lundi 29 mars 2010

jeter des pierres, ou caillasser ?

Les journalistes et politiciens nous relatent "le caillassage" d'un autobus, en supposant convenable cette manière de nous informer. Bientôt les dictionnaires, eux aussi, entérineront ce terme strictement argotique comme ne l'étant pas. Or, balancer des caillasses sur une saloperie de bahut pour tout péter, c'est sans doute ce qui s'appelle caillasser. Mais jeter des pierres sur un véhicule, c'est le lapider. Ou lui jeter des cailloux. Des cailloux, pas des "caillasses", ce qui est argotique ou pour le moins familier.

Chez tout professionnel de la langue, le choix d'un juste niveau de langue (littéraire, courant, familier, ordurier, argotique), c'est aussi la preuve d'un juste niveau de compétence professionnelle. Et inversement.

PS : En février 2000, déjà, le regretté créateur du Dicomoche relevait déjà l'officialisation de cette impropriété de terme par la voix d'un éminent orateur politique : "Monsieur notre Premier Ministre a déclaré le 29 février 2000 à l'Assemblée nationale qu'il avait été caillassé lors de sa visite au Proche-Orient. Mot inconnu de Littré, Robert... Inconnu aussi en Afrique francophone, mais connu en Nouvelle-Calédonie. Comme quoi nos hommes politiques sont capables d'aller chercher sans le savoir leur vocabulaire (argotique) aux antipodes." 

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vendredi 26 mars 2010

accidents graves de voyageurs

"Accident grave de voyageur" est la pire circonlocution qu'on pût inventer et propager par hauts-parleurs sous prétexte d'évoquer à mots couverts une tentative de suicide ferroviaire. Si le voyageur y survit, la langue française en sort gravement accidentée et profondément abêtie.

Double faute. Pour commencer, on ne doit pas intercaler un adjectif entre un nom et son complément de nom. En français pas encore vicié par les annonces de la RATP, on dit un vieux chef de service et non "un chef vieux de service" ! Et donc, un grave accident de voyageur et non "un accident grave de voyageur". D'autre part, en français, on ne qualifie jamais un accident par la nature de l'accidenté mais toujours par la cause de l'accident : un accident de ski, et non un accident de skieur, un accident de montagne et non un accident d'alpiniste, un accident domestique et non un accident de parent, et bien sûr un accident de voiture et non un accident d'automobiliste. Ici, à défaut de parler de tentative de suicide ou de reconnaître objectivement la survenue d'un accident de métro, la RATP devrait évoquer un voyageur gravement accidenté, et non "un accident grave de voyageur" (sic).

La Mission linguistique francophone a étudié le niveau d'expression orale des annonces publiques officielles de la RATP dans le métro parisien. Cette étude, menée de janvier 2007 à mars 2010, montre que la maîtrise de la langue parlée par la RATP à ses usagers correspond à celle d'un enfant de 7 à 9 neuf ans, d'intelligence très moyenne, se gargarisant de termes et tournures dont il ne saisit pas pleinement les interactions logiques ni la portée. Un enfant en difficulté avec ses études primaires, s'appliquant à ressasser une courte récitation sans la comprendre et finissant ainsi par y intervertir des syllabes, des mots ou des locutions.

Les points forts de cette étude ont été transmis à Isabelle Ockrent (ci-dessus), directrice de la communication de la RATP, belle entreprise de service public employant des dizaines de milliers de collaborateurs, parmi lesquels aucun ne semble avoir reçu mission de veiller, avec le professionnalisme voulu, à la qualité irréprochable des messages, parlés ou écrits, délivrés heure par heure au cours de trois milliards de trajets annuels.

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vendredi 19 mars 2010

autant pour moi ? au temps pour moi ?

La forme sensée de l'expression en question est bien "autant pour moi", et non "au temps pour moi", comme certains le soutiennent.

Initialement, "autant pour moi !" était une sorte d'interjection militaire, par laquelle un supérieur, reconnaissant une bévue devant ses subalternes - et initialement, une injustice - s'attribue fictivement, en signe de contrition et de bonne foi, le même quantum de sanction (autant de pompes, autant de jours de consigne, autant de kilos de patates à éplucher, autant de réprimandes) que celui qu'il infligerait à un subalterne pareillement pris en faute : "autant pour moi".
Contrairement à une rumeur qui va se propageant dans certains dictionnaires de difficultés du français, et jusque sur les bancs de l'Académie française, il ne s'agit nullement d'une affaire de temps (musical) en milieu militaire. Selon cette explication compliquée dont nul bidasse n'a le souvenir, l'homme de base d'une colonne en défilé, ayant commis une erreur de marche au pas, se redonnerait la mesure en lui-même ("1 ! 2 !") et dirait auparavant : "au temps pour moi !" Ce qui n'est conforme ni à la langue musicale ni à la langue militaire ni au français courant. La question est cependant toujours disputée. Ce qui est le propre des faux bruits à succès...
Et ce faux bruit est entériné çà et là par de grands éditeurs lexicographiques qui ont sans doute été dispensés d'étudier le solfège puis exemptés de service militaire. En leur temps.

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lundi 15 mars 2010

colocataires

La Mission linguistique francophone constate une tendance à la féminisation erronée du mot colocataire, transformé à tort en "colocatrice" (sic). Alors même que personne ne songe à parler d'une "locatrice"au lieu d'une locataire.

En français, la désinence -trice est le féminin de la désinence -teur, et d'elle seule. Un lecteur, une lectrice ; un inspecteur, une inspectrice ; un dessinateur, une dessinatrice. Tandis que les mots se terminant par -aire ne varient pas du masculin au féminin. Un propriétaire n'a pas pour homologue féminine une "propriétrice", mais une propriétaire... De même pour adversaire, récipiendaire, milliardaire, millionnaire ou locataire qui peuvent être masculins ou féminins.

Le sachant, un locataire et sa colocataire vécurent heureux et eurent beaucoup de petits colocataires. Mais pas une seule "colocatrice"...

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