dimanche 22 février 2009

près de / prête à

La Mission linguistique francophone rappelle que les adverbes sont tous invariables. Y compris les adverbes loin et près.

Une idée fausse s'est pourtant installée dans certains esprits, et notamment dans l'esprit de nombreux professionnels de la presse parlée, qui lisent devant des millions d'auditeurs et de téléspectateurs des textes d'information entachés de cette bévue : l'idée selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre. Autrement dit, d'être tantôt masculin, tantôt féminin. Personne - pas même un journaliste - ne se hasarde pourtant à accorder d'autres adverbes que celui-là. "Ils sont souvent là" ne donne pas au féminin "elles sont souventes là"...

La réalité est qu'en dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif prête comme le féminin de l'adverbe près ; et ne craignent donc pas de dire : "La crise n'est pas prête de finir" au lieu de : "la crise n'est pas près de finir."

Si leur intention est en réalité d'utiliser ici l'adjectif prêt au féminin, alors ils font une grossière erreur de syntaxe, en construisant prêt avec la préposition de au lieu de la préposition à. En français, on est près de la sortie mais on est prêt à sortir. Donc prête à finir, et non prête de finir. Car en français, on est "prêt à tout", et non "prêt de tout"!

On note avec soulagement que les journalistes de la presse parlée ne nous invitent pas encore à féminiser l'adverbe loin, antonyme de l'adverbe près. On ne les entend pas dire "Charlotte ira lointaine" au lieu de "Charlotte ira loin".

Ils ne disent pas non plus : "Aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis prête de toi", au lieu de "aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis près de toi". Perdus pour perdus, ils ont tort de s'en priver : ici au moins, on aurait sur la langue la saveur délicate d'une licence poétique...

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mercredi 11 février 2009

tuer père et mère

Parce qu'ils croient savoir qu'un parricide tue exclusivement son père, les échotiers de France et de Navarre viennent d'exhumer le mot matricide pour relater le meurtre commis par une adolescente sur la personne de sa mère.
En fait, le parricide tue un ascendant, qu'il soit père, mère, aïeul ou aïeule. Ce n'est pas un patricide, terme qui désigne exclusivement le meurtre du père. Ou le meurtrier du père. En effet, les termes parricide, patricide et matricide présentent tous la caractéristique rarissime de désigner aussi bien le crime que l'auteur du crime. Tandis que l'assassin commet un assassinat, tandis que le violeur commet un viol, l'escroc une escroquerie, le parricide commet un parricide.
Et comment appelle-t-on le parricide qui a tué son père et sa mère ? Si l'on nous permet une touche d'humour sur un sujet si noir, c'est assurément du même coup un orphelin.

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lundi 9 février 2009

la mercatique

L'Académie française a administré la démonstration de sa fécondité en créant les néologismes francophones destinés à remplacer "software" (logiciel) ou "walkman" (baladeur - trouvaille presque géniale, qui renvoie à la fois à la ballade musicale et à la balade à pied).

On ne peut pas dire que la vénérable institution se soit montrée aussi bien inspirée lorsqu'elle s'est mise en tête de forger un terme de remplacement pour le mot anglais marketing, qu'elle a rebaptisé mercatique. À moins qu'il s'agisse d'une sanction délibérée...

Car le mot mercatique est tellement voisin des adjectifs merdique et mercantile, l'un et l'autre péjoratifs, qu'on peut se demander si les académiciens français n'ont pas voulu châtier les praticiens du marketing, grands massacreur de la langue française, en imposant à leur discipline un nom aux saveurs infâmes.


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mercredi 4 février 2009

stéréoscopie


La presse francophone rend actuellement compte de la sortie d'un dessin animé "en 3D relief". Pourtant, en français, depuis plus de cent ans, la technique de photographie qui restitue le relief binoculaire s'appelle stéréoscopie. Aucun besoin, donc, d'une formule bancale comme "3D relief" pour qualifier un dessin animé stéréoscopique ; ou en stéréoscopie ; ou même en relief, tout simplement.

Si le cinéma en relief se mettait à prendre de l'importance dans la vie culturelle et les loisirs, la langue raccourcirait certainement le mot stéréoscopie en stéréo, comme elle a fait pour stéréophonie. Le risque de confusion entre la stéréophonie et la stéréoscopie, l'une et l'autre raccourcies en stéréo, est négligeable. Il suffira de préciser son stéréo ou image stéréo.

Dans l'audiovisuel et le multimédia, la vision en relief est particulièrement bénéfique aux sujets sur la danse et sur l'architecture, deux arts dans lesquels la troisième dimension revêt une importance majeure.

[photo ci-dessus : Annonciation, ballet dAngelin Preljocaj, cliché Photodanse.com]

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dimanche 1 février 2009

internautique : un adjectif pour internet

Le terme anglophone internaut, devenu en français internaute, a été judicieusement formé pour désigner qui navigue dans les méandres d'Internet. Ce mot à l'étymologie ingénieuse connaît un succès général qui n'est pas usurpé.

On note, au même moment, l'absence d'engouement pour l'adjectif correspondant : internautique, formé sur le modèle de nautique.

Pourtant, la privation d'un adjectif qualifiant rigoureusement ce qui intéresse l'internaute oblige à des périphrases insatisfaisantes car imprécises, comme "en ligne". Le jeu en ligne, le recrutement en ligne, sont des formulations trop vagues, qui pourraient aussi bien désigner un mode d'action téléphonique ("restez en ligne") ou une disposition physique ("placez-vous en ligne, les uns à côté des autres"). Dès lors, pour qualifier ce qui se rapporte à la navigation de l'internaute, la Mission linguistique francophone recommande résolument l'usage de l'adjectif internautique.

Un spécialiste de la création publicitaire en ligne, par exemple, pourra se targuer en français de posséder une compétence internautique plutôt qu'une "compétence web", selon l'actuel jargon du marketing où l'on fait dédaigneusement fi du fait que web n'est ni un adjectif (il ne saurait donc qualifier le substantif compétence) ni seulement un mot français ou francisé, contrairement à internaute et internautique.

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