jeudi 10 décembre 2009

d'accord OK ça marche (y'a pas d'souci)

Une nette dévalorisation du mot OUI, voilà la note singulière sur laquelle l'année 2009 s'est achevée en Europe francophone.

La Mission linguistique francophone a constaté le succès fulgurant d'une nouvelle manière d'acquiescer : il s'agit de répondre que "ça marche". Dans des contextes où notre langue emploie d'ordinaire les multiséculaires "oui", "entendu" ou "d'accord", la tendance est à répondre maintenant "ça marche". Cet usage semble issu des métiers de la restauration. "- Une choucroute et deux truites aux amandes !" lançait le serveur ; "- Ça marche !" lui répondait-on en cuisine.

Cette vogue n'éclipse pas le très international "OK", mais s'y joint plutôt. Le couple "OK ça marche" est particulièrement prisé. Fin 2009, plus d'un locuteur sur neuf avait même pris le pli de remplacer "oui", "entendu" ou "d'accord" par la triple brochette, servie d'une traite : "d'accord OK ça marche". Et il n'est pas rare d'entendre ajouter encore, avant ou après tout ça : "y'a pas d'souci", et éventuellement : "on fait comme ça". Qu'une telle surcharge de syllabes et de phrases toutes faites soit devenue nécessaire pour exprimer son approbation est le signe que, sur le plan du langage, ça ne marche pas tant que ça... et qu'il commence à y avoir un souci.

vendredi 20 novembre 2009

guérillas et guérilleros

La presse francophone regorge de ce genre de titres : "La guérilla refuse de libérer les otages". Or, ce n'est pas la guérilla qui refuse, ce sont les guérilleros.

Ceux qui emploient guérilla au lieu de guérilleros diront qu'ils s'expriment par métonymie. C'est vrai, et c'est faux. C'est vrai car ils emploient le mot qui désigne une situation pour évoquer ceux qui en sont les acteurs. Mais c'est faux car il s'agit en fait - une fois encore - d'un anglicisme.

Guérilla vient certes de l'espagnol guerrilla (petite guerre), et non de l'anglais. Mais en anglais, guerilleros se dit guerrillas. Des dépêches de presse anglophones mal traduites ont fait le reste : "The Guerrillas Surrender" ("Les guérilleros se rendent") a été traduit par "La guérilla se rend". Les journalistes puis les politiciens ont repris cette faute à leur compte sans états d'âmes.

Car il s'agit bien d'une faute de traduction et non d'une honorable métonymie. La meilleure preuve, c'est que cette substitution guérilleros/guérilla n'est jamais effectuée pour l'équivalent soldats/guerre. Nul n'écrit ni ne dit "3 451 guerres sont mortes en Irak" au lieu de "3 451 soldats sont morts en Irak"... En tout cas, la Mission linguistique francophone n'a rien constaté de tel.

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samedi 7 novembre 2009

compte bancaire

Cette entente n'est malheureusement pas illicite, mais on jurerait que les grandes banques françaises se sont entendues pour que leur langue commerciale se fasse plus bête qu'elle n'est.
Autrefois, le titulaire d'un compte bancaire (substantif + adjectif) avait un numéro de compte (complément de nom correctement formé). Il a désormais un numéro client (sic) et un compte client (re-sic). Le mot client n'étant pas un adjectif, ces deux formules sont ce qu'on appelle couramment du charabia et savamment une parataxe. Quel que soit le nom qu'on leur donne, ce sont des fautes qui abrutissent le client. Ou le tiennent déjà pour un abruti, un assoifé de flagornerie commerciale auquel il faut rappeler que son compte est celui d'un client (on se doute que ce n'est pas celui d'un étranger à la banque...) et que le numéro qu'on lui demande, on le lui demande en tant que client bien-aimé.
Qui cela gêne-t-il ? Ceux qui préfèreraient que leur banque s'adresse à eux dans un français respectueux des règles les plus élémentaires de la langue commune. Ce français intelligible par tous, dans lequel un substantif est qualifié par un adjectif qualificatif ; où l'on parle donc d'un compte bancaire et non d'un compte banque ni d'un "compte client".
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samedi 10 octobre 2009

succès : un pays disparaît


C'est avec un vif plaisir que nous avons vu aboutir ce mois-ci notre longue action auprès de l'État français pour le renoncement à l'emploi du terme "pays" quand il s'agit de désigner un échelon administratif autre que l'échelon national.

L'emploi du mot "pays" pour dénommer un petit ensemble de communes a son charme dans la langue courante : le Pays d'Auge, le Pays de Montbéliard sont des expressions qui remontent aux temps anciens où "rentrer au pays", c'était revenir dans son village. Mais au cours des années 1990, diverses administrations territoriales ont créé des structures intercommunales solidaires ; emportées par un passéisme irréfléchi, elles se sont mises en tête de les baptiser pays. Officiellement adoptée en 1995 - et sans relâche combattue depuis par nos soins - cette nouvelle acception administrative du mot "pays" créait indiscutablement une confusion entre un échelon territorial constitué par quelques communes, et l'échelon national constitué par toutes les communes d'une même nation, sans exception. La France, avons-nous objecté, est le seul pays qui puisse exister administrativement en France. Cela semblait une évidence. Il a pourtant fallu quatorze ans à cette évidence pour être reconnue.

Nous avons fait valoir que deux niveaux hiérarchiques ne pouvaient pas être homonymes sans créer une confusion publique permanente, et une incohérence lexicale qui compliquait inutilement notre langue. Comme si le terme rez-de-chaussée désignait indistinctement, dans un immeuble, le niveau sur rue ou le sixième étage...

Pendant plus de dix ans, notre objection a fait sourire ou agacé. Elle vient d'être entendue, et la raison a repris ces droits : sur le plan administratif, le pays c'est la nation et rien d'autre. La réunion de quelques communes autour de la plus imposante d'entre elles, à un échelon inférieur à celui du département, s'appelle désormais officiellement une métropole.

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mercredi 7 octobre 2009

jeu pense donc jeu suit

Dans une chanson très justement intitulée Droit à l'erreur, l'exquise chanteuse francophone Amel Bent nous apprend ceci : "J'ai deux vents moi un mur qui m'empêche d'avancer" ; après quoi elle ajoute : "et jeu suit là pour peindre un condamné." En fait, quand Amel Bent prononce "deux vents mois", il faut comprendre "devant moi" (avec un e ouvert comme dans peur et non e fermé comme dans peu). Et quand elle articule "jeu suit", il faut comprendre "je suis". Mais pour cette jeune femme comme pour des centaines de milliers d'autres professionnels de la communication verbale de langue française, la phonétique n'est pas une dimension pertinente du langage, et la prononciation exacte est un soin inutile. À tel point qu'Amel Bent n'est en réalité même pas là pour "peindre" un condamné, mais pour le "pendre". Ou pour le "pondre" ? Allez savoir.

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jeudi 27 août 2009

taxer de

Accuser ou soupçonner quelqu'un d'une erreur, d'une faiblesse ou d'un défaut. Tel est le seul sens de la locution "taxer de". Cette signification échappe manifestement aux rédacteurs et orateurs professionnels qui emploient "taxé de" suivi d'un adjectif au lieu d'un substantif ("elle est taxée de laxiste" au lieu de "elle est taxée de laxisme"). Sans doute confondent-ils taxer de [+ susbstantif] et traiter de [+ adjectif].

Il convient de taxer ces orateurs ou rédacteurs professionnels d'incompétence ou d'approximation, et non de les "taxer d'incompétents" (sic)... ni de les traiter d'ânes bâtés. Bien sûr, il convient surtout de ne pas les imiter. Sous peine d'être taxés de suivisme et d'inculture.

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lundi 17 août 2009

relation client et taxe carbone


Un directeur commercial dont nous tairons charitablement le nom se plaît à disserter sur "La relation client et la connaissance client".
Cette vogue sans doute irréversible de l'expression "relation client" (et tous ses dérivés) consterne les gens qui sont passés par l'école maternelle, le collège puis le lycée, sans aller ensuite se fourvoyer dans une école de commerce, où l'on désapprend, point par point, et avec beaucoup de détermination semble-t-il, les fondements de la langue française.
Le jour où tout le monde accolera ainsi les mots à la façon des "relation client" et "taxe carbone", c'est-à-dire sans lien syntaxique, on verra éclore des "robes mariée" [robes de mariée], "jardins plantes" [jardins botaniques, jardins des plantes], "chefs service" [chefs de service], "directeurs argent" [directeurs financiers], etc. On en frétille d'impatience.

jeudi 13 août 2009

bientraitance


La Mission linguistique francophone constate l'expansion du néologisme bientraitance, employé dans l'univers de l'action sanitaire et sociale comme antonyme de maltraitance.
Cette création peut incommoder par son parfum technocratique ou surprendre par sa nouveauté, mais elle est irréprochable sur le plan étymologique et sémantique. Autrement dit, elle est bien construite et son sens n'est ni incohérent ni obscur. Maltraitance et bientraitance s'inscrivent dans la lignée de bienfaisance et malfaisance. Faire le bien et faire le mal ; traiter bien et traiter mal.
Pour confirmer sa légitimité, il reste aux francophones à assurer la vitalité de ce terme dans notre langue, en veillant à ce que son emploi ne soit pas à la fois accaparé et restreint par le secteur sanitaire et social, comme l'est depuis quelques années l'adjectif durable par le discours environnemental.

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vendredi 7 août 2009

le cdt cordial



En français les trois lettres Cdt sont l'abréviation du mot Commandant. Ou - tout en capitales : CDT - le sigle des comités départementaux du tourisme.

Il existe pourtant des correspondants par voie de courriels, nullement titulaires du grade de commandant, qui vous terminent leurs messages par les trois lettres "cdt". En réalité, ils ignorent les usages protocolaires de base et entendent par là vous saluer cordialement. Mais ils pourraient aussi bien vous tirer la langue ou vous faire un bras d'honneur. Car si l'on n'est pas cordial au point de prendre la peine d'écrire en toutes lettres une formule de politesse déjà concise à l'extrême, alors on ne l'est pas du tout.


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samedi 11 juillet 2009

les nouveux Incroyables

À la fin du dix-huitième siècle, il y eut en France des excentriques des deux sexes qui se plaisaient à ne pas prononcer la consonne R. On les appelait les Incroyables ["Inc'oyables"] et les Merveilleuses ["Me'veilleuses"]. Cette toquade phonétique dura dix ans et passa de mode.

La fin du vingtième siècle a vu apparaître de nouveaux Incroyables qui se plaisent, eux, à ne pas prononcer le son Ê en fin de mot [comme à la fin de sifflet] et le transforment en son É [comme à la fin de sifflez]. Vingt ans après, leur toquade dure encore et s'amplifie même.

Ces partisans de la transformation du son Ê terminal se comptent aujourd'hui par millions [1]. Ils revendiquent d'être sont sourds à la musique des phonèmes francophones. À les entendre, leur langue n'est pas le français mais le francé (sic). Ils nous racontent ce qu'ils faisez (sic) au lieu de ce qu'ils faisaient ; entre la main et l'avant-bras, ils ont des poignées au lieu de poignets ; ils connaissent des violonistes qui ont un joli coup d'archer et non d'archet ; ils ne font pas le guet mais le gué. Et bien sûr, ils boivent ensemble du "lé", breuvage merveilleux entre tous, qui a fait disparaître le lait de leur propos sinon de leur alimentation...

Ces nouveaux Incroyables n'ont pas encore attaqué le son Ê en début ni en milieu de mot. Ils ne disent pas égle au lieu de aigle ni biére au lieu de bière. Leur maniérisme ne s'attaque qu'aux désinences, aux sons finissants, comme le chacal ne s'attaque qu'aux bêtes fragilisées traînant à la queue du troupeau.

[1] Dont un Président de la République française en retraite, connu pour avoir souvent déclaré "je veux laper dans le monde", au lieu de "je veux la paix dans le monde".
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dimanche 21 juin 2009

le dadais et la dadette

C'est l'histoire (très courte) d'une présentatrice de l'audiovisuel public qui, sans rire, nous parle d'une "grande dadette".

Moralité : les fautes d'orthographe peuvent s'entendre même quand on n'écrit pas. Et la plus "dadette" des deux n'est peut-être pas celle qu'on croit.

En fait, il n'existe pas de féminin pour le mot dadais [garçon gauche, au maintien embarrassé], dont l'étymologie serait une onomatopée enfantine. Pour une fois que le vocabulaire n'est péjoratif qu'envers les gars, quelle idée d'en faire profiter les filles ? Écartant donc l'irrecevable "dadette", notre chère présentatrice avait à sa disposition godiche, bécasse, gourde, cruche, nigaude, bringue, etc. Ou, bien sûr, le néologisme "grande dadaise", si le désir de fournir un peu de compagnie féminine aux grands et malheureux dadais la taraudait.

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vendredi 19 juin 2009

des monts ou démons ?

Le français de France a subi ces quinze dernières années une évolution phonétique alarmante : la quasi disparition du son "ê" en fin de mot ou dans les mots monosyllabiques. C'est ainsi que  la baie des Anges [avec impérativement deux sons "ê" comme dans fête] devient l'abbé Dézange [avec, par inattention ou par caprice, deux sons "é" comme dans été à la place des deux sons "ê" comme dans fête].

Cette disparition, constatée sur la langue et dans l'esprit des récitants de la presse parlée de France, s'étend immanquablement aux autres locuteurs professionnels (comédiens, politiciens, enseignants, etc) et par conséquent, au public francophone de France tout entier.

On remarque notamment que les articles pluriel "les" et "des" (à prononcer "" et "") sont généralement prononcés, depuis peu, " lé " et " dé ", dans les journaux d'information parlée. Il en résulte non seulement une perte de saveur musicale mais des énigmes. Lorsqu'un journaliste de télévision français prononce "départ de la société" il faut peut-être comprendre "des parts de la société" - ou peut-être pas. Quand il prononce "désespoir", il faut peut-être comprendre en réalité "des espoirs" - ou peut-être pas. Bref, il faut jouer aux devinettes avec l'information parce que les locuteurs de métier jouent à cache-cache avec la prononciation.

Si ce travers s'installait dans la langue française et s'y officialisait, si cette nouvelle norme s'imposait donc à tous les utilisateurs de la langue française, l'enseignement de la lecture s'en compliquerait grandement, avec cette nouvelle règle : "Les sons ê se prononcent é en fin de mots et dans les mots monosyllabiques, et se prononcent ê dans les autres cas, sauf exceptions". Obliger les enfants à écrire il/elle aimait et vous aimez quand tout cela se prononcera officiellement il/elle/vous aimé deviendra aussi cruel qu'inepte.

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mercredi 10 juin 2009

prêt et emprunt immobiliers

"Pour l'achat de votre maison, vous ferez un prêt ?" - demandent les agents immobiliers et promoteurs à leurs acheteurs. La réponse à cette question doit toujours être négative. Car, c'est l'établissement de crédit qui "fera" éventuellement un prêt à l'acheteur. L'acheteur, lui, fera un emprunt. Ou une demande de crédit. Quant au prêt, il n'en "fera" pas, mais il en demandera ou en sollicitera un.

Une langue professionnelle dans laquelle les verbes faire et demander sont synonymes est déjà bâtie sur le toc plutôt que sur le roc. Mais quand des antonymes - tels prêt et emprunt - sont considérés comme synonymes, alors le langage parlé est en ruines.

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mercredi 13 mai 2009

dédier

L'action décrite par le verbe dédier possède en français une valeur d'hommage. Dédier une sonate à sa bien-aimée, c'est lui faire symboliquement don de cette composition pour louer ses sublimes qualités.

De même, dédier une conférence à Beethoven, c'est affirmer vouloir honorer la mémoire de Beethoven par le contenu de cette conférence. Ce n'est pas simplement donner une conférence sur Beethoven. Pour cela, on dira que l'on consacre une conférence à Beethoven. Mais on peut donner une conférence sur les répercussions psychologiques de la surdité chez les musiciens, et la dédier à Beethoven.

Hélas, cette claire et forte distinction de sens tend à se perdre dans l'esprit des professionnels de la communication. Ils propagent dans le public des titres comme "site internet dédié aux étudiants en droit", alors qu'un tel site est en fait destiné aux étudiants en droit, voire réservé aux étudiants en droit. Mais certainement pas "dédié" à la mémoire de ces braves potaches...

Certains dictionnaires ne craignent pourtant pas d'entériner cette bévue sans la mise en garde qui s'impose : l'usage de dédié au sens de destiné, consacré, réservé est défectueux car il appauvrit le sens et l'obscurcit ; cette impropriété de terme s'est infiltrée dans la langue française au gré de mauvaises traductions du faux-ami anglais to dedicate qui signifie consacrer, réserver, destiner, (se) dévouer, affecter, allouer, et parfois dédier.

vendredi 8 mai 2009

serrez à gauche, restez à droite

Les systèmes de guidage satellitaires embarqués dans nos véhicules, connus sous le sigle GPS, nous parlent bien mal. Une fois encore, la faute en revient à des industriels qui tiennent pour négligeable le travail de traduction, et laissent ce soin à leurs ingénieurs, à leurs commerciaux, à leurs juristes, à n'importe qui sauf à des traducteurs de métier. A moins qu'ils aient recours à de piètres traducteurs de métier.

Quoi qu'il en soit, les GPS parlants sont en train d'instiller un virus nouveau dans la langue française : la traduction mot à mot de l'anglais "keep right, keep left" par "gardez la droite, gardez la gauche" (sic).

Or, en français normal, en français non robotisé ni lobotomisé, "keep left" se dit "serrez à gauche", ou "restez à gauche", ou encore "roulez à gauche". Mais jamais "gardez la gauche"...
Jamais ? La Mission linguistique francophone prévoit au contraire que cet anglicisme va faire tache d'huile et que bientôt s'exprimer autrement qu'un GPS d'importation semblera étrange et suranné. Vous direz au conducteur "reste sur la file de gauche", et l'on vous trouvera bizarre.

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mercredi 6 mai 2009

subjonctifs imparfaits

L'imparfait du subjonctif [...si j'avais un tel nez, Il faudrait sur- le-champ que je me l'amputasse !] a fini par prêter à sourire.

Aujourd'hui, c'est le présent du subjonctif qui prête à rire jaune, par sa disparition dans la bouche de nombreux journalistes de la presse parlée - chaînes et stations de l'audiovisuel public comprises. Une phrase comme "Il est probable que le Président vient ce soir" n'alarme ni le journaliste qui l'a écrite ni celui qui la prononce à l'antenne, d'heure en heure, ni son ingénieur du son, ni le réalisateur du journal d'information ni son rédacteur-en-chef.

Elle alarme pourtant les francophones qui n'ignorent pas que leur langue exige ici, soit un futur de l'indicatif ["il est probable qu'il viendra"], soit un présent du subjonctif ["il est probable qu'il vienne"]. La première solution est plus affirmative, la seconde plus dubitative. Toute autre solution est fautive.


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anacoluthe

"Anacoluthe !" est un insulte chère au Capitaine Haddock. C'est aussi un terme de linguistique désignant une acrobatie grammaticale hasardeuse : une rupture logique dans la construction de la phrase.

Une anacoluthe fréquente dans les médias consiste à rompre le lien logique entre le pronom et le nom. Un pronom personnel pluriel est employé à tort pour renvoyer à un nom singulier : "Le couple McCann et leurs trois enfants" est une anacoluthe de ce type. C'est bien sûr "le couple McCann et ses trois enfants" qu'il faut dire, ou bien "les époux McCann et leurs trois enfants".

Rappelons ici aux professionnels de la langue que les substantifs singuliers exigent en français un pronom singulier, même s'ils évoquent un ensemble d'éléments, comme : le groupe, le couple, la famille, l'équipe, le gouvernement, etc.

L'anglais raisonne différemment. Mais en l'occurrence, l'anglais commet une erreur logique indéniable. Dans la langue des Beatles, il est correct de dire "the police are coming" (littéralement : "la police arrivent"), en considérant "the police" comme un ensemble de fonctionnaires de police et en accordant donc le sujet singulier ("la police") avec un verbe au pluriel ("arrivent"). La langue de Descartes ne veut pas de telles anacoluthes.

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dimanche 3 mai 2009

papier n'est pas un adjectif

Cette question se pose de plus en plus souvent : "Voulez-vous une copie électronique ou une copie papier ?" Elle n'est pas correcte car "papier" n'est pas un adjectif et ne peut pas qualifier le mot copie, ni les mots dossier, document, etc.

On demandera donc à son interlocuteur, en bon français, s'il veut une copie électronique ou imprimée.

La formule "document papier", souvent opposée à "document électronique", est un barbarisme inspiré par la syntaxe anglaise. L'anglais - contrairement à notre langue - peut construire ses compléments de nom par simple juxtaposition. Cette construction n'existe pas en français : a jazz band, c'est un orchestre de jazz. Et en français, "un document papier" (sic), c'est un document sur papier ou en papier.

Il se trouve que l'ère numérique rend nécessaire la distinction entre les écrits fixés sur papier et les écrits immatériels, aussi appelés documents numériques ou documents électroniques. Les mots électronique et numérique étant bien des adjectifs, les administrations francophones ont besoin d'un adjectif pour qualifier le "contraire" du document électronique, c'est-à-dire le documents fourni sur papier. La solution de ce problème sémantique est simplissime : les documents tirés sur papier s'appellent des documents imprimés ; ou des documents sur papier.

Quant aux documents "sous forme papier" (sic) ou "au format papier" (sic), vous pouvez soit les jeter directement à la poubelle, soit les ajouter au collier disgracieux des perles administratives.

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PS : On nous demande quel est donc l'adjectif francophone qualifiant ce qui est en papier. Il existe un adjectif qualifiant ce qui concerne le papier, à savoir le terme papetier : les industries papetières, le commerce papetier, la consommation papetière. Mais il n'existe pas d'adjectif pour qualifier ce qui est en ou sur papier. Le français a recours à ces locutions : "en papier", "de papier", "à papier", "sur papier", etc.

vendredi 13 mars 2009

groupes scolaires

La langue française contemporaine semble soumise à deux forces opposées qui nuisent ensemble à son équilibre : la simplification abusive de la syntaxe; la complication inutile du vocabulaire.

Dans la deuxième catégorie de nuisances, on constate qu'un peu partout en France, les écoles sont en train de devenir des "groupes scolaires". Ceux qui promeuvent ce genre de boursouflures vous expliquent que ce n'est pas du tout la même chose, une école et un groupe scolaire. Or, si. Un groupe scolaire, c'est une école ou des écoles. Une école ou des écoles réunissant des classes élémentaires et maternelles, par exemple. Or, c'est bien le propre des écoles que de regrouper des classes différentes. S'en étonner et rebaptiser "groupe scolaire", jusque sur leurs frontons, les écoles comprenant des classes de niveaux différents, de cycles différents, c'est non seulement compliquer inutilement le vocabulaire mais aussi jargonner sans retenue en arrachant les mots à leurs racines usuelles. Au grand dam d'une langue simple, sobre, claire, et désireuse de rester bien vivante, de générations en générations d'écoliers.

Pour désigner la pluralité, il existe le pluriel. Pour exprimer l'unité, il existe le singulier. Les auteurs de la formule "groupe scolaire" n'ont pas tranché. De quoi nous parlent-ils ? Sont-ce des écoles (réunies) ou une école (dédoublée) ? En réalité, peu importe : il s'agit juste pour eux de fabriquer du jargon imposant et de s'en gargariser. La Mission linguistique francophone préconise de cesser ce gargarisme et d'opter pour l'emploi du mot école si le regroupement prévaut, et d'opter pour le pluriel écoles si c'est plutôt la multiplicité des entités qu'il convient de souligner. En tout cas, on bannira de sa conversation et des frontons d'écoles le jargon "groupes scolaires". A moins d'être réellement capable de ne pas trouver ridicule que Jean Gabin complimente Michèle Morgan sur ses beaux yeux par cette formule :"t'as d'beaux groupes occulaires, tu sais !"

Etymologie : "groupe scolaire" est une périphrase de jargon administratif apparue au début du XXIe siècle comme synonyme du terme "école" ou de son pluriel "écoles". Cette circonlocution est employée pour désigner, avec davantage d'emphase et de préciosité professionnelle que par le sobre mot école, tout établissement scolaire comprenant des classes de sections différentes - ce qui est le propre des écoles. On peut théoriquement trouver en France des "groupes scolaires" de deux classes, dès lors que l'une est - par exemple - de section maternelle et l'autre de section élémentaire. Cela dit assez le ridicule de cette expression tarabiscotée, d'ailleurs inusitée hors de France. Et inusité dans les familles, où l'on continue à demander à son enfant d'être bien sage à l'école et non bien sage au groupe scolaire... CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE

jeudi 12 mars 2009

s'enfuir et s'ensuivre, même combat

Le verbe s'ensuivre ne s'écrit pas en deux mots "s'en suivre". Pas davantage que le verbe s'enfuir ne s'écrit "s'en fuir" ou que le verbe s'enfermer ne s'écrit "s'en fermer". Le grand public peut s'y tromper. Mais des personnes faisant profession d'écrire en français ne devraient pas s'y méprendre.

On trouve pourtant toujours des professionnels de la communication écrite qui vous écrivent des choses comme : "il s'en est suivi une grève des pilotes" (sic) [Le Monde] au lieu de "il s'est ensuivi une grève des pilotes". Ces même professionnels n'écrivent pourtant pas "il s'en est gagé à s'en tendre avec nous" (sic) au lieu de "il s'est engagé à s'entendre avec nous".

C'est pourquoi la Mission linguistique francophone rappelle qu'en bon français le verbe s'ensuivre n'est pas sécable et se conjugue d'un seul tenant, comme tout autre verbe débutant par le préfixe en-.


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mercredi 4 mars 2009

accident de bébé

La RATP peine à formuler dans français impeccable ses annonces sonores ou écrites. Tel un étranger s'égarant dans le dédale des couloirs, elle s'égare dans le sens des mots les plus simples.

Ainsi, la RATP annonce-t-elle des accidents voyageurs (sic) ou, mieux, des accidents de voyageurs. Pour signifier par là qu'un voyageur a été accidenté.

Or, en français, on ne désigne jamais un accident par la nature de la victime, mais toujours par la nature de ce qui a causé l'accident : accident d'avion, et non accident de voyageur ni accident de pilote de ligne ; accident de voiture, et non accident de voyageur ni accident d'automobiliste ; accident de ski, et non accident de skieur ; etc.

Quand un bébé est victime d'un accident domestique [un accident causé par la vie à la maison] et qu'on appelle à l'aide, on ne dit pas : "Au secours ! J'ai un accident de bébé" !

Par cette maladresse intentionnelle ("Un accident de voyageur à la station Georges V..."), on subodore que la RATP répugne à assumer le fait que des voyageurs soient victimes d'accidents de métro. Ou même d'accidents dans le métro. La RATP répugne à admettre que des voyageurs se blessent accidentellement dans le métro, voire volontairement (tentatives de suicide). Alors, elle invente "l'accident de voyageur". Comme ça, c'est la faute à personne.

La Mission linguistique francophone rappelle donc que, partout dans le monde francophone, hélas, des personnes peuvent être impliquées dans des accidents d'avion, des accidents de train, des accidents de voiture ou de moto, des accidents de montagne, des accidents du travail, des accidents domestiques, des accidents corporels, des accidents de parcours, etc ; mais que des accidents de voyageurs, cela n'existe pas plus que des accidents de bébé.

Que devrait annoncer la RATP ? "un voyageur accidenté", bien sûr. "Un voyageur ayant été accidenté à la station Georges V, le trafic est interrompu sur la ligne 1", voilà une formulation simple et irréprochable qui ne sauvera pas le malheureux blessé... mais qui sauvera un peu notre intelligence collective de la langue.

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dimanche 22 février 2009

près de / prête à

La Mission linguistique francophone rappelle que les adverbes sont tous invariables. Y compris les adverbes loin et près.

Une idée fausse s'est pourtant installée dans certains esprits, et notamment dans l'esprit de nombreux professionnels de la presse parlée, qui lisent devant des millions d'auditeurs et de téléspectateurs des textes d'information entachés de cette bévue : l'idée selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre. Autrement dit, d'être tantôt masculin, tantôt féminin. Personne - pas même un journaliste - ne se hasarde pourtant à accorder d'autres adverbes que celui-là. "Ils sont souvent là" ne donne pas au féminin "elles sont souventes là"...

La réalité est qu'en dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif prête comme le féminin de l'adverbe près ; et ne craignent donc pas de dire : "La crise n'est pas prête de finir" au lieu de : "la crise n'est pas près de finir."

Si leur intention est en réalité d'utiliser ici l'adjectif prêt au féminin, alors ils font une grossière erreur de syntaxe, en construisant prêt avec la préposition de au lieu de la préposition à. En français, on est près de la sortie mais on est prêt à sortir. Donc prête à finir, et non prête de finir. Car en français, on est "prêt à tout", et non "prêt de tout"!

On note avec soulagement que les journalistes de la presse parlée ne nous invitent pas encore à féminiser l'adverbe loin, antonyme de l'adverbe près. On ne les entend pas dire "Charlotte ira lointaine" au lieu de "Charlotte ira loin".

Ils ne disent pas non plus : "Aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis prête de toi", au lieu de "aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis près de toi". Perdus pour perdus, ils ont tort de s'en priver : ici au moins, on aurait sur la langue la saveur délicate d'une licence poétique...

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mercredi 11 février 2009

tuer père et mère

Parce qu'ils croient savoir qu'un parricide tue exclusivement son père, les échotiers de France et de Navarre viennent d'exhumer le mot matricide pour relater le meurtre commis par une adolescente sur la personne de sa mère.
En fait, le parricide tue un ascendant, qu'il soit père, mère, aïeul ou aïeule. Ce n'est pas un patricide, terme qui désigne exclusivement le meurtre du père. Ou le meurtrier du père. En effet, les termes parricide, patricide et matricide présentent tous la caractéristique rarissime de désigner aussi bien le crime que l'auteur du crime. Tandis que l'assassin commet un assassinat, tandis que le violeur commet un viol, l'escroc une escroquerie, le parricide commet un parricide.
Et comment appelle-t-on le parricide qui a tué son père et sa mère ? Si l'on nous permet une touche d'humour sur un sujet si noir, c'est assurément du même coup un orphelin.

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lundi 9 février 2009

la mercatique

L'Académie française a administré la démonstration de sa fécondité en créant les néologismes francophones destinés à remplacer "software" (logiciel) ou "walkman" (baladeur - trouvaille presque géniale, qui renvoie à la fois à la ballade musicale et à la balade à pied).

On ne peut pas dire que la vénérable institution se soit montrée aussi bien inspirée lorsqu'elle s'est mise en tête de forger un terme de remplacement pour le mot anglais marketing, qu'elle a rebaptisé mercatique. À moins qu'il s'agisse d'une sanction délibérée...

Car le mot mercatique est tellement voisin des adjectifs merdique et mercantile, l'un et l'autre péjoratifs, qu'on peut se demander si les académiciens français n'ont pas voulu châtier les praticiens du marketing, grands massacreur de la langue française, en imposant à leur discipline un nom aux saveurs infâmes.


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mercredi 4 février 2009

stéréoscopie


La presse francophone rend actuellement compte de la sortie d'un dessin animé "en 3D relief". Pourtant, en français, depuis plus de cent ans, la technique de photographie qui restitue le relief binoculaire s'appelle stéréoscopie. Aucun besoin, donc, d'une formule bancale comme "3D relief" pour qualifier un dessin animé stéréoscopique ; ou en stéréoscopie ; ou même en relief, tout simplement.

Si le cinéma en relief se mettait à prendre de l'importance dans la vie culturelle et les loisirs, la langue raccourcirait certainement le mot stéréoscopie en stéréo, comme elle a fait pour stéréophonie. Le risque de confusion entre la stéréophonie et la stéréoscopie, l'une et l'autre raccourcies en stéréo, est négligeable. Il suffira de préciser son stéréo ou image stéréo.

Dans l'audiovisuel et le multimédia, la vision en relief est particulièrement bénéfique aux sujets sur la danse et sur l'architecture, deux arts dans lesquels la troisième dimension revêt une importance majeure.

[photo ci-dessus : Annonciation, ballet dAngelin Preljocaj, cliché Photodanse.com]

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dimanche 1 février 2009

internautique : un adjectif pour internet

Le terme anglophone internaut, devenu en français internaute, a été judicieusement formé pour désigner qui navigue dans les méandres d'Internet. Ce mot à l'étymologie ingénieuse connaît un succès général qui n'est pas usurpé.

On note, au même moment, l'absence d'engouement pour l'adjectif correspondant : internautique, formé sur le modèle de nautique.

Pourtant, la privation d'un adjectif qualifiant rigoureusement ce qui intéresse l'internaute oblige à des périphrases insatisfaisantes car imprécises, comme "en ligne". Le jeu en ligne, le recrutement en ligne, sont des formulations trop vagues, qui pourraient aussi bien désigner un mode d'action téléphonique ("restez en ligne") ou une disposition physique ("placez-vous en ligne, les uns à côté des autres"). Dès lors, pour qualifier ce qui se rapporte à la navigation de l'internaute, la Mission linguistique francophone recommande résolument l'usage de l'adjectif internautique.

Un spécialiste de la création publicitaire en ligne, par exemple, pourra se targuer en français de posséder une compétence internautique plutôt qu'une "compétence web", selon l'actuel jargon du marketing où l'on fait dédaigneusement fi du fait que web n'est ni un adjectif (il ne saurait donc qualifier le substantif compétence) ni seulement un mot français ou francisé, contrairement à internaute et internautique.

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mercredi 28 janvier 2009

expérience sociale obscure

Le graphiste et penseur du design interactif Benoît Drouillat (ci-contre) a publié avec l'universitaire Nicole Pignier un livre dont le brouillon s'est longtemps et publiquement intitulé Socialexperience du design interactif. Fin de citation.

Nous nepassavions si le reste du livre serait thisway rédigé. Nous espérions que non.

Le français, contrairement au hongrois ou au japonais, n'est PAS une langue agglutinante. Ni Benoît Drouillat ni Nicole Pignier ne sont donc légitimés à agglutiner sociale + expérience pour former le néologisme abscons "socialexperience". Obscurité lexicale anglomane, de surcroît, car sans accent aigu mais avec inversion à l'anglaise de l'adjectif et du substantif.

Le titre aujourd'hui publié [mai 2008] a retrouvé l'accent aigu qui lui manquait au stade initial de l'ouvrage, et renoncé à l'agglutination. Mais avec la formulation finalement retenue, les auteurs n'ont pas renoncé à l'anglomanie : Sociale expérience du design web en dit long sur la persistance de leur fâcherie avec la langue française, même la moins puriste qui soit.

Chaque langue a son génie propre, exactement comme chaque branche du design a ses exigences propres. Un avion ne se dessine pas comme une page de magazine. Le français ne se modèle pas comme l'anglais ni le hongrois. Par ailleurs, on peut se demander si le refus de parler une langue comprise par tous n'est pas en contradiction avec les idéaux d'harmonieuse interaction qui animent Nicole et Benoît.

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mardi 20 janvier 2009

appartements disponibles à la vente


Les travaux de la Mission linguistique francophone ont mis en évidence une nette tendance à la préciosité dans le français de France depuis une décennie.

L'un des signes de cette tendance est le goût des tournures inutilement compliquées. Comme "reparti à la hausse" (sic) au lieu de "en hausse". Ou comme le remplacement des écriteaux "appartement à louer" par de lourds "appartement à la location". Le français courant, notamment celui du commerce et du journalisme, est ainsi envahi d'objets "disponibles à la vente" ou "disponibles à la location", alors que ces objets sont tout simplement à vendre ou à louer.

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dimanche 18 janvier 2009

provincial ou non

Qui habitait en province s'appelait un provincial. Aujourd'hui, en France contrairement à ce qui se constate ailleurs dans le monde francophone, l'adjectif provincial ne conserve plus que son acception péjorative : est provincial ce qui fait preuve d'une absence d'envergure nationale ou internationale, ce qui manque du bon goût parisien ou de la vitalité culturelle cosmopolite.

De fait, les Français ne disent plus habiter en province mais en région. Pour autant, l'adjectif régional n'est pas (pas encore ?) employé pour qualifier une personne vivant en région (donc en province), ni vivant selon des mœurs régionales (donc provinciales). On ne dit pas "Quel régional, celui-là !" comme on eut dit "quel provincial !". La Mission linguistique francophone relève là une carence du vocabulaire usuel contemporain de France, qui oblige à des périphrases : quand on n'y attache pas de connotation hautaine et moqueuse, un provincial sera présenté comme une personne résidant en région.

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lundi 12 janvier 2009

très c'est déjà beaucoup

La tendance emphatique à redoubler, voire tripler, l'adverbe très n'est toujours pas en régression mais s'installe au contraire depuis une bonne demi-douzaine d'années dans le français médiatique.

"Nous vous souhaitons une très très bonne année" (France 2). "Le matin, il fera très très froid en région parisienne" (France 3, à propos d'une météo prévoyant tout juste un degré au-dessus de zéro, ce qui n'est pas sibérien). "Une exposition très très intéressante" (France Inter). "Concerts très très privés" (RTL).

Bien entendu, ce tic de langage fait tache d'huile dans le public. Et c'est le français qui dérape.

Et surtout, qui s'appauvrit. Car le redoublement de très très, toujours suivi d'une adjectif relativement pauvre (froid, bon, intéressant, etc) sert aussi à se dispenser de puiser dans le vocabulaire foisonnant de la langue française un terme qui exprime avec justesse la très-très-tude, sans le secours de cette double dose d'adverbe.

Au dix-huitième siècle encore, très était une sorte de préfixe attaché à l'adjectif par un tiret : "Notre très-généreux souverain". Peut-être au vingt et unième siècle, faudra-t-il revenir à l'usage du tiret pour lier le redoublement de très auquel les orateurs publics sont en train de nous accoutumer ? Nous écrirons alors très-très, comme tsoin-tsoin.

Mais nous pouvons aussi renoncer à minorer la valeur de l'adverbe très, et nous souvenir que très fort, c'est déjà très fort.


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littéralement


Souvent prompts à copier les uns sur les autres, les journalistes font comme un seul homme un emploi inadéquat de l'adverbe "littéralement".

Cet adverbe signifie "à la lettre", et par extension "mot pour mot". En matière de traduction, c'est l'adverbe qui évoque une traduction littérale. C'est-à-dire, une traduction qui ne se soucie pas d'adapter ses termes aux usages culturels de la langue cible (la langue vers laquelle on traduit), mais s'en tient à rendre compte mot à mot et non mot pour mot, des termes employés dans la langue source (la langue à partir de laquelle on traduit). Par exemple : "Tu es tard ; n'est-tu pas ?" est la traduction littérale, mot à mot, de "You are late ; aren't you ?" qui devra être adaptée ainsi à la culture francophone :"Tu es en retard, n'est-ce pas ?" ou "Tu es en retard, non ?"

La presse a souvent abusé des termes "traduction littérale" pour qualifier au contraire une traduction non littérale - laquelle est souvent une meilleure traduction, au demeurant. Ainsi, l'intention louable d'intéresser le public au sens du mot anglais skinhead nous a-t-elle invariablement valu cette précision journalistique, répétée mécaniquement : "littéralement, crâne rasé", alors que skinhead signifie littéralement "tête de peau"... Expression imagée dont le sens non littéral est effectivement crâne rasé.

Il en va de même avec l'affaire des blagues de potache du Prince Harry, entachées d'un parfum de xénophobie (et non de racisme, puisque les Pakistanais sont des blancs comme lui). Le prince britannique a "chambré" un de ses camarades de chambrée, accoutré selon lui comme un "raghead". Ce terme argotique désigne un porteur de turban. Mais c'est bien à tort que la presse nous ressasse que raghead signifierait "littéralement : enturbanné", car raghead signifie littéralement "tête de chiffon". Par allusion - d'une inélégance peu princière - au port habituel d'un voile ou d'un turban.

samedi 3 janvier 2009

cuisine mercatique

La mercatique [nom français du marketing] aime en imposer aux masses, fut-ce au prix des pires préciosités de langage.

Dans l'univers agro-alimentaire, la tendance actuelle des gens du marketing est à la cuisine lexicale que voici : délaisser les noms de recettes sobres construits sur le modèle de "pommes de terre sautées", de "canard à l'orange" ou de "poisson pané" ; et réchauffer à satiété le principe du "sauté de veau" [pour cela, il suffit de faire gonfler le participe passé qualificatif pour le transformer en substantif, puis de l'additionner du nom du produit, préalablement décortiqué sous forme de complément de nom].

Ainsi l'orange pressée devient-elle du "Pressé d'orange". La bonne vieille boîte de thon en miettes devient un "Émietté de thon". Et la purée congelée, un "Écrasé de pomme de terres au beurre" (sic).

La Mission linguistique francophone encourage l'emploi d'une langue dans laquelle des sardines à l'huile s'appellent des sardines à l'huile. Une langue dans laquelle un opéra, aussi grandiose soit-il, reste un opéra et non un "Éclairé de décors avec chanté de texte et joué d'instruments". Car cette langue, que des industriels mal conseillés instillent dans l'esprit du chaland grâce à la lancinante puissance de feu de la grande distribution, c'est du ridicule porté à son comble.