mardi 28 décembre 2010

septs autre enfants (sic et resic)


L'année écoulée a coulé la liaison.

Et spécialement, la liaison entre les adjectifs numéraux et les euros. Si l'on entend encore souvent "des euros" être prononcé "dê'z'eurô", comme il convient, on n'entend pratiquement plus jamais "deux euros" être prononcé "deu'z'eurô". Déboussolés à l'extrême et légèrement négligents, les journalistes de l'audiovisuel public français sont même capables désormais de placer une liaison fausse tout en supprimant les liaisons justes. Ainsi vous parlent-ils de "sept'z' autre enfants" [Journal télévisé de France 3 le 15 mars 2011] sans se reprendre ni être repris, selon une tendance que rien ne semble devoir inverser.

Prononcer les liaisons exige un certain instinct de la grammaire et une connaissance minimale de l'orthographe qui en résulte. C'est sans doute ce qui explique la désaffection actuelle pour les liaisons : ne pas les prononcer, c'est éviter de révéler verbalement une maîtrise chancelante de l'orthographe et de la grammaire (cf le célèbre "Reprenez r'avec moi tous en chœur !" de l'artiste de variété français Eddy Mitchell). Mais les liaisons proprement maniées sont aussi - ou étaient aussi - un moyen extrêmement efficace d'aider l'apprentissage de l'orthographe et de lever certains doute écrits en s'aidant de l'oral. À l'époque où tout Francophone normalement constitué prononçait encore "Hui't'euros cinquante" et "Huit cents z'ans", on ne risquait pas de se demander si 8 ou 800 s'écrivaient avec un S ou un T terminal. Tandis qu'à l'ère des "ui' euro" et des "sêt'z'ôtr'enfan", la question reste entière...

Avec la disparition de la liaison, c'est une grâce de la langue qui s'étiole. Mais c'est aussi une antisèche sonore qui s'évapore.

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samedi 13 novembre 2010

buzz et clavardage

En France, le secrétariat d'État à la Francophonie et le ministère de la Culture se partagent les obligations en matière de vitalité de la langue française. Le premier veille plutôt sur son rayonnement international, et le second sur sa vitalité intrinsèque. C'est dans ce cadre que vient d'être organisé un sympathique concours d'idées dont le sujet laisse cependant perplexe par endroits. Les participants ont été invités à inventer des mots francophones nouveaux pour parler du buzz, du talk, du chat, etc. Or, la question n'est pas ici d'inventer des mots nouveaux, mais de se souvenir que des mots français existent déjà. Et de le rappeler.

Rappelons donc qu'un talk, c'est une conversation ou un débat, voire une causerie. Que du buzz, c'est de la rumeur ou du bruit (au sens figuré employé dans "beaucoup de bruit pour rien"). Et que to chat signifie très exactement bavarder. Pour franciser le chat anglophone cher aux internautes francophones, inutile donc de s'encombrer du néologisme (dé)con(certant) "éblabla" (sic) retenu par le jury du concours précité. L'inusable bavardage fera l'affaire. [NB : le nombre de syllabes est le même.]

Si vraiment, on entend distinguer un bavardage oral d'un bavardage dactylographié, alors les francophones canadiens ont déjà forgé un néologisme astucieux : le clavardage, ou bavardage par clavier.

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vendredi 1 octobre 2010

un adjectif pour internet et ses surfeurs

Ceux qui naviguent sur internet sont appelés internautes. Pour qualifier ce qui se rapporte à la navigation sur internet, La Mission linguistique francophone recommande donc l'usage de l'adjectif internautique. En toute cohérence avec le substantif internaute.

Le principe de création de ce néologisme nécessaire se fonde sur le modèle de la série aéronef, aéronaute, aéronautique : internet, internaute, internautique.

Exemple : "Sa frénésie internautique, de nature purement ludique, nuit à ses études". 

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jeudi 23 septembre 2010

la crise n'est pas près de finir

La Mission linguistique francophone rappelle que les adverbes sont massivement invariables*. Y compris les adverbes loin et près.

L'idée fausse selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre, d'être tantôt masculin tantôt féminin, s'est pourtant incrustée dans certains esprits, notamment ceux de nombreux professionnels de la presse parlée. 

En dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif prête comme le féminin de l'adverbe près, et ne craignent pas de dire : "La crise n'est pas prête de finir" au lieu de : "la crise n'est pas près de finir."

Si leur intention est en réalité d'utiliser ici l'adjectif prêt au féminin, alors ils font une grossière erreur de syntaxe, en construisant prêt avec la préposition de au lieu de la préposition à. En français, on est près de la sortie mais on est prêt à sortir. La crise serait donc prête à finir, mais certainement pas prête de finir. Car en français, on est "prêt à tout", et non "prêt de tout" !

On note avec soulagement que les journalistes de la presse parlée ne nous invitent pas encore à féminiser de la même manière l'adverbe loin, antonyme de l'adverbe près. On ne les entend pas dire "Charlotte ira lointaine" au lieu de "Charlotte ira loin".

En fait, on ne les entend accorder de force aucun autre adverbe. "Ils sont souvent là" ne donne pas chez eux "elles sont souventes là"...

La féminisation aberrante du mot près s'avère non seulement unique dans la famille des adverbes mais sélective. On remarque que les adeptes de cette faute ne disent pas : "Aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis prête de toi", au lieu de "je vis près de toi". Perdus pour perdus, ils ont tort de s'en priver : ici au moins, on aurait sur la langue la saveur délicate d'une licence poétique...

*Les seules exceptions admises en matière d'invariabilité des adverbes concernent des adjectifs devenus adverbes : tout (tout seul), grand (grand ouvert), doux (filer doux), par exemple. Et encore leur nature adverbiale est-elle incertaine dans bien des cas où ces mots sont accordés : ils sont tout tristes (adverbe), elle est toute triste (adverbe synonyme de totalement ou adjectif signifiant tout entière ?).

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vendredi 10 septembre 2010

le contraire des documents numériques

Une chose est certaine : le contraire de "document numérique" n'est pas "document papier" ni "version papier" ! Ces formulations aberrantes, devenues majoritaires dans le français administratif, sont réprouvées par les autorités linguistiques francophones [Académie française, Office québecois de la langue française, Mission linguistique francophone], car l'emploi de papier comme adjectif antonyme de numérique est fautif sans discussion possible ; tout simplement parce que le mot papier n'est pas un adjectif.

La notion de document numérique ou informatique s'oppose couramment à celle de document sur papier. Dans cette acception, il existe plusieurs adjectifs antonymes de "numérique" ou de "informatique" : document imprimé, document manuscrit, document matériel ou matérialisé.

Des dizaines de millions de francophones semblent ne plus en avoir conscience, et s'égarent à considérer le substantif "papier" comme un adjectif qualificatif qu'il n'est pas. Dire ou écrire "un document papier", "un dossier papier" relève d'une connaissance défaillante de la langue française et d'une façon de s'exprimer tout à fait infantile : en principe, c'est entre 2 et 4 ans que l'enfant, juxtaposant les mots sans maîtrise de la grammaire, désigne le "lit poupée" au lieu du "lit de la poupée"; au-delà de cet âge, il y a lieu de s'inquiéter...

En cas de doute sur le contraire correct de l'adjectif "numérique", il suffit de former convenablement le complément de nom : en général, un document numérique s'oppose à un document sur papier.

On peut aussi se souvenir de l'existence des mots "manuscrit" et "imprimé", et les employer soit comme adjectifs ("la copie imprimée et l'original manuscrit"), soit comme substantifs ("remettez-moi l'imprimé et le manuscrit"). En ingénierie et en architecture, on ne doit en aucun cas parler de "plans papier" (sic) ni même de plans sur papier - bien que ce soit grammaticalement correct - car cela s'appelle des tirages de plans. Idem en photographie : on encadre des tirages photographiques et non des "photos papier" (sic)...

Quant aux documents "sous forme papier" (sic), "au format papier" (sic) ou, plus affligeant encore, "sous format papier" (sic), sachant que le papier n'est ni une forme ni un format mais une matière, vous pouvez soit les jeter directement à la poubelle, soit les ajouter au collier disgracieux des perles administratives les plus ineptes.


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vendredi 3 septembre 2010

les preuves et l'épreuve

A l'instar de l'acheteur de meubles suédois qui doit construire son achat de retour chez lui, le francophone de France et de Navarre devient toujours plus fréquemment obligé par les médias parlés de remettre en forme à ses frais le français approximatif déversé dans ses oreilles. Mais sans que la notice lui soit fournie... Voici un exemple parmi des millions.

Dans un entretien radiophonique, un ancien ministre effare les auditeurs un peu attentifs par cette absurdité : "l'épreuve des chiffres ne résiste pas à l'analyse" (sic). Phrase totalement inepte, chacun en conviendra. Sans doute cet orateur professionnel voulait-il affirmer, en réalité, que les chiffres ne résistent pas à l'épreuve de l'analyse, autrement dit que les chiffres ne résistent pas à l'analyse tout court ?

Non, ce n'est pas encore ça.

En fait, il se trouve que M. le ministre ne sait simplement pas prononcer les sons de sa propre langue : ce n'était pas l'épreuve [lépreuv] des chiffres qu'il voulait réfuter mais les preuves [lêpreuv] des chiffres. Preuves qui, selon lui, ne résistent pas à l'analyse. Hélas, M. le ministre, bien qu'étant passé par l'école primaire et avoir reçu des leçons sur l'accent aigu et l'accent grave, croit savoir aujourd'hui que l'épreuve et les preuves se prononcent exactement de la même manière. Il est vrai que cette ignorance est dans l'air du temps.

Le son é et le son ê sont pourtant tellement différents à l'oreille qu'une langue mère de la nôtre, le grec, s'est dotée pour ces deux sonorités de deux lettres distinctes, impossibles à confondre visuellement : l'epsilon et le hêta.

Dans notre langue comme en grec, le son é et le son ê sont tellement peu interchangeables que personne ne se ridiculise à proposer de boire une biére au lieu d'une bière, à parler une langue étrangére plutôt qu'étrangère, ou à marcher sur la corde réde plutôt que raide. Pourtant, le nombre d'orateurs professionnels - politiciens, journalistes, enseignants, comédiens - qui articulent au hasard un é au lieu d'un ê ne cesse de croître. Le parler médiatique propage dans le français courant cette dislocation du sens et de la sonorité. La perte de repères orthographiques en facilite ensuite la propagation.

Mais dans le cas du ministre qui confond les preuves et l'épreuve, ont peut douter que la mauvaise maîtrise de l'orthographe soit en cause, et présumer que seule la tendance ambiante à la négligence articulatoire soit en cause. A charge pour les auditeurs de reconstruire laborieusement du sens. Ou de ne rien comprendre à ce que les politiciens racontent à la radio et ne pas s'en étonner outre mesure.

jeudi 12 août 2010

relamping

Avis aux amatrices et amateurs de frime techno-anglomane. La Mission linguistique francophone relève cette terminologie en ingénierie du bâtiment : "Prévoir le relamping de tous les luminaires par installation de lampes à basse consommation".

Donc, ne dites plus : "Zut ! L'ampoule des waters a encore pété, faut que je la change…"  Mais : "Trop nul ! Faut encore que je fasse du relamping dans les chiottes…".

[NDE : On trouve aussi la francisation relampage]




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dimanche 18 juillet 2010

en interne, en individuel, en sous-scutané : triple faute

Les francophones qui ne s'alarment pas de la disparition du complément de nom correctement formé ("votre numéro de compte") au profit de juxtapositions imitées de l'anglais ("votre numéro client") ne s'alarment pas d'une altération profonde de la syntaxe du français. Ils invoquent l'intérêt de simplifier toute langue, et saluent l'économie d'effort d'articulation procurée par la suppression du mot "de"... On doit se réjouir que la paresse soit une si haute vertu à leurs yeux, car on s'en attristerait en pure perte.

Mais alors on s'étonne de leur acharnement à ajouter ailleurs des mots superflus. Dans l'entreprise, les réunions internes deviennent des réunions "en interne". Selon le même travers, on peut lire ce matin dans la presse nationale française le compte rendu d'une expertise médicale concernant un rocker francophone : un épanchement "en sous-cutané" y est décrit. Un épanchement sous-cutané suffisait. "Sous-cutané" ou "interne" sont des adjectifs et non des compléments de lieu ni de manière justifiant la présence d'une préposition de lieu (en France) ou de manière (en vitesse).

Mais les fautes de syntaxe les plus tordues n'ont plus valeur de faute professionnelle chez le journaliste, ni de faille culturelle chez le médecin expert. Donc, à l'instar des voyages individuels qui sont devenus des voyages "en individuel" dans le jargon du tourisme, les plaies de la peau seront désormais des plaies "en cutané" et non des plaies cutanées. Hélas, on pressent où est la véritable plaie dans cette histoire : c'est que la langue française soit bientôt impossible à enseigner sans l'apprentissage d'une liste d'exceptions tellement allongée et tellement embrouillée que chacun se détournera de cette langue en lambeaux.

vendredi 2 juillet 2010

atteindre dix mètres


Comme tant et tant de ses consœurs et confrères, l'envoyée permanente de TF1 à Londres, journaliste chevronnée et estimée, est en grande difficulté avec la syntaxe et le vocabulaire de la langue française.

En atteste ce commentaire qu'elle a rédigé à tête reposée puis transmis par téléphone à sa rédaction qui n'a pas tiqué, n'a pas estimé nécessaire de le lui faire rectifier et l'a diffusé tel quel [10.02.2008, journal de 13 heures] : "Les flammes ont atteint jusqu'à dix mètres".

En français, il n'est pas possible d'écrire qu'un vieillard "atteint jusqu'à cent ans" ni que des flammes "atteignent jusqu'à dix mètres". Les flammes atteignent dix mètres ; ou montent jusqu'à dix mètres.

Moralité : la formation - initiale et continue - des journalistes français semble devoir être sérieusement remise à plat en ce qui concerne la maîtrise de notre langue, leur outil de travail fondamental. La Mission linguistique francophone va entreprendre des démarches énergiques en ce sens auprès des écoles et grandes écoles concernés. Car en fait d'incendie, il y a indiscutablement péril en la demeure.


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mardi 22 juin 2010

C navrant


La Mission Linguistique Francophone constate avec embarras l'obstination dans l'erreur des directeurs des programmes de France 5 - pourtant définie comme "la chaîne du savoir" du groupe audiovisuel public France Télévisions. Ces fonctionnaires du savoir se flattent d'intituler leurs émissions C à dire (au lieu de C'est-à-dire) ou C à vous (au lieu de C'est à vous), comme si la liaison [obligatoire en français dans les locutions usuelles ou lexicalisées] n'existait pas. À cela, nos décideurs culturels éminents ajoutent une faute de phonétique, puisque la syllabe "C'est" doit se prononcer avec un son Ê comme dans cerf ou fête, et non avec un son É comme dans l'épellation de la lettre C.

Laquelle lettre C, par ailleurs, est communément admise en français comme abréviation pudique de mots obscènes :''c..'' [con], ''c..'' [cul] et ''c..illes'' [couilles]. Apparemment, nul conseiller en communication ne s'en est avisé. "S à dire" [est-ce à dire] que les conseillers en communication sont nuls ou mal avisés ? Il semble plutôt que France 5 ait choisi d'être la chaîne de tous les savoirs, sauf le savoir écrire et prononcer correctement la langue nationale de son public et de son cahier des charges.

vendredi 11 juin 2010

comment dénommer le nommage

Cette semaine est paru un Guide pratique de la dématérialisation des marchés publics, proposé par la Direction des affaires juridiques du ministère français de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi. La Mission linguistique francophone a aussitôt entrepris les actions conformes à ses statuts pour obtenir la radiation de trois barbarismes qui figurent au glossaire de ce guide.

Le premier de ces barbarismes est le "nommage" (sic). Rappelons succinctement pourquoi il convient de faire barrage à la promotion de ce terme, et pourquoi il semble nécessaire de veiller à son éviction des textes réglementaires francophones.

Nommage est une récente et inculte traduction - même pas mot à mot, mais syllabe à syllabe - de l'anglais naming. En français, l'action de donner un nom n'est pas "le nommage" (sic) et n'a aucun besoin de l'être, ni en informatique ni ailleurs. Selon le contexte et la nature exacte de l'action de nommer, les termes traduisant correctement cette action (et traduisant donc correctement l'anglais naming) sont : dénomination ; appellation ; désignation ; baptême ; nomenclature.

Le problème dans le fait d'admettre nommage au lieu de appellation ou dénomination ou désignation ou nomenclature, c'est qu'il ne reste plus qu'à aller jusqu'au bout de ce lavage de cerveaux et admettre "parlage" au lieu de conversation, parole, discours ou expression parlée ; puis "motage" au lieu de définition ou traduction d'un mot ; "donnage" au lieu de don, donation, offrande, cadeau ou restitution ; "mangeage" au lieu de repas, alimentation, digestion ou voracité ; etc. Bref, il ne reste qu'à donner, en haut lieu [dans les services ministériels tel celui précité, notamment], l'exemple de s'abstenir d'aller fouiller dans cet aire de l'encéphale humain où se trouvent stockés les mots justes pour les idées précises, et se mettre à parler ainsi purement avec ses maxillaires, en juxtaposant des phonèmes simples, les premiers venus à la bouche, pas même à l'esprit.

Que décidons-nous pour notre temps et ceux à venir : de foncer tête baissée dans cette voie, ou d'endiguer cette régression ?

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jeudi 10 juin 2010

tuer père et mère

Parce qu'ils croient savoir qu'un parricide tue exclusivement son père, les échotiers de France et de Navarre viennent d'exhumer le mot matricide pour relater le meurtre commis par une adolescente sur la personne de sa mère.

En fait, le parricide tue un ascendant, qu'il soit père, mère, aïeul ou aïeule. Ce n'est pas un patricide, terme qui désigne exclusivement le meurtrier de son père. Ou le meurtre du père. En effet, les termes parricide, patricide et matricide présentent tous la caractéristique rarissime de désigner aussi bien le crime que l'auteur du crime. Tandis que l'assassin commet un assassinat, tandis que le violeur commet un viol, l'escroc une escroquerie, le parricide commet un parricide.

Et comment appelle-t-on le parricide qui a tué son père et sa mère ? Si l'on nous permet une touche d'humour sur un sujet si noir, c'est assurément du même coup un orphelin.

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samedi 1 mai 2010

les publics et les personnels

La langue syndicale et celle du tourisme sont tombées tacitement d'accord pour imposer peu à peu dans le discours des pluriels vains.

En France, plus un seul musée ne reçoit du public. Tous les musées reçoivent désormais des publics. L'habitude de morceler en un pluriel superflu un terme désignant un groupe composite est récente dans le secteur du tourisme et de la culture, mais déjà ancienne dans le vocabulaire de l'entreprise.

C'est peu après mai 1968 que les Directeurs du personnel se sont trouvés confrontés aux revendications des personnels. Sans doute parce que ce n'étaient pas les mêmes délégués du personnel qui défendaient les intérêts des cadres et ceux des ouvriers, des fraiseurs et des comptables, etc.

Dans le cas de la culture et du tourisme, la justification avancée par les promoteurs de cette mode de l'accueil des publics est la suivante : les handicapés (pardon : "les personnes en situation de handicap") n'appartiennent pas au même public que les valides ; et les enfants (pardon "les scolaires") sont un autre public que les adolescents, les bébés ou les adultes, eux-mêmes dignes d'être subdvisés en séniors, actifs, chômeurs, journalistes, enseignants, touristes, chercheurs, membres de comités d'entreprise, militaires, fonctionnaires civils. Et parmi les fonctionnaires civils, n'oublions pas de distinguer "les publics" purement composés d'employés territoriaux et "les publics" regroupant exclusivement des membres de la fonction publique d'État... Comme si toutes ses composantes n'étaient pas unifiées par un même statut : celui de visiteur actuel ou potentiel. Celui de membres du public, dans toute son inéluctable diversité.

"Les publics", "les personnels" : la préciosité et le dogmatisme s'allient ici pour nier l'existence en français d'un singulier général. Celui grâce auquel nous aimons le bon vin, allons faire bronzette en été et voyageons par le train. Alors qu'il existe certes une multitude de bons vins, plus d'un été dans nos vies et plus d'un train dans nos voyages.

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mercredi 28 avril 2010

la polygamie des femmes et des hommes

Pour s'amuser de la menace de déchéance de nationalité française brandie par un ministre de la république contre un époux volage (auteur des douze enfants de quatre concubines, dont trois ne sont pas ses épouses), un fameux hebdomadaire satirique français cite une entretien accordé par une épouse du Président de la République française Nicolas Sarkozy (trois fois marié, quant à lui, mais successivement) à un hebdomadaire non satirique, en 2007 : "Je suis favorable à la polygamie et à la polyandrie" (sic).

On comprend entre les mots ce que voulait dire Carla Bruni-Sarkozy. Mais elle n'a pas su le dire. Car, à l'instar d'une grande majorité de francophones, Mme Sarkozy se méprend sur le sens et l'étymologie du mot polygamie.

Tiré du grec poly (plusieurs)-gamia (mariages), l'adjectif polygame signifie "marié plusieurs fois (simultanément)". Le substantif polygamie désigne la condition de celles ou ceux qui sont ainsi mariés plusieurs fois simultanément, quel que soit leur sexe. Si le mot polyandrie existait ailleurs quand dans les répertoires de néologismes idiots et vains, il signifierait "plusieurs hommes". Et son contraire serait alors polygynie, qui signifierait "plusieurs femmes". Mais le contraire de la polygamie, en français, c'est la monogamie (mariage unique) et non la supposée "polyandrie". Car le contraire de la polygamie, c'est le fait de n'être marié qu'une fois, que l'on soit homme ou femme, puisque les polygames peuvent être hommes ou femmes, pourvu qu'ils s'adonnent à des mariages simultanément multiples. Or, c'est cette multiplicité simultanée que voulait défendre Mme Sarkozy, dans sa déclaration maladroitement formulée : la liberté pour hommes ou femmes de contracter plusieurs mariages. D'être polygames, donc, les unes comme les autres, en toute égalité. Et toute légalité.

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jeudi 22 avril 2010

morbide, sordide et macabre

Parce que sa première syllabe est homonyme du mot mort, l'adjectif morbide est souvent employé par erreur pour désigner ce qui se rapporte à la mort, ce qui évoque des idées de mort. De même, en raison de la rime très riche qui les rapproche, les sens des adjectifs morbide et sordide sont fréquemment confondus.

Or, ce qui est morbide se rapporte à la maladie et non à la mort (du latin morbidus : malsain ou maladif). Ce qui est sordide n'est pas maladif mais d'une repoussante bassesse.

Ce qui apporte la mort est mortifère ou mortel. Ce qui évoque la mort ou s'y rapporte, ce qui se veut familier de la mort n'est pas morbide ni sordide mais macabre.

Les idées morbides ne sont donc pas des idées de mort, mais des idées malsaines. Parmi lesquelles peuvent apparaître éventuellement des idées de mort (mort d'autrui ou suicide), qui sont alors des idées macabres.

C'est bien parce que les concessions faites, parfois stoïquement, à l'idée de mort sont hâtivement jugées repoussantes et malsaines qu'elles sont tenues un peu vite pour sordides ou morbides.

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dimanche 4 avril 2010

si elle ne chante que le matin, c'est une manécanterie

Apparu voici moins de deux cents ans, le mot manécanterie (du latin mane cantare : chanter le matin) n'a jamais été bien vivace. Sa santé délicate et son sens obscur lui valent notre affection. Mais son peu d'utilité nous permet aussi de constater son agonie sans trop de chagrin. Qu'il s'éteigne en paix dans notre langue, au son matinal d'un chœur d'enfant à bouche fermée...


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lundi 29 mars 2010

jeter des pierres, ou caillasser ?

Les journalistes et politiciens nous relatent "le caillassage" d'un autobus, en supposant convenable cette manière de nous informer. Bientôt les dictionnaires, eux aussi, entérineront ce terme strictement argotique comme ne l'étant pas. Or, balancer des caillasses sur une saloperie de bahut pour tout péter, c'est sans doute ce qui s'appelle caillasser. Mais jeter des pierres sur un véhicule, c'est le lapider. Ou lui jeter des cailloux. Des cailloux, pas des "caillasses", ce qui est argotique ou pour le moins familier.

Chez tout professionnel de la langue, le choix d'un juste niveau de langue (littéraire, courant, familier, ordurier, argotique), c'est aussi la preuve d'un juste niveau de compétence professionnelle. Et inversement.

PS : En février 2000, déjà, le regretté créateur du Dicomoche relevait déjà l'officialisation de cette impropriété de terme par la voix d'un éminent orateur politique : "Monsieur notre Premier Ministre a déclaré le 29 février 2000 à l'Assemblée nationale qu'il avait été caillassé lors de sa visite au Proche-Orient. Mot inconnu de Littré, Robert... Inconnu aussi en Afrique francophone, mais connu en Nouvelle-Calédonie. Comme quoi nos hommes politiques sont capables d'aller chercher sans le savoir leur vocabulaire (argotique) aux antipodes." 

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vendredi 26 mars 2010

accidents graves de voyageurs

"Accident grave de voyageur" est la pire circonlocution qu'on pût inventer et propager par hauts-parleurs sous prétexte d'évoquer à mots couverts une tentative de suicide ferroviaire. Si le voyageur y survit, la langue française en sort gravement accidentée et profondément abêtie.

Double faute. Pour commencer, on ne doit pas intercaler un adjectif entre un nom et son complément de nom. En français pas encore vicié par les annonces de la RATP, on dit un vieux chef de service et non "un chef vieux de service" ! Et donc, un grave accident de voyageur et non "un accident grave de voyageur". D'autre part, en français, on ne qualifie jamais un accident par la nature de l'accidenté mais toujours par la cause de l'accident : un accident de ski, et non un accident de skieur, un accident de montagne et non un accident d'alpiniste, un accident domestique et non un accident de parent, et bien sûr un accident de voiture et non un accident d'automobiliste. Ici, à défaut de parler de tentative de suicide ou de reconnaître objectivement la survenue d'un accident de métro, la RATP devrait évoquer un voyageur gravement accidenté, et non "un accident grave de voyageur" (sic).

La Mission linguistique francophone a étudié le niveau d'expression orale des annonces publiques officielles de la RATP dans le métro parisien. Cette étude, menée de janvier 2007 à mars 2010, montre que la maîtrise de la langue parlée par la RATP à ses usagers correspond à celle d'un enfant de 7 à 9 neuf ans, d'intelligence très moyenne, se gargarisant de termes et tournures dont il ne saisit pas pleinement les interactions logiques ni la portée. Un enfant en difficulté avec ses études primaires, s'appliquant à ressasser une courte récitation sans la comprendre et finissant ainsi par y intervertir des syllabes, des mots ou des locutions.

Les points forts de cette étude ont été transmis à Isabelle Ockrent (ci-dessus), directrice de la communication de la RATP, belle entreprise de service public employant des dizaines de milliers de collaborateurs, parmi lesquels aucun ne semble avoir reçu mission de veiller, avec le professionnalisme voulu, à la qualité irréprochable des messages, parlés ou écrits, délivrés heure par heure au cours de trois milliards de trajets annuels.

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vendredi 19 mars 2010

autant pour moi ? au temps pour moi ?

La forme sensée de l'expression en question est bien "autant pour moi", et non "au temps pour moi", comme certains le soutiennent.

Initialement, "autant pour moi !" était une sorte d'interjection militaire, par laquelle un supérieur, reconnaissant une bévue devant ses subalternes - et initialement, une injustice - s'attribue fictivement, en signe de contrition et de bonne foi, le même quantum de sanction (autant de pompes, autant de jours de consigne, autant de kilos de patates à éplucher, autant de réprimandes) que celui qu'il infligerait à un subalterne pareillement pris en faute : "autant pour moi".
Contrairement à une rumeur qui va se propageant dans certains dictionnaires de difficultés du français, et jusque sur les bancs de l'Académie française, il ne s'agit nullement d'une affaire de temps (musical) en milieu militaire. Selon cette explication compliquée dont nul bidasse n'a le souvenir, l'homme de base d'une colonne en défilé, ayant commis une erreur de marche au pas, se redonnerait la mesure en lui-même ("1 ! 2 !") et dirait auparavant : "au temps pour moi !" Ce qui n'est conforme ni à la langue musicale ni à la langue militaire ni au français courant. La question est cependant toujours disputée. Ce qui est le propre des faux bruits à succès...
Et ce faux bruit est entériné çà et là par de grands éditeurs lexicographiques qui ont sans doute été dispensés d'étudier le solfège puis exemptés de service militaire. En leur temps.

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lundi 15 mars 2010

colocataires

La Mission linguistique francophone constate une tendance à la féminisation erronée du mot colocataire, transformé à tort en "colocatrice" (sic). Alors même que personne ne songe à parler d'une "locatrice"au lieu d'une locataire.

En français, la désinence -trice est le féminin de la désinence -teur, et d'elle seule. Un lecteur, une lectrice ; un inspecteur, une inspectrice ; un dessinateur, une dessinatrice. Tandis que les mots se terminant par -aire ne varient pas du masculin au féminin. Un propriétaire n'a pas pour homologue féminine une "propriétrice", mais une propriétaire... De même pour adversaire, récipiendaire, milliardaire, millionnaire ou locataire qui peuvent être masculins ou féminins.

Le sachant, un locataire et sa colocataire vécurent heureux et eurent beaucoup de petits colocataires. Mais pas une seule "colocatrice"...

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dimanche 7 février 2010

ces maladies qui nous affectent

Nombre de professionnels de santé se hasardent à dire : "le patient développe telle maladie". Non, c'est la maladie qui se développe en lui. Le patient n'en peut mais.

Au prix du même abus de langage, certains professionnels français de l'information se sont hasardés ces jours-ci à s'exprimer ainsi : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". Hors contexte, comment comprendre une telle information ?

On pourrait penser que les malades en question sont angoissés à l'idée de déclarer à leur caisse d'assurance la survenue d'un mal ou la nature de ce mal : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". (Parce qu'elle est honteuse ? Parce qu'on va la leur facturer au prix fort ?)

En réalité, les journalistes qui s'expriment ainsi demandent une fois encore au public de tout remettre en ordre à leur place, de reformuler in petto ce vrac linguistique pour en extraire un sens conforme aux faits.

Traduit en français universellement intelligible, voici ce que ces professionnels de la presse parlée nationale française voulaient dire : "Les patients [traités à l'hormone de croissance] redoutent d'avoir contracté la maladie [de Creutzfeldt-Jakob]".

La Mission linguistique francophone rappelle que le malade contracte une maladie, ou en est atteint ; il ne la "déclare" pas. C'est la maladie qui se déclare chez le malade. Et parfois se développe.

Mais certains professionnels de l'information ne sont pas anxieux, eux, à l'idée d'intervertir publiquement sujet et complément, ni de choisir leurs verbes comme au hasard ; et peu leur importe que celui qu'ils piochent soit pronominal ou non.

Il y avait pourtant un verbe qui permettait d'associer étroitement la notion d'atteinte à la santé physique et celle d'atteinte au moral. Le verbe affecter : on craint d'être affecté d'une maladie, et cela nous affecte aussitôt...


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samedi 30 janvier 2010

concours d'architecture

La Mission linguistique francophone note une tendance persistante de la presse quotidienne régionale française à évoquer malencontreusement des "concours d'architectes" voire des "concours d'architecte", au singulier (concours dont l'issue serait donc sans surprise, puisque comprenant un seul concurrent !). La presse reprend ainsi une erreur souvent commise dans les services administratifs des collectivités qui lancent, en fait, des concours d'architecture - et non d'architectes.
Car en français, les concours et les compétitions sont spécifiés par un complément de nom qui précise la nature de la discipline ou de l'enjeu, et non le type de participants. On parle d'une compétition d'athlétisme et non d'une compétition d'athlètes. Des jeunes femmes légères et court vêtues participent à des concours de beauté et non à des concours de belles. Pour en revenir à un art moins futile, ce sont bien des concours d'architecture qui permettent de choisir un architecte lauréat ou un projet lauréat, et non des concours d'architectes qui permettent de choisir une architecture lauréate.

[ Illustration : Perspective de concours d'architecture. Philippe Ameller et Jacques Dubois architectes]

lundi 18 janvier 2010

suite à

Initialement, l'expression ''suite à'' n'était employée que par dérision, au même titre que "rapport à". Pour singer la langue administrative ou militaire malhabile, dans des phrases comme : "Mon adjudant, j'voudrais vous causer rapport à l'invasion adverse suite à ma désertion".
On sait pourtant que la construction des locutions ''suite à'' et ''rapport à'' est absolument défectueuse, puisque le complément de nom se construit avec la préposition de et non la préposition à (il convient de dire "le père de Louis" et non "le père à Louis" ; de même, "la suite de l'action", et non "la suite à l'action").
En France, contrairement au Québec, cette dimension sarcastique a récemment été perdue de vue par des professionnels de la langue écrite et parlée devenus coutumiers d'employer suite à au lieu de après ou à la suite de ou par suite de ou pour faire suite à ou en raison de. La même faute n'est pas encore constatée avec la locution "rapport à", qui reste cantonnée au registre de la dérision. Mais l'agonie des nombreuses entrée en matière en parfaite santé* semble avoir débuté, au bénéfice de ce très bancal "suite à", subitement prisé par des millions de comiques troupiers qui s'ignorent.

* à la suite de, à cause de, en raison de, après sont les principales victimes de l'épidémie de suite à.

vendredi 8 janvier 2010

taxe carbone et parataxe

Pour venir au secours de la terre, il est actuellement* question d'instaurer une taxe sur les émissions de carbone.

Ce projet sans doute louable gagnerait à ne pas s'accompagner d'une création terminologique nuisible à la santé de notre langue. En effet, cédant à la mode de la suppression arbitraire des petits mots de liaison, les orateurs politiques annoncent une future "taxe carbone" (sic). Et les journalistes ne rectifient pas le tir. Ce n'est pourtant tout simplement pas du français.

En français, les substantifs sont qualifiés par un adjectif ou par un complément de nom : on mène une vie professionnelle et non "une vie métier" ; on écoute le chant du coq et non "le chant coq". C'est une donnée syntaxique toute simple qui assure le fonctionnement harmonieux de notre langue.

Pour en revenir au jargon "taxe carbone", ce viol de la syntaxe par la terminologie fiscale est une funeste nouveauté. Jusqu'à présent, les noms de taxes et d'impôts étaient correctement formés d'un substantif assorti d'un adjectif [taxe professionnelle, taxe foncière, impôts indirects] ou d'un substantif accompagné d'un complément [impôt sur le revenu, impôt sur la fortune, taxe d'habitation]. Mais voici ouverte l'ère de la paresse langagière sans borne, où articuler "taxe sur le carbone" ou "taxe carbonique" serait exténuant. La faute au carbone atmosphérique sans doute...

Ironie du sort, cette juxtaposition brutale de deux substantifs ["relation clients", "santé environnement", "fiche produit", ”taxe carbone"] s'appelle... une parataxe.

* Article initialement publié le 8 janvier 2008. Remis sur le dessus de la pile en raison de la multiplication de ce type de formules fautives.

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