jeudi 20 septembre 2012

au finale et au final

La faute de français "au final" s'est répandue sans discernement dans la bouche des ados comme dans celle des supposés vieux sages de la politique, sous la plume des éditorialistes cotés comme sous celle des blogueurs de tous crins.

La Mission linguistique francophone a observé la propagation fulgurante, entre 2005 et 2008, de la locution "au final" (sic). En 2012, la propagation de cette expression fautive s'est stabilisée mais son succès ne se dément pas. [NDE : et en 2017, il se confirme].

Malgré sa superfluité et sa formation incorrecte, l'expression "au final" (sic) est employée désormais par trois locuteurs sur quatre à la place des adverbes "finalement", "enfin" et "ensuite", ou à la place d'expressions correctes comme "à la fin", "en fin de compte", "au bout du compte", "tous comptes faits", "en résultat".

"Au final" (sic) a aussi détrôné "à l'arrivée" [au sens figuré de "finalement"] et "derrière" [au sens abusif de "ensuite"], en vogue dans les années 1990, aujourd'hui en nette perte de vitesse.

"Au final" (sic) est pourtant une locution que les professionnels de la langue ne devraient ni employer ni accréditer auprès du public.

Le barbarisme "au final" (sic) est formé de manière défectueuse sur le modèle de "au total", par oubli de l'existence du mot fin qui a déjà fourni la locution à la fin. Or, la fin, ça existe ; le total (au total) aussi ; le départ (au départ) aussi ; le fond (au fond) existe aussi. Mais le "final", ça n'existe pas. La langue française ne connaît que la fin [la fin des haricots, par exemple],  la finale [la finale d'une série de rencontres sportives, par exemple] mot féminin, ou le finale [le finale d'une symphonie, par exemple] mot masculin malgré son E ... final.

Oui, qu'il soit féminin ou masculin, le substantif français finale s'écrit avec un E terminal [hérité de son étymologie italienne, en ce qui concerne le finale masculin du langage musical]. Si l'on tient absolument à employer cette inutile locution qui déforme "à la fin" sous la pression du suivisme et sous l'influence de "au total", il faut au moins opter pour l'orthographe correcte ; et il n'y en a qu'une : "au finale" (avec un E).

Mais on peut aussi s'abstenir de suivre tous les courants en vogue, même les plus vains. On peut alors choisir d'éviter de contribuer à la mort cérébrale de l'irréprochable adverbe "finalement" et de l'impeccable locution "à la fin", en leur rendant grâce et vitalité.

NB : Le masculin un finale (de symphonie, de concerto, d'opéra) a donné son nom au fameux logiciel professionnel de création de partitions musicales (illustration ci-dessus). Ce mot d'origine italienne adopté par le français avec une prononciation à la française et un pluriel francisé [un finale, des finales] a aussi été adopté par l'anglais, mais en y imitant la prononciation italienne [prononciation anglophone : "finalé"].


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mercredi 12 septembre 2012

métier et clientèle

La Mission linguistique francophone constate la progression dans les jargons professionnels de la double faute constituée par l'emploi d'un substantif désaccordé à la place d'un adjectif accordé.

Ainsi le substantif "métier" désaccordé ("domaines métier", "activités métier", "compétence métiers") est-il de plus en plus fréquemment employé à la place de l'adjectif "professionnel" correctement accordé ("domaines professionnels", "activités professionnelles", "compétence professionnelle"). Des entreprises revendiquent même dans leur organigramme l'existence d'un directeur métiers - personnage à la mission énigmatique. Pour constater de vos propres yeux cette étrangeté, cliquez ici.

C'est l'un des symptômes d'une paresse linguistique caractéristique du début du XXIe siècle : quand l'adjectif et le substantif n'ont pas une parenté d'aspect flagrante, comme l'ont médecine et médical par exemple, on passe directement au charcutage de la langue par les moyens les plus barbares. Ainsi l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux métiers devient-il tout sottement... métier. Et l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux relations avec les clients devient-il massivement... clientèle (qui n'est pas davantage un adjectif que métier n'en est un). Et le monde des affaires s'engorge de responsables clientèle et de responsables de la relation client (sic) ; au lieu de responsables commerciaux ou responsables des relations commerciales, puisque le statut de client s'acquiert exclusivement dans le cadre d'une relation commerciale.

Mais les décideurs des affaires ont peut-être oublié que ce qu'on appelle le commerce, c'est l'art des relations de séduction de clients actuels ou potentiels. Ce qui expliquerait pourquoi dans le monde francophone, à la différence du monde anglo-saxon, tant d'entreprises privées et publiques traitent le client comme un importun ou un administré plutôt que comme ce qu'il est en principe : le bénéficiaire de toutes les attentions professionnelles et commerciales.

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