vendredi 26 octobre 2007

le gavage et la gravure


Certains graveurs industriels font preuve de beaucoup d'attachement à l'emploi du mot "gravage" (de DVD, de vitrages, etc). L'action de graver s'appelle pourtant la gravure.

Le gravage se trompe de suffixe. La langue française a choisi d'unifier ses beaux-arts par une même désinence : gravure, peinture, sculpture, architecture, et non gravage, peintage, sculptage et architectage. Les graveurs artisanaux ou industriels qui emploient cependant "gravage" donnent à cela une explication embarrassée : gravure ça fait trop artiste, gravage ça fait plus technique.

Cette crainte n'est pas fondée.

D'une part la désinence en -ure est fréquente dans les termes techniques (soudure, bouture, reliure, ferrure, dorure, etc). D'autre part, ni les entreprises de peinture de fuselage des avions ni celles de peinture en bâtiment n'ont éprouvé le besoin de créer le mot peintage pour faire plus technique. Et la célèbre marque au Bibendum parle bien de la sculpture de ses pneus, et non de leur "sculptage", sans se condamner à perdre ainsi son statut de leader mondial, ni craindre d'être confondu avec Jean-Raymond Michelin, sculpteur en pâte-à-sel...

La vérité est que l'instinct du mot juste tend à se diluer dans l'imprécision sans que les erreurs de vocabulaire soient scrupuleusement corrigées, comme le sont les erreurs d'orthographe, aussitôt que signalées. Ainsi le "gravage" (de CD) a-t-il été forgé par analogie irréfléchie avec pressage et marquage - termes corrects. En résultat, on obtient un mot inutile, plus proche du gavage que de la gravure.

samedi 20 octobre 2007

la technopole

Voilà vingt-cinq ans déjà que l'Académie française a tranché la question des technopoles. Le mot est féminin et s'écrit sans accent circonflexe sur le O : on doit dire et écrire une technopole. Le mot "technopôle" n'existe pas - si ce n'est en tant que faute de français appelée cuistrerie (étalage d'un faux savoir).

Sur le modèle de métropole, le terme technopole est formée à partir du grec polis, qui signifie ville, et non à partir du français pôle.

Il reste pourtant une importante proportion de maires et de directeurs de la communication qui vantent "un technopôle" au lieu d'une technopole. Constatant cette fixation sur l'idée de pôle, l'Académie française propose à ceux qui ne veulent pas d'une sobre technopole d'employer alors l'expression pôle de technologie.

Cette discorde entre technopole et technopôle n'aurait jamais eu lieu, sans doute, si les sons voyelles étaient correctement prononcés. Mais à l'heure où les professionnels de l'audiovisuel francophone ne font souvent aucune distinction entre poignet et poignée ni entre côte et cote, et prononcent "cette épaule" exactement comme "c'était Paul", comment demander au public et aux élus de distinguer technopôle et technopole ?

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mercredi 17 octobre 2007

les trois jalousies

Elle n'était plus de première jeunesse, mais toujours de première joliesse. Son amant l'adorait telle que l'âge l'avait faite. Hélas, selon le proverbe italien rapporté par Stendhal dans De l'amour : "Femme que jeunesse quitte, d'un rien se pique"... La jalousie de la dame était donc extrême.

Mais de quelle jalousie parlons-nous ? Le français, comme beaucoup de langues, ne dispose que d'un mot pour trois sentiments distincts. Voilà un terrain de jeu pour les mordus de néologismes. Ceux qui s'égarent souvent à encombrer la langue de création inutiles quand des mots clairs et distincts existent. Tandis que la jalousie n'est pas claire, et nous manquons de mots pour l'exprimer finement.

La femme qui est jalouse d'une inconnue parée de bijoux sublimes mais qui n'est pas sa rivale sentimentale n'éprouve pas le même sentiment que la femme trompée qui en conçoit de la jalousie. Et celle-là n'est pas exactement dans le même état d'esprit que la femme indûment jalouse d'un amant fidèle, auquel elle prête des attirances chimériques ou révolues. Et que dire de la distinction entre une jalousie virulente, exprimée avec force, et une jalousie muselée avec amour ? Les peuples qui vivent dans la neige éternelle ont vingt noms, paraît-il, pour exprimer les nuances de blanc. Le Français, querelleur et galant à la fois, très porté sur les choses de l'amour et toujours prêt à les accomplir avec art, pourrait bien avoir trois ou quatre mots pour ses jalousies, galantes ou non...

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