dimanche 18 juillet 2010

en interne, en individuel, en sous-scutané : triple faute

Les francophones qui ne s'alarment pas de la disparition du complément de nom correctement formé ("votre numéro de compte") au profit de juxtapositions imitées de l'anglais ("votre numéro client") ne s'alarment pas d'une altération profonde de la syntaxe du français. Ils invoquent l'intérêt de simplifier toute langue, et saluent l'économie d'effort d'articulation procurée par la suppression du mot "de"... On doit se réjouir que la paresse soit une si haute vertu à leurs yeux, car on s'en attristerait en pure perte.

Mais alors on s'étonne de leur acharnement à ajouter ailleurs des mots superflus. Dans l'entreprise, les réunions internes deviennent des réunions "en interne". Selon le même travers, on peut lire ce matin dans la presse nationale française le compte rendu d'une expertise médicale concernant un rocker francophone : un épanchement "en sous-cutané" y est décrit. Un épanchement sous-cutané suffisait. "Sous-cutané" ou "interne" sont des adjectifs et non des compléments de lieu ni de manière justifiant la présence d'une préposition de lieu (en France) ou de manière (en vitesse).

Mais les fautes de syntaxe les plus tordues n'ont plus valeur de faute professionnelle chez le journaliste, ni de faille culturelle chez le médecin expert. Donc, à l'instar des voyages individuels qui sont devenus des voyages "en individuel" dans le jargon du tourisme, les plaies de la peau seront désormais des plaies "en cutané" et non des plaies cutanées. Hélas, on pressent où est la véritable plaie dans cette histoire : c'est que la langue française soit bientôt impossible à enseigner sans l'apprentissage d'une liste d'exceptions tellement allongée et tellement embrouillée que chacun se détournera de cette langue en lambeaux.

vendredi 2 juillet 2010

atteindre dix mètres


Comme tant et tant de ses consœurs et confrères, l'envoyée permanente de TF1 à Londres, journaliste chevronnée et estimée, est en grande difficulté avec la syntaxe et le vocabulaire de la langue française.

En atteste ce commentaire qu'elle a rédigé à tête reposée puis transmis par téléphone à sa rédaction qui n'a pas tiqué, n'a pas estimé nécessaire de le lui faire rectifier et l'a diffusé tel quel [10.02.2008, journal de 13 heures] : "Les flammes ont atteint jusqu'à dix mètres".

En français, il n'est pas possible d'écrire qu'un vieillard "atteint jusqu'à cent ans" ni que des flammes "atteignent jusqu'à dix mètres". Les flammes atteignent dix mètres ; ou montent jusqu'à dix mètres.

Moralité : la formation - initiale et continue - des journalistes français semble devoir être sérieusement remise à plat en ce qui concerne la maîtrise de notre langue, leur outil de travail fondamental. La Mission linguistique francophone va entreprendre des démarches énergiques en ce sens auprès des écoles et grandes écoles concernés. Car en fait d'incendie, il y a indiscutablement péril en la demeure.


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