dimanche 28 août 2016

taxer de

Accuser ou soupçonner quelqu'un d'une erreur, d'une faiblesse ou d'un défaut. Tel est le seul sens de la locution "taxer de". Cette signification échappe manifestement aux rédacteurs et orateurs professionnels qui emploient "taxé de" suivi d'un adjectif au lieu d'un substantif ("elle est taxée de laxiste" au lieu de "elle est taxée de laxisme"). Sans doute confondent-ils taxer de [+ susbstantif] et traiter de [+ adjectif].

Il convient de taxer ces orateurs ou rédacteurs professionnels d'incompétence ou d'approximation, et non de les "taxer d'incompétents" (sic)... ni de les traiter d'imbéciles. Bien sûr, il convient surtout de ne pas les imiter. Sous peine d'être taxés de suivisme et d'inculture.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

samedi 27 août 2016

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux, au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand. Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté.

Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzès font du ski, dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût, voire très bon goût.

Inventé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, l'adjectif goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa trivialité ni de la connotation humoristique qui s'y attache.

Quant à "goûteux" (sic), que l'on trouve parfois aussi dans les médias à la place de savoureux, c'est un terme totalement impropre qui n'existe qu'avec l'orthographe goutteux et qui se rapporte alors à une maladie appelée goutte. Rien de bien appétissant! *

"Ta salade de lentilles est gourmande" : l'Académie française a récemment émis une mise en garde contre l'extension de sens abusive de l'adjectif gourmand appliqué, non pas à des êtres friands d'aliments réjouissants ("Robert est gourmand"), mais à des mets dont la consommation est propre à plaire aux gourmands ("un café gourmand"). Cette inversion de sens pollue la publicité et le commentaire médiatique, notamment dans la bouche des candidats et jurés participant aux émissions de compétitions culinaires. La réprobation de l'Académie à ce propos est légitime car il y a là une confusion diamétrale entre le mangeur et le mangé ; entre le sujet et son complément. Son complément alimentaire, bien sûr...

En résumé : Une personne est gourmande mais un plat est bon, savoureux ou succulent. Eliminez donc totalement de vos commentaires culinaires le lancinant "c'est gourmand". Et réservez "c'est goûtu" au registre de la blague ; si vous êtes sérieux, dites plutôt :  ça a du goût, ça a bon goût, ça a beaucoup de goût, c'est savoureux, c'est délicieux, etc. Ou tout simplement c'est (très) bon !

*N'est-ce pas, chère Hélène Darroze, qui avez souvent été détrompée par nos soins et ceux de l'Académie à propos de votre tristement célèbre "goutteux" ou "goûteux", mais n'en avez cure et persistez à donner à votre public une indigestion de ce terme impropre, sans vous inquiéter de faire ainsi étalage d'ignorance quant à votre propre vocabulaire professionnel ?

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

vendredi 26 août 2016

"être vent debout" : sens et contresens

"Vent debout" est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte.

C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique.

Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont "vent debout contre" telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux...

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

jeudi 25 août 2016

assistance et assistanat

Depuis quelques mois [NDE : cet article a été publié initialement en juin 2008], le Président de la République française Nicolas Sarkozy et son Premier Ministre communiquent en termes strictement identiques - et strictement impropres - sur "l'assistanat" (aux personnes en situation matérielle difficile).

Il s'agit en réalité d'assistance.

Le terme assistanat désigne la situation d'un assistant, d'un adjoint. Ainsi, l'assistant-réalisateur de cinéma espère que ses années d'assistanat (c'est-à-dire durant lesquelles il a fait fonction d'assistant et non d'assisté !) lui permettront de se voir confier un jour la réalisation de ses propres films.

Mais une personne qui vole au secours d'une autre ne lui porte pas assistanat, elle lui porte assistance.

Quelques ouvrages lexicographiques francophones [dont l'encyclopédie collaborative en ligne Wikipédia] se sont hâtés de propager cette faute de français. Ils fournissent ainsi une caisse de résonance à une terminologie très douteuse - sans doute faussement maladroite et en réalité mûrement réfléchie - qui voudrait définir "l'assistanat" (sic) comme de l'assistance hors de propos. De l'assistance de mauvais aloi. De l'assistance immorale, ce qui est un furieux paradoxe.

Quand un politicien en vue déclare : "Il faut en finir avec l'assistanat", cela choque moins que s'il déclarait sans compassion aucune : "il faut en finir avec l'assistance". Dans une république bienveillante qui considère la non-assistance (à personne en danger) comme un délit, le non-assistanat (à personne en difficulté) pourra-t-il devenir vertueux ? L'avenir le dira. L'avenir dira s'il suffit de manipuler ainsi la parole pour stigmatiser la déchirante nécessité où se trouvent les prétendus "assistés".

[NB : La Mission linguistique francophone ne soutient aucun courant politique et ne se permet de fustiger, le cas échéant, que le vocabulaire politique, non ceux qui en usent ni les projets dont ils sont porteurs.]

vendredi 5 août 2016

dédier

L'action décrite par le verbe dédier possède en français une valeur d'hommage. Dédier une sonate à sa bien-aimée, c'est lui faire symboliquement don de cette composition pour louer ses sublimes qualités.

De même, dédier une conférence à Beethoven, c'est affirmer vouloir honorer la mémoire de Beethoven par le contenu de cette conférence. Ce n'est pas simplement donner une conférence sur Beethoven. Pour cela, on dira que l'on consacre une conférence à Beethoven. Mais on peut donner une conférence sur les répercussions psychologiques de la surdité chez les musiciens, et la dédier à Beethoven.

Hélas, cette claire et forte distinction de sens tend à se perdre dans l'esprit des professionnels de la communication. Ils propagent dans le public des titres comme "site internet dédié aux étudiants en droit", alors qu'un tel site est en fait destiné aux étudiants en droit, voire réservé aux étudiants en droit. Mais certainement pas "dédié" à la mémoire de ces braves potaches...

Certains dictionnaires ne craignent pourtant pas d'entériner cette bévue sans la mise en garde qui s'impose : l'usage de dédié au sens de destiné, consacré, réservé est défectueux car il appauvrit le sens et l'obscurcit ; cette impropriété de terme s'est infiltrée dans la langue française au gré de mauvaises traductions du faux-ami anglais to dedicate qui signifie consacrer, réserver, destiner, (se) dévouer, affecter, allouer, et parfois dédier.

mardi 2 août 2016

listing, naming, pressing

Académie française (12 juillet 2016) : "On rappellera qu’appeler listing une liste n’améliore en rien la qualité ou la valeur de cette dernière, sauf à penser que l’emploi d’anglicismes, fussent-ils de mauvais aloi, est une marque de modernité. " Et toc.

Il en va de même pour le ridicule bedding, cher à quelques professionnels de l'ameublement et du snobisme, qui désignent ainsi la literie. Même pichenette pour se débarrasser du grotesque naming, jargon riche en poudre aux yeux et empoisonnée par une anglomanie de carnaval, supposé exprimer l'action de donner un nom ou d'inventer un nom avec beaucoup de flair commercial. Ce qui s'appelle en français la dénomination, l'appellation ou la création de marque.

Enfin, même coup pied au derrière des commentateurs sportifs adeptes de l'inepte pressing, qu'ils croient voir exercé par une équipe affrontant une autre. Il s'agit peu probablement de blanchisserie et sans doute de pression ou de combativité.

En anglais, la  pression (morale, physique, sportive) se dit pressure ; tandis que le nettoyage à sec se dit dry cleaning (pour désigner l'activité) ou dry cleaner (pour désigner le commerçant ou sa boutique).

lundi 1 août 2016

ni : la juste négation de l'addition

Les professionnels de la langue française - journalistes, orateurs politiques, enseignants - tendent à perdre de vue l'existence de la conjonction ni. Ainsi le journal français Le Monde titre-t-il : "pas de sanctions pour Madrid et Lisbonne". Or, la négation de l'addition n'est pas et mais ni. La rédaction correcte est ici : "pas de sanctions pour Madrid ni Lisbonne".

Dans un souci de meilleure information, il eut été plus correct encore de nous épargner ces métonymies géographiques routinières dans le commentaire politique, et d'écrire  avec plus de simplicité :  "pas de sanctions pour l'Espagne ni le Portugal", puisque c'est effectivement de mesures de rétorsion économique contre des pays et non contre des villes qu'il était question dans l'actualité internationale.

jeudi 28 juillet 2016

impacter

Le verbe "impacter" ressemble à du français, mais ce n'en est pas. C'est un barbarisme à prétentions anglophones, employé dans divers sens liés à la notion d'impact.

• Impact physique. Ce sont ici les verbes percuter, heurter et leurs synonymes qui doivent toujours être employés au lieu du barbarisme "impacter".

• Impact immatériel, symbolique, émotionnel. "Impacter" remplace ici abusivement des verbes comme affecter, toucher, heurter, ébranler et tous leurs synonymes exprimant un effet subtil ou violent sur un élément immatériel, sur une émotion, sur un destin, sur un projet.

Ainsi, une étude d'impact s'efforce-t-elle de déterminer dans quelle mesure une intervention affectera une situation donnée. Dans quelle mesure elle influera sur l'état actuel. Et non dans quelle mesure elle "l'impactera" (sic).

Les professeurs avaient autrefois l'habitude d'étiqueter certains élèves "partisan du moindre effort". C'est un label qui convient bien aux sujets adultes de langue maternelle française qui ne font plus même l'effort de trouver dans un vocabulaire de fin d'études primaires le verbe juste pour exprimer ce qui résulte d'une influence, d'un choc ou d'un impact.

En ce sens, "impacter" signifie : "avoir un poil dans la main dans la tête".

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI 

mercredi 27 juillet 2016

braquage, braqueur, braquer : c'est de l'argot

Les journalistes nous informent généralement qu'un suspect a parlé et non "jacté". Nous leur savons gré de ne pas s'adresser à nous en argot. On s'agace donc légitimement de leur propension à employer sans clairvoyance les mots "braquage", "braqueur" et "braquer" au sens de voler (à main armée), comme s'ils n'étaient pas du registre argotique alors qu'ils le sont. Idem pour leurs satanés "papiers" en lieu et place des articles (de journaux), et les "breloques" olympiques au lieu des médailles. Gardez ces familiarités pour vous, ou nous serons bien obligés de militer pour qu'on vous désigne officiellement, vous aussi, par des noms argotiques comme si de rien n'était, puisqu'il en existe dans notre langue verte : journaleux, gratte-papier, fouille-merde, entre autres gracieusetés.

NDE : une breloque est un bijou de pacotille, sans valeur, à la différence d'une médaille olympique, porteuse d'un immense prestige.

dimanche 24 juillet 2016

scandalistes et esclandriers

Zorro œuvrait à couvert : pleutre le jour, héros la nuit. Son courage physique se doublait du courage moral de supporter le mépris de ceux-là même qu'il défendait. Zorro était un moraliste en action, inactif en apparence.

Prodigieuse abnégation. Mythe admirable.

D'autres moralistes - moins héroïques mais aussi moins fictifs - défendent au contraire en plein jour et sabre au clair leur vision généreuse de la vie sociale. Il en résulte souvent pour eux des frictions publiques ou privés avec le grand nombre de ceux qui placent au contraire leurs propres droits très au-dessus de leurs devoirs, leur importante personne ou leur petit clan plus haut que le reste des humains, leur quiétude au-dessus de tout, et fuient dès qu'ils entendent exhorter à la bonté ou appeler au secours, tels de petits Zorro en négatif - estimables en apparence, méprisables en secret.

Les frictions sociales sont inévitables entre les partisans d'une bienveillance mutuelle active, attentionnée, parfois militante, parfois périlleuse, et les partisans du chacun pour soi - ceux que Chamfort [1741 - 1794] appelait "les faibles", non pour les plaindre mais pour les décrire aussitôt comme "les troupes légères de l'armée des méchants"...

Quand ces frictions interpersonnelles s'accompagnent de réactions véhémentes de l'une ou l'autre des parties, elles prennent des noms comme scandale ("faire un scandale", "faire du scandale"), éclat ("faire un éclat"), esclandre ("faire un esclandre").

Contrairement à d'autres langues, le français est dépourvu de mot pour désigner ceux qui "font un scandale" ou ont la réputation de "faire du scandale" plus souvent que d'autres, que ce soit à bon ou mauvais escient. La Mission linguistique francophone propose de combler cette lacune par deux néologismes distincts.

D'une part, le substantif "scandaliste" [une/un scandaliste], forgé sur le modèle de moraliste, activiste, arriviste, polémiste, duelliste, etc.

Selon le point de vue du locuteur et le profil de l'intéressé, le mot scandaliste sera péjoratif ("les paranoïaques sont souvent des scandalistes compulsifs") ou indulgent, voire laudatif ("Gandhi fut un scandaliste admirable, que personne n'est parvenu à museler").

D'autre part, "esclandrier" [un esclandrier / une esclandrière], moins fort et dépourvu de connotations morales. Esclandrier désignera le protagoniste d'un esclandre, quel que soit le rôle qu'il y tient ("La police municipale a été appelée pour séparer deux esclandriers").


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

lundi 11 juillet 2016

Directrices et chercheuses

Dans les fonctions de direction, chaque fois qu'il est établi qu'une femme n’est pas un homme, il est certain que le titre de sa fonction ne saurait être "directeur" (sic) mais bien directrice.

Idem pour les femmes pratiquant la recherche, qui sont bien des chercheuses et non des chercheurs.

Paradoxalement revendiquée par de nombreux écervelés soutenant que les femmes seraient mieux loties avec des oripaux d'hommes, l'adoption par des femmes d'un titre masculins dont le féminin existe pourtant depuis des siècles est une erreur grammaticale pure et simple ; une confusion des genres, à proprement parler.

En cas d'entêtement dans l'erreur - et quelle qu'en soit la justification, ouvertement subjective ("je préfère") ou calculée ("cela me confère davantage d'autorité") - il appartient aux dirigeants de sociétés et institutions diverses de faire remédier, dans les organigrammes et sur les cartes de visite, à ces impropriétés de terme à forts relents sexistes.

Car contre cette marque de discrimination ("un directeur ou un chercheur, c’est plus sérieux qu’une directrice ou une chercheuse") pratiquée par des femmes contre des femmes ("le caprice de m'affubler d'un titre masculin m'est réservé et il est hors de question que les chanteuses du chœur que je dirige se fassent appeler chanteurs"), il existe une législation rigoureuse dans les pays civilisés, et chacune ne peut que s’en réjouir.

Illustration : Christine Hodgson, directrice et fière de l'être.

mercredi 6 juillet 2016

sérendipité

Le Journal du Dimanche ayant intitulé une de ses rubriques "sérendipité", nous republions à l'attention de son rédacteur en chef cet article de 2007.
En anglais, on appelle serendipity le fait d'effectuer une découverte inespérée. On cherchait quelque chose, on en trouve une autre. Et cette autre chose s'avère plus importante, plus précieuse, plus fructueuse.

Internet est un lieu de recherches propice à de telles trouvailles.

Inventé par Horace Walpole [ci-contre portraituré par Ramsay, et ci-devant Comte d'Oxford] en 1754, le mot serendipity a été importé par certains dans notre langue sous sa forme francisée sérendipité. Un peu pédant, très obscur, ce néologisme n'a pas eu grand succès dans le langage courant. Des Canadiens francophones lui ont récemment (vers 2000) trouvé un substitut autrement plus savoureux : la fortuité.

Plus concis que la sérendipité [trois syllabes au lieu de cinq], plus euphonique et plus lumineux, le mot fortuité est immédiatement compréhensible. En prime, il agrandit à point nommé la petite famille déjà composée du couple fortuit et fortuitement, qui l'adopte sans hésiter.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

mardi 5 juillet 2016

commanditaire, et non donneur d'ordres

Le mot anglais order signifie ordre, à tous les sens du terme français : l'ordre ordonné (remettre en ordre), ou l'ordre ordonnant (donner des ordres). Mais l'anglais order doit parfois se traduire par portion (une portion de frites), car le verbe to order signifie aussi commander, passer commande ; or une portion de frites est comprise par la langue anglaise comme une commande de frites, c'est-à-dire comme l'ordre donné et reçu de servir une certaine quantité de frites.
Le mot anglais order est donc en partie un faux ami. À ce titre, il a fait germer en français contemporain une curieuse manière de dénommer ses clients, manière un rien brutale et oublieuse de la notion de commande : les donneurs d'ordre ! En réalité, il s'agit de ceux passent commande, et non de ceux qui donnent des ordres... Le terme correct, préconisé par la Mission linguistique francophone et par le bon sens, en lieu et place de ce méchant "donneur d'ordre(s)", est le bienveillant commanditaire.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

vendredi 1 juillet 2016

sur un ton comminatoire

La plupart des dictionnaires disponibles sur internet donnent mot pour mot la même définition de l'adjectif comminatoire, appliqué à la manière de s'exprimer. "Qui a le caractère d'une menace ; menaçant. Style comminatoire, ton comminatoire."

La nature exacte de la menace contenue en français courant dans la notion de ton comminatoire mérite d'être précisée : c'est un ton qui ne souffre pas la discussion ; un ton cassant de supérieur à subalterne ; le ton sur lequel on donne sèchement un ordre dont l’inexécution sera sanctionnée.

Ce n'est pas la menace du maître-chanteur ni du tueur à gages. C'est une menace de chef. Et c'est bien ce qui rend insupportable le ton comminatoire employé par qui n'est pas notre chef.

CLIQUEZ ICI  POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE

jeudi 30 juin 2016

a minima

En français, on peut préciser qu'une équipe doit être constituée de trois personnes au moins ou constituée de trois personnes au minimum. Les deux expressions sont exactement synonymes et elles sont l'une et l'autre irréprochables.

Mais il existe depuis peu une tendance à remplacer ces locutions adverbiales françaises au moins et au minimum par la locution juridique latine "a minima". Cette regrettable latinisation, d'inspiration pédante, est fautive car le sens en est inexact, voire opposé. C'est typiquement ce qu'on appelle un abus de langage.

En effet, la formule latine a minima n'est utilisée à bon escient que dans l'expression juridique "appel a minima". Il s'agit d'un appel que le ministère public interjette lorsqu'il estime qu'une peine prononcée par une juridiction est trop clémente. Il y a alors protestation du ministère public "issue de l'insuffisance (de la sanction)" : a(b) minima, en latin. Par extension - et toujours par pédanterie - le latin a minima peut signifier à l'extrême rigueur "réduit au minimum". Mais en aucun cas le latin a minima ne peut être utilisé dans le sens de au minimum ni au moins.

Les choses se gâtent encore avec l'introduction de la faute d'orthographe qui abâtardit le tout : "à minima" (sic), comme s'il s'agissait de la préposition francophone à et non d'une locution purement latine.

On constate aussi, depuis 2010, une tendance croissante à remplacer les adjectifs minimal et minime par la locution a minima :  "vers une TVA a minima ?" titrait ainsi le quotidien français Le Monde, pour évoquer la perspective d'une TVA réduite, une TVA minimale sinon minimaliste, une TVA minime ou minimisée peut-être. Cette impropriété de terme relève de la même pédanterie ou de la même préciosité, et d'un même suivisme aveugle et sourd à la justesse des termes.

Quand on choisit de se parer du prestige d'une langue morte plutôt que de choyer sa bonne petite langue vivante, il faut au moins ne pas se prendre les pieds dans le catafalque. C'est bien le minimum.


CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

mercredi 29 juin 2016

relamping

Avis aux amatrices et amateurs de frime techno-anglomane. La Mission linguistique francophone relève cette terminologie en ingénierie du bâtiment : "Prévoir le relamping de tous les luminaires par installation de lampes à basse consommation".

Donc, ne dites plus : "Zut ! L'ampoule des waters a encore pété, faut que je la change…"  Mais : "Trop nul ! Faut encore que je fasse du relamping dans les chiottes…".

[NDE : On trouve aussi la francisation relampage]




CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•] 

mardi 28 juin 2016

les pro-brexit


Le suivisme médiatique a marqué un point décisif : le calamiteux néologisme journalistique britannique Grexit = Greek exit, qui n'aurait jamais dû apparaître dans les gros titres de la presse francophone, s'est imposé dans le discours ambiant sous sa forme anglo-anglaise : Brexit = British exit.

Il est vrai que les grands bouleversements politiques à portée historique ont souvent enrichi la langue française par l'apport de termes étrangers qu'elle a adoptés en raison de leur authenticité et de leur capacité à nous transporter dans le contexte international. Après le Diktat, l'Ukaze, l'Anschluß, nous voici équipés du Brexit. La Mission linguistique francophone prend acte de l'entrée fulgurante dans le lexique français, en juin 2016, de cette fusion de syllabes exogène qu'est le "brexit".

On note toutefois avec inquiétude que l'adoption de ce jargon atrophié s'opère aux dépends de notre syntaxe. Car le français n'est pas une langue agglutinante, comme le sont le japonais, le hongrois et partiellement  l'anglais ou l'allemand, mais une langue qui s'exprime naturellement par juxtaposition de termes* plutôt que par contraction de plusieurs mots en un seul : lune de miel et non honeymoon ; député européen et non eurodéputé.

Il semble pourtant que la terminologie politique concernant l'Europe soit condamnée par les chroniqueurs et rédacteurs en chef de France et de Navarre à s'actualiser par ce pillage paresseux des néologismes du journalisme britannique, qu'il s'agisse donc des eurodéputés (les députés européens), des eurosceptiques (les anti-européens) ou des brexit, grexit, itaxit, spaixit, polxit, frexit, belxit, suexit, porxit, huxit, sans oublier le turject (Turkish reject = rejet de la Turquie) ni le germain (Germany remain = maintien de l'Allemagne) qui nous pendent au nez pour dans pas longtemps.

Ceux à qui le ridicule de cette énumération n'apparaît pas ont bien raison d'employer brexit à satiété et sans guillemets ni moquerie. Ils doivent aussi se préparer à décliner cela en vingt-sept autres calembours ineptes plutôt que de s'exprimer en français sous la forme nom+adjectif ou nom+complément de nom. Car si le Portugal ou la Hongrie s'en vont à leur tour ou envisagent la question, il faudra bien parler de porxit (Portugese exit) et de huxit (Hungarian exit), sous peine de discrimination, n'est-ce-pas ?

ORTHOGRAPHE
Si le terme est adopté en français, rien ne justifie de l'orthographier avec une majuscule puisqu'il s'agit d'un nom commun. Il faudra donc écrire brexit et non Brexit, qui constituera une faute d'orthographe puisque les termes adoptés par le français sont traités selon les règles d'orthographe et d'accord propres à notre langue ("des concertos" et non "des concerti", par exemple). Or la langue française, contrairement à l'anglais, ne veut pas de majuscules aux adjectifs de nationalité ("un vin français" et non "un vin Français").

PRONONCIATION
Le terme est d'origine anglo-latine (en latin exit = il/elle sort ; en anglais exit = sortie). Or, le mot exit se prononce "êg-zite" en latin comme en anglais. La Mission linguistique francophone invite donc les professionnels du commentaire politique à ne pas nous bassiner avec leur prononciation erronée "brê-Kssite" (par analogie avec excite, sans doute ?) et à s'en tenir à la justesse de la phonétique de ce néologisme qui doit se prononcer "brê-Gzite".

Et sur ce point, pas d'argutie possible, donc pas besoin de référendum.

F.A. et Miss L.F.

* nom+adjectif, verbe+adverbe, voire préfixe+mot - ce que n'est pas le "brexit", puisque "br-" n'est nullement un préfixe signifiant "britannique", pas même en anglais.



dimanche 26 juin 2016

défense et attaque de Didier D., orateur footballistique

En France, une émission satirique de la télévision [Le Petit Journal] se délecte de railler la diction d'un dirigeant du football local, M. Didier Deschamps, qui serait coutumier de ne pas prononcer correctement la lettre X et de la remplacer par le phonème S : un homme d'espérience au lieu d'expérience.

Chez l'intéressé, cette élision du son x relève d'un accent régional. Cela ne prête donc pas à la critique acerbe, contrairement à la prononciation ignare de "archet" comme "archer", selon une désaffection pour la justesse des voyelles qui conduit des cohortes de professionnels de la diction sans le moindre accent régional pittoresque à nous dire "elle voulez" au lieu de "elle voulait", ou à nous parler de la cote au lieu de la côte et inversement.

Ce qui est beaucoup plus désolant dans le discours du locuteur que nous venons de défendre pour sa diction, c'est le massacre de la syntaxe qu'il propage dans les esprits en construisant de travers un verbe central dans son métier : le verbe jouer (au football). Comme la plupart de ses confrères entraîneurs, M. Deschamps croit qu'une équipe joue une autre ("La France va jouer la Suisse") alors qu'une équipe joue contre une autre. Les commentateurs de tennis aussi semblent croire qu'un joueur joue un autre, alors qu'un joueur joue contre un autre ("Nadal n'a jamais joué contre Lacoste").

En qualité de leaders d'opinion, voilà ces éminents analystes des jeux de balle mais piètres francophones imités par un grand public qui les prend pour modèles d'éloquence. La Mission linguistique francophone tient à détromper leurs supporters : dans notre langue pas encore disqualifiée, quand "les Français jouent les Suisses", ils ne cherchent pas à les vaincre mais à les imiter ("arrête de jouer les imbéciles").

Ce qui devrait exciter l'ironie des satiristes, c'est cette perte de sens commun. Hélas, eux-mêmes étant gagnés par les faux-sens et abus de langage du jargon médiatique, ils sont bien en peine d'en relever les dérives les plus navrantes. Il ne leur reste donc à se mettre sous la dent que les saveurs d'un accent régional. Coup bas.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

vendredi 10 juin 2016

tsunami sur les raz-de-marée

Ce qui s'appelle en français raz-de-marée se dénomme en japonais tsunami. La vogue de ce terme japonais repris par les anglophones est telle en France, depuis le début des années 2000, que le tsunami tend à éclipser le français raz-de-marée dans la presse et chez quelques traducteurs scientifiques peu regardants.

À propos d'un raz-de-marée déferlant ou ayant déferlé loin des côtes du Japon, l'emploi du mot tsunami est pourtant impropre par son incongruité culturelle. Concernant la Grèce antique ou la civilisation inca, par exemple, ce japonisme est en outre anachronique, donc doublement aberrant.

Dans ce raz-de-marée de tsunamis, le français médiatique continue de se noyer chaque jour, comme se noyèrent les moutons de Panurge. Et par le même réflexe grégaire.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

vendredi 3 juin 2016

Eurovision : voici la dame qui se flatte d'avoir rendu la francophonie aphone

Les responsables de divertissements télévisuels de 24 pays d'Europe sur 26 ont choisi, pour le concours de l'Eurovision 2016, des chansons anglophones ou pseudo-anglophones ou en partie anglophones - comme si le charme notoire de l'italien, ne se suffisait pas à lui-même, non plus que celui du russe, du polonais, de l'arménien ou du grec.

De trois choses l'une :

• soit toutes les langues d'Europe autres que l'anglais et le pseudo-anglais doivent être reconnues comme langues mortes, y compris le français qui ne fut chanté de bout en bout que par une Autrichienne, laissé pour morte par le jury de professionnels, puis ranimée par le vote du public - nous y reviendrons ;

• soit les responsables des divertissements télévisuels des pays non anglophones sont des incompétents dotés de responsabilités qui les dépassent du tout au tout, à commencer par celle de faire vivre leur langue ;

• soit le concours de chanson de l'Eurovision s'est mué en un concours de la chanson anglophone.

La dernière hypothèse est amplement vérifiée. Et pourquoi pas ? Mais alors, il importe de rebaptiser ainsi ce concours pour sa prochaine édition, et d'y laisser libre cours au panurgisme des responsables français, espagnols et allemands de ce divertissement multiculturel par définition, mais en passe de ne plus l'être du tout.

Pour ce qui est de la vitalité linguistique de l'ensemble des langues d'Europe dans la chanson contemporaine, cette diversité existe pourtant toujours en 2016. Le choix du public européen en atteste, qui s'est porté sur une chanson en langue rare, et l'a fait triompher - à la différence des jurés de professionnels de la télévision, s'exaltant pour une chanson en anglais défendue par... l'Australie. Ancienne dépendance britannique et continent insulaire des antipodes, pays admirable par sa géographie et son histoire, l'Australie présente toutefois une lacune si l'Eurovision est le thème de ce concours de chanson : les contours de l'Europe ne l'englobent pas.

Voilà démontré par l'absurde le fait que le concours de chanson de l'Eurovision n'existe plus, et qu'il est à recréer, peut-être.

Le bouche-à-bouche bouleversant fait par le public à l'Ukraine tatarophone et la main qu'il a tendue à l'Autriche étonnamment francophone sont aussi un pied de nez voire une gifle adressée aux dames haut perchées (directrices des divertissements du service public, excusez du peu) de l'audiovisuel français qui, de Sébastien Tellier à Amir Haddad, ajoutent sans vergogne au festin européen de serviles serveurs de yaourt anglophone inepte, voués les uns après les autres, pour cette raison, à des insuccès bien mérités.

Et que dire de l'alibi des quelques lignes en français autour du plat de résistance (le refrain) en anglais pour faire avaler la pilule aux mauvais coucheurs qui voudraient que la chanson française ne soit pas morte sous les coups redoublés de l'inculture des décideurs précités et du suivisme général ? Rien. Les grandes douleurs sont muettes...

*

Illustration : Nathalie André, une autodidacte issue du secteur de la coiffure qui a réussi la prouesse de se hisser au poste de directrice d'un secteur-clef de l'audiovisuel public français, et fière de "promotionner (sic - en français : "promouvoir") depuis 23 ans" la chanson française teintée d'anglais. Mme André déclare "ne pas comprendre" l'indignation que suscite le fait de voir, à son initiative, le berceau de la langue française laisser à l'Autriche le soin de chanter dans cette langue, sans maquillage anglophone. Elle fait valoir que la France est porteuse, à son initiative, d'un texte "à 70% en français". Outre qu'il s'agit d'une présentation tendancieuse de la situation (l'interprète consacre l'essentiel de son énergie et de son temps à son refrain anglophone), si Nathalie ne comprend pas que l'indignation provient des 30% manquants, d'une part, et de l'indigence globale de ces paroles hybrides (bouts-rimés de mirliton, quelle que soit la langue), d'autre part, elle n'est peut-être pas the right person at the right place. En tout cas, à en juger par les insuccès répétés de leurs candidats (se classer sixième ou dix-neuvième ne sont pas des succès dans une compétition qui ne décerne de distinction qu'au premier), et la vigueur de leur entêtement dans l'erreur, les directrices autodidactes successivement chargées de décider qui fera briller la France au firmament de la chanson enchaînent les mauvais choix avec beaucoup de détermination, on ne peut pas leur retirer ça.

Miss LF


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

mercredi 18 mai 2016

similitudes et similarité


Le fait de présenter des aspects similaires se dit comment en anglais ? Similarity. You are right. Et comment cela se dit-il en français ? Similarité ? Non : similitude.

La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction de similarity et de son pluriel similarities. Les professionnels concernés sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude".

samedi 14 mai 2016

cartonner, faire un carton, carton plein

La différence de niveau de langue entre "peu importe" et ''je m'en branle" semble échapper à une cohorte d'orateurs professionnels, et spécialement aux présentateurs et journalistes de télévision et de radio qui sont en train d'abandonner collectivement les mots succès, victoire et triomphe au bénéfice de leur synonyme argotique carton ("faire un carton").

Pour une écrasante victoire, ils vont parfois vont jusqu'au "carton plein", comme s'il s'agissait d'un carton de déménagement ou d'une grille de loto traditionnel pleine de pions gagnants, alors qu'initialement la dérive argotique du mot carton, au sens de succès foudroyant, vient de la cible en carton du stand de tir dont on réussit à atteindre le centre.

Le festival de Cannes honore-t-il 100% de films français par ses trois palmes les plus en vue ? Pour les présentatrices des deux grandes chaînes françaises d'information télévisée en continu, "le cinéma français cartonne". Et l'on demande au critique de cinéma invité au journal télévisé comment il explique non pas ce triomphe ni ce succès ni cette triple victoire mais, fatalement, ce carton.

La langue du commentaire sportif argotique s'est maintenant emparée du discours analytique sur la culture. Merci qui ?

NB : Aussi appelé registre de langue, le niveau de langue mesure le degré de raffinement de la langue employée par le locuteur. Il ne doit pas être confondu avec le niveau en langue(s) qui mesure le degré d'aisance dans la pratique d'une langue : "j'ai un très bon niveau d'anglais mais je confonds les niveaux de langue du français !"  Telle est l'autocritique que peuvent s'adresser les journalistes de langue maternelle française qui croient correct d'employer "cartonner" ou "faire un carton" à la place de "triompher", "être un succès", "avoir du succès", "gagner", "réussir", "l'emporter", "s'imposer", "briller", "marquer des points", "battre des records", "enthousiasmer le public", "être très applaudi", etc.

CLIQUEZ ICI  POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE

vendredi 13 mai 2016

les accidents voyageurs de la RATP

La RATP peine à formuler en français impeccable ses annonces sonores ou écrites. Tel un étranger s'égarant dans le dédale des couloirs, elle s'égare dans le sens des mots les plus simples.

Ainsi la RATP annonce-t-elle des accidents voyageurs (sic) ou, mieux, des accidents de voyageurs. Or, en français, quand un bébé est victime d'un accident domestique et qu'on appelle à l'aide, on ne dit pas : "Au secours ! J'ai un accident de bébé" !

Par cette maladresse voulue ("Un accident de voyageur à la station Georges V..."), on subodore que la RATP répugne à assumer le fait que des voyageurs soient victimes d'accidents dans le métro. Ou qu'ils s'y blessent accidentellement. Voire volontairement (tentatives de suicide). Alors, elle invente "l'accident de voyageur". Comme ça, c'est la faute à personne.

La Mission linguistique francophone rappelle donc que, partout dans le monde francophone, hélas, des personnes peuvent être impliquées dans des accidents d'avion, des accidents de train, des accidents de voiture ou de moto, des accidents de montagne, des accidents du travail, des accidents domestiques, des accidents corporels, des accidents de parcours, etc ; mais que des accidents de voyageurs, cela n'existe pas plus que des accidents de bébé.

Que devrait annoncer la RATP ? "un voyageur accidenté", bien sûr. "Un voyageur ayant été accidenté à la station Georges V, le trafic est interrompu sur la ligne 1", voilà une formulation simple et irréprochable qui ne sauvera pas le malheureux blessé... mais qui sauvera un peu notre intelligence collective de la langue.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

dimanche 1 mai 2016

autant pour moi ou au temps pour moi ?

La forme sensée de l'expression en question est bien "autant pour moi", et non "au temps pour moi", comme certains le soutiennent.

"Autant pour moi !" était à l'origine une sorte d'interjection militaire, par laquelle un supérieur reconnaissait, devant ses subalternes, une bévue - et initialement, une injustice - qu'il avait commise. Par ces mots, il s'attribuait fictivement, en signe de contrition et de bonne foi, le même quantum de sanction que ce qu'il eut infligé à un subalterne pareillement pris en faute (autant de pompes, autant de jours de consigne ou d'arrêts de rigueur, autant de kilos de patates à éplucher, autant de centimètres de remontée de bretelles, autant de coups de pieds au cul qui se perdent) : "autant pour moi".

Contrairement à une rumeur qui va se propageant dans certains dictionnaires de difficultés du français, et jusque sur les bancs de l'Académie française, il ne s'agit nullement d'une affaire de temps musical ni de défilé militaire. Selon cette explication compliquée dont nul bidasse n'a le souvenir, l'homme de base d'une colonne en défilé, ayant commis une erreur de marche au pas, se redonnerait la mesure en lui-même ("1 ! 2 !") et dirait à ses camarades : "au temps pour moi !", par référence au temps du solfège (cf. valse à trois temps). Ce qui n'est conforme ni à la langue musicale ni à la langue militaire ni au français courant. Ce n'est pas davantage plausible au regard du règlement militaire qui impose très strictement, et depuis toujours, le silence absolu dans les rangs - a fortiori aux bidasses qui commettent un impair ! La question est cependant toujours disputée. Ce qui est le propre des faux bruits à succès.

Ce faux bruit est entériné çà et là par de grands éditeurs lexicographiques qui ont sans doute été dispensés d'étudier le solfège puis exemptés de service militaire. En leur temps.

NDA : En musique comme en chorégraphie, on dit "sur le temps", et non "au temps", en précisant lequel (sur le temps fort, sur le temps faible, le temps précédent, le temps suivant, le premier, le deuxième, etc), sans quoi personne ne sait où se retrouver.

[Cet article a déjà été publié sur ce site le 19 mars 2009. Constatant que le débat se ravive, le comité éditorial de la Mission linguistique francophone remet l'article sur le dessus de la pile...]

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE