dimanche 17 février 2008

gestatrice pour autrui


L'expression mère porteuse est attachée historiquement à une pratique controversée - et même interdite dans la plupart des pays francophones : une grossesse rétribuée, expressément prévue pour donner naissance à un enfant qui ne sera pas élevé par la femme l'ayant porté en son sein.

La notion de mère porteuse, entachée de suspicion, cède maintenant la place à celle de gestatrice ou gestatrice pour autrui (GPA).

Applicable à des "mères porteuses" qui agiraient dans le respect de la loi et d'une éthique idéaliste, cette terminologie nouvelle va dans le sens de l'action de la Mission linguistique francophone en faveur de la (pro)création de néologismes bien portants et nécessaires. Et pour le renoncement volontaire aux néologismes mal formés et illégitimes (tels que consultance, traçabilité, attractivité, sécurisé, flexiprof, téléthon, fuiter, etc).

mercredi 13 février 2008

attractivité (sic)

Une agence de communication spécialisée dans l'édition d'entreprise a joint la note que voici à l'attention de son typographe : "Ne rien modifier dans ce texte, car il est conforme aux exigences du cahier des charges". Ah bon ? - s'est demandé le typographe, à la lecture du texte en question, intitulé "attractivité financière du parcours de soins" - le cahier des charges exige la présence de barbarismes dans les titres ?

L'emploi en français du faux ami anglais attractive, qui signifie séduisant, attrayant, a donné naissance dans certains esprits au néologisme "attractivité" [comme dans "attractivité touristique du Morbihan"] dont l'emploi est vivement déconseillé, voire prohibé. On peut s'inquiéter de constater que cette faute de français caractérisée s'épanouit actuellement sans complexes dans le discours technocratique français, y compris celui de certains organismes d'État. Débarrassée de sa difformité, "l'attractivité" (sic) c'est tout simplement l'attrait, la séduction, l'intérêt.

mardi 12 février 2008

remplir ou renseigner ?

On lit de plus en plus souvent cette injonction : "Renseignez le questionnaire".

Dans la langue dénaturée que pratiquent certaines administrations, cela signifie qu'il faut fournir les renseignements demandés.

Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc).

On lit aussi, de telles recommandations : "dans la première case, renseignez votre nom" (sic). La Mission linguistique francophone rappelle à ces rédacteurs administratifs en déroute - à qui il manque sans doute plus d'une case - qu'on indique son nom, on ne le "renseigne" pas. C'est la personne à qui vous indiquez votre nom que vous renseignez... Et non le questionnaire ni la case.

Dans le même esprit, il existe depuis peu une tendance à porter dans les cases non remplies d'un formulaire la mention "Non renseigné" au lieu de "Néant" ou "NC" ("Non communiqué") ou "Sans objet" ou NSP ("Ne sait pas") ou "À remplir". Cette tendance est absurde, pour les raisons expliquées ci-avant. Vous voilà renseignés.


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lundi 11 février 2008

raréfaction

Lisant scrupuleusement le texte de son prompteur, la présentatrice du journal de la mi-journée [11.02.2008, 12h] de l'une des chaînes nationales françaises évoque la "rarification" (sic) de certains coquillages.

La raréfaction des sujets d'inquiétude sur la mise à mal de notre langue par ceux qui devraient la faire vivre, elle, n'est pas en vue.


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jeudi 7 février 2008

ces maladies qui nous affectent

Nombre de professionnels de santé se hasardent à dire : "le patient développe telle maladie". Non, c'est la maladie qui se développe en lui. Le patient n'en peut mais.

Au prix du même abus de langage, certains professionnels français de l'information se sont hasardés ces jours-ci à s'exprimer ainsi : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". Hors contexte, comment comprendre une telle information ?

On pourrait penser que les malades en question sont angoissés à l'idée de déclarer à leur caisse d'assurance la survenue d'un mal ou la nature de ce mal : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". (Parce qu'elle est honteuse ? Parce qu'on va la leur facturer au prix fort ?)

En réalité, les journalistes qui s'expriment ainsi demandent une fois encore au public de tout remettre en ordre à leur place, de reformuler in petto ce vrac linguistique pour en extraire un sens conforme aux faits.

Traduit en français universellement intelligible, voici ce que ces professionnels de la presse parlée nationale française voulaient dire : "Les patients [traités à l'hormone de croissance] redoutent d'avoir contracté la maladie [de Creutzfeldt-Jakob]".

La Mission linguistique francophone rappelle que le malade contracte une maladie, ou en est atteint ; il ne la "déclare" pas. C'est la maladie qui se déclare chez le malade. Et parfois se développe.

Mais certains professionnels de l'information ne sont pas anxieux, eux, à l'idée d'intervertir publiquement sujet et complément, ni de choisir leurs verbes comme au hasard ; et peu leur importe que celui qu'ils piochent soit pronominal ou non.

Il y avait pourtant un verbe qui permettait d'associer étroitement la notion d'atteinte à la santé physique et celle d'atteinte au moral. Le verbe affecter : on craint d'être affecté d'une maladie, et cela nous affecte aussitôt...


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jeune couple homoparental

"Homoparental" et "homoparentalité" sont des néologismes formés par croisement de grec (homo) et de latin (parent), ce qui n'est pas recommandé en principe : mieux vaut polychrome (tout grec) et multicolore (tout latin) que polycolore et multichrome qui s'emmêlent les pinceaux. Mais là n'est pas le problème.

La Mission linguistique francophone a noté que les néologismes homoparental et homoparentalité étaient employés dans des sens incompatibles avec leur étymologie, donc incohérents avec la langue française.

En effet, homoparental est employé aux sens suivants : constitué de parents homosexuels (couple homoparental) ; sollicité ou accompli par un couple homosexuel (adoption homoparentale). Homoparentalité est employé pour désigner la condition parentale d'un couple homosexuel.

Or, le préfixe grec homo signifie de même nature, identique. Et non homosexuel. Les homonymes ont le même nom (ils n'ont pas un nom homosexuel), les homophones ont la même sonorité (et non une consonance homosexuelle), et ce qui est homogène a la même origine (et non une origine homosexuelle). Des individus homoparentaux ont donc les mêmes parents, et non des parents homosexuels ! Il en découle qu'un "couple homoparental" est un couple dont les deux éléments ont les mêmes parents, autrement dit un couple constitué d'une frère et d'une sœur (ou de deux sœurs ou de deux frères).

Cette tendance à oublier ce que signifie un préfixe, se retrouve dans l'affligeant "téléthon" - qui devrait signifier "thon lointain" puisque le préfixe télé signifie loin et que thon signifie thon. Au lieu de quoi, certains préfixes ou suffixes sont aujourd'hui employés avec un sens emprunté à l'un des mots qu'ils ont servi à former (télévisé, homosexuel, en l'occurrence) et non à leur hellénisme ou latinisme d'origine. Avec de tels raisonnements néologiques, un parachute vous protégerait des chutes de pluie (parapluie + chute).

L'adjectif homoparental, correctement utilisé, pourrait cependant avoir son utilité dans une société où se multiplient les familles recomposées. On pourrait alors préciser s'il s'agit de demi-frères et sœurs, ou d'enfants homoparentaux, c'est-à-dire ayant les mêmes parents.

Quant aux enfants élevés par un couple homosexuel, en attendant un néologisme intelligemment pensé - si besoin est - il suffit de les qualifier d'une courte périphrase. Sauf erreur, des enfants de parents roux sont des enfants de parents roux, et non les enfants d'un "couple coquinoparental" (du grec kokinos : rouge) !


[illustration : Cornelius KETEL, Double portrait de frère et sœur]
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samedi 2 février 2008

insécurité de la sécurité

En France, le discours ambiant de la première décennie du vingt et unième siècle est pétri de considérations sur la sécurité.

La Mission linguistique francophone constate qu'il en résulte des dérives lexicales malencontreuses. Si le vif succès du mot "insécurité" n'appelle pas de mise en garde, il n'en va pas de même pour emploi fautif des barbarismes "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation", actuellement omniprésents dans le vocabulaire des professionnels de la langue, et par suite, du public.

Les choses ne sont plus sûres, elles sont sécurisées.
Les biens et les personnes ne sont plus en sécurité, ils sont sécurisés.
Les inquiets ne sont plus rassurés, ils sont sécurisés.
Les faibles ne sont plus protégés, ils sont sécurisés.
Les périmètres dangereux pour notre sécurité ne sont plus interdits ni bouclés, ils sont sécurisés.
Les champs de mines ne sont plus déminés, ils sont sécurisés.
Les falaises, les voûtes, les murets qui menacent de s'écrouler ne sont plus consolidés ni étayés, ils sont sécurisés.
Les villes assiégées ne sont plus envahies ni conquises ni prises ni même défendues, comme elles l'étaient jadis ; les correspondants de guerre nous disent qu'elles sont maintenant "sécurisées" par l'assaillant - ou sécurisées par l'assiégé s'il se défend bien.

Bref, "Sécurisé/sécuriser" peuvent signifier tout et son contraire.

Mais cette vacuité de sens n'est pas leur moindre défaut. La Mission linguistique francophone rappelle que "sécuriser" et "sécurisé" sont des barbarismes dérivés d'une mauvaise traduction du verbe anglais "to secure" [signifiant "assurer", "rassurer", "rendre sûr", "garantir"].

Paradoxe ultime : aussi présent qu'il soit sous divers aspects déformés, le mot sécurité lui-même perd sa vigueur de jour en jour et vit dans la plus grande insécurité, menacé de disparition sous les coups lourds et gauches du barbarisme "sécurisation" (sic) - un synonyme illégitime dont abusent rédacteurs et locuteurs professionnels, tous secteurs confondus - organismes officiels compris.

Conclusion : "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation" sont à proscrire activement. La langue française dispose de tous les mots voulus et n'a nul besoin de ces néologismes parasites au sens vague, à l'origine défectueuse, nuisibles à sa clarté et à sa cohérence.

antonymes existants et inexistants

Il manque à notre langue des mots tout simples. Notamment certains antonymes [ces termes de sens opposé, comme joie et tristesse] qui restent à inventer.

Ainsi, l'exact antonyme de profond n'existe pas en français. Tandis que l'anglais peut opposer deep et shallow [dans une piscine, grand bain et petit bain se disent deep end et shallow end], le français s'en tire par des périphrases comme "peu profond" ou "pas profond". L'adjectif "superficiel" fonctionne comme antonyme de profond dans certains sens propres (une plaie superficielle) et certains sens figurés (un discours superficiel) ; mais au sens général, il ne convient pas : un bras de mer est profond ou peu profond, il n'est pas "superficiel".

Inversement, l'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature.

La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français.

La Mission linguistique francophone relève en effet que l'adjectif mûr est devenu minoritaire dans les médias écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Ce terme est impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie mûr et, par extension, adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque l'antonyme du mot mûr est le mot immature, l'antonyme du mot immature est le mot mûr. Sauf à admettre l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale...


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