dimanche 26 février 2012

"se revendiquer de" n'est pas français


Les médias ressassent en boucle cette ineptie linguistique : divers assassins "se revendiquent de" (sic) telle organisation fanatiquement malfaisante.

Les très nombreux commentateurs francophones (mais pour combien de temps encore ?) qui violent ainsi la syntaxe commettent ainsi un petit mais lancinant attentat contre la langue française. Avec une sidérante incompétence, ces professionnels de la communication semblent ignorer que les seules formulations correctes sont ici "se réclamer de", ou "revendiquer son appartenance à". Le méli-mélo "se revendiquer de (Daesh, notamment)" est une ânerie comparable au fameux "ingénieur à Grenoble" de Coluche, au lieu d'ingénieur agronome. En moins drôle.

La Mission linguistique francophone rappelle aux professionnels au grand public que le verbe revendiquer n'est jamais pronominal ; autrement dit, qu'il ne doit jamais s'employer précédé du pronom personnel "se".

Mais surtout, le verbe revendiquer est par nature transitif direct : on revendique sa paresse ; on ne revendique pas "de" sa paresse ! Bref, si l'on peut à la rigueur, par audace de style, "se revendiquer", on ne peut en aucun cas "se revendiquer de" (sic).

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mercredi 15 février 2012

balivernes, sottises et autres inepties

Dans les pages du journal Le Monde, un article intitulé "Adidas et autres Coca-cola misent gros" semble affirmer par ces mots qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille.

Cet usage de la locution "et autres" suivie d'un terme disparate est à bannir. Non pour des raisons de style ou d'esthétique, mais parce qu'il convient, si l'on aspire à vivre le plus heureux possible, de s'abstenir de passer pour parfaitement stupide devant son auditoire. On entend pourtant, encore de nos jours, de trop nombreux orateurs professionnels (journalistes, politiciens, enseignants) procéder à des énumérations de ce genre : "les tigres, panthères et autres lions". Or, ni les tigres ni les panthères n'étant des lions, il ne peut exister "d'autres lions" que les tigres et les panthères !

Sous peine d'aboutir à un énoncé incohérent, la formule "et autres" doit toujours être suivie - explicitement ou implicitement - d'une catégorie commune à tous les éléments de l'énumération. Dans l'exemple ci-avant, il faudrait dire : "tigres, panthères et autres fauves" ou "tigres, panthères et autres félins". À la rigueur, on peut aussi placer "et autres" en extrême fin d'énumération, sans préciser la catégorie : "tigres, panthères, lions et autres" - sous-entendu "autre félins, autres fauves", etc.

Mais dire : "il portait tout un arsenal - fusils, pistolets, grenades et autres sabres" est aussi absurde que de dire "j'ai emmené en vacances femme, enfants et autres chats". A moins d'être un papa gato [chat en espagnol], bien sûr.

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lundi 6 février 2012

la soudure ou le soudage ?

Que les mots soudure et "soudage" fassent double emploi est flagrant. L'un est correct, l'autre défectueux. On devine facilement lequel.

Pour justifier l'usage du barbarisme "soudage", certains arguent de sa présence dans certains dictionnaires. Certes, mais il ne leur échappera pas que, pour définir ce vilain "soudage" (sic), les rédacteurs du dictionnaire Larousse donnent étourdiment la définition suivante, qui est mot pour mot la définition de la soudure : "Opération consistant à réunir deux ou plusieurs parties constitutives d'un assemblage, de manière à assurer la continuité entre les parties à assembler, soit par chauffage, soit par intervention de pression, soit par l'un et l'autre, avec ou sans emploi d'un produit d'apport dont la température de fusion est du même ordre de grandeur que celle du matériau de base."

Le fait que des termes inutiles et malformés prospèrent dans les jargons de métier est un phénomène connu, issu de la fierté de manier un vocabulaire inhabituel pour mieux s'identifier à une corporation qui partage ce snobisme langagier sectoriel. Molière en a souvent fait la peinture saisissante, notamment dans Les Précieuses Ridicules et dans Le Bourgeois Gentilhomme.

Création malhabile tardivement entérinée par le jargon de l'industrie et lui seul, ici peu soucieux de cohérence et de sobriété, le vilain "soudage" (sic) mérite de disparaître des textes techniques et des conversations de travail, au profit de la juste soudure.*

Car si le reliage se distingue utilement le la reliure (l'un pour les tonneaux, l'autre pour les livres), le "soudage" (sic) ne présente aucune distinction de sens avec la soudure (voir ci-avant), et n'a donc pas davantage de légitimité que n'en aurait le sculptage au lieu de la sculpture, le peintage au lieu de la peinture, l'agricultage au lieu de l'agriculture, le dessinage au lieu du dessin, le cuisinage au lieu de la cuisine, le conjugage au lieu de la conjugaison, etc.

Quant au "gravage" (sic) de CD au lieu de la gravure de CD, nos lecteurs se reporteront utilement aux deux articles déjà publiés à ce propos par la Mission linguistique francophone en 2007 et 2011.

*NDE : L'Académie française a entériné en 1986 le "dorage", dont le sens fait partiellement double emploi avec la dorure (dorage ou dorure à la feuille d'or) mais s'étend aussi au-delà. Par exemple, le dorage d'une volaille consisterait à la rôtir pour lui donner une coloration dorée, action que ne peut pas exprimer la dorure, qui supposerait l'application sur la volaille d'un matériau doré.

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