mercredi 28 décembre 2011

métropoles : villes mères

Les métropoles [du grec "ville mère"] sont par définition de très grandes villes - ou même des territoires entiers, comme dans le cas de la France continentale par distinction avec ses régions insulaires.
Mais alors, que sont les "grandes métropoles" chères à la plume des dircoms de diverses capitales régionales françaises ? Sans doute sont-ce de grandes très-grandes-villes ?
Mais alors, si Nancy, Nantes, Marseille, revendiquent d'être de "grandes métropoles", que sont Londres, Mexico, Tokyo ou Los Angeles ? Certains ont trouvé la réponse et n'hésitent pas à l'écrire sans bien se relire : ce sont de très grandes métropoles. Bonne mère, où l'escalade verbale des métropoles s'arrêtera-t-elle ? Et la dévaluation des superlatifs ?



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mercredi 14 décembre 2011

mûr ou parvenu à maturité, mais pas "mature"

En français, le contraire d'immature n'est pas mature (anglicisme) mais mûr.

L'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature. La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, écrivains, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français.

En effet, l'emploi de l'adjectif inverse de immature, à savoir mûr, est devenu minoritaire dans les médias francophones écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Or, le terme "mature" est impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie mûr et, par extension parvenu à maturité sexuelle donc adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque le contraire de l'adjectif mûr est le mot immature, le contraire de l'adjectif immature est le mot mûr. Sauf à admettre l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale...

La locution parvenue à maturité ou parvenu à maturité est aussi un substitut très satisfaisant à l'anglicisme "mature", si jamais on estime que l'adjectif francophone mûr ne suffit pas à traduire en français le contraire de l'immaturité.

NDE : Divers dictionnaires estimables ont récemment entériné une acception psychologique de "mature" au lieu de mûr. Il ne faut y voir qu'un opportunisme commercial et non une légitimation officielle de cette impropriété de terme.

lundi 28 novembre 2011

fortuité

En anglais, on appelle serendipity le fait d'effectuer une découverte inespérée. On cherchait quelque chose, on en trouve une autre. Et cette autre chose s'avère plus importante, plus précieuse, plus fructueuse.

Internet est un lieu de recherches propice à de telles trouvailles.

Inventé par Horace Walpole [ci-contre portraituré par Ramsay, et ci-devant Comte d'Oxford] en 1754, le mot serendipity a été importé par certains dans notre langue sous sa forme francisée sérendipité. Un peu pédant, très obscur, ce néologisme n'a pas eu grand succès dans le langage courant. Des Canadiens francophones lui ont récemment (vers 2000) trouvé un substitut autrement plus savoureux : la fortuité.

Plus concis que la sérendipité [trois syllabes au lieu de cinq], plus euphonique et plus lumineux, le mot fortuité est immédiatement compréhensible. En prime, il agrandit à point nommé la petite famille déjà composée du couple fortuit et fortuitement, qui l'adopte sans hésiter.

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mercredi 2 novembre 2011

toujours très très

La tendance emphatique à redoubler, voire tripler, l'adverbe très n'est toujours pas en régression mais s'installe au contraire depuis maintenant quatre ans dans le français médiatique.
"Nous vous souhaitons une très très bonne année" (France 2). "Le matin, il fera très très froid en région parisienne" (France 3, à propos d'une météo prévoyant tout juste un degré au-dessus de zéro, ce qui n'est pas sibérien). "Une exposition très très intéressante" (France Inter). "Concerts très très privés" (RTL).
Bien entendu, ce tic de langage fait tache d'huile dans le public. Et c'est le français qui dérape.
Et surtout, qui s'appauvrit. Car le redoublement de très très, toujours suivi d'une adjectif relativement pauvre (froid, bon, intéressant, etc) sert aussi à se dispenser de puiser dans le vocabulaire foisonnant de la langue française un terme qui exprime avec justesse la très-très-tude, sans le secours de cette double dose d'adverbe.
Au dix-huitième siècle encore, très était une sorte de préfixe attaché à l'adjectif par un tiret : "Notre très-généreux souverain". Peut-être au vingt et unième siècle, faudra-t-il revenir à l'usage du tiret pour lier le redoublement de très auquel les orateurs publics sont en train de nous accoutumer ? Nous écrirons alors très-très, comme tsoin-tsoin.
Mais nous pouvons aussi renoncer à minorer la valeur de l'adverbe très, et nous souvenir que très fort, c'est déjà très fort.

mercredi 26 octobre 2011

choisissez bien, choisissez "but" !

Chers commentateurs sportifs bien-aimés ! Toujours si prompts à doper leur discours médiatique à grands coups de pompe ! Et quand ce n'est pas la pompe argotique, c'est la pompe des pompeux... Ce jour, sur France 2 [chaîne nationale de la télévision française], un spécialiste des jeux de ballon nous annonce qu'un habile footballeur a "marqué deux réalisations" à lui tout seul. Autrement dit, il a marqué deux buts.

Cette terminologie outrée apparaissait déjà dans des commentaires du type "Machin a manqué de réalisation". Ce qui signifiait que le Machin en question n'avait marqué aucun but, malgré diverses tentatives en ce sens pour lesquelles on le rétribue grassement. Au prix de revient de ces buts manqués, le but marqué n'a plus de prix. Alors, mieux qu'un but atteint, c'est une réalisation réalisée... Quand le gardien de but sera devenu gardien de réalisations, le français médiatique aura marqué un but de plus contre son camp.

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mardi 25 octobre 2011

primaires citoyennes

Pour désigner une élection primaire, c'est-à-dire la première étape d'un processus électoral important, on a coutume de parler de "primaire". Ou de "primaires", au pluriel, si cette première étape comprend plusieurs scrutins successifs ou simultanés.

Sur le plan linguistique, une primaire est un adjectif substantivé : un adjectif transformé en nom de chose. Ce procédé de style a toujours existé : le beau (pour la beauté), le pire (pour ce qui peut nous arriver de pire). Mais l'emploi d'adjectifs substantivés peut aussi relever d'une ignorance de la valeur syntaxique des mots. Les adjectifs substantivés sont alors une affection du langage. Et notre langue est actuellement couverte de ces pustules : des portables (téléphones ou ordinateurs ?), des consommables, des livrables, l'international, l'événementiel, les scolaires, etc.

Journalistes et politiciens de France - tous professionnels de la langue, pourtant, et tous francophones d'expression, en principe - commettent actuellement l'erreur d'employer l'expression que voici : "les primaires citoyennes" (du parti socialiste).

La Mission linguistique francophone les invite à y renoncer.

D'abord, il s'agit d'un pléonasme, ou au moins d'une périssologie : toute élection politique est un processus engageant des citoyens. "Une (élection) primaire citoyenne", c'est donc une organisation organisée, un acte actif, une sélection sélective... Mais il s'agit aussi d'une accumulation des pustules précitées : un adjectif (primaire) est qualifié par un autre adjectif (citoyenne), et le tout est substantivé. Enfin, cette expression recourt à une inutile adjectivation du nom commun citoyen ou citoyenne (pour mieux le re-substantiver dans la foulée !). Pourquoi inutile ? Parce que l'adjectif qualifiant ce qui relève du devoir des citoyens existe déjà ; c'est l'adjectif civique. "Des primaires citoyennes" (sic) sont donc, en fait, "des élections primaires civiques". Que de mots, que de mots... N'en jetez plus, l'isoloir est plein.

Dans une démocratie pluraliste, est-il besoin de préciser que le choix concerté d'un candidat officiel à la Présidence de la République concerne les citoyens et relève du civisme ?

Ci-dessus : Jean-Pierre Mignard, Professeur en droit de la communication et des médias à Sciences-Po, et membre de la Haute autorité des primaires citoyennes (HAP).


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lundi 17 octobre 2011

commanditaire, et non donneur d'ordres

A de très rares exceptions près, l'expression "donneur d'ordre" est incorrecte en français, parce qu'elle est employée par méprise sur le sens des termes qui la composent.

Le mot anglais order signifie ordre, à tous les sens du terme français : l'ordre ordonné (remettre en ordre), ou l'ordre ordonnant (donner des ordres). Mais l'anglais order doit parfois se traduire par portion (une portion de frites), car le verbe to order signifie aussi commander, passer commande ; or une portion de frites est comprise par la langue anglaise comme une commande de frites, c'est-à-dire comme l'ordre donné et reçu de servir une certaine quantité de frites.

Le mot anglais order est donc en partie un faux ami. À ce titre, il a fait germer en français contemporain une curieuse manière de dénommer ses clients, manière un rien brutale et oublieuse de du sens des mots : les donneurs d'ordre ! En réalité, il s'agit de ceux passent commande (anglais order) , et non de ceux qui donnent des ordres... Le terme correct, préconisé par la Mission linguistique francophone en lieu et place de ce méchant "donneur d'ordre(s)", est alors le bienveillant commanditaire. Dans certaines professions, ce sera le maître d'ouvrage, appellation dans laquelle la notion de commande(ment) et de directive reste non moins présente mais moins brutale que dans le désastreux et naïf "donneur d'ordres".

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jeudi 13 octobre 2011

anachronismes lexicaux

L'étude des anachronismes lexicaux dans les dialogues littéraires (romans, scénarios, pièces de théâtre) est un bon révélateur des modes dans le vocabulaire courant. Et notamment, un révélateur des effets des "tueurs sériels" de notre vocabulaire, ces mots qui nous abrutissent par leur pugnacité à s'imposer dans les conversations, à la place du mot juste.

Comme on pouvait le craindre, le barbarisme "sécuriser" et les abus de la préposition "sur" n'ont pas épargné les meilleures productions littéraires historiques du moment. Prix Goncourt et Grand prix du roman de l'Académie française, le roman Les bienveillantes du très érudit Jonathan Littell en porte la marque en divers endroits ; ainsi p. 54, deux SS
conversent : « Le Generalfeldmarshall nous a ordonné de sécuriser le lieu » - « Bien sûr, je comprends », répond le héros qui, en réalité, n'aurait rien compris à ce barbarisme en 1942 [première occurrence attestée en 1968, selon le Grand Robert] et ne peut toujours pas comprendre en 2006 si le lieu a été protégé, assiégé, envahi, bombardé, rasé, pilonné, déminé, interdit, bouclé, étayé, rendu sûr, ou si sa population a été rassurée, puisque toutes ces acceptions et vingt autres ont désormais cours pour le barbarisme "sécuriser".

Parasité cette fois-ci par le mauvais usage de la préposition sur, le même excellent auteur se hasarde à placer dans la bouche de son héros la locution adverbiale "sur le long terme" (au lieu de à long terme) dont il n’existe aucune occurrence attestée avant les abords de l’an 2000. Plus loin encore dans le même livre, c’est l’actuelle mode des couples adverbe+adjectif à l’anglaise (politiquement correct, sexuellement transmissible, mentalement retardé) qui produit un anachronisme de dialogue, p. 544 : «Docteur, je ne souffre que d’une maladie sexuellement
transmissible et irrémédiablement fatale : la vie.
». Le mot d’auteur est plaisant. Mais en 1942, cette circonlocution n’existait pas et les maladies contagieuses par voie sexuelle étaient dites vénériennes.

Furtivement égaré par le pilonnage du français médiatique, l'écrivain bilingue s'est laissé piéger par la mode. On ne lui retirera pas pour autant l'estime qu'inspirent un texte aussi fort et un aussi petit nombre d'anachronismes en 1200 pages de roman historique...

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jeudi 6 octobre 2011

la pudeur d'abord

"Je ne suis pas un technicien du droit qui ne compatit pas à la souffrance des autres mais j'ai d'abord une vraie compassion pour les enfants violés pendant des années", a déclaré à la presse le juge jadis chargé d'instruire "l'affaire d'Outreau", pour justifier en ces termes son refus d'admettre l'effrayante gravité de ses bévues de juge d'instruction, lesquelles ont directement causé le suicide d'un innocent et mille autres souffrances imméritées.

Voilà un professionnel de la langue qui ne sait pas ce qu'il dit. Ou bien un professionnel de la justice qui ne sait pas ce qui est juste.

Moralement, Monsieur le juge, la compassion envers certaines victimes ne peut jamais légitimer l'absence de compassion envers d'autres. Un magistrat qui ne partage pas cette philosophie-là est dangereux. Votre mission n'a jamais été et ne sera jamais de protéger l'innocence des uns en foulant celle des autres. Il faut laisser cela aux esprits grossiers.

La locution adverbiale d'abord indique une priorité. Celle que vous exprimez par ce d'abord n'est pas défendable et ne vous défend pas. Non, il ne convient pas, en bon français, d'avoir d'abord de la compassion pour des innocents sortis vivants d'une affaire sordide, et dans une très moindre mesure de la compassion pour un innocent sorti sans vie de cette affaire sordide. Ou alors, c'est placer le respect de la pudeur au-dessus du respect de la vie, et considérer les atteintes à la vie sexuelle comme plus graves que les atteintes à la vie tout court. Cette morale-là viole le sens commun. Ce n'est certainement pas la vôtre non plus.

Sans doute est-ce votre langue qui a fourché. Demanderez-vous là-dessus à l'opinion publique l'indulgence que vous vous êtes montré très déterminé à refuser à d'autres quand vous les livriez en pâture à cette même opinion publique ?

Nous ne nous étendrons pas sur l'étrange formule "vraie compassion", qui laisse à penser que le locuteur est capable de fausse compassion... Ce serait ignorer une tendance actuelle à écarter l'adverbe vraiment ("j'ai vraiment de la compassion") au bénéfice de l'adjectif vrai ("j'ai une vraie compassion").

mercredi 14 septembre 2011

chronophage et capillotracté

Néologisme bien assemblé et teinté d'humour, l'adjectif chronophage connaît une faveur grandissante et méritée. Il n'existait jusqu'alors pas de mot pour qualifier ce qui prend du temps, trop de temps, ce qui dévore [suffixe -phage] le temps [radical chrono-].

Le mot chronophage gagne actuellement ses lettres de noblesse et peut désormais s'employer sans guillemets, dans les contextes les plus variés, avec ou sans touche d'humour.

Il n'en va pas de même pour le plaisant "capillotracté", néologisme correctement assemblé lui aussi, mais empreint par essence d'une connotation burlesque très marquée et que l'on réservera au registre de l'humour. Construction 100% latine, capillotracté signifie "tiré par les cheveux".

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vendredi 1 juillet 2011

sur un ton comminatoire

La plupart des dictionnaires disponibles sur internet donnent mot pour mot la même définition de l'adjectif comminatoire, appliqué à la manière de s'exprimer. "Qui a le caractère d'une menace ; menaçant. Style comminatoire, ton comminatoire."

La nature exacte de la menace contenue en français courant dans la notion de ton comminatoire mérite d'être précisée : c'est un ton qui ne souffre pas la discussion ; un ton cassant de supérieur à subalterne ; le ton sur lequel on donne sèchement un ordre dont l’inexécution sera sanctionnée.

Ce n'est pas la menace du maître-chanteur ni du tueur à gages. C'est une menace de chef. Et c'est ce qui rend insupportable le ton comminatoire employé par qui n'est pas notre chef.

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mercredi 8 juin 2011

par satellite

Satellite est un nom commun et parfois un nom propre qui peut se référer à divers secteurs des sciences et des techniques. Mais dans tous les secteurs, notamment dans ceux de la récitation de bulletins météorologiques ou de la traduction de documentaires de télévision, l'emploi du mot satellite comme adjectif est un abus de langage et un viol syntaxique sans charme ni nécessité.

On ne dit pas "une photo satellite" mais une photo par satellite (sous-entendu prise par un satellite) ou une photo satellitaire. De même qu'on ne dit pas "une photo nombre" mais "une photo numérique" : parce que, dans notre langue, les adjectifs et les substantifs ne sont pas interchangeables sans ménagements comme ils le sont dans d'autres idiomes, en particulier l'anglais.

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mardi 31 mai 2011

un ex-employé, des exes-employées

La foule des professionnels de la parole qui pratiquent la paragoge ne cesse de grossir. La paragoge consiste à prononcer une voyelle qui n'existe pas. Cette faute de phonétique était autrefois réservée aux enfants en bas âge et aux accents méridionaux emportés par leur fougue chantante. Lorsque le journal Ouest-France devient "Ouest'e-France", il y a paragoge. Quand l'ex-femme devient ex'e-femme ou quand l'expatrié devient ex'e-patrié, il y a paragoge. Et quand un commentateur professionnel de l'actualité politique nous parle des accusatrices d'un ministre démissionnaire en les désignant, non pas comme d'ex-employées municipales ni comme des "ex'e-employées", mais comme des "ex'e'z'employées" (BFM TV), il n'y a plus seulement paragoge. Il y a quoi ? Il y a consternation à entendre mêler aussi spontanément la méconnaissance de l'orthographe* à celle de la sémantique et de la syntaxe. Le commentaire enregistré a tourné en boucle des heures durant à l'antenne. Le harcèlement linguistique n'étant pas un délit, le téléviseur put ainsi violer tranquillement la langue tout en jasant sur "d'exes-employées" qui se plaindraient de l'avoir été (violées).

*Après un baccalauréat littéraire et des études supérieures d'expression écrite et orale, des journalistes croient manifestement que le préfixe ex- n'est pas invariable mais s'accorde en genre et en nombre. D'où il résulte, selon eux, que l'orthographe du féminin pluriel de ex- serait exes-. Quand un comptable jongle aussi mal avec les détails de l'arithmétique que ces journalistes jonglent avec les détails de leur langue, il devient rapidement un ex-comptable. La Mission linguistique francophone constate qu'il n'en va pas de même pour les professionnels de la parole médiatique.

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assités publics ou assistants publics ?

L'assistanat, ce n'est pas le fait d'être assisté mais au contraire le fait d'être l'assistant de quelqu'un, c'est-à-dire son second.

Les politiciens qui veulent "en finir avec l'assistanat" veulent donc que nous nous passions tous d'assistants. Leurs propres assistants parlementaires doivent être sacrément irritants pour que ces politiciens-là fassent une telle fixation sur la fin de l'assistanat... Ou peut-être ces orateurs de profession sont-ils égarés dans leur propre langue ? Peut-être ont-ils besoin de notre assistance ?
Auquel cas, nous leur rappelons que se porter au secours des personnes en péril ou en difficulté même minime, ce n'est pas de l'assistanat mais de l'assistance. Et que l'assistance est non seulement un devoir moral soutenu par la plus élémentaire politesse, mais une obligation légale dont atteste la notion de délit de non-assistance à personne en danger.

L'encyclopédie collaborative Wikipédia s'étend longuement sur l'acception fautive du terme assistanat
(cliquer ici pour accéder à cette entrée de Wikipédia).

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mardi 10 mai 2011

abrutir et être abruti

Dans le français contemporain, le verbe abrutir et le verbe caillasser connaissent des sorts diamétralement opposés.

Caillasser est un verbe argotique qui s'impose depuis quelques années dans la langue médiatique comme un verbe correct, digne d'être employé sans guillemets ni précautions oratoires, au sens de lapider ou de jeter des cailloux.

Inversement, le verbe abrutir est perçu à tort comme insultant. Notamment dans sa forme passive, par confusion avec l'emploi substantif de son participe passé, un abruti, qui n'est pas le sens premier mais second. Être abruti de fatigue, être abruti de douleur, abruti par le bruit, ou abruti par le soleil [Albert Camus in L'Étranger], cela ne fait pas de vous un abruti. Être abruti est un état provisoire de diminution ou de ralentissement des facultés cognitives. Être un abruti est un état supposé permanent de privation de toute vivacité intellectuelle.

Si l'on se reconnaît parfois diminué par la fatigue ou la peine ou la contrainte morale, on se targue rarement d'être dans un état permanent d'abrutissement, et c'est pourquoi l'on perçoit comme une insulte d'être désigné comme "un abruti". L'abrutissement vous rend abruti sans faire de vous pour autant un abruti. On aurait bien tort de s'offenser d'être décrit comme temporairement abruti de sommeil ou abruti par le sommeil, le chagrin, ou la routine d'un travail trop répétitif. Car ce sont là des tournures plutôt compatissantes, et en tout cas impeccablement respectueuses dans leur formulation. À moins que l'on soit porté à considérer le sommeil comme un avilissement coupable, et l'acceptation d'un travail répétitif comme une turpitude répréhensible. Ce qui serait le fait d'un abruti...

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dimanche 24 avril 2011

en individuel ou individuellement ?

"Un pour tous ! Tous pour un !" Paraphrasant la devise des quatre mousquetaires d'Alexandre Dumas, on se surprend à rêver qu'un matin, chaque rédacteur en chef, chaque directeur de rédaction lance à ses collaborateurs médusés ce mot d'ordre : "Que chacun soit désormais aux petits soins pour la langue de tous !"

Mais telle n'est décidément pas la devise des journalistes de France, lesquels semblent au contraire s'engouffrer dans chaque faille de notre langue malmenée pour la malmener davantage encore dans son propre berceau, avec une constance qui confinerait à la cruauté s'il ne s'agissait pas de simple incompétence pétrie de suivisme.

Au rang des suivismes irréfléchis qui vont s'imitant de salle de rédaction en salle de rédaction françaises [les journalistes des autres pays francophones s'avèrent plus spontanément vigilants], la Mission linguistique francophone constate un accès de fièvre concernant l'emploi de la locution "en individuel".

On la rencontre dans des énoncés sportifs comme celui-ci : "Les Suissesses, qui n'ont décroché aucune médaille en individuel, misent tout sur l'épreuve par équipe de demain." Ou des énoncés touristiques comme celui-ci : "Découvrez la Mauritanie en individuel". Ces orateurs approximatifs devraient nous dire, au choix, que les Suissesses n'ont décroché aucune médaille individuelle, ou qu'elles n'ont décroché individuellement aucune médaille ; ou encore que seules, elles n'ont décroché aucune médaille et comptent bien se rattraper collectivement (et non "en collectif").

Mais il est vrai que ces journalistes-là nous parlent aussi de skier "en hors-piste", alors que l'expression "hors piste" a valeur d'adverbe, et que les adverbes n'admettent pas d'être traités en substantifs ni précédés de la préposition en : ceux qui disent "je skie en hors piste" [pour dire "je skie hors des pistes" ou "je skie hors piste"] disent-ils "je parle en doucement", ou "je tousse en souvent" ? Non, car ils perçoivent encore doucement et souvent comme des adverbes. Tandis que, maniant en dilettante la langue dans laquelle ils font pourtant profession de nous informer, ils ne perçoivent déjà plus hors comme un adverbe, mais plutôt comme un préfixe du mot piste. Ainsi admettent-ils "le hors piste" et "en hors piste" comme du français digne d'être prononcé à l'antenne.

Ces individus-là sont ensuite pris pour modèles oratoires par des millions d'auditeurs. Ce qui devrait n'être qu'un petit déraillement individuel vite oublié est au contraire amplifié par le mégaphone médiatique, ajoutant quotidiennement [et non "au quotidien"] exceptions sur exceptions sans limites [et non "en illimité"] à notre syntaxe et à notre vocabulaire. Les règles de cette langue déboussolée, enchevêtrée jusqu'à l'absurde, deviendront bientôt impossibles à enseigner à des esprits logiques. Ce n'est pas un drame : la nature ayant horreur du vide, une autre langue - restée concise et cohérente avec elle-même - raflera la mise... And sooner than you think.

NB : L'erreur consistant à dire "il skiait en hors piste" est de même nature grammaticale que celle, aujourd'hui généralisée jusque dans le discours des "élites", consistant à dire que les situations doivent être examinées "au cas par cas" (sic), alors qu'elle doivent être examinées cas par cas [comme "deux par deux", "heure par heure" ou "mètre par mètre", et non "au deux par deux", ni "à l'heure par heure" ni "au mètre par mètre"]. Qu'est-ce qui justifie la récente instauration de cette exception ? Nothing at all.

Réédition de l'article publié en février 2010.

vendredi 15 avril 2011

la grande affaire des "supports papier"

"Je vous ai envoyé le document sous forme informatique et sous forme papier". La notion difforme de "forme papier" (sic) s'est imprimée depuis quelques années dans les esprits. Il faudrait l'en effacer. Et dire tout simplement : "Vous fournirez le dossier sous forme informatique et sur papier".
Si toutefois les agents administratifs tiennent à employer la locution "sous forme", la Mission linguistique francophone leur rappelle que cette expression exige d'être suivie soit d'un adjectif ("sous forme liquide"), soit d'un complément de nom ("sous forme de liquide"), soit d'un participe passé passif tenant lieu d'adjectif ("sous forme liquéfiée"). Or, le substantif papier n'est ni un participe passé ni un adjectif. Il ne peut donc pas qualifier un autre substantif sans être intégré à un complément de nom correctement formé au moyen de la préposition de : "sous forme de papier". Et quand l'utilisation d'un procédé d'impression est certaine, la meilleure formulation est : "sous forme imprimée".
On s'étonne de devoir ici le rappeler, mais ce qui est reproduit sur papier par une imprimerie ou une imprimante y est imprimé. C'est même un imprimé.

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lundi 11 avril 2011

aliments essentiels

Pour désigner une liste de produits alimentaires de première nécessité proposés à prix modérés, le gouvernement français vient de forger la notion de "panier des essentiels". On y retrouve deux tics de la préciosité du français médiatique et administratif contemporain : l'abus des métonymies (panier) et la substantivation des adjectifs (les essentiels). En fait, il s'agit d'aliments essentiels. Mais la formule aliments essentiels disconvient aux précieux d'aujourd'hui à double titre. D'une part l'adjectif ne se substitue pas au mot qu'il qualifie, il lui succède selon notre syntaxe. D'autre part le contenu (aliments ou produits ou sélection) n'est pas traduit par son contenant (panier). Autrement dit, la langue est simple, claire, directe, intemporelle. Et cela paraît bien fâcheux aux inventeurs d'écrans de fumée communicationnels, spontanément friands de vocables fumeux.

NDA : Cette formule que nous critiquions lors de son apparition, début 2011, n'a finalement eu aucun succès. 

dimanche 10 avril 2011

érotomanie : le délire amoureux et non la frénésie sexuelle

Contrairement à une méprise fréquente, l'érotomane n'est pas un obsédé sexuel. C'est un obsédé d'un autre ordre : l'érotomanie est une maladie mentale qui porte à se croire aimé d'amour par une personne, souvent importante, qui ne vous manifeste en réalité que peu d'attention et aucun sentiment amoureux. Cette maladie psychiatrique aux effets souvent violents (tentative de meurtre de la personne indifférente au sujet délirant, dénonciations calomnieuses pour viols ou agressions chimériques, chantages) affecte trois fois plus de femmes que d'hommes. Elle fait donc trois fois plus de victimes chez les hommes que chez les femmes, contrairement à une idée reçue selon laquelle toute violence liée à la vie sentimentale serait, bien entendu, l'œuvre des hommes sur les femmes.

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samedi 9 avril 2011

nommage : les polyglottes s'esclaffent

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme "le nommage". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire le participe anglais "naming".

Or, l'anglais naming - lorsqu'il désigne le fait d'attribuer un nom propre - se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique.

"Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix, Les carnets d’un francophone. Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42).

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mercredi 16 mars 2011

bonnet d'âne et "ferme célébrités"

Cette accorte chanteuse de variété arborant de gigantesques boucles d'oreille est là pour rappeler aux dirigeants de la chaîne de télévision TF1 que le complément de nom ne peut pas se construire en français par simple juxtaposition, comme il peut l'être en anglais. L'anglais earrings (littéralement oreilleanneaux, donc anneaux d'oreille) ne désigne pas en français des "boucle oreilles" mais des boucles d'oreilles. Et une "Ferme célébrités" [titre d'une émission de TF1], c'est quoi ? Un élevage d'ânes ?

Non. C'est le fruit d'un lancinant travail de sape de la langue effectué par des dirigeants surpayés - si toutefois la maîtrise de leur propre langue reste un critère d'appréciation minimal de leur compétence et donc de leur rémunération - aux commandes d'un des plus puissants médias de la Francophonie.

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lundi 14 février 2011

quand l'eau coule, le singe grimace


La Mission linguistique francophone a constaté en France, depuis 2008, un net accroissement de l'emploi du double sujet [nom+pronom] : "l'eau elle est froide", "le singe il grimace", etc. Cette construction était jusqu'à présent l'apanage des enfants ("le maître il a dit") ; et on les reprenait ("le maître a dit"). Le double sujet était aussi utilisé pour railler une mauvaise maîtrise du français par des étrangers peu instruits ("la madame elle est partie").

Mais depuis dix ans, l'accumulation du nom et du pronom est devenue fréquente dans la bouche des Français adultes, jusque dans celle des hauts personnages de ce beau pays qui, une fois encore, donnent le mauvais exemple en matière de francophonie.

Bien sûr, les journalistes et animateurs de médias audiovisuels suivent la même pente et propagent cette faute de syntaxe, comme si soudain le pronom faisait partie intégrante de la forme conjuguée des verbes à la troisième personne du singulier et du pluriel : "Louis il-chante ; Louise et Louisette elles-chantent". Cette évolution sera peut-être entérinée dans quelques décennies, et enseignée aux enfants des écoles. Pour l'heure, il n'en est rien. La Mission linguistique francophone rappelle donc aux professionnels et au grand public que le pronom fait double emploi avec le nom !   "Quand l'eau elle coule, le singe il grimace" se dit en vrai français : "quand l'eau coule, le singe grimace". Devant ce second énoncé simple et limpide, les amateurs d'une langue bien portante, eux, ne font plus la grimace.

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samedi 12 février 2011

homoparental

"Homoparental" et "homoparentalité" sont des néologismes formés par croisement de grec (homo) et de latin (parent), ce qui n'est pas recommandé en principe : mieux vaut polychrome (tout grec) et multicolore (tout latin) que polycolore et multichrome qui s'emmêlent les pinceaux. Mais là n'est pas le problème.

La Mission linguistique francophone a observé, voici dix ans déjà, que les néologismes homoparental et homoparentalité étaient employés dans des sens incompatibles avec leur étymologie, donc incohérents avec la langue française.

En effet, homoparental est employé aux sens suivants : constitué de parents homosexuels (couple homoparental) ; sollicité ou accompli par un couple homosexuel (adoption homoparentale). Homoparentalité est employé pour désigner la condition parentale d'un couple homosexuel.

Or, le préfixe grec homo signifie de même nature, identique. Et non homosexuel. Les homonymes ont le même nom (ils n'ont pas un nom homosexuel), les homophones ont la même sonorité (et non une consonance homosexuelle), et ce qui est homogène a la même origine (et non une origine homosexuelle). Des individus homoparentaux ont donc les mêmes parents, et non des parents homosexuels ! Il en découle qu'un "couple homoparental" est un couple dont les deux éléments ont les mêmes parents, autrement dit un couple constitué d'une frère et d'une sœur (ou de deux sœurs ou de deux frères).

Cette tendance à oublier ce que signifie un préfixe, se retrouve dans l'affligeant "téléthon" - qui devrait signifier "thon lointain" puisque le préfixe télé signifie loin et que thon signifie thon. Au lieu de quoi, certains préfixes ou suffixes sont aujourd'hui employés avec un sens emprunté à l'un des mots qu'ils ont servi à former (télévisé, homosexuel, en l'occurrence) et non à leur hellénisme ou latinisme d'origine. Avec de tels raisonnements néologiques, un parachute vous protégerait des chutes de pluie (parapluie + chute de pluie).

L'adjectif homoparental, correctement utilisé, pourrait cependant avoir son utilité dans une société où se multiplient les familles recomposées. On pourrait alors préciser s'il s'agit de demi-frères et sœurs, ou d'enfants homoparentaux, c'est-à-dire ayant les mêmes parents - et non des parents "homos".

Quant aux enfants élevés par un couple homosexuel, en attendant un néologisme intelligemment pensé, si besoin est, il suffit de les qualifier d'une courte périphrase. Sauf erreur, des enfants dont les parents ont divorcé sont des enfants de divorcés plutôt que les enfants "d'un couple séparoparental" ; et des enfants nés de parents roux sont des enfants de parents roux, plutôt que les enfants d'un "couple coquinoparental" (du grec kokinos : rouge) !


[illustration : Cornelius KETEL, Double portrait de frère et sœur]
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mercredi 9 février 2011

le ridicule tuera-t-il incessamment sous peu ?

Popularisée, et peut-être inventée, dans les années 1970 par un animateur de radio français nommé Gérard Klein, la formule "incessamment sous peu" visait un effet comique par l'association de deux synonymes en une expression sottement redondante et ampoulée. En effet, comme chacun sait, les adverbes incessamment et sous peu sont deux exacts synonymes signifiant l'un comme l'autre d'un instant à l'autre, dans peu de temps, avant longtemps, bientôt, etc.

Il est particulièrement navrant, voire inquiétant, d'entendre un demi-siècle ans plus tard des professionnels du discours sérieux (pédagogues, politiciens, journalistes) reprendre cette expression comique avec gravité, en imaginant s'exprimer ainsi de façon raffinée. Dans d'autres métiers, pareilles bourdes ne sont pas admises. Les comptables convaincus que "zéro + zéro = la tête à Toto" est un axiome d'Euclide sont pris pour des zozos et rapidement sommés de retourner sur les bancs de l'école. On peut en penser autant de l'envoyée spéciale d'une chaîne de télévision nationale qui, en plein journal télévisé, rend compte d'une catastrophe en recourant sans rire à la locution risible "incessamment sous peu" (sic) au lieu de bientôt.

jeudi 20 janvier 2011

danger et dangerosité

Est dangereux ce qui présente un danger. La lourde "dangerosité" n'a aucun besoin d'exister puisqu'elle signifie exactement la même chose : la dangerosité est le fait d'être dangereux. C'est donc bien le danger.

Avec deux fois et demi plus de syllabes que le danger (cinq au lieu de deux), la "dangerosité" est inutilement compliquée, à défaut d'être dangereuse pour notre langue, qu'elle se borne à rendre oublieuse de ses mots les plus forts et de leur vigoureuse simplicité. Perte de repère navrante mais sans danger (et non "sans dangerosité") nous rassurent ceux qui se gargarisent de ce vain mot.