jeudi 29 mai 2008

de l'enfance à l'enfonce

Après l'éviction du son " -ê- " en fin de mots, remplacé par le son " -é- " (sifflet devenant sifflé), et la perte de distinction entre le " -o- " ouvert (o de bol) et " -Ô- " fermé (o de beau), le style oratoire médiatique de France nous apporte maintenant la mutation du son " -en- " en son " -on- ". Dans la bouche de Fabienne Sintes (Radio France), par exemple, enfance devient on fonce ; pente devient ponte ; l'attente devient la tonte, etc.

Pour comprendre ce phénomène, il faut savoir que la prononciation de la nasale " -on- " demande un tout petit peu moins de travail musculaire que la prononciation de la nasale
" -en- ". L'économie d'effort est certes négligeable, mais elle suffit au mieux-être des orateurs négligents...

Dans le cadre du Mois de la phonétique, la Mission linguistique francophone met des répétiteurs et orthophonistes bénévoles à la disposition des animateurs, présentateurs et journalistes des médias audiovisuels francophones, pour les aider à endiguer cette tendance nuisible à la compréhension du français parlé, et donc à la vitalité de notre langue.


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mercredi 28 mai 2008

tueur sériel

Souvent, le français souffre de traductions de l'anglais trop analogiques. Ainsi l'anglais crime scene traduit par scène de crime, alors que le français a toujours parlé de lieux du crime. Ou bien l'anglais the future traduit par le futur alors qu'il s'agit de l'avenir.

Dans le cas de serial killer, c'est bizarrement le contraire qui s'est produit. En France, sinon dans tous les pays francophones, l'habitude a été prise de traduire cette désignation par tueur en série, alors que l'adjectif sériel existe.

La Mission linguistique francophone recommande l'utilisation du mot sériel pour traduire l'anglais serial, non seulement dans le cas de la musique sérielle mais aussi dans le cas des criminels multirécidivistes considérés comme tueurs sériels.

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dimanche 25 mai 2008

maximal et minimum

Le français a créé depuis plusieurs siècles les adjectifs maximal, minimal et optimal pour qualifier ce qui constitue un maximum, un minimum ou un optimum.

Pourtant, certains lexicographes - dont quelques uns au sein même de l'Académie française - éprouvent une réticence inexplicable à reconnaître pleinement l'existence de ces adjectifs, et à cesser donc de promouvoir l'emploi des substantifs maximum, minimum et optimum comme adjectifs, au détriment de maximal, minimal et optimal (que tout le monde reconnaît ne pas être des substantifs mais uniquement des adjectifs).

Cette obstination est alimentée par l'anglomanie, puisque maximal se dit en anglais maximum. La Mission linguistique francophone se distingue par son absence d'anglophobie lexicale. Mais elle se distingue surtout par son action en faveur de la clarification et de l'intelligente modernisation des langues - en l'occurrence, le français. Réserver aux mots français minimal, maximal et optimal la fonction adjective, et à minimum, maximum et optimum la fonction substantive, ne contribuerait-il pas à cette clarification ?

lundi 19 mai 2008

juin, mois de la phonétique

La Mission linguistique francophone lance une campagne d'information des dirigeants de chaînes de télévision et stations de radio françaises sur les problèmes de phonétique qui entachent la diction des professionnels de la parole donnés à entendre sur leurs antennes.

Ces fautes de prononciation - puisqu'il faut bien les appeler par leur nom - se répercutent dans le public et altèrent pesamment la langue courante. À l'approche des grandes vacances, il paraît opportun de permettre aux francophones de France ou de passage en France (tels les étudiants étrangers en séjour linguistique), de baigner dans un environnement sonore plus cohérent et plus clair. C'est pourquoi nous menons cette action pendant le mois de juin, déclaré "Mois de la phonétique" chez les professionnels des médias parlés ; à charge pour eux de mettre un point d'honneur à favoriser ensuite l'apprentissage sonore du français durant tout l'été. Et tout le reste des années, si possible...

En 2008, le travers le plus criant est la tendance à la disparition du son Ê, remplacé par le son É [ cliquer sur la voyelle soulignée pour entendre sa prononciation correcte]. Cette substitution affecte les fins de mots (elle voulez au lieu de elle voulait) et les mots monosyllabiques (dé l'aube au lieu de dès l'aube, sécant au lieu de c'est quand, cé vré au lieu de c'est vrai) ; c'est ainsi que l'on nous annonce que tel sportif est arrivé dans l'étang au lieu de dans les temps...

Les autres fautes de prononciation sur lesquelles nous attirons particulièrement l'attention des locuteurs professionnels, cette année, sont : la confusion entre les sons O ouvert et Ô fermé, dans les deux sens (rodeur au lieu de rôdeur ; prôchain au lieu de prochain) ; la confusion entre les sons EU fermés (comme dans peu) et les sons ŒU ouverts (comme dans peur), d'où il résulte une négligence dans la distinction entre cela et ceux-là, entre deux mains et demain, etc ; l'oubli de liaisons ordinaires (quand't'il pleut, deux'z'euros, trois cents'z'autres, de vrais'z'enfants, c'est-t'à-dire, etc).

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mercredi 14 mai 2008

les graves accidents graves de la RATP

Dans son Journal atrabilaire, Jean Clair a immortalisé les sévices que les annonces sonores de la RATP font quotidiennement subir à la langue française, directement dans les oreilles des millions d'usagers du métro parisien. Ces fautes sont tellement lourdes qu'elles font grimacer ou sourire certains voyageurs... Mais la plupart d'entre eux prennent au contraire les messages publics de la RATP pour modèles, supposant - bien à tort - que la direction de la communication de cette entreprise de service public met un point d'honneur à les formuler dans un français impeccable.

On remarque que la RATP aime les circonlocutions, mais se prend facilement les pieds dans le tapis (roulant ?) de la syntaxe ou du style.

Elle ne dit pas "suicide" ni "tentative de suicide", elle dit "accident grave de voyageur". On peut comprendre son souci de ne pas appeler un suicide par son nom afin de ne pas heurter les âmes sensibles. Mais on peut moins s'accommoder de cette obstination dans le désordre des mots. Car chacun sait ou devrait savoir que dans pareil cas, le complément de nom et le nom qu'il complète ne doivent pas être séparés par un adjectif. Par exemple, si une maison de campagne [nom maison + complément de nom de campagne] est grande [adjectif], on doit placer ce qualificatif devant le nom qu'il qualifie, pour laisser ensuite le nom s'accoler directement à son complément de nom. Ce qui donne une "grande maison de campagne". Et non une "maison grande de campagne". On peut aussi rejeter l'adjectif après le complément de nom : on dira en français "un chef de service compétent" et non "un chef compétent de service".

C'est incontestable. Mais à la RATP, on le conteste puisqu'on préfère dire (et écrire) "un accident grave de voyageur" plutôt que "un grave accident de voyageur". Sans doute les responsables de la communication de cette estimable entreprise disent-ils aussi "une robe petite d'été" et non "une petite robe d'été"... À moins qu'ils s'expriment normalement dans la vraie vie, mais traitent avec négligence la qualité linguistique des messages qu'ils formulent à titre professionnel.

On peut craindre, hélas, que la seconde hypothèse soit la bonne. En atteste le silence de plomb qui - en fait d'annonces sonores - répond aux mises en garde bienveillantes de la Mission linguistique francophone à ce propos.

En atteste aussi la création de cette notion "d'accident de voyageur", qui est intrinsèquement contraire à l'usage francophone. En effet, en français, on qualifie un accident par l'objet ou l'activité qui en est la cause et non par le qualité de la victime ! On évoque un accident de ski ou un accident de voiture, et non un accident de skieur ni un accident d'automobiliste. Et quand un bébé se blesse à la maison, c'est un accident domestique et non un accident de bébé. Mais dans le réseau souterrain de la RATP, quand un voyageur se blesse ce n'est pas un accident de métro, c'est un accident de voyageur. Et toc, bien fait pour lui.

Car cette autre faute de français est moins irréfléchie qu'il n'y paraît. C'est le procédé peu glorieux mis au point par la RATP pour dégager publiquement sa responsabilité dans tout accident survenu à ses voyageurs, candidats au suicide ou non, et dans tout retard ainsi causé aux voyageurs non accidentés.  Il s'agit de disculper le transporteur et d'incriminer explicitement la victime transportée, en sa qualité de fauteur d'accident et non de victime d'un accident. Une formule inélégante dans le fond et dans la forme.

vendredi 2 mai 2008

l'avenir est-il passé (de mode) ?

Le contraire du passé, en français, c'est l'avenir.

Mais une langue vivante est vulnérable par nature. Et certains de ses mots les plus nécessaires peuvent mourir sous les coups de l'ignorance. La Mission linguistique francophone constate qu'une forte majorité de professionnels de la langue ignore désormais l'existence de l'avenir, et notamment du proche avenir, obstinément appelé "le futur proche", sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais [en anglais, l'avenir se dit "the future" ; et "dans un proche avenir" se dit "in the near future"].

Si rien n'est fait pour remédier à cette ignorance galopante, bientôt le mot avenir ne sera qu'un lointain souvenir...