mercredi 28 janvier 2009

expérience sociale obscure

Le graphiste et penseur du design interactif Benoît Drouillat (ci-contre) a publié avec l'universitaire Nicole Pignier un livre dont le brouillon s'est longtemps et publiquement intitulé Socialexperience du design interactif. Fin de citation.

Nous nepassavions si le reste du livre serait thisway rédigé. Nous espérions que non.

Le français, contrairement au hongrois ou au japonais, n'est PAS une langue agglutinante. Ni Benoît Drouillat ni Nicole Pignier ne sont donc légitimés à agglutiner sociale + expérience pour former le néologisme abscons "socialexperience". Obscurité lexicale anglomane, de surcroît, car sans accent aigu mais avec inversion à l'anglaise de l'adjectif et du substantif.

Le titre aujourd'hui publié [mai 2008] a retrouvé l'accent aigu qui lui manquait au stade initial de l'ouvrage, et renoncé à l'agglutination. Mais avec la formulation finalement retenue, les auteurs n'ont pas renoncé à l'anglomanie : Sociale expérience du design web en dit long sur la persistance de leur fâcherie avec la langue française, même la moins puriste qui soit.

Chaque langue a son génie propre, exactement comme chaque branche du design a ses exigences propres. Un avion ne se dessine pas comme une page de magazine. Le français ne se modèle pas comme l'anglais ni le hongrois. Par ailleurs, on peut se demander si le refus de parler une langue comprise par tous n'est pas en contradiction avec les idéaux d'harmonieuse interaction qui animent Nicole et Benoît.

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mardi 20 janvier 2009

appartements disponibles à la vente


Les travaux de la Mission linguistique francophone ont mis en évidence une nette tendance à la préciosité dans le français de France depuis une décennie.

L'un des signes de cette tendance est le goût des tournures inutilement compliquées. Comme "reparti à la hausse" (sic) au lieu de "en hausse". Ou comme le remplacement des écriteaux "appartement à louer" par de lourds "appartement à la location". Le français courant, notamment celui du commerce et du journalisme, est ainsi envahi d'objets "disponibles à la vente" ou "disponibles à la location", alors que ces objets sont tout simplement à vendre ou à louer.

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dimanche 18 janvier 2009

provincial ou non

Qui habitait en province s'appelait un provincial. Aujourd'hui, en France contrairement à ce qui se constate ailleurs dans le monde francophone, l'adjectif provincial ne conserve plus que son acception péjorative : est provincial ce qui fait preuve d'une absence d'envergure nationale ou internationale, ce qui manque du bon goût parisien ou de la vitalité culturelle cosmopolite.

De fait, les Français ne disent plus habiter en province mais en région. Pour autant, l'adjectif régional n'est pas (pas encore ?) employé pour qualifier une personne vivant en région (donc en province), ni vivant selon des mœurs régionales (donc provinciales). On ne dit pas "Quel régional, celui-là !" comme on eut dit "quel provincial !". La Mission linguistique francophone relève là une carence du vocabulaire usuel contemporain de France, qui oblige à des périphrases : quand on n'y attache pas de connotation hautaine et moqueuse, un provincial sera présenté comme une personne résidant en région.

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lundi 12 janvier 2009

très c'est déjà beaucoup

La tendance emphatique à redoubler, voire tripler, l'adverbe très n'est toujours pas en régression mais s'installe au contraire depuis une bonne demi-douzaine d'années dans le français médiatique.

"Nous vous souhaitons une très très bonne année" (France 2). "Le matin, il fera très très froid en région parisienne" (France 3, à propos d'une météo prévoyant tout juste un degré au-dessus de zéro, ce qui n'est pas sibérien). "Une exposition très très intéressante" (France Inter). "Concerts très très privés" (RTL).

Bien entendu, ce tic de langage fait tache d'huile dans le public. Et c'est le français qui dérape.

Et surtout, qui s'appauvrit. Car le redoublement de très très, toujours suivi d'une adjectif relativement pauvre (froid, bon, intéressant, etc) sert aussi à se dispenser de puiser dans le vocabulaire foisonnant de la langue française un terme qui exprime avec justesse la très-très-tude, sans le secours de cette double dose d'adverbe.

Au dix-huitième siècle encore, très était une sorte de préfixe attaché à l'adjectif par un tiret : "Notre très-généreux souverain". Peut-être au vingt et unième siècle, faudra-t-il revenir à l'usage du tiret pour lier le redoublement de très auquel les orateurs publics sont en train de nous accoutumer ? Nous écrirons alors très-très, comme tsoin-tsoin.

Mais nous pouvons aussi renoncer à minorer la valeur de l'adverbe très, et nous souvenir que très fort, c'est déjà très fort.


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littéralement


Souvent prompts à copier les uns sur les autres, les journalistes font comme un seul homme un emploi inadéquat de l'adverbe "littéralement".

Cet adverbe signifie "à la lettre", et par extension "mot pour mot". En matière de traduction, c'est l'adverbe qui évoque une traduction littérale. C'est-à-dire, une traduction qui ne se soucie pas d'adapter ses termes aux usages culturels de la langue cible (la langue vers laquelle on traduit), mais s'en tient à rendre compte mot à mot et non mot pour mot, des termes employés dans la langue source (la langue à partir de laquelle on traduit). Par exemple : "Tu es tard ; n'est-tu pas ?" est la traduction littérale, mot à mot, de "You are late ; aren't you ?" qui devra être adaptée ainsi à la culture francophone :"Tu es en retard, n'est-ce pas ?" ou "Tu es en retard, non ?"

La presse a souvent abusé des termes "traduction littérale" pour qualifier au contraire une traduction non littérale - laquelle est souvent une meilleure traduction, au demeurant. Ainsi, l'intention louable d'intéresser le public au sens du mot anglais skinhead nous a-t-elle invariablement valu cette précision journalistique, répétée mécaniquement : "littéralement, crâne rasé", alors que skinhead signifie littéralement "tête de peau"... Expression imagée dont le sens non littéral est effectivement crâne rasé.

Il en va de même avec l'affaire des blagues de potache du Prince Harry, entachées d'un parfum de xénophobie (et non de racisme, puisque les Pakistanais sont des blancs comme lui). Le prince britannique a "chambré" un de ses camarades de chambrée, accoutré selon lui comme un "raghead". Ce terme argotique désigne un porteur de turban. Mais c'est bien à tort que la presse nous ressasse que raghead signifierait "littéralement : enturbanné", car raghead signifie littéralement "tête de chiffon". Par allusion - d'une inélégance peu princière - au port habituel d'un voile ou d'un turban.

samedi 3 janvier 2009

cuisine mercatique

La mercatique [nom français du marketing] aime en imposer aux masses, fut-ce au prix des pires préciosités de langage.

Dans l'univers agro-alimentaire, la tendance actuelle des gens du marketing est à la cuisine lexicale que voici : délaisser les noms de recettes sobres construits sur le modèle de "pommes de terre sautées", de "canard à l'orange" ou de "poisson pané" ; et réchauffer à satiété le principe du "sauté de veau" [pour cela, il suffit de faire gonfler le participe passé qualificatif pour le transformer en substantif, puis de l'additionner du nom du produit, préalablement décortiqué sous forme de complément de nom].

Ainsi l'orange pressée devient-elle du "Pressé d'orange". La bonne vieille boîte de thon en miettes devient un "Émietté de thon". Et la purée congelée, un "Écrasé de pomme de terres au beurre" (sic).

La Mission linguistique francophone encourage l'emploi d'une langue dans laquelle des sardines à l'huile s'appellent des sardines à l'huile. Une langue dans laquelle un opéra, aussi grandiose soit-il, reste un opéra et non un "Éclairé de décors avec chanté de texte et joué d'instruments". Car cette langue, que des industriels mal conseillés instillent dans l'esprit du chaland grâce à la lancinante puissance de feu de la grande distribution, c'est du ridicule porté à son comble.