mardi 24 décembre 2013

mûr et immature

L'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature.

La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français.

La Mission linguistique francophone relève en effet que l'adjectif mûr est devenu minoritaire dans les médias écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Ce terme est impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie simplement mûr, parvenu à maturité et par extension, adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque l'antonyme [ c'est-à-dire le contraire] du mot mûr est le mot immature, l'antonyme du mot immature est le mot mûr. Sauf à admettre l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale... Ce qui n'agirait pas en faveur de la santé psychique des Francophones.

Emmanuel Kant [portrait ci-dessus] donnait de l'immaturité cette définition : "l'immaturité est l'incapacité d'employer son entendement sans être guidé par autrui". Il en voyait la cause, chez certains adultes, non pas dans quelque retard intellectuel mais dans le manque de courage et la paresse. La paresse de réfléchir et le manque de courage d'affronter par la pensée ce qui doit l'être.

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mercredi 11 décembre 2013

pôle oncologique


Le français appartient au groupe des langues gréco-latines, et non à celui des langues agglutinantes telles que le hongrois, le basque ou le coréen. Dans les langues non agglutinantes comme la nôtre, il existe une syntaxe fondée sur les rapports logiques entre les mots, laquelle constitue une évolution linguistique par rapport à la simple agglutination de syllabes.

Des termes comme écoresponsable, cybercriminalité ou Oncopôle opèrent une régression vers le stade agglutinant. Ce sont des néologismes forgés pour épater l'ignorant mais déconnectés du sentiment linguistique francophone : ils font fi de la nature syntaxique de notre langue, avec ses assemblages de mots.

Mesdames et messieurs les rares cancérologues de renom qui prisez depuis peu les "oncopôles" (sic) plutôt que les sobres services de cancérologie, vous êtes bien docteurs en médecine, vous n'êtes pas "médicodocteurs" ? De même votre service est éventuellement un pôle oncologique mais en aucun cas un "oncopôle" (sic).

Il convient de laisser cette création lexicale très malhabile à la sphère des noms propres, voire des noms de marque. Oncopôle de Toulouse [photo ci-dessus], par exemple, est un nom propre. Il est surprenant que sa burlesque ressemblance avec "Oncle Paul" n'ait pas dissuadé les promoteurs de cet établissement. Mais on aimerait que le rappel linguistique ci-avant ramène unanimement les décideurs hospitaliers francophones à la raison et les dissuade de tenter d'introduire durablement cette tumeur langagière dans le français courant ou spécialisé.

dimanche 8 décembre 2013

crimes et délits

Une ineptie comme "les crimes de tapage nocturne ont augmenté de 75% à New York" [journal télévisé de TF1] confirme que les journalistes francophones ont besoin d'un dictionnaire des faux amis, et de le potasser d'arrache-pied. Il en existe d'excellents qui ne devraient pas rester sur les étagères, mais équiper la table de travail, voire la table de chevet, de ces professionnels de l'approximation linguistique.

L'anglais a crime désigne indistinctement un crime ou un délit - notions juridiques que le français ne confond pas.

À propos d'une affaire politique concernant un ministre contraint d'avouer avoir menti, la presse française n'a pas cessé de nous expliquer ceci : "en France, contrairement aux USA, le crime de parjure n'existe pas". Assertion rendue fausse par le même faux ami. Car aux USA non plus, "le crime de parjure" n'existe pas. Ce qui existe aux USA, c'est le délit de parjure !

Dans un contexte où le terme anglophone désigne sans doute possible une simple infraction ou un délit, traduire sans réfléchir l'anglais "crime" par le français "crime" n'est ni un délit ni un crime. Toutefois, la paresse intellectuelle qui porte un professionnel de la communication à répercuter une traduction irréfléchie reste un travers. Il en résulte ici une négligence qui, à dire vrai, va jusqu'à la faute professionnelle lorsque l'on fait profession de débusquer puis de diffuser des informations exactes, exactement exprimées.

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on ne tire pas les conséquences

"Il faut en tirer les conséquences" ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois.

On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas les conséquences de quoi que ce soit. On en tire des conclusions. On peut aussi en tirer la leçon. Mais les conséquences, cela s'assume.

Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui tirent des conséquences (sic) à tout propos, ou exigent que d'autres s'en chargent, au lieu de tirer des conclusions et d'assumer des conséquences.

Cette confusion est à rapprocher du cafouillage "loin s'en faut" (sic), lui aussi vide de sens et très prisé du monde politique, qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions : loin de là et il s'en faut de beaucoup.

(*) Peu importe que divers dictionnaires s'en accommodent et que divers des auteurs estimables soient tombés dans le piège : cette suite de mots n'a pas de sens.

mercredi 4 décembre 2013

ne rien lâcher

Un animateur d'émission littéraire, voulant conclure un compliment à un jeune auteur prometteur, et l'encourager sans doute par ces mots à poursuivre sa carrière, lui dit à mi-voix : "ne lâchez rien".
C'est l'expression vedette de l'année 2013.
"Ne rien lâcher" nous est venu du commentaire sportif, au sens de "résister" à ses concurrents, "surclasser" son adversaire, "poursuivre son effort". De là, le tic verbal est passé au journalisme d'information générale dans une acception toujours plus vaste donc plus vague, puis s'est posé sur la langue courante et s'y accroche. Pour longtemps ? Peut-être pas. Le vent l'emportera. En guise de bain de bouche, la Mission linguistique francophone vous offre en cette fin d'année un lot de synonymes de "ne lâchez rien". Synonymes qu'il serait dommage de lâcher.

Continuez. Accrochez-vous. Restez vous-même. Ne cédez pas. Soyez confiants. Ayez confiance (en vous). Ne vous découragez pas. Appliquez-vous. Tenez bon. Tenez le coup. Tenez tête. Refusez. Sachez dire non. Sachez dire oui. Allez de l'avant. Ne vous laissez pas aller. Ne vous laissez pas abattre. Concentrez-vous. Soyez combatif. Battez-vous. Courage. Résistez. Bonne chance.

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lundi 11 novembre 2013

pour la survie de pour


Au vingt-et-unième siècle, chacun constate que l'anatomie des tournures administratives françaises n'obéit plus aux lois de la nature de notre langue.

Dans cet esprit, la disparition de la préposition pour semble avoir été décrétée par diverses administrations, sans que les usagers de la langue française aient eu leur mot à dire et sans que l'Académie française l'ait entérinée. Ainsi la Ville de Paris, par la voix de sa régie immobilière, annonçait-elle en 2011 l'ouverture de "la nouvelle résidence jeunes travailleurs du 105 bd Diderot".

On pourrait penser qu'il s'agit d'une coquille. Que nenni. Cette "résidence jeune travailleurs" (comprenez pour jeunes travailleurs) vient rejoindre les "résidence chercheurs" (résidences pour chercheurs) et les "logements étudiants" (logements d'étudiants ou pour étudiants) qui pullulent dans les cartons des architectes depuis l'an 2000, comme si le complément de nom ne se formait plus au moyen d'une préposition mais par simple juxtaposition. Ou comme si la bonne construction d'une locution, le bon maniement de la langue française dans ses mécanismes grammaticaux les plus élémentaires n'étaient plus l'une des compétence professionnelles que l'élite administrative ou créative ait à cœur de posséder.

lundi 28 octobre 2013

suite à : une fièvre contagieuse

"Suite à" n'est pas français. C'est même du très mauvais français. Cette locution dérisoire est pourtant propagée désormais en France et en Belgique par les médias et les administrations avec le plus grand sérieux. Et la plus navrante obstination.

Initialement, l'expression ''suite à'' n'était employée que par des plaisantins, au même titre que "rapport à", pour singer la langue administrative ou militaire malhabile, dans des phrases comme celle-ci : "Mon adjudant, j'voudrais vous causer suite à ma désertion pour vous donner des explications rapport à l'invasion subie subitement".

On voit bien que la construction des locutions ''suite à'' et ''rapport à'' est absolument défectueuse, puisque le complément de nom doit se construire avec la préposition de et non la préposition à (il convient de dire "le père de Louis" et non "le père à Louis" ; de même, "la suite des événements", et non "la suite aux événements").

En France et en Belgique - contrairement à ce que l'on observe au Québec, en Afrique en Asie - cette dimension sarcastique a été perdue de vue par des professionnels de la langue écrite et parlée, devenus coutumiers d'employer suite à au lieu de après ou à la suite de ou par suite de ou pour faire suite à ou en raison de, à cause de. La même faute n'est pas encore constatée avec la locution "rapport à", qui reste cantonnée au registre de la dérision. Mais l'agonie de la simple préposition après et des saines locutions à cause de, à la suite de, en raison de, semble avoir débuté dans le langage courant, au bénéfice du très bancal "suite à", subitement prisé par des dizaines de millions de comiques troupiers qui s'ignorent.

NDE : Nous avons déjà publié ce bulletin de santé en janvier 2010. Depuis, l'épidémie de "suite à" n'a cessé de s'étendre. Ainsi, sur France 5, on ne craint pas de diffuser actuellement [été 2013] une série de documentaires sur des catastrophes aériennes dont l'adaptation française est  systématiquement entachées de nombreuses occurrences de la catastrophe linguistique "suite à". Participer de cette manière - et de tant d'autres (cf. titres d'émissions comme "C à dire") - à la détérioration de la langue n'empêche pas France 5 de continuer à se surnommer la chaîne du savoir. Ouf.

dimanche 15 septembre 2013

en même temps

La simple et modeste conjonction de coordination mais n'est plus en vogue. Elle est délogée du discours ambiant par deux locutions adverbiales : en revanche, plus ronflant ; ou en même temps, plus gonflant - et dont le récent glissement de sens ne cesse de prendre de l'ampleur.

Initialement adverbe de temps, la locution en même temps fut employée par quelques humoristes vers l'an 2000 comme adverbe restrictif substitué à toutefois, cependant, néanmoins, simplement, cela dit, quoi qu'il en soit. Une dizaine d'années plus tard, cette pointe d'humour est passée dans la langue au premier degré du sérieux, et gagne chaque mois du terrain en dévorant même la conjonction mais. "Il est con comme un balai, en même temps il baise comme un dieu" déclare aujourd'hui une connaisseuse des hommes. Tandis qu'une connaisseuse de la langue dira plutôt : "Il est con comme un balai mais il baise comme un dieu".

La différence est ici la même qu'entre la culture et le culturisme : dans son acception nouvelle, en même temps c'est un mais qui aurait fait de la gonflette pour épater le gogo. Et ce ne serait même plus drôle.

NDA : le glissement de sens de l'adverbe en même temps est à rapprocher de celui de l'adverbe derrière employé à la place de ensuite, détournement apparu au début des années 1980 et toujours actif chez les Francophones peu regardants sur le sens des mots.

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lundi 9 septembre 2013

le singe il grimace


La Mission linguistique francophone constate en France un net accroissement de l'emploi du double sujet [nom+pronom] : "l'eau elle coule", "le singe il grimace". Cette construction était jusqu'à présent l'apanage des enfants ("le maître il a dit") ; et on les reprenait ("le maître a dit"). Le double sujet était aussi utilisé pour railler une mauvaise maîtrise du français par des étrangers peu instruits ("la madame elle est partie").

Mais depuis peu, l'inutile accumulation du nom et du pronom est fréquente dans la bouche des Français adultes, jusqu'au sommet de l'État [NDE : article publié en 2008] de ce beau pays qui, une fois encore, donne le mauvais exemple en matière de francophonie...

Bien sûr, les journalistes et animateurs de médias audiovisuels suivent la même pente et propagent cette faute de syntaxe, comme si soudain le pronom faisait partie intégrante de la forme conjuguée des verbes à la troisième personne du singulier et du pluriel  : "Louis il-chante, Louise et Louisette elles-chantent". La Mission linguistique francophone rappelle donc aux professionnels et au grand public qu'il n'en est rien, et que le pronom personnel n'a pas sa place devant le verbe quand le nom qu'il évoque est déjà sujet de ce verbe : "mon frère me manque" est correct ; "mon frère il me manque" est incorrect.


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jeudi 1 août 2013

J'ai rhum ou Jérôme ?

Les aventures d'un boursicoteur de métier (alias "trader") nommé Jérôme K. nous apportent une nouvelle manifestation du désintérêt massif des professionnels de l'information parlée envers la phonétique. En français, il existe pourtant des signes graphiques élémentaires qui ne laissent aucun doute ni aucune liberté d'action quant à la prononciation des phonèmes. L'accent circonflexe sur le Ô en est un.

Quand 100% des journalistes féminines d'une tranche horaire de grande écoute (7h - 8h) sur France Inter choisissent d'ignorer l'orthographe de "Jérôme" et prononcent "j'ai rhum" comme si ce prénom s'écrivait "Jérome", notre langue vit-elle une saine évolution, ou la profession de journaliste s'enferre-t-elle dans ses lacunes ?

mardi 30 juillet 2013

ville durable

"Perpettes-la-Grande, ville durable" (comprenez : "ville écologique"). On lit et entend de plus en plus souvent ce genre de  proclamation municipale inepte, dont les variantes sont : "une politique durable au service du bien-vivre à Perpettes-le-Roi" ou "jardinage durable : préservons le patrimoine naturel Perpettois".

Pourtant, en français non jargonnant, non médiatique, non xyloglotte (qui parle la langue de bois), en français sain de corps et d'esprit, l'adjectif "durable" n'a qu'un seul sens : qui dure.

Non, l'adjectif "durable" n'est pas à lui seul synonyme de "respectueux de l'environnement". Non, "durable" ne signifie pas "écologique".

Oui, l'expression "développement durable" - maladroitement traduite de l'anglais sustainable development, qui signifie exactement croissance soutenable, par opposition à saccage insoutenable -  est bien la terminologie employée, depuis une petite décennie, pour désigner avec beaucoup de préciosité tout ce qui a trait à la protection de l'environnement et aux politiques censées préserver la nature. Mais il n'en résulte pas que l'adjectif "durable" exprime autre chose qu'une certaine persistance dans le temps.

Affecter à un adjectif les vertus d'un des substantifs qu'il qualifie couramment, voilà l'une des plus grandes bévues sémantiques qui soient. L'adjectif "blanc" n'est pas synonyme de "breuvage viticole" du seul fait qu'il qualifie le vin blanc !  Pourquoi, sinon par perte de discernement sous les coups du discours médiatique et technocratique, devrions-nous considérer soudain que l'adjectif "durable" est devenu synonyme de respect de l'environnement ? Certes, nous disons volontiers d'une voix naturelle en binant nos terres : "vive le développement durable !" Mais, non, cela de fait pas du mot "durable" un adjectif synonyme d'amour de la terre et de la nature ! Pas davantage le fait que nous disions volontiers, en levant nos verres, "à la tienne, Étienne !" ne fait de l'adjectif "tienne" un mot qualifiant tout ce qui enivre ou tout ce ce qui se boit de bon cœur, ni même tout ce qui appartient à Étienne.

Il est étonnant de devoir ferrailler avec les moutons de Panurge du discours ambiant (conseillers ministériels en tête, rédacteurs de Wikipédia en queue) pour s'efforcer de faire entendre cette vérité première.

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jeudi 25 juillet 2013

l'orange et le viol

On entend de plus en plus souvent prononcer la voyelle "O" comme si elle était ornée d'un accent circonflexe, dans des mots où elle en est pourtant dépourvue. Ainsi les journalistes de la presse parlée - dont l'art de prononcer de manière irréprochable devrait être une compétence première - évoquent-ils les déboires d'une entreprise dénommée Orange, comme s'il s'agissait de l'entreprise Aurange ou Ôrange.

Plus tard, ils vous parlent de "viôlences" ou de "viaulences", à charge pour nous de comprendre qu'il s'agit malheureusement de violences. Ils évoquent ensuite une série de viols et le prix de l'or, mais sans déformer aucun de ces deux mots. On peut s'étonner de cette incohérence.

Le viol est une violence : la racine de viol et de violence est la même et la prononciation de leur syllabe commune ne doit différer en rien. L'orange a une couleur d'or rougeoyant : la racine d'or et d'orange est la même et la prononciation de leur syllabe commune ne doit différer en rien.

La Mission linguistique francophone le martèle : la phonétique n'est pas une dimension accessoire de la langue. Elle nous renseigne instantanément sur la génétique des mots : quels sont leurs liens, leurs ascendants, leurs parents. La précision phonétique clarifie le sens du propos sans obliger à le déduire du contexte : ma belle Aude ou ma belle ode ? Archet ou archer ? Poignets ou poignées ? Le plus grand mal ou le plus grand mâle ? Maroc ou ma rauque ? La prononciation juste est non seulement la musique juste de toute langue mais le véhicule premier de l'information parlée. C'est pourquoi il est sain de ne pas enkyster dans les esprits ces incohérences phonétiques, ces approximations de prononciation qui sont autant de négligences professionnelles chez un professionnel de la parole francophone.

PS : Ce sont généralement les mêmes orateurs médiatiques négligents qui vous ajoutent un accent circonflexe sur le o de orange et qui vous le retirent sur celui de Vallée du Rhône...

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lundi 8 juillet 2013

être démis ou démissionner, telle est la question

La Mission linguistique francophone a pris la peine de signaler aux rédacteurs concernés la lourde faute de français qui entachait les gros titres de la presse française - et par contrecoup leur crédibilité en matière rédactionnelle :
"Delphine Batho démissionnée" (sic). Pour mémoire, on ne "démissionne" pas quelqu'un, on le démet (de ses fonctions). La femme politique en question a donc été démise - ou poussée à la démission - et non "démissionnée". De même, une personne qui s'alimente n'est pas "mangée", elle mange. La confusion entre les significations d'un même verbe selon qu'il est employé à la forme active ou passive est en principe une erreur qu'on ne commet plus au sortir de l'école élémentaire ; faute de quoi on n'est pas admis au collège. Et moins encore admis à rédiger les titres de la presse francophone.

vendredi 5 juillet 2013

employabilité : aptitude à l'emploi

La critique du terme employabilité nous donne l'occasion de rappeler l'observation extrêmement judicieuse de la physicienne et lexicographe Colette Galeron : "L'anglais est une langue du mot, le français une langue de la phrase".

Pour jauger l'aptitude à l'emploi (alias "employability"), ce dont le français a besoin n'est pas forcément un néologisme pesamment construit à l'imitation de l'anglais, mais une idée exprimée avec humanité en joignant naturellement quelque mots simples, inusables et justes. Surtout lorsque l'alliance équilibrée de mots justes (aptitude à l'emploi - six syllabes) ne coûte pas une syllabe de plus que le façonnage d'un néologisme patibulaire (employabilité - six syllabes aussi).

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jeudi 27 juin 2013

la grande déglingue lexicale

Le snobisme s'est toujours logé dans le goût immodéré pour une langue distincte. Les snobs cédant à l'erreur de la croire distinguée, pleine de distinction.

Aujourd'hui, le snobisme langagier francophone consiste à employer un mot pour un autre, mais en l'empruntant au vocabulaire français même. Contrairement au snobisme anglomane ou la pédanterie latinisante, qui employaient par vanité un mot étranger à la place d'un mot français, le snobisme nouveau consiste à employer un mot francophone de sens faux à la place d'un mot francophone de sens juste. Le comité de néologie de la Mission linguistique francophone a choisi d'appeler cette fausse distinction la déglingue lexicale.

"Quand tu enverras ton e-mail à Sylvestre, copie-moi". Lorsqu'un collègue de travail vous demande ainsi de le copier au lieu de vous demander de lui adresser une copie, il savoure les délices fétides de la déglingue lexicale. Car demander à être copié au lieu de demander à recevoir une copie, c'est comme annoncer qu'on va manger son bébé au lieu d'annoncer qu'on va lui donner à manger... Ne plus entendre cette distinction de sens, ou feindre de ne plus l'entendre, c'est le snobisme nouveau : la grande déglingue lexicale.

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mercredi 26 juin 2013

portable, consommable, livrable

Le vingt et unième siècle a apporté aux francophones la manie de désigner les choses non plus par des substantifs mais par des adjectifs. Et souvent des adjectifs à désinence en -able.

S'il fallait aujourd'hui dénommer une bouteille et un lit, nul doute que ce seraient respectivement une remplissable et un dormable.

Ces exemples n'ont rien d'outré puisque le monde francophone désormais consomme des consommables, se fait livrer des livrables, porte avec soi des portables (téléphones ou ordinateurs - who cares ?). Dans les jargons professionnels, les événements sont devenus des événementiels, les références des référentiels, de bonnes relations sont devenues un bon relationnel comme le fait de savoir écrire est désormais un bon rédactionnel, et tout à l'avenant.

La Mission linguistique francophone met en garde les créateurs de désignations commerciales et les inventeurs de termes techniques contre cette tendance. Elle constate que les professionnels du marketing font montre d'une inclination immodérée pour ce procédé et les invite à changer de marotte.

[Le "dormable" illustrant cet article est une sculpture de Ron Mueck]
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lundi 24 juin 2013

ce qui se passe ou ce qu'il se passe ?

Que se passe-t-il ? La musique de cette question anodine, correctement formulée, semble être à l'origine d'une tendance grandissante à déformer la tournure de la réponse : "je ne sais pas ce qui se passe" devient ainsi "je ne sais pas ce qu'il se passe".

Personne, pourtant, ne songe à remplacer "je ne sais pas ce qui me plaît en toi" par "je ne sais pas ce qu'il me plaît en toi".

Le maniement des verbes impersonnels fait appel à une perception instinctive, et cependant subtile, du lien entre la syntaxe et le sens, qui piège même les meilleurs auteurs, il est vrai. Le public, quotidiennement soumis aux approximations linguistiques des orateurs professionnels, peine légitimement à s'y retrouver. Dans le doute, la simplicité est toujours salutaire. Et l'on sera bien inspiré de préférer savoir ce qui se passe plutôt que ce qu'il se passe.


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mercredi 12 juin 2013

multiaccueil attaché contre multi-accueil dé-taché



Certains philosophes estiment que l'entêtement dans l'erreur n'est pas l'apanage des imbéciles.

En voici la preuve.

Au sein des administrations territoriales et ministérielles, une multitude de rédacteurs qui ne sont pas des imbéciles tiennent fermement à semer un peu partout d'inutiles traits d'union, ou de désunion, dans des termes de jargon administratif tels multiaccueil ou cotraitant (qu'ils cacographient respectivement "multi-accueil" et "co-traitant").

Or, le néologisme technocratique superflu "multiaccueil" s'orthographie sans trait d'union, tout comme les adjectifs multirécidiviste ou pluriannuel.

La chose est certaine.
 
La Mission linguistique francophone a pourtant reçu un courrier du cabinet du maire de S.....s [dans le Val-d'Oise, en France], s'ingéniant à justifier la volonté de persévérer dans l'erreur terminologique et orthographique plutôt que de faire corriger une faute très répandue qui avait été obligeamment signalée à ses services par les nôtres.

Il s'agissait de la présence intempestive d'un trait d'union entre le radical et le préfixe d'un mot non composé, comme s'il se fut agi au contraire d'un mot composé tel que pique-assiette ou fouille-merde.

Cette erreur est de plus en plus fréquente dans les écrits formulés dans le jargon politique assoiffé d'agglutinations de syllabes plutôt que d'assemblage clair et naturel de mots adéquats. L'agglutination consistant, par exemple, à se proclamer "écoresponsables" (sic), plutôt que d'exprimer la même idée au moyen de peu de mots simples reliés entre eux par la syntaxe, comme le veut notre langue.

Ainsi un établissement de puériculture accueillant des enfants d'âges divers et dans des conditions variables devient-il depuis peu, dans la terminologie des collectivités territoriales, non plus une crèche ni une garderie, mais "un multiaccueil" (sic). Il faut s'y résoudre : les administrations ont besoin de créer du jargon pour se sentir exister comme le corail a besoin de se ramifier pour vivre.

C'est donc ce navrant "multiaccueil" qui nous a valu une marque d'obstination dans l'erreur de la part des services municipaux précités. Comme la majorité des mairies de France, les services en question avaient choisi d'affubler ce néologisme, déjà tarabiscoté, d'une coquetterie orthographique consistant à détacher inutilement le préfixe du radical : "multi-accueil" au lieu de multiaccueil.

La Mission linguistique francophone n'est pas parvenue à les en dissuader, et c'est sans importance. Mais ce qui est intéressant, c'est l'incohérence et la mauvaise foi avec laquelle des administrations qui détiennent le pouvoir de nuire publiquement à la langue courante s'acharnent à user de ce pouvoir et à rendre le français toujours plus riche en exceptions et paradoxes. Et ce, plutôt que d'adopter une orthographe sobre et homogène qui n'incommoderait personne. Citons la réponse de la ville de S.....s [France], sous la plume d'un correspondant énigmatique qui a préféré conserver déplaisamment  l'anonymat tout en usant de l'en-tête municipal :

"Si on écrit multiaccueil, le i de multi risque d'être transformé en semi-consonne. C'est pourquoi on écrira mieux multi-accueil [sic]." (fin de citation)
 
Ah bon.

Si l'on suivait ce raisonnement sorti d'un chapeau que notre contradicteur prétend être celui d'un webmestre employé par l'Académie française, mais que l'on reconnaît comme ayant plutôt la silhouette d'un bonnet d'âne copiant sur son cancre de voisin, il faudrait modifier l'orthographe de pluriannuel, de pluriethnique, d'antioxydant, de réinscription et de coauteur, de crainte que les i, les o ou le é "risquent d'y être transformés en semi-consonne".

Or, non : ici comme ailleurs, le préfixe doit être de préférence soudé au radical. Et pour ne pas heurter davantage les amoureux d'une langue écrite et parlée cohérente et simple, le néologisme administratif multiaccueil (d'utilité au demeurant très douteuse, comme souligné plus haut) doit respecter la préférence accordée à l'insécabilité du préfixe et du radical dans les mots non composés.  Le français écrit téléphone et non télé-phone ; détenu et non dé-tenu, etc. Ne surtout pas compliquer inutilement la graphie sous des prétextes ébouriffants de pédanterie, et laisser aux préfixes le statut de première syllabe des mots non composés ce n'est pas un option, cher interlocuteur anonyme de la mairie de S.....s, c'est une obligation. Presque même une lapalissade.

Rassurons les services municipaux sur le point qui les inquiète : le "risque" de se transformer en semi-consonne au contact d'un a n'a jamais empêché le i de dormir. Ni de participer à l'effet mélodieux du français dans le concert des langues du monde.

Par contre, le risque de voir l'orthographe du français se compliquer indéfiniment au point d'en décourager l'apprentissage est bien réel. C'est pourquoi, l'Académie française et la Mission linguistique francophone s'activent conjointement à endiguer la multiplication des exceptions orthographique de pur caprice. Telles que la coexistence (et non la co-existence) de pluriannuel et pluri-accueil ou multi-accueil, dont le i du même préfixe s'inquièterait ici d'être transformé en semi-consonne et là non.

Relayant en cela l'illustre Académie des Français, la Mission linguistique francophone persiste à mettre en garde les administrations francophones des divers continents, et tout spécialement les administrations territoriales françaises, contre leur propension à créer des néologismes hasardeux dont l'utilité n'est pas démontrée et dont la graphie est objet de controverses chronophages*.

*Néologisme utile, forgé avec humour, et d'une graphie incontestable...

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vendredi 7 juin 2013

en illimité et en aveugle : ni queue ni tête

Dans la langue médiatique et publicitaire, l'adverbe et l'adjectif sont progressivement supplantés par une tournure employant la préposition "en". Ainsi, au lieu d'un abonnement forfaitaire illimité, on vous vend les joies de la téléphonie "en illimité". Au lieu d'un voyage individuel, les professionnels du transport et du tourisme nous proposent des excursions "en individuel".

L'adjectif n'est pas le seul à se retrouver ainsi emberlificoté dans l'ajout superflu de la préposition en. L'adverbe, souvent surnommé "adjectif du verbe", subit ce sort inconfortable jusque dans les colonnes du quotidien Le Monde, où l'on peut lire que "la violence se déchaîne en aveugle". Ce serait joli si l'on pouvait présumer que la journaliste avait décidé de faire œuvre de poète. Hélas non : elle a simplement cédé à la tendance actuelle du français mercatique et médiatique qui tend à la destruction de l'adverbe usuel pour le reconstruire ensuite à l'envers : aveuglément devient "en aveugle", tout comme individuellement devient "en individuel". Le tour de passe-passe consiste à déplacer le son "EN" (produit par le suffixe adverbial -ent) de la queue vers la tête ; de la queue de l'adverbe vers la tête de la locution adverbiale. C'est cette maladroite interversion de sonorités qui nous donne des "en aveugle" et "en individuel", et bientôt nous fera dire "en facile" plutôt que facilement.

Certes, le français admet volontiers des locutions adverbiales formées à laide de la préposition en. Par exemple : en abondance pour abondamment ; en masse pour massivement ; en douceur pour doucement. Mais on remarquera que l'abondance, la masse et la douceur sont des substantifs et non des adjectifs. La nouveauté peu recommandable qui se répand actuellement "en illimité" (sic) consiste à transformer les adjectifs en noms communs [autrement dit, à les substantiver], puis à leur donner à nouveau une autre fonction grammaticale par adjonction de la préposition en, afin de les employer au bout du compte comme adverbes. Beaucoup de contorsions pour rien, non ? Gare aux séquelles.

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dimanche 26 mai 2013

pauvre verbe faire

Dès l'école primaire, on apprend à se défier d'un usage excessif du verbe faire, un peu vite qualifié de "pauvre" par nos maîtres. Beaucoup de professionnels de la communication écrite ou parlée oublient cette leçon à l'âge adulte, et reprennent à leur compte des formules comme "faire de l'essence" ou "refaire son retard" ou encore "refaire son handicap".  "Je peux vous faire une carte bleue ?" demandent même certains clients désireux de payer par carte de crédit*.

La Mission linguistique francophone note que cette négligence lexicale est actuellement en progression, et rappelle que certains emplois des verbes faire et refaire sont impropres, principalement parce qu'ils appauvrissent la langue et obscurcissent le sens.

Ainsi, on fait le plein d'essence, mais on ne "fait" pas de l'essence : on en fabrique si on est un industriel du pétrole, on en achète, on en prend ou on en cherche si on est un conducteur de véhicule à essence. Quant aux retards, on ne les "refait" pas non plus : on les rattrape, on les réduit, on les comble. Le handicap, lui, se surmonte.

* Faute apparue après 2010.

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mardi 7 mai 2013

attention : hotte tonsion

Pendant que des êtres humains décident de se montrer aptes à concevoir et bâtir un édifice de mille mètres de haut, à la fois sûr et élégant (illustration ci-contre : le pied de ce futur immeuble à Jeddah, par Adrian Smith et Gordon Gill architectes à Chicago), d'autres humains cultivés décident qu'il est au-dessus de leurs forces et de leurs compétences de prononcer proprement la langue qu'ils font profession de prononcer. C'est cette disparité de hauteur de vues qui ne cesse de nous intriguer. Tout comme nous intrigue le maintien à leur poste de ces innombrables journalistes de la presse parlée francophone qui ne parviennent rigoureusement pas à se montrer rigoureux dans leur parler.

Que la grammaire soit retorse ? Admettons. Que le vocabulaire soit foisonnant et donc propice aux fourvoiements ? Admettons encore. Mais que la confusion entre les phonèmes (les sons) de la langue française soit une fatalité professionnelle, non.

Un journaliste de radio - à l'instar de cent autres - veut nous annoncer "un procès sous haute tension". Mais le pauvre homme n'y parvient pas et nous annonce "un prôcé sous hotte tonsion" (sic). Intervertissant par deux fois le son Ô (comme dans beau) et le son Ö (comme dans botte), puis substituant le son É (comme dans fée) au son Ê (comme dans aigle), et mésarticulant enfin le son EN (comme dans lisant) qu'il transforme en son ON (comme dans lisons), il se trompe quatre fois de phonème. Sur un total de sept syllabes, c'est statistiquement élevé - à défaut d'élévation constructive ou créative...

NB 1 : La transformation du son EN en son ON est une tendance nette de l'élocution médiatique. Cela s'explique par le fait que l'articulation du son ON demande un travail musculaire légèrement inférieur à ce qu'exige le son EN. Moralité : la paresse professionnelle peut se loger même dans ces infimes efforts-là.

NB 2 : On notera que le locuteur précité, qui transforme "haute" en "hotte", n'est affecté d'aucun accent régional l'empêchant de prononcer les Ô (comme l'accent provençal conduit à prononcer "Rhone" au lieu de "Rhône") puisqu'il nous parle par ailleurs d'un "prôcé". À l'appui de cette surdité à l'équilibre sonore des syllabes, il semble que le seul repère soit l'idée fausse selon laquelle il n'existerait pas de corrélation impérative entre l'orthographe des mots et leur juste prononciation. Et selon laquelle la façon de prononcer les voyelles serait dès lors une affaire de liberté individuelle et d'esthétique personnelle. Or, c'est faux dans le cas général. Et plus faux encore dans le cas particulier de professionnels de la prononciation.


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jeudi 11 avril 2013

travaux publics et enseignement laïque



Le gouvernement français est-il laïc ? Non.

En effet, il a choisi d'être un gouvernement laïque qui communique actuellement par voie d'affiches sur l'enseignement laïque (sic) de la morale. Quitte à promouvoir ainsi la désuétude de la distinction entre le masculin laïc et le féminin laïque, il va falloir s'attaquer maintenant à la forme masculine de l'adjectif public pour la faire disparaître à son tour. Et harmoniser l'orthographe officielle des travaux publiques, des établissements publiques, des amoureux qui se bécotent sur les bancs publiques, du secteur publique et des pouvoirs publiques avec celle de l'enseignement laïque. Sans cette précaution, le français médiatique et politique poursuivrait toujours plus avant son cheminement dans l'incohérence : pourquoi neutraliser laïc et pas public ? Si l'on en juge par l'irréprochable prospérité des adjectifs à désinence unique en -ique à tous les genres, renoncer totalement à la charmante exception des adjectifs en -ic au masculin ne serait pas inepte. Mais y renoncer partiellement serait inconséquent.

De fait, à quelques semaines des examens et concours de fin d'année scolaire, la Mission linguistique francophone recommande aux étudiants francophones du monde entier de ne pas écrire "travaux publiques laïcs" ni "travaux publics laïques". Il y a encore des correcteurs qui pourraient tiquer. Non pas qu'ils soient couverts de tiques, mais plutôt saisis de tics.

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mercredi 10 avril 2013

CAPTCHA du CSA in English

En France, l'une des missions premières du  Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) est de garantir la vitalité du français dans l'air ambiant.
 
Par esprit de contradiction, sans doute, les auteurs du propre site internet du Conseil supérieur de l'audiovisuel français l'ont équipé d'un captcha* sonore... qui vous dicte un code en anglais !

Franchement, dear CSA, en découvrant que vous exigez d'eux qu'ils dactylographient, en guise de sésame, votre petite dictée anglophone, même les plus anglophiles des Francophones peinent à garder leur calme.

Est-ce ainsi que l'autorité de régulation de l'audiovisuel public français veille à l'accessibilité d'internet aux "personnes en situation de handicap" ? Y compris les personnes dont la "situation de handicap" consiste à n'entendre que le français ?

*le terme captcha (mot masculin créé par lexicalisation du sigle CAPTCHA, marque déposée) désigne divers procédés permettant de vérifier que l'utilisateur d'un site internet est bien un humain et non un logiciel importun. Le CSA, institution publique de la République française, a choisi de vérifier l'humanité de ses visiteurs par une devinette sonore en anglais. Cette incongruité lui a été signalée mais en vain.

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mercredi 3 avril 2013

cosmonautes, astronautes, spationautes, taïkonautes


Comment appellera-t-on en français un astronaute suédois ? Ou un cosmonaute rwandais ?

Nul ne sait. Mais à chaque mission spatiale chinoise, la presse francophone s'engouffre avec une promptitude irréfléchie dans l'emploi d'un terme spécifique pour les cosmonautes chinois : ce seraient des taïkonautes. Le journal Le Monde va jusqu'à donner cette précision étymologique toute aussi irréfléchie ; c'est-à-dire tout aussi fausse : "taïkonaute signifie homme de l'espace en chinois". Absolument inexact. Taïkonaute signifie quelque chose comme "navigateur du grand vide" en greco-latino-chinois [nautes est un mot latin emprunté au grec].

Certains ont propagé l'idée qu'il faudrait employer des termes différents selon la nationalité de l'homme de l'espace : astronaute pour un citoyen des USA, cosmonaute pour un Russe, spationaute pour un Français et taïkonaute, donc, pour un Chinois. Ce serait le seul exemple dans toute la langue française d'un nom de métier adapté à la nationalité du professionnel ! Un danseur, un cuisinier ou un architecte ne changent pas de nom selon leur pays d'origine. Pas davantage dans le sport - haut lieu du chauvinisme, pourtant. Un skieur et un nageur restent, en français journalistique comme en français courant, un skieur et un nageur, quelle que soit leur nationalité.

Wikipédia (dont les lexicographes improvisés ne sont jamais à court de certitudes étranges et naïves) va jusqu'à affirmer que le terme cosmonaute "s'applique à un Russe ou à un Français ayant volé avec un Russe..." De mieux en mieux. Et comment appellera-t-on un Hongrois ayant volé avec une Guatémaltèque et deux Siamois, chers wikipédiens de génie ?

La Mission linguistique francophone invite les professionnels francophones de l'information et leur public à renoncer à cette idée absurde selon laquelle il faudrait employer des mots différents pour qualifier les cosmonautes ou astronautes des différents pays du monde. Cette lubie est d'autant plus sidérante (c'est le cas de le dire) que la navigation spatiale ne connaît ni frontières ni contours territoriaux d'aucune sorte.

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dimanche 31 mars 2013

la bientraitance s'installe lentement

La Mission linguistique francophone constate la lente progression du néologisme bientraitance, employé dans l'univers de l'action sanitaire et sociale comme antonyme de maltraitance.
Cette création peut incommoder par son parfum technocratique ou surprendre par sa nouveauté, mais elle est irréprochable sur le plan étymologique et sémantique. Autrement dit, elle est bien construite et son sens n'est ni incohérent ni obscur. Maltraitance et bientraitance s'inscrivent dans la lignée de malveillance et bienveillance. Faire le mal et faire le bien ; veiller au mal et veiller au bien.

Pour confirmer la légitimité de la bientraitance, il reste aux francophones à assurer la vitalité de ce terme dans notre langue, en veillant à ce que son emploi ne soit pas à la fois accaparé et restreint par le secteur sanitaire et social, comme l'est depuis quelques années l'adjectif durable par le discours environnemental (cf. "ville durable", employé au sens abusif de "ville respectueuse de l'environnement").


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lundi 18 mars 2013

l'avenir futuriste

La chaîne de télévision Arte est franco-allemande. Pour ce qui est d'être exemplairement francophone, c'est une autre histoire, et c'est sans doute dommage. Dans le cadre d'une soirée consacrée à la science, Arte a diffusé un documentaire initialement anglophone adapté en français. Ce film de vulgarisation scientifique traitait du temps et de son cours inexorable : le passé, le présent, l'avenir. Or, la prouesse navrante accomplie par la traductrice de ce film fut de n'employer absolument jamais le mot avenir pour parler de lui. Dans 100% des occurrences de la notion de passé, le commentaire francophone nous a parlé du passé - bonne traduction de l'anglais the past. Dans 100% des occurrences de la notion de présent, il nous a parlé du présent - bonne traduction de l'anglais the present. Mais dans 100% des occurrences de la notion d'avenir, le narrateur nous a infligé le futur - mauvaise traduction hâtive de l'anglais the future, qui signifie très exactement l'avenir. "Mais le futur ça fait plus scientifique", nous répond une ingénue productrice de télévision...

C'est au nom de cet argument irrecevable que l'on instille dans la quasi totalité des documentaires pédagogiques traduits de l'anglais une habitude de traduction purement et simplement erronée, qui produit des morceaux de textes artificiels comme "dans un très lointain futur" au lieu de l'expression naturellement francophone "dans un avenir très lointain".

À l'inverse de Georges Perec faisant disparaître avec une habileté fantastique la voyelle E des pages de son roman La Disparition, les journalistes, les responsables de chaînes de télévision, les traducteurs hâtifs et les rédacteurs-concepteurs publicitaires surcotés ont aujourd'hui fait disparaître de notre langue, avec une balourdise fantastique et une anglomanie à courte vue, le mot avenir. En une heure de documentaire sur l'avenir et le passé, le mot avenir n'est plus prononcé une seule fois sur une grande chaîne culturelle dévolue au rayonnement de la langue française. L'avenir est mort et enterré. Les archéolinguistes de l'avenir pourront déterminer que sa mort fut constatée en 2012, un soir d'octobre, à la frontière franco-allemande. Et qu'eux-mêmes sont devenus à jamais, ce soir-là, des linguistes "du futur". Parce que ça faisait plus futuriste. Et que le paysage médiatique de France grouillait de ces traducteurs qui, quelle que soit l'époque, ne font pas leur métier, puisqu'ils vont au plus proche plutôt qu'au plus juste.

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lundi 4 mars 2013

le contraire des documents numériques

Une chose est certaine : le contraire de "document numérique" n'est pas "document papier" ni "version papier" ! Ces formulations aberrantes, devenues majoritaires dans le français administratif, sont réprouvées par les autorités linguistiques francophones [Académie française, Office québecois de la langue française, Mission linguistique francophone], car l'emploi de papier comme adjectif antonyme de numérique est fautif sans discussion possible ; tout simplement parce que le mot papier n'est pas un adjectif.

La notion de document numérique ou informatique s'oppose couramment à celle de document sur papier. Dans cette acception, il existe plusieurs adjectifs antonymes de "numérique" ou de "informatique" : document imprimé, document manuscrit, document matériel ou matérialisé.

Des dizaines de millions de francophones semblent ne plus en avoir conscience, et s'égarent à considérer le substantif "papier" comme un adjectif qualificatif qu'il n'est pas. Dire ou écrire "un document papier", "un dossier papier" relève d'une connaissance défaillante de la langue française et d'une façon de s'exprimer tout à fait infantile : en principe, c'est entre 2 et 4 ans que l'enfant, juxtaposant les mots sans maîtrise de la grammaire, désigne le "lit poupée" au lieu du "lit de la poupée"; au-delà de cet âge, il y a lieu de s'inquiéter...

En cas de doute sur le contraire correct de l'adjectif "numérique", il suffit de former convenablement le complément de nom : en général, un document numérique s'oppose à un document sur papier.

On peut aussi se souvenir de l'existence des mots "manuscrit" et "imprimé", et les employer soit comme adjectifs ("la copie imprimée et l'original manuscrit"), soit comme substantifs ("remettez-moi l'imprimé et le manuscrit"). En ingénierie et en architecture, on ne doit en aucun cas parler de "plans papier" (sic) ni même de plans sur papier - bien que ce soit grammaticalement correct - car cela s'appelle des tirages de plans. Idem en photographie : on encadre des tirages photographiques et non des "photos papier" (sic)...

Quant aux documents "sous forme papier" (sic), "au format papier" (sic) ou, plus affligeant encore, "sous format papier" (sic), sachant que le papier n'est ni une forme ni un format mais une matière, vous pouvez soit les jeter directement à la poubelle, soit les ajouter au collier disgracieux des perles administratives les plus ineptes.


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