vendredi 20 novembre 2009

guérillas et guérilleros

La presse francophone regorge de ce genre de titres : "La guérilla refuse de libérer les otages". Or, ce n'est pas la guérilla qui refuse, ce sont les guérilleros.

Ceux qui emploient guérilla au lieu de guérilleros diront qu'ils s'expriment par métonymie. C'est vrai, et c'est faux. C'est vrai car ils emploient le mot qui désigne une situation pour évoquer ceux qui en sont les acteurs. Mais c'est faux car il s'agit en fait - une fois encore - d'un anglicisme.

Guérilla vient certes de l'espagnol guerrilla (petite guerre), et non de l'anglais. Mais en anglais, guerilleros se dit guerrillas. Des dépêches de presse anglophones mal traduites ont fait le reste : "The Guerrillas Surrender" ("Les guérilleros se rendent") a été traduit par "La guérilla se rend". Les journalistes puis les politiciens ont repris cette faute à leur compte sans états d'âmes.

Car il s'agit bien d'une faute de traduction et non d'une honorable métonymie. La meilleure preuve, c'est que cette substitution guérilleros/guérilla n'est jamais effectuée pour l'équivalent soldats/guerre. Nul n'écrit ni ne dit "3 451 guerres sont mortes en Irak" au lieu de "3 451 soldats sont morts en Irak"... En tout cas, la Mission linguistique francophone n'a rien constaté de tel.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

jeudi 19 novembre 2009

provincial ou non

Qui habitait en province s'appelait un provincial. Aujourd'hui, en France contrairement à ce qui se constate ailleurs dans le monde francophone, l'adjectif provincial ne conserve plus que son acception péjorative : est provincial ce qui fait preuve d'une absence d'envergure nationale ou internationale, ce qui manque du bon goût parisien ou de la vitalité culturelle cosmopolite.

De fait, les Français ne disent plus habiter en province mais en région. Pour autant, l'adjectif régional n'est pas (pas encore ?) employé pour qualifier une personne vivant en région (donc en province), ni vivant selon des mœurs régionales (donc provinciales). On ne dit pas "Quel régional, celui-là !" comme on eut dit "quel provincial !". La Mission linguistique francophone relève là une carence du vocabulaire usuel contemporain de France, qui oblige à des périphrases : quand on n'y attache pas de connotation hautaine et moqueuse, un provincial sera présenté comme une personne résidant en région.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE

samedi 7 novembre 2009

compte bancaire

Cette entente n'est malheureusement pas illicite, mais on jurerait que les grandes banques françaises se sont entendues pour que leur langue commerciale se fasse plus bête qu'elle n'est.
Autrefois, le titulaire d'un compte bancaire (substantif + adjectif) avait un numéro de compte (complément de nom correctement formé). Il a désormais un numéro client (sic) et un compte client (re-sic). Le mot client n'étant pas un adjectif, ces deux formules sont ce qu'on appelle couramment du charabia et savamment une parataxe. Quel que soit le nom qu'on leur donne, ce sont des fautes qui abrutissent le client. Ou le tiennent déjà pour un abruti, un assoifé de flagornerie commerciale auquel il faut rappeler que son compte est celui d'un client (on se doute que ce n'est pas celui d'un étranger à la banque...) et que le numéro qu'on lui demande, on le lui demande en tant que client bien-aimé.
Qui cela gêne-t-il ? Ceux qui préfèreraient que leur banque s'adresse à eux dans un français respectueux des règles les plus élémentaires de la langue commune. Ce français intelligible par tous, dans lequel un substantif est qualifié par un adjectif qualificatif ; où l'on parle donc d'un compte bancaire et non d'un compte banque ni d'un "compte client".
POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI