mercredi 28 avril 2010

la polygamie des femmes et des hommes

Pour s'amuser de la menace de déchéance de nationalité française brandie par un ministre de la république contre un époux volage (auteur des douze enfants de quatre concubines, dont trois ne sont pas ses épouses), un fameux hebdomadaire satirique français cite une entretien accordé par une épouse du Président de la République française Nicolas Sarkozy (trois fois marié, quant à lui, mais successivement) à un hebdomadaire non satirique, en 2007 : "Je suis favorable à la polygamie et à la polyandrie" (sic).

On comprend entre les mots ce que voulait dire Carla Bruni-Sarkozy. Mais elle n'a pas su le dire. Car, à l'instar d'une grande majorité de francophones, Mme Sarkozy se méprend sur le sens et l'étymologie du mot polygamie.

Tiré du grec poly (plusieurs)-gamia (mariages), l'adjectif polygame signifie "marié plusieurs fois (simultanément)". Le substantif polygamie désigne la condition de celles ou ceux qui sont ainsi mariés plusieurs fois simultanément, quel que soit leur sexe. Si le mot polyandrie existait ailleurs quand dans les répertoires de néologismes idiots et vains, il signifierait "plusieurs hommes". Et son contraire serait alors polygynie, qui signifierait "plusieurs femmes". Mais le contraire de la polygamie, en français, c'est la monogamie (mariage unique) et non la supposée "polyandrie". Car le contraire de la polygamie, c'est le fait de n'être marié qu'une fois, que l'on soit homme ou femme, puisque les polygames peuvent être hommes ou femmes, pourvu qu'ils s'adonnent à des mariages simultanément multiples. Or, c'est cette multiplicité simultanée que voulait défendre Mme Sarkozy, dans sa déclaration maladroitement formulée : la liberté pour hommes ou femmes de contracter plusieurs mariages. D'être polygames, donc, les unes comme les autres, en toute égalité. Et toute légalité.

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vendredi 23 avril 2010

comtes et comtés aux USA

La plupart des politologues de France, des étudiants en géographie ou sciences politiques, des journalistes et même des auteurs de dictionnaires se fourvoient à traduire "Madison County" par "Comté de Madison", comme s'il existait ou avait existé aux USA un ordre nobiliaire et donc des principautés, des duchés et des comtés !
 
Non, les USA ne sont pas et n'ont jamais été une monarchie aristocratique, et la traduction de l'anglo-américain county par "comté" est de ce fait un lourd faux-sens.

Le territoire des USA est plus exactement subdivisé en états et en cantons ; autrement dit dans la langue locale, en states et en counties (county, au singulier).

Il semble important d'officialiser la traduction correcte dans notre langue de la notion de county aux USA, par le terme canton. La Mission linguistique francophone propose à ceux qui trouvent le terme canton trop helvético-franchouillard ou insuffisamment sexy et exotique pour les USA de s'en tenir au mot autochtone county ("le county de Madison"), exactement comme le français a intégré les mots blues, musique country ou barman sans les franciser en "bleus", "musique de la campagne" et "homme de la barre". Ce qui eut été moins ignorant que d'affubler les USA de comtes et de comtés...

dimanche 4 avril 2010

si elle ne chante que le matin, c'est une manécanterie

Apparu voici moins de deux cents ans, le mot manécanterie (du latin mane cantare : chanter le matin) n'a jamais été bien vivace. Sa santé délicate et son sens obscur lui valent notre affection. Mais son peu d'utilité nous permet aussi de constater son agonie sans trop de chagrin. Qu'il s'éteigne en paix dans notre langue, au son matinal d'un chœur d'enfant à bouche fermée...


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jeudi 1 avril 2010

buzz et clavardage

En France, le secrétariat d'État à la Francophonie et le ministère de la Culture se partagent les obligations en matière de vitalité de la langue française. Le premier veille plutôt sur son rayonnement international, et le second sur sa vitalité intrinsèque. C'est dans ce cadre que vient d'être organisé un sympathique concours d'idées dont le sujet laisse cependant perplexe par endroits. Les participants ont été invités à inventer des mots francophones nouveaux pour parler du buzz, du talk, du chat, etc. Or, la question n'est pas ici d'inventer des mots nouveaux, mais de se souvenir que des mots français existent déjà. Et de le rappeler.

Rappelons donc qu'un talk, c'est une conversation ou un débat, voire une causerie. Que du buzz, c'est de la rumeur ou du bruit (au sens figuré employé dans "beaucoup de bruit pour rien"). Et que to chat signifie très exactement bavarder. Pour franciser le chat anglophone cher aux internautes francophones, inutile donc de s'encombrer du néologisme (dé)con(certant) "éblabla" (sic) retenu par le jury du concours précité. L'inusable bavardage fera l'affaire. [NB : le nombre de syllabes est le même.]

Si vraiment, on entend distinguer un bavardage oral d'un bavardage dactylographié, alors les francophones canadiens ont déjà forgé un néologisme astucieux : le clavardage, ou bavardage par clavier.

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