samedi 30 janvier 2010

concours d'architecture

La Mission linguistique francophone note une tendance persistante de la presse quotidienne régionale française à évoquer malencontreusement des "concours d'architectes" voire des "concours d'architecte", au singulier (concours dont l'issue serait donc sans surprise, puisque comprenant un seul concurrent !). La presse reprend ainsi une erreur souvent commise dans les services administratifs des collectivités qui lancent, en fait, des concours d'architecture - et non d'architectes.
Car en français, les concours et les compétitions sont spécifiés par un complément de nom qui précise la nature de la discipline ou de l'enjeu, et non le type de participants. On parle d'une compétition d'athlétisme et non d'une compétition d'athlètes. Des jeunes femmes légères et court vêtues participent à des concours de beauté et non à des concours de belles. Pour en revenir à un art moins futile, ce sont bien des concours d'architecture qui permettent de choisir un architecte lauréat ou un projet lauréat, et non des concours d'architectes qui permettent de choisir une architecture lauréate.

[ Illustration : Perspective de concours d'architecture. Philippe Ameller et Jacques Dubois architectes]

jeudi 28 janvier 2010

pauvre verbe faire

Dès l'école primaire, on apprend à se défier d'un usage excessif du verbe faire, un peu vite qualifié de "pauvre" par nos maîtres. Beaucoup de professionnels de la communication écrite ou parlée oublient cette leçon à l'âge adulte, et reprennent à leur compte des formules comme "faire de l'essence" ou "refaire son retard" ou encore "refaire son handicap".  "Je peux vous faire une carte bleue ?" demandent même certains clients désireux de payer par carte de crédit*.

La Mission linguistique francophone note que cette négligence lexicale est actuellement en progression, et rappelle que certains emplois des verbes faire et refaire sont impropres, principalement parce qu'ils appauvrissent la langue et obscurcissent le sens.

Ainsi, on fait le plein d'essence, mais on ne fait pas de l'essence : on en fabrique si on est un industriel du pétrole, on en achète, on en prend ou on en cherche si on est un conducteur de véhicule à essence. Quant aux retards, on ne les refait pas non plus : on les rattrape, on les réduit, on les comble. Le handicap, lui, se surmonte.

*Exemple ajouté en 2014. Cette dérive malencontreuse n'existait pas encore en 2008, quand cet article a été publié.

lundi 18 janvier 2010

suite à

Initialement, l'expression ''suite à'' n'était employée que par dérision, au même titre que "rapport à". Pour singer la langue administrative ou militaire malhabile, dans des phrases comme : "Mon adjudant, j'voudrais vous causer rapport à l'invasion adverse suite à ma désertion".
On sait pourtant que la construction des locutions ''suite à'' et ''rapport à'' est absolument défectueuse, puisque le complément de nom se construit avec la préposition de et non la préposition à (il convient de dire "le père de Louis" et non "le père à Louis" ; de même, "la suite de l'action", et non "la suite à l'action").
En France, contrairement au Québec, cette dimension sarcastique a récemment été perdue de vue par des professionnels de la langue écrite et parlée devenus coutumiers d'employer suite à au lieu de après ou à la suite de ou par suite de ou pour faire suite à ou en raison de. La même faute n'est pas encore constatée avec la locution "rapport à", qui reste cantonnée au registre de la dérision. Mais l'agonie des nombreuses entrée en matière en parfaite santé* semble avoir débuté, au bénéfice de ce très bancal "suite à", subitement prisé par des millions de comiques troupiers qui s'ignorent.

* à la suite de, à cause de, en raison de, après sont les principales victimes de l'épidémie de suite à.

vendredi 8 janvier 2010

taxe carbone et parataxe

Pour venir au secours de la terre, il est actuellement* question d'instaurer une taxe sur les émissions de carbone.

Ce projet sans doute louable gagnerait à ne pas s'accompagner d'une création terminologique nuisible à la santé de notre langue. En effet, cédant à la mode de la suppression arbitraire des petits mots de liaison, les orateurs politiques annoncent une future "taxe carbone" (sic). Et les journalistes ne rectifient pas le tir. Ce n'est pourtant tout simplement pas du français.

En français, les substantifs sont qualifiés par un adjectif ou par un complément de nom : on mène une vie professionnelle et non "une vie métier" ; on écoute le chant du coq et non "le chant coq". C'est une donnée syntaxique toute simple qui assure le fonctionnement harmonieux de notre langue.

Pour en revenir au jargon "taxe carbone", ce viol de la syntaxe par la terminologie fiscale est une funeste nouveauté. Jusqu'à présent, les noms de taxes et d'impôts étaient correctement formés d'un substantif assorti d'un adjectif [taxe professionnelle, taxe foncière, impôts indirects] ou d'un substantif accompagné d'un complément [impôt sur le revenu, impôt sur la fortune, taxe d'habitation]. Mais voici ouverte l'ère de la paresse langagière sans borne, où articuler "taxe sur le carbone" ou "taxe carbonique" serait exténuant. La faute au carbone atmosphérique sans doute...

Ironie du sort, cette juxtaposition brutale de deux substantifs ["relation clients", "santé environnement", "fiche produit", ”taxe carbone"] s'appelle... une parataxe.

* Article initialement publié le 8 janvier 2008. Remis sur le dessus de la pile en raison de la multiplication de ce type de formules fautives.

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