mardi 11 novembre 2008

les publics et les personnels

La langue syndicale et celle du tourisme sont tombées tacitement d'accord pour imposer peu à peu dans le discours des pluriels vains.
En France, plus un musée ne reçoit le public. Tous reçoivent désormais les publics. Cette habitude de morceler en un pluriel superflu un terme désignant un groupe composite est récente dans le secteur du tourisme et de la culture, mais déjà ancienne dans le vocabulaire de l'entreprise. C'est peu après mai 1968 que les Directeurs du personnel se sont trouvés confrontés aux revendications des personnels. Sans doute parce que ce n'étaient pas les mêmes délégués du personnel qui défendaient les intérêts des cadres et ceux des ouvriers, des fraiseurs et des comptables, etc.
Dans le cas de la culture et du tourisme, la justification avancée par les promoteurs de cette mode de l'accueil des publics est la suivante : les handicapés (pardon : "les personnes en situation de handicap") ne sont pas le même public que les valides ; et les enfants (pardon "les scolaires") sont un autre public que les adolescents, les bébés ou les adultes, eux-mêmes dignes d'être subdivisés en séniors, actifs, chômeurs, journalistes, enseignants, touristes, chercheurs, membres de comités d'entreprise, militaires, fonctionnaires civils. Et parmi les fonctionnaires civils, n'oublions pas de distinguer le public purement composé d'employés territoriaux et le public regroupant exclusivement des membres de la fonction publique d'État... Comme si toutes ces composantes n'étaient pas unifiées par un même statut : celui de visiteur actuel ou potentiel. Celui de membres du public, dans toute son inéluctable diversité.

"Les publics", "les personnels" : la préciosité et le dogmatisme s'allient ici pour nier l'existence en français d'un singulier général. Celui grâce auquel nous aimons le bon vin, allons faire bronzette en été et voyageons par le train. Alors qu'il existe certes une multitude de bons vins, plus d'un été dans nos vies et plus d'un train dans nos voyages.

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mercredi 5 novembre 2008

châteaux de cartes

Bryan Berg est un bâtisseur professionnel de châteaux de cartes. Il en fait spectacle et, selon la règle de ce passe-temps, n'utilise pour cela que de véritables cartes à jouer, sans colle ni attaches. À force d'habileté, de patience et d'absence de courants d'air, il est parvenu à établir un record du monde dans cette activité, avec un gratte-ciel haut de 7,81 m, bâti en 44 jours au moyen de 255 kilos de cartes à jouer. En anglais, Il existe un mot pour définir celui qui s'adonne à la construction de châteaux de cartes ; c'est un cardstacker. Littéralement, un empileur de cartes. La notion n'est pas absente de notre culture, mais le français n'a pas de mot pour désigner ces "empileurs". Reste à en choisir ou en forger un.

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