mardi 22 juin 2010

C navrant


La Mission Linguistique Francophone constate avec embarras l'obstination dans l'erreur des directeurs des programmes de France 5 - pourtant définie comme "la chaîne du savoir" du groupe audiovisuel public France Télévisions. Ces fonctionnaires du savoir se flattent d'intituler leurs émissions C à dire (au lieu de C'est-à-dire) ou C à vous (au lieu de C'est à vous), comme si la liaison [obligatoire en français dans les locutions usuelles ou lexicalisées] n'existait pas. À cela, nos décideurs culturels éminents ajoutent une faute de phonétique, puisque la syllabe "C'est" doit se prononcer avec un son Ê comme dans cerf ou fête, et non avec un son É comme dans l'épellation de la lettre C.

Laquelle lettre C, par ailleurs, est communément admise en français comme abréviation pudique de mots obscènes :''c..'' [con], ''c..'' [cul] et ''c..illes'' [couilles]. Apparemment, nul conseiller en communication ne s'en est avisé. "S à dire" [est-ce à dire] que les conseillers en communication sont nuls ou mal avisés ? Il semble plutôt que France 5 ait choisi d'être la chaîne de tous les savoirs, sauf le savoir écrire et prononcer correctement la langue nationale de son public et de son cahier des charges.

vendredi 11 juin 2010

comment dénommer le nommage

Cette semaine est paru un Guide pratique de la dématérialisation des marchés publics, proposé par la Direction des affaires juridiques du ministère français de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi. La Mission linguistique francophone a aussitôt entrepris les actions conformes à ses statuts pour obtenir la radiation de trois barbarismes qui figurent au glossaire de ce guide.

Le premier de ces barbarismes est le "nommage" (sic). Rappelons succinctement pourquoi il convient de faire barrage à la promotion de ce terme, et pourquoi il semble nécessaire de veiller à son éviction des textes réglementaires francophones.

Nommage est une récente et inculte traduction - même pas mot à mot, mais syllabe à syllabe - de l'anglais naming. En français, l'action de donner un nom n'est pas "le nommage" (sic) et n'a aucun besoin de l'être, ni en informatique ni ailleurs. Selon le contexte et la nature exacte de l'action de nommer, les termes traduisant correctement cette action (et traduisant donc correctement l'anglais naming) sont : dénomination ; appellation ; désignation ; baptême ; nomenclature.

Le problème dans le fait d'admettre nommage au lieu de appellation ou dénomination ou désignation ou nomenclature, c'est qu'il ne reste plus qu'à aller jusqu'au bout de ce lavage de cerveaux et admettre "parlage" au lieu de conversation, parole, discours ou expression parlée ; puis "motage" au lieu de définition ou traduction d'un mot ; "donnage" au lieu de don, donation, offrande, cadeau ou restitution ; "mangeage" au lieu de repas, alimentation, digestion ou voracité ; etc. Bref, il ne reste qu'à donner, en haut lieu [dans les services ministériels tel celui précité, notamment], l'exemple de s'abstenir d'aller fouiller dans cet aire de l'encéphale humain où se trouvent stockés les mots justes pour les idées précises, et se mettre à parler ainsi purement avec ses maxillaires, en juxtaposant des phonèmes simples, les premiers venus à la bouche, pas même à l'esprit.

Que décidons-nous pour notre temps et ceux à venir : de foncer tête baissée dans cette voie, ou d'endiguer cette régression ?

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jeudi 10 juin 2010

tuer père et mère

Parce qu'ils croient savoir qu'un parricide tue exclusivement son père, les échotiers de France et de Navarre viennent d'exhumer le mot matricide pour relater le meurtre commis par une adolescente sur la personne de sa mère.

En fait, le parricide tue un ascendant, qu'il soit père, mère, aïeul ou aïeule. Ce n'est pas un patricide, terme qui désigne exclusivement le meurtrier de son père. Ou le meurtre du père. En effet, les termes parricide, patricide et matricide présentent tous la caractéristique rarissime de désigner aussi bien le crime que l'auteur du crime. Tandis que l'assassin commet un assassinat, tandis que le violeur commet un viol, l'escroc une escroquerie, le parricide commet un parricide.

Et comment appelle-t-on le parricide qui a tué son père et sa mère ? Si l'on nous permet une touche d'humour sur un sujet si noir, c'est assurément du même coup un orphelin.

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