mardi 28 décembre 2010

septs autre enfants (sic et resic)


L'année écoulée a coulé la liaison.

Et spécialement, la liaison entre les adjectifs numéraux et les euros. Si l'on entend encore souvent "des euros" être prononcé "dê'z'eurô", comme il convient, on n'entend pratiquement plus jamais "deux euros" être prononcé "deu'z'eurô". Déboussolés à l'extrême et légèrement négligents, les journalistes de l'audiovisuel public français sont même capables désormais de placer une liaison fausse tout en supprimant les liaisons justes. Ainsi vous parlent-ils de "sept'z' autre enfants" [Journal télévisé de France 3 le 15 mars 2011] sans se reprendre ni être repris, selon une tendance que rien ne semble devoir inverser.

Prononcer les liaisons exige un certain instinct de la grammaire et une connaissance minimale de l'orthographe qui en résulte. C'est sans doute ce qui explique la désaffection actuelle pour les liaisons : ne pas les prononcer, c'est éviter de révéler verbalement une maîtrise chancelante de l'orthographe et de la grammaire (cf le célèbre "Reprenez r'avec moi tous en chœur !" de l'artiste de variété français Eddy Mitchell). Mais les liaisons proprement maniées sont aussi - ou étaient aussi - un moyen extrêmement efficace d'aider l'apprentissage de l'orthographe et de lever certains doute écrits en s'aidant de l'oral. À l'époque où tout Francophone normalement constitué prononçait encore "Hui't'euros cinquante" et "Huit cents z'ans", on ne risquait pas de se demander si 8 ou 800 s'écrivaient avec un S ou un T terminal. Tandis qu'à l'ère des "ui' euro" et des "sêt'z'ôtr'enfan", la question reste entière...

Avec la disparition de la liaison, c'est une grâce de la langue qui s'étiole. Mais c'est aussi une antisèche sonore qui s'évapore.

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