lundi 31 mars 2008

cote à côte

Est-ce un jeu ? Le même journaliste d'une station de radio nationale française d'information en continu prononce "côtation" au lieu de "cotation" [en bourse], et "cottes bretonnes" au lieu de "côtes bretonnes". Ce professionnel de la langue parlée fait entendre un accent circonflexe là où il n'y en a pas, et omet de le prononcer là où il y en a un.

Ce tour de passe-passe dans une même bouche prouve que le prétexte de l'accent régional, censé rendre inapte à prononcer certains phonèmes, ne tient pas. Et qu'il s'agit tout simplement de fautes de phonétique non rectifiées, exactement comme il existe des fautes d'orthographe non corrigées.

Sans doute l'étude du grec - ou simplement une courte leçon sur l'alphabet grec - devrait-elle être introduite dans la formation des journalistes de l'audiovisuel. Ainsi ces professionnels de la parole apprendraient-ils que le son Ô fermé (comme dans "tôt" ou "beau") et le son O ouvert (comme dans "bol" ou "code") sont si peu interchangeables que les Grecs, en leur infinie sagesse, on éprouvé le besoin de dessiner deux voyelles différentes pour les exprimer : l'oméga [littéralement : "Ô grand"] et l'omicron [littéralement : "O petit”].

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dimanche 30 mars 2008

France Terme

La Mission linguistique francophone salue la mise en ligne du nouveau site d'aide au maniement du vocabulaire "France Terme".

Créé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture [français], ce site propose des outils (moteur de recherche lexicale, traduction automatique) et des contenus explicatifs facilitant la sélection et la compréhension des termes spécialisés, nouveaux ou non, dans tous les domaines.

mercredi 12 mars 2008

huissiers et huisserie

En vieux français, une porte était un huis. Tout ce qui concerne portes et fenêtres dans une construction s'appelle aujourd'hui encore huisserie.

Ici, la terminologie de l'architecture rejoint celle de la justice et de ses huissiers.

D'où vient ce nom d'huissiers de justice ? Non pas du fait qu'ils frappent à votre porte, avec des intentions parfois sévères - ni qu'ils vous dissuadent de jeter votre argent par les fenêtres - mais du fait que leur fonction première fut de garder l'entrée des tribunaux pour empêcher quiconque d'y écouter aux portes. Les huissiers protégeaient ainsi le secret des délibérations, derrière leurs portes fermées - en vieux français : leurs huis clos.

Cette mission de confiance supposait de tels mérites que, par édit de janvier 1691, le Premier huissier du parlement de Paris était anobli d'office.

Il existe en français d'autres huissiers que les huissiers de justice : les huissiers des finances publiques (autrefois huissiers du Trésor), dont le métier consiste à saisir les biens des contribuables étourdis ; et les huissiers tout court, également surnommés "aboyeurs", dont la fonction est d'annoncer les visiteurs des grands personnages (voir photo).

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mardi 11 mars 2008

au final (sic)


Le pire, le total, le gré, le départ - mots masculins - ont donné naissance en français à des locutions adverbiales construites avec au (au pire, au total, au gré, au départ). L'heure, la sauvette, la suite, la fin - mots féminins - ont donné naissance à des locutions adverbiales construites avec à ( à l'heure, à la sauvette, à la suite, à la fin).

Plutôt que d'aller chercher dans le grand coffre à jouets de la langue française ce qui s'y trouve déjà, certains bricolent depuis peu des bidules inutiles, comme "au final", oubliant que cela existe déjà au féminin : à la fin. Avec un à et non un au. Parce que la fin est féminine et non masculine.

Après avoir tué l'avenir [devenu le futur], finalement ils vont bien réussir à nous tuer aussi la fin.

PS : Ce qui est curieux, c'est que les amnésiques qui ont injecté cette anomalie dans la langue [le final n'existe pas, il n'existe que la finale ou le finale - avec un E à la fin (!), en souvenir de son origine italienne] se sont contentés de remplacer à la fin par au final, et ne sont pas allés jusqu'au bout de l'idée en remplaçant aussi à la suite par "au suivant", etc. Mais patience, tout arrive.


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le numéro un mondial


Les commentateurs sportifs francophones sont connus pour leurs multiples entorses à la langue française. Parfois, ils vont jusqu'à en déchirer les ligaments, comme dans l'expression "la numéro un mondiale" (sic).

Créée en France pour la joueuse de tennis Amélie Moresmo, cette expression fautive est maintenant appliquée sans relâche à toute championne du monde. Elle se décline à des échelons inférieurs ["la numéro un française", "la numéro un de notre club"] et dans d'autres secteurs que le sport [telle entreprise est "la numéro un mondiale"].

Cette coutume nouvelle viole une règle élémentaire de notre langue : un mot féminin doit avoir un article féminin [la femme et non le femme], un mot masculin exige un article masculin. Sans exception aucune.

Numéro
étant un mot masculin, nulle ne saurait être "une numéro" (sic). Pas même "une numéro mondial". Moins encore "une numéro mondiale"... puisqu'une seconde règle est ici violée : l'obligation d'accorder le substantif [un numéro] et son qualificatif [mondiale] !

Les observateurs de la Mission linguistique francophone constatent que cette faute échappe à la vigilance des rédacteurs en chef des grands supports de presse. À tel point que Le Monde 2 [26.01.2008, pp 34 et 35] peut imprimer ceci, en gros caractères : "Claire Leroy, barreuse cérébrale (détrône) la numéro un mondiale". Si la championne est cérébrale, la correctrice, elle, est distraite...

lundi 10 mars 2008

lettre ouverte aux sites de recrutement

Constatant un entêtement dans l'erreur qui frappe tous les sites français de recrutement sur Internet quant à l'usage du verbe postuler, une directrice des ressources humaines a adressé le courriel suivant à l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) et nous en a transmis copie. La réponse se fait attendre.

Bonjour.

On ne peut pas "postuler "à" une offre", puisque le verbe "postuler" signifie "demander", et puisqu'il est transitif direct : on postule un emploi, on ne postule pas "à" un emploi. Quant à "postuler une offre d'emploi", ça n'a pas de sens ; ou plutôt un sens absurde : "demander une offre d'emploi" !

En tant que DRH, j'écarte TOUTES les candidatures de Responsables de la communication, Attaché(e)s de presse ou stagiaires en communication qui "postulent à une offre", car cela trahit une trop grande faille dans la maîtrise de notre langue.

Pourquoi l'APEC s'obstine-t-elle à propager une faute de français qui sème le trouble dans l'esprit des candidats aux compétences rédactionnelles vacillantes ?

Ce mystère mérite éclaircissement.

[NDE : Le fait que, depuis très peu de temps, cette faute soit entérinée par certains dictionnaires (en quête de nouveautés douteuses pour "actualiser" leurs éditions successives) déconsidère les lexicographes en question mais ne légitime pas l'emploi de ce verbe dans un sens qu'il n'a jamais eu depuis son invention (XIVe siècle).]


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dimanche 9 mars 2008

motif utile ou motif futile ?

Certains s'interrogent sur l'utilité de prononcer clairement en français les consonnes redoublées : immobile, immense, immature, immoral, allusion, illogique, etc.

Si un professionnel de la parole dit [i-mobile] ou [i-mense] au lieu de [im-mobile] ou [im-mense], tout le monde le comprendra. De même pour ilogique, imature, alusion, imoral, etc. Au nom de quoi, nombre de locuteurs francophones perdent graduellement l'habitude de redoubler les consonnes, préférant l'économie d'effort articulatoire à la clarté de leur diction.

Cette habitude de paresse s'étend à la prononciation de deux sons consonnes identiques qui se trouvent en contact en fin et en début de mots (baobab brûlé, par exemple). Certes, il est rare de parler de baobab brûlé, de clam magnifique, de lac clinquant, ou de cap pitoyable... Mais quand un comédien prononce "motif utile" au lieu de "motif futile" - parce qu'il estime futile de redoubler le son F - la langue française s'obscurcit.

La Mission linguistique francophone rappelle quotidiennement aux professionnels de la parole l'importance de la phonétique pour l'intelligibilité des messages qu'ils délivrent.