vendredi 22 juin 2012

se revendiquer de quoi ?

Dans toutes les langues du monde, la négligence verbale journalistique se mord inlassablement la queue. Le bel animal médiatique est affecté d'une manie qui amuse sans doute, puisqu'on ne la soigne pas.

En France, l'Agence France Presse (AFP) possède un redoutable pouvoir de nuisance sur la langue, en raison de la rapidité et du manque de clairvoyance avec laquelle elle propage les déclarations les plus mal formulées, ensuite reprises avec autant de rapidité et aussi peu de clairvoyance par la presse écrite et parlée. Et sans précautions oratoires, à de rares exceptions près.

Quel rapport avec la faute de français "se revendiquer de" (sic) ? Nous y venons.

Le 22 mars 2012 au petit matin, un ministre de l'Intérieur français déclare qu'un assassin de la région toulousaine "se revendique d'Al QaÏda". On peut attribuer ce cafouillage verbal à la fatigue consécutive à la supervision d'un assaut contre la position retranchée du forcené en question. Mais à quoi peut-on attribuer le fait que, le 22 juin 2012, exactement trois mois après cette déclaration ministérielle en charabia, les plus grands médias français aient tous adopté l'expression fautive "se revendiquer de" en remplacement de l'expression correcte "se réclamer de" ? Au suivisme, bien sûr, plaie béante du journalisme ; et à l'absence de postes de garde-fous linguistiques au sein des agences de presse et des grands médias, amputation qui produit et accélère ce genre de nécrose de la langue.

La Mission linguistique francophone rappelle aux professionnels de la communication et au grand public que le verbe revendiquer n'est jamais pronominal ; autrement dit, qu'il ne doit jamais s'employer précédé du pronom personnel réfléchi "se".

Mais surtout, le verbe revendiquer est transitif direct : on revendique sa paresse, on ne revendique pas "de" sa paresse. Bref, si l'on peut à la rigueur, par audace de style, "se revendiquer", on ne peut en aucun cas "se revendiquer de" (sic).

Il ne faut donc pas dire "elles se revendiquent du marxisme" mais "elles revendiquent leur marxisme" ou "elles se réclament du marxisme". Dans le cas de la déclaration ministérielle précitée, en indiquant que l'homme traqué "revendiquait son appartenance à Al Qaïda" ou qu'il "se réclamait d'Al QaÏda", l'estimable politicien aurait pu se montrer estimable locuteur, aussi. Hélas, il n'en a rien fait. Et la presse francophone (mais à ce train-là, jusqu'à quand le sera-t-elle ?) n'a rien trouvé à y redire.

mercredi 6 juin 2012

oui

Le 9 décembre 2010, nous publiions ce constat : "Une nette dévalorisation du mot OUI, voilà la note singulière sur laquelle s'achève l'année 2009 des francophones."
Un an plus tard, l'Académie française s'inquiéta à son tour de cette dévalorisation, au point de publier le 11 octobre 2011 sur son site internet une mise en garde, reprise alors dans la presse nationale française. Et aussitôt oubliée.
Mais en vérité, signaler le déclin de la simple réponse "oui" au bénéfice de préciosités contemporaines comme "absolument" ou "ça marche" ou "y'a pas d'souci", est-ce bien sérieux en ces temps où la pénurie de logements, les banqueroutes et le chômage assènent partout une douleur morale latente à laquelle n'échappe qu'une minorité ?

La réponse de la Mission linguistique francophone est oui. Oui, tout court.

Car, pour le stomatologue comme pour le linguiste, la boursouflure d'une langue est toujours signe d'une altération de l'état général du corps auquel elle est attachée. Qu'il s'agisse d'anatomie ou de langage, réduire la boursouflure de la langue n'est donc pas une marotte d'esthètes vétilleux. C'est la préoccupation de tous ceux qui voient cette langue comme vivante, et veulent la savoir fine et en belle santé.

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