dimanche 31 mars 2013

la bientraitance s'installe lentement

La Mission linguistique francophone constate la lente progression du néologisme bientraitance, employé dans l'univers de l'action sanitaire et sociale comme antonyme de maltraitance.
Cette création peut incommoder par son parfum technocratique ou surprendre par sa nouveauté, mais elle est irréprochable sur le plan étymologique et sémantique. Autrement dit, elle est bien construite et son sens n'est ni incohérent ni obscur. Maltraitance et bientraitance s'inscrivent dans la lignée de malveillance et bienveillance. Faire le mal et faire le bien ; veiller au mal et veiller au bien.

Pour confirmer la légitimité de la bientraitance, il reste aux francophones à assurer la vitalité de ce terme dans notre langue, en veillant à ce que son emploi ne soit pas à la fois accaparé et restreint par le secteur sanitaire et social, comme l'est depuis quelques années l'adjectif durable par le discours environnemental (cf. "ville durable", employé au sens abusif de "ville respectueuse de l'environnement").


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lundi 4 mars 2013

le contraire des documents numériques

Une chose est certaine : le contraire de "document numérique" n'est pas "document papier" ni "version papier" ! Ces formulations aberrantes, devenues majoritaires dans le français administratif, sont réprouvées par les autorités linguistiques francophones [Académie française, Office québecois de la langue française, Mission linguistique francophone], car l'emploi de papier comme adjectif antonyme de numérique est fautif sans discussion possible ; tout simplement parce que le mot papier n'est pas un adjectif.

La notion de document numérique ou informatique s'oppose couramment à celle de document sur papier. Dans cette acception, il existe plusieurs adjectifs antonymes de "numérique" ou de "informatique" : document imprimé, document manuscrit, document matériel ou matérialisé.

Des dizaines de millions de francophones semblent ne plus en avoir conscience, et s'égarent à considérer le substantif "papier" comme un adjectif qualificatif qu'il n'est pas. Dire ou écrire "un document papier", "un dossier papier" relève d'une connaissance défaillante de la langue française et d'une façon de s'exprimer tout à fait infantile : en principe, c'est entre 2 et 4 ans que l'enfant, juxtaposant les mots sans maîtrise de la grammaire, désigne le "lit poupée" au lieu du "lit de la poupée"; au-delà de cet âge, il y a lieu de s'inquiéter...

En cas de doute sur le contraire correct de l'adjectif "numérique", il suffit de former convenablement le complément de nom : en général, un document numérique s'oppose à un document sur papier.

On peut aussi se souvenir de l'existence des mots "manuscrit" et "imprimé", et les employer soit comme adjectifs ("la copie imprimée et l'original manuscrit"), soit comme substantifs ("remettez-moi l'imprimé et le manuscrit"). En ingénierie et en architecture, on ne doit en aucun cas parler de "plans papier" (sic) ni même de plans sur papier - bien que ce soit grammaticalement correct - car cela s'appelle des tirages de plans. Idem en photographie : on encadre des tirages photographiques et non des "photos papier" (sic)...

Quant aux documents "sous forme papier" (sic), "au format papier" (sic) ou, plus affligeant encore, "sous format papier" (sic), sachant que le papier n'est ni une forme ni un format mais une matière, vous pouvez soit les jeter directement à la poubelle, soit les ajouter au collier disgracieux des perles administratives les plus ineptes.


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