vendredi 13 mars 2009

groupes scolaires

La langue française contemporaine semble soumise à deux forces opposées qui nuisent ensemble à son équilibre : la simplification abusive de la syntaxe; la complication inutile du vocabulaire.

Dans la deuxième catégorie de nuisances, on constate qu'un peu partout en France, les écoles sont en train de devenir des "groupes scolaires". Ceux qui promeuvent ce genre de boursouflures vous expliquent que ce n'est pas du tout la même chose, une école et un groupe scolaire. Or, si. Un groupe scolaire, c'est une école ou des écoles. Une école ou des écoles réunissant des classes élémentaires et maternelles, par exemple. Or, c'est bien le propre des écoles que de regrouper des classes différentes. S'en étonner et rebaptiser "groupe scolaire", jusque sur leurs frontons, les écoles comprenant des classes de niveaux différents, de cycles différents, c'est non seulement compliquer inutilement le vocabulaire mais aussi jargonner sans retenue en arrachant les mots à leurs racines usuelles. Au grand dam d'une langue simple, sobre, claire, et désireuse de rester bien vivante, de générations en générations d'écoliers.

Pour désigner la pluralité, il existe le pluriel. Pour exprimer l'unité, il existe le singulier. Les auteurs de la formule "groupe scolaire" n'ont pas tranché. De quoi nous parlent-ils ? Sont-ce des écoles (réunies) ou une école (dédoublée) ? En réalité, peu importe : il s'agit juste pour eux de fabriquer du jargon imposant et de s'en gargariser. La Mission linguistique francophone préconise de cesser ce gargarisme et d'opter pour l'emploi du mot école si le regroupement prévaut, et d'opter pour le pluriel écoles si c'est plutôt la multiplicité des entités qu'il convient de souligner. En tout cas, on bannira de sa conversation et des frontons d'écoles le jargon "groupes scolaires". A moins d'être réellement capable de ne pas trouver ridicule que Jean Gabin complimente Michèle Morgan sur ses beaux yeux par cette formule :"t'as d'beaux groupes occulaires, tu sais !"

Etymologie : "groupe scolaire" est une périphrase de jargon administratif apparue au début du XXIe siècle comme synonyme du terme "école" ou de son pluriel "écoles". Cette circonlocution est employée pour désigner, avec davantage d'emphase et de préciosité professionnelle que par le sobre mot école, tout établissement scolaire comprenant des classes de sections différentes - ce qui est le propre des écoles. On peut théoriquement trouver en France des "groupes scolaires" de deux classes, dès lors que l'une est - par exemple - de section maternelle et l'autre de section élémentaire. Cela dit assez le ridicule de cette expression tarabiscotée, d'ailleurs inusitée hors de France. Et inusité dans les familles, où l'on continue à demander à son enfant d'être bien sage à l'école et non bien sage au groupe scolaire... CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE

jeudi 12 mars 2009

s'enfuir et s'ensuivre, même combat

Le verbe s'ensuivre ne s'écrit pas en deux mots "s'en suivre". Pas davantage que le verbe s'enfuir ne s'écrit "s'en fuir" ou que le verbe s'enfermer ne s'écrit "s'en fermer". Le grand public peut s'y tromper. Mais des personnes faisant profession d'écrire en français ne devraient pas s'y méprendre.

On trouve pourtant toujours des professionnels de la communication écrite qui vous écrivent des choses comme : "il s'en est suivi une grève des pilotes" (sic) [Le Monde] au lieu de "il s'est ensuivi une grève des pilotes". Ces même professionnels n'écrivent pourtant pas "il s'en est gagé à s'en tendre avec nous" (sic) au lieu de "il s'est engagé à s'entendre avec nous".

C'est pourquoi la Mission linguistique francophone rappelle qu'en bon français le verbe s'ensuivre n'est pas sécable et se conjugue d'un seul tenant, comme tout autre verbe débutant par le préfixe en-.


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mercredi 4 mars 2009

accident de bébé

La RATP peine à formuler dans français impeccable ses annonces sonores ou écrites. Tel un étranger s'égarant dans le dédale des couloirs, elle s'égare dans le sens des mots les plus simples.

Ainsi, la RATP annonce-t-elle des accidents voyageurs (sic) ou, mieux, des accidents de voyageurs. Pour signifier par là qu'un voyageur a été accidenté.

Or, en français, on ne désigne jamais un accident par la nature de la victime, mais toujours par la nature de ce qui a causé l'accident : accident d'avion, et non accident de voyageur ni accident de pilote de ligne ; accident de voiture, et non accident de voyageur ni accident d'automobiliste ; accident de ski, et non accident de skieur ; etc.

Quand un bébé est victime d'un accident domestique [un accident causé par la vie à la maison] et qu'on appelle à l'aide, on ne dit pas : "Au secours ! J'ai un accident de bébé" !

Par cette maladresse intentionnelle ("Un accident de voyageur à la station Georges V..."), on subodore que la RATP répugne à assumer le fait que des voyageurs soient victimes d'accidents de métro. Ou même d'accidents dans le métro. La RATP répugne à admettre que des voyageurs se blessent accidentellement dans le métro, voire volontairement (tentatives de suicide). Alors, elle invente "l'accident de voyageur". Comme ça, c'est la faute à personne.

La Mission linguistique francophone rappelle donc que, partout dans le monde francophone, hélas, des personnes peuvent être impliquées dans des accidents d'avion, des accidents de train, des accidents de voiture ou de moto, des accidents de montagne, des accidents du travail, des accidents domestiques, des accidents corporels, des accidents de parcours, etc ; mais que des accidents de voyageurs, cela n'existe pas plus que des accidents de bébé.

Que devrait annoncer la RATP ? "un voyageur accidenté", bien sûr. "Un voyageur ayant été accidenté à la station Georges V, le trafic est interrompu sur la ligne 1", voilà une formulation simple et irréprochable qui ne sauvera pas le malheureux blessé... mais qui sauvera un peu notre intelligence collective de la langue.

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