mardi 17 avril 2012

accord signé mais pronom désaccordé

Ce matin [NDE : début 2012], sur France Inter, le président francophone de la République française [NDE : Nicolas Sarkozy] a fait cette déclaration : "Nous, les pays qui ont signé ce traité..." Aucun de ses contradicteurs politiques ni aucun de ses interlocuteurs médiatiques n'a bronché.

Par la plus haute autorité morale de leur pays, et dans le silence approbateur des relais d'opinion les plus écoutés, les Français se voient donc invités à ne plus accorder le pronom et le verbe. Sous l'impulsion de ces élites en délicatesse avec leur outil de travail premier (la langue française), la conjugaison du verbe avoir "évolue" de telle manière qu'on nous tient à peu près ce langage : "Nous ont signé, j'as signé, il avons signé, etc."

La Mission linguistique francophone n'analyse pas cette dérive grammaticale comme une "évolution" inhérente à toute langue vivante, mais comme une altération. Et pour ramener un discours chancelant au niveau d'une langue bien portante, voici comment il convenait de reformuler cette entrée en matière ("Nous les pays qui ont signé") :

• Nous qui avons signé
• Les pays qui ont signé
• Nous, dont les pays ont signé
• Nos pays qui ont signé
• Nos pays ayant signé
• Les pays - dont le nôtre - qui ont signé, etc.


Dans les années 1970, l'auteur-compositeur-interprète Michel Jonasz avait écrit un couplet comprenant ce souvenir d'enfance : "Nous les restaurants on faisait que passer devant". Cette langue volontairement pauvre et chaotique dépeignait les vacances d'un gamin démuni. Tandis que la proposition "Nous les pays qui ont signé" est l'anacoluthe asyntaxique typique du style oratoire revendiqué, une génération plus tard, par un adulte opulent, cultivé et puissant. "Nous on" puis "Nous ont" (sic) sont devenus langue présidentielle, cossue et ruinée à la fois.

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