme les célébrités et leurs victimes sont convoquées au tribunal : quel que soit le sexe ou le genre des célébrités comme des victimes, le féminin l'emporte. Ou plus exactement, le neutre de forme féminine.

*La présente recommandation de notre organisme a été publiée voici dix ans déjà, sous la forme de cet article

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

jeudi 7 décembre 2017

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls "à bientôt" et "à très bientôt" sont corrects, tandis que "à très vite" est un monstre grammatical dont la présence dans la bouche et sous la plume de gens sensés étonne.

En effet, la préposition à introduit ici l'annonce d'un moment dans le temps. Or, "très vite" n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder "très vite" d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain, à ce soir, à plus tard ou à bientôt.

Raisonnons par l'absurde : si "à très vite" [= revoyons-nous très vite] était correct, alors le seraient aussi : "à volontiers" [= revoyons-nous avec plaisir], "à peut-être" [= revoyons-nous peut-être] et "à hors de question" [= plutôt crever que de nous revoir]. Un jour viendra peut-être où la structure de la langue sera démolie à ce point. Elle ne l'est pas encore.

Sortons-nous donc de la tête les "à très vite", les "suite à", les "au final", les "éditions papier" et autres effondrements grammaticaux ravageurs.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI
Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission, cliquez ici.

jeudi 30 novembre 2017

la polygamie des femmes et des hommes

Pour s'amuser de la menace de déchéance de nationalité française brandie par un ministre de la république contre un époux volage (auteur des douze enfants de quatre concubines, dont trois ne sont pas ses épouses), un fameux hebdomadaire satirique français cite une entretien accordé par une épouse du Président de la République française Nicolas Sarkozy (trois fois marié, quant à lui, mais successivement) à un hebdomadaire non satirique, en 2007 : "Je suis favorable à la polygamie et à la polyandrie" (sic).

On comprend entre les mots ce que voulait dire Carla Bruni-Sarkozy. Mais elle n'a pas su le dire. Car, à l'instar d'une grande majorité de francophones, Mme Sarkozy se méprend sur le sens et l'étymologie du mot polygamie.

Tiré du grec poly (plusieurs)-gamia (mariages), l'adjectif polygame signifie "marié plusieurs fois (simultanément)". Le substantif polygamie désigne la condition de celles ou ceux qui sont ainsi mariés plusieurs fois simultanément, quel que soit leur sexe. Si le mot polyandrie existait ailleurs quand dans les répertoires de néologismes idiots et vains, il signifierait "plusieurs hommes". Et son contraire serait alors polygynie, qui signifierait "plusieurs femmes". Mais le contraire de la polygamie, en français, c'est la monogamie (mariage unique) et non la supposée "polyandrie". Car le contraire de la polygamie, c'est le fait de n'être marié qu'une fois, que l'on soit homme ou femme, puisque les polygames peuvent être hommes ou femmes, pourvu qu'ils s'adonnent à des mariages simultanément multiples. Or, c'est cette multiplicité simultanée que voulait défendre Mme Sarkozy, dans sa déclaration maladroitement formulée : la liberté pour hommes ou femmes de contracter plusieurs mariages. D'être polygames, donc, les unes comme les autres, en toute égalité. Et toute légalité.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

mercredi 29 novembre 2017

fainéant

Il y a des fainéants de la logique qui disent et écrivent "feignant" au lieu de "fainéant".

Le fainéant, c'est celui qui fait néant, qui ne fait rien ou ne veut rien faire. Pas difficile à comprendre, si ?

La prononciation rapide des syllabes "fainéant" peut dériver vers "fainiant". C'est ce qui a introduit la méprise entre ce mot et le participe présent feignant du verbe feindre, dont la sonorité est proche de la prononciation imprécise de fainéant.

Il semble que certains aient imaginé à partir de là que le feignant était celui qui feignait de travailler. Or la personne qui feint est une feinteuse ou un feinteur et non un "feignant".

Le "feignant", en tant que paresseux, n'existe pas. Sauf sous la plume de rédacteurs professionnels qui ne réfléchissent pas à ce qu'ils écrivent. Ce qui ne fait pas pour autant d'eux des fainéants, mais peut-être des feinteurs, habiles à se faire passer pour compétents en matière de langue française sans vraiment l'être.

Enfin, rappelons que le fainéant cède à la fainéantise, et non à la feignantise.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

dimanche 26 novembre 2017

ce qui se passe ou ce qu'il se passe ?

Que se passe-t-il ? La musique de cette question anodine, correctement formulée, semble être à l'origine d'une tendance grandissante à déformer la tournure de la réponse, et dire "je ne sais pas ce qu'il se passe" (sic) au lieu de "je ne sais pas ce qui se passe.

Personne, pourtant, ne songe à remplacer "je ne sais pas ce qui me plaît en toi" par "je ne sais pas ce qu'il me plaît en toi".

Le maniement des verbes impersonnels fait appel à une perception instinctive, et cependant subtile, du lien entre la syntaxe et le sens, qui piège même les meilleurs auteurs, il est vrai. Le public, quotidiennement soumis aux approximations linguistiques des orateurs professionnels, peine légitimement à s'y retrouver. Dans le doute, la simplicité est toujours salutaire. Et l'on sera bien inspiré de préférer savoir ce qui se passe, plutôt que ce qu'il se passe, question à laisser aux mauvais interviewers.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

vendredi 24 novembre 2017

on ne renseigne pas un formulaire

On lit presque partout cette injonction, qui n'est même plus perçue par les moins de 20 ans comme une énormité : "Renseignez le questionnaire".

Dans la langue dénaturée que pratiquent la plupart des administrations, cela signifie qu'il faut fournir les renseignements demandés. Qu'il faut remplir ou compléter le questionnaire.

Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc).

Nombreux sont ceux pour qui les mots n'ont plus qu'un sens vague, interchangeable. Mais le verbe renseigner désigne exclusivement l'action de fournir des renseignements à des êtres humains : un panneau routier ou un dictionnaire peuvent nous renseigner, mais nous ne pouvons pas renseigner un dictionnaire ni un panneau routier. Cela n'a aucun sens.

On lit pourtant de telles recommandations : "dans la première case, renseignez votre nom" (sic). La Mission linguistique francophone rappelle à ces rédacteurs administratifs en déroute - à qui il manque sans doute plus d'une case - qu'on ne "renseigne" pas son nom dans une case ni même à l'oreille d'un interlocuteur de chair et d'os, on l'indique. C'est la personne à qui vous indiquez votre nom que vous renseignez... Ce n'est pas votre nom que vous renseignez : vous renseignez la personne qui vous demande ce renseignement !

Dans le même esprit, il existe depuis peu une tendance à porter dans les cases non remplies d'un formulaire la mention "Non renseigné" au lieu de "Néant" ou "NC" ("Non communiqué") ou "Sans objet" ou NSP ("Ne sait pas") ou "À remplir". Cette tendance est absurde, pour les raisons expliquées ci-avant. Vous voilà renseignés.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

mardi 21 novembre 2017

Lettre ouverte aux tenants de la cacographie surnommée "écriture inclusive"

Insupportable vision paranoïaque et vindicative que celle irriguant le projet de cacographie dite "inclusive".

Je suis une femme, donc une personne et un individu. Ce terme d'individu - mixte d'apparence masculine - m'est indolore et ne met en rien ma féminité en péril. Il ne m'apparaît pas comme sexiste mais comme neutre. Et de fait, les hommes ne m'apparaissent pas comme odieux par nature.

Je suis un homme, une personne discrète ou au contraire une célébrité locale. Ce terme de "personne discrète" ne met aucunement ma virilité en péril, non plus que l'étiquette de "célébrité locale". Ces féminins de portée générale ne m'apparaissent pas comme agressivement féministes mais comme neutres : une victime du devoir, une sommité médicale, une erreur de casting, etc. Neutres, ces termes de forme féminine le sont, tout comme le sont ces termes de forme masculine mais de portée générale : un cas social, un élément moteur, un exemple pour la jeunesse, un personnage haut en couleurs, etc.

Le délire haineux de la vengeance d'un sexe contre un autre ne nous ressemble pas, ni moi la femme, ni moi l'homme. Femme, je m'inscris contre la guerre des sexes ; à l'instar de tout homme digne de ce nom. Homme, j'ai cette violence symbolique en horreur ; à l'instar de toute femme digne de ce nom.

Mais avec les tenants de votre affligeante cacographie surnommée "écriture inclusive",  on passe à autre chose que la rage de faire rendre gorge au sexe opposé : on s'installe dans une position de sabotage culturel dont l'obscurantisme est très alarmant.

Les dynamiteurs de trésors culturels en Syrie ou en Afghanistan s'attaquèrent à des ruines de pierre, et le monde les réprouva. Vous, les tenants du sabotage graphique radical de l'écriture gréco-latine vivace depuis trois millénaires, vous criblez de balles une langue vivante et vous le faites "la fleur au fusil". Car comme les ravageurs de ruines antiques, vous orchestrez cet autre ravage au nom de la fin d'une oppression : celle de la lettre de l'alphabet.

Ne voyez-vous pas que cette oppression n'existe pas ? Non, vous ne le voyez pas. C'est le propre d'un délire que d'apparaître au délirant comme la réalité.

Ne vous étonnez pas, toutefois, que notre organisation soucieuse de vitalité de la langue désigne votre entreprise de désagrégation de notre langue comme mortifère, et agisse pour préserver la collectivité francophone de ce qui s'affirme comme un projet de sape malveillant, vengeur, fulminant, régressif, et non comme un vent de fraîcheur, de bonté ni de progrès.

Miss L.F.

lundi 20 novembre 2017

matrimoine et patrimoine

Aïe aïe aïe... La formulation "Journées du matrimoine et du patrimoine" est à l'étude.

Pas difficile de lire l'avenir : UN siège de député devra être remplacé par UNE place de député, LE Collège de France va devoir se trouver un nom moins sexiste, LE Sénat aussi, et tout à l'avenant. Tandis que l'Assemblée nationale, les mairies et les écoles maternelles pourront conserver leur noms, neutres d'apparence féminine, contrairement aux lycées et aux gymnases, neutres d'apparence masculine. Ce n'est même pas de l'humour. Alors, les livres de Marguerite Yourcenar et Albert Camus sembleront semblablement rédigés dans un vieux français imbitable et intolérable, par deux imbéciles qui se foutaient de savoir s'il travaillaient sur UNE table ou UN bureau et s'il bâtissaient UNE œuvre personnelle ou UN patrimoine littéraire plus vaste que leur genre.

Photo : Marguerite Cleenewerck de Crayencour, future Yourcenar, enfant.

dimanche 19 novembre 2017

...et autres inepties

Dans les pages du journal Le Monde, un article intitulé "Adidas et autres Coca-cola misent gros" semble affirmer par ces mots qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille.

Cet usage de la locution "et autres" suivie d'un terme qui ne désigne pas un ensemble d'éléments incluant le précédent est à bannir. Non pour des raisons de style ou d'esthétique, mais parce qu'il convient, si l'on aspire à vivre le plus heureux possible, de s'abstenir de passer pour parfaitement stupide devant son auditoire. On entend pourtant, encore de nos jours, de trop nombreux orateurs professionnels (journalistes, politiciens, enseignants) procéder à des énumérations de ce genre : "les tigres, pumas et autres lions". Or, ni les tigres ni les pumas n'étant des lions, il ne peut exister "d'autres lions" à ajouter à ceux que seraient déjà les tigres et les pumas !

Sous peine d'aboutir à un énoncé incohérent, la formule "et autres" doit toujours être suivie - explicitement ou implicitement - d'une catégorie commune à tous les éléments de l'énumération. Dans l'exemple ci-avant, il faudrait dire : "tigres, pumas et autres félins" ou "tigres, pumas et autres fauves". À la rigueur, on peut aussi placer "et autres" en extrême fin d'énumération, sans préciser la catégorie : "tigres, pumas, lions et autres" - sous-entendu "autres félins, autres fauves", etc.

Mais dire : "il portait tout un arsenal - fusils, pistolets, grenades et autres sabres" est aussi absurde que de dire "j'ai emmené en vacances femme, enfants et autres chats". A moins d'être un papa gato [chat en espagnol], bien sûr.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

samedi 18 novembre 2017

vol, viol, dol, bol et grivèlerie

Le dol, c'est le refus prémédité d'honorer une clause d'un contrat. La similitude d'aspect du dol avec le vol et le viol est flagrante. Une autre forme d'extrosion se distingue du lot, quant à la forme du mot qui la désigne : le fait de filer sans payer son repas au restaurant s'appelle grivèlerie.

Ce terme de grivèlerie est sans parenté notable avec vol, dol, viol. Toutefois certains estimeront que ne pas payer son repas au restaurant, ce n'est pas de la grivèlerie... c'est du bol !


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

lundi 6 novembre 2017

"être vent debout" : sens et contresens

"Vent debout" est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte.

C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une douzaine d'années après l'an 2000.

Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont "vent debout contre" telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux...

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

mardi 24 octobre 2017

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

 

La forme extrême du purisme s'appelle l'hypercorrection. C'est un une méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation ne méritant en réalité aucune réprobation.

 

Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression "elle n'a pas l'air méchante" serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en "méchant" une épithète qualifiant l'air (méchant) de cette personne et non la personne (méchante) elle-même. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'hypercorrection, donc fausse.

Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : "elle a un air absent" signifie qu'elle affiche un air absent. Tandis que "elle a l'air absente" signifiera qu'elle semble ne pas être là : "j'ai cherché Adeline, je ne la trouve nulle part, elle a l'air absente", qui doit s'accorder au féminin car c'est Adeline qui apparaît comme étant absente, ce n'est pas son air qui est absent.

En effet, l'expression "avoir l'air" est aussi employée dans un français impeccable comme synonyme des verbes paraître ou sembler. Dans ce cas, il faut toujours accorder l'adjectif avec le genre du sujet qui a un certain air : si elle semble compétente, alors "elle a l'air compétente" est parfaitement juste, sur le plan grammatical comme sur celui du style.

Car "elle a l'air" signifie ici "elle a l'air d'être", autrement dit, "elle semble". C'est ce que que les linguistes appellent une locution figée, porteuse d'un sens qui doit être prise en compte pour lui-même. Voilà pourquoi notre cosmonaute, dont l'air est rieur, a cependant l'air sérieuse.

Il est même des cas dans lesquels accorder le qualificatif au masculin en dépit d'un sujet féminin est pour le moins maladroit, voire indéfendable. Ainsi est-il étrange de dire qu'une table a l'air branlant plutôt que branlante. Car on voit mal une table adopter un air : les objets inanimés n'ont pas d'expressions faciales ni de postures comportementales, et n'adoptent donc aucun air qui puisse être qualifié pour lui-même.

Il est préférable de considérer que les qualificatifs ne s'appliquant pas à une expression du visage ni à un comportement doivent toujours être accordés avec le genre du sujet, et non avec le genre du complément air : cette exposition [féminin] a l'air ennuyeuse (elle semble ennuyeuse), cette bague [féminin] a l'air précieuse (elle semble précieuse), cette table a l'air branlante.

L'Académie française le confirme. C'est pourquoi toute contestation du présent rappel aura l'air peu judicieuse - et non peu judicieux.

* Illustration : une femme ayant l'air sérieuse (= l'air d'être sérieuse), puisqu'elle est apte à se voir confier une mission spatiale, mais n'ayant pas l'air sérieux (= n'ayant pas sur le visage un air plein de sérieux) puisqu'elle sourit.

* NDA : en tant que synonyme de sembler ou paraître, le groupe "avoir l'air" peut non seulement ne pas être complété par une épithète du mot air, mais il peut être compléter par un adverbe et non un adjectif : "elle a l'air ailleurs", dira-t-on dans un français irréprochable à propos d'une personne en train de rêvasser.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

lundi 23 octobre 2017

support papier : le monstre administratif indécrottabe



Sachant que le papier est par nature un support, il est inepte de le préciser dans la formule "sur support papier", comme il serait inepte de voyager "en véhicule voiture" ou de réclamer "un récipient verre d'eau" pour se désaltérer.

Cette précision superflue se double ici d'un viol de la grammaire : qualifier un terme à l'aide du mot papier, notre langue ne le permet pas car le mot papier n'est pas un adjectif.

Les choses ne sont pas "papier", elles sont en papier ou sur papier ou de papier

Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic), le support papier (sic) ni les objets "papier" d'une manière générale. 
Les formules employant le mot papier comme qualificatif sans l'équiper de la construction grammaticale appropriée - de papier, en papier, sur papier - sont donc des barbarismes à proscrire. 

Exactement pour la même raison que sont à proscrire les maisons bois (sic) et les ossatures bois (sic) au lieu des constructions et ossatures en bois. Correctes en anglais, ces agglutinations sans joint syntaxique sont abusives en français.

Merci aux agents et chefs de service des administrations françaises d'en prendre définitivement note, sur quelque support que ce soit. Grrrr... 

dimanche 15 octobre 2017

grosso modo, grosso merdo

Popularisée au début des années 1970 dans la bouche d'un humoriste radiophonique raillant une mauvais maîtrise du français doublée de la prétention de le parler admirablement, la formule "incessamment sous peu" accumulait deux adverbes ayant strictement le même sens. Forgée avec l'intention de faire sourire par son ridicule, cette bourde a fini par être prise au sérieux, et trouve depuis pas mal d'années sa place dans des propos qui se veulent absolument sérieux.

Il commence à en aller de même pour la déformation ordurière et humoristique grosso merdo, dérivée de grosso modo. Elle surgit répétitivement, et sans aucune mine amusée, dans des conversations de travail au cours desquelles personne ne se permet pourtant de dire "c'est un résultat de merdre" au lieu de "c'est un mauvais résultat".

Ce grosso merdo, vous qui l'avez à la bouche, crachez-le discrètement à la poubelle avant d'entrer en réunion ou en cours, tel un chewing-gum dont la mastication bruyante et béante ne peut qu'irriter la plupart de vos voisins.

Sinon, souvenez-vous de l'adage "les meilleures plaisanteries sont souvent les plus courtes". Pour montrer combien vous êtes drôle, dites une fois "grosso merdo", puis ne le dites plus jamais. En gros, c'est ce qui peut vous arriver de mieux. À vos interlocuteurs aussi.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

samedi 14 octobre 2017

dirty old man (vieux cochon)

La fin de l'année 2017 aura vu dans le monde occidental, et spécialement en France, une incitation au déferlement d'actes de délation dont l'ampleur n'aurait techniquement pas pu être atteinte en aussi peu d'heures durant les hostilités de la Seconde Guerre mondiale, à l'époque où apparut l'incitation à dénoncer les juifs par lettre anonymes dûment timbrées plutôt que par internet ; incitation dont on sait qu'elle a encouragé tant de délateurs exaltés à se faire complices de crimes de guerre sans plus d'états d'âme que ça.

Mais heureusement, il ne s'agit pas aujourd'hui de s'en prendre à une ethnie ni à une classe sociale, juste à la moitié de l'humanité : le sexe masculin. Ce genre non féminin, brutal et répugnant d'altérité, dont les individus sont foncièrement méchants et dont la capacité à nuire aux femmes est un sujet d'effroi collectif qui justifie la dénonciation en masse, avec ou sans preuves. Ces humains de sexe masculin, à peu près tous déjà fautifs ou promis à le devenir, en tant qu'ils sont suspects d'être ceci : des porcs (sic) et des prédateurs.

L'un de ces abjects membres de la gent masculine s'est entendu accuser d'avoir fait l'intéressant sur un plateau de tournage, voici plus de trente ans, par des plaisanteries salaces, sans toutefois être retombé depuis dans cette ornière, semble-t-il, ni avoir le moindre viol, la moindre agression et moins encore le moindre acte de torture ou d'assassinat à son passif.

Cet acteur de cinéma anglophone de grand renom, aujourd'hui octogénaire, a sans doute mérité de se faire traiter dans les années 1980, par une stagiaire de dix-sept ans et demi au verbe haut, de "vieil homme sale", nous dit la presse, traduisant ainsi en français les propos de la jeune victime auto-proclamée des grivoiseries verbales d'un jour. Aujourd'hui quinquagénaire pimpante [portrait ci-dessus], elle serait toujours profondément perturbée par le souvenir de cette relation platonique et de la cour cependant trop leste que lui aurait faite "ce vieil homme sale", sur leur lieu de travail et en présence de nombreux témoins (donc hors de toute intimité menaçante, c'est déjà ça).

Nous est-il permis, de prendre part à cette cacophonie de délations turpides en traînant dans la fange l'imbécile rédacteur de cette dépêche de presse française qui ne connaît même pas l'expression toute faite "dirty old man" et se mêle pourtant d'informations anglophones, en nous traduisant ça mot-à-mot par "vieil homme sale", alors que dirty old man signifie vieux cochon ?

Par les temps de fiel de cette fin de 2017, où il convient de dire comme un seul homme que "la parole se libère" dans la désignation des porcs à tous les vents médiatiques et sans délai de prescription (on a les idéaux de liberté de parole qu'on peut), ce genre de violence symbolique et d'injure publique nous est certainement autorisé, nous linguistes femmes à l'encontre d'un journaliste homme. Mais nous préférons nous en tenir à une indolore admonestation : ami journaliste zélé, si tu ne comprends pas l'anglais, fais-toi aider pour le traduire en français.

Il existe quelques bon dictionnaires de faux amis à ta disposition.  Ou cette chose qui ne fait de mal à personne, ni femmes ni hommes : la jugeote.  Miss L.F.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI
Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission, cliquez ici.