dimanche 31 mars 2013

la bientraitance s'installe lentement

La Mission linguistique francophone constate la lente progression du néologisme bientraitance, employé dans l'univers de l'action sanitaire et sociale comme antonyme de maltraitance.
Cette création peut incommoder par son parfum technocratique ou surprendre par sa nouveauté, mais elle est irréprochable sur le plan étymologique et sémantique. Autrement dit, elle est bien construite et son sens n'est ni incohérent ni obscur. Maltraitance et bientraitance s'inscrivent dans la lignée de malveillance et bienveillance. Faire le mal et faire le bien ; veiller au mal et veiller au bien.

Pour confirmer la légitimité de la bientraitance, il reste aux francophones à assurer la vitalité de ce terme dans notre langue, en veillant à ce que son emploi ne soit pas à la fois accaparé et restreint par le secteur sanitaire et social, comme l'est depuis quelques années l'adjectif durable par le discours environnemental (cf. "ville durable", employé au sens abusif de "ville respectueuse de l'environnement").


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lundi 18 mars 2013

l'avenir futuriste

La chaîne de télévision Arte est franco-allemande. Pour ce qui est d'être exemplairement francophone, c'est une autre histoire, et c'est sans doute dommage. Dans le cadre d'une soirée consacrée à la science, Arte a diffusé un documentaire initialement anglophone adapté en français. Ce film de vulgarisation scientifique traitait du temps et de son cours inexorable : le passé, le présent, l'avenir. Or, la prouesse navrante accomplie par la traductrice de ce film fut de n'employer absolument jamais le mot avenir pour parler de lui. Dans 100% des occurrences de la notion de passé, le commentaire francophone nous a parlé du passé - bonne traduction de l'anglais the past. Dans 100% des occurrences de la notion de présent, il nous a parlé du présent - bonne traduction de l'anglais the present. Mais dans 100% des occurrences de la notion d'avenir, le narrateur nous a infligé le futur - mauvaise traduction hâtive de l'anglais the future, qui signifie très exactement l'avenir. "Mais le futur ça fait plus scientifique", nous répond une ingénue productrice de télévision...

C'est au nom de cet argument irrecevable que l'on instille dans la quasi totalité des documentaires pédagogiques traduits de l'anglais une habitude de traduction purement et simplement erronée, qui produit des morceaux de textes artificiels comme "dans un très lointain futur" au lieu de l'expression naturellement francophone "dans un avenir très lointain".

À l'inverse de Georges Perec faisant disparaître avec une habileté fantastique la voyelle E des pages de son roman La Disparition, les journalistes, les responsables de chaînes de télévision, les traducteurs hâtifs et les rédacteurs-concepteurs publicitaires surcotés ont aujourd'hui fait disparaître de notre langue, avec une balourdise fantastique et une anglomanie à courte vue, le mot avenir. En une heure de documentaire sur l'avenir et le passé, le mot avenir n'est plus prononcé une seule fois sur une grande chaîne culturelle dévolue au rayonnement de la langue française. L'avenir est mort et enterré. Les archéolinguistes de l'avenir pourront déterminer que sa mort fut constatée en 2012, un soir d'octobre, à la frontière franco-allemande. Et qu'eux-mêmes sont devenus à jamais, ce soir-là, des linguistes "du futur". Parce que ça faisait plus futuriste. Et que le paysage médiatique de France grouillait de ces traducteurs qui, quelle que soit l'époque, ne font pas leur métier, puisqu'ils vont au plus proche plutôt qu'au plus juste.

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lundi 4 mars 2013

le contraire des documents numériques

Une chose est certaine : le contraire de "document numérique" n'est pas "document papier" ni "version papier" ! Ces formulations aberrantes, devenues majoritaires dans le français administratif, sont réprouvées par les autorités linguistiques francophones [Académie française, Office québecois de la langue française, Mission linguistique francophone], car l'emploi de papier comme adjectif antonyme de numérique est fautif sans discussion possible ; tout simplement parce que le mot papier n'est pas un adjectif.

La notion de document numérique ou informatique s'oppose couramment à celle de document sur papier. Dans cette acception, il existe plusieurs adjectifs antonymes de "numérique" ou de "informatique" : document imprimé, document manuscrit, document matériel ou matérialisé.

Des dizaines de millions de francophones semblent ne plus en avoir conscience, et s'égarent à considérer le substantif "papier" comme un adjectif qualificatif qu'il n'est pas. Dire ou écrire "un document papier", "un dossier papier" relève d'une connaissance défaillante de la langue française et d'une façon de s'exprimer tout à fait infantile : en principe, c'est entre 2 et 4 ans que l'enfant, juxtaposant les mots sans maîtrise de la grammaire, désigne le "lit poupée" au lieu du "lit de la poupée"; au-delà de cet âge, il y a lieu de s'inquiéter...

En cas de doute sur le contraire correct de l'adjectif "numérique", il suffit de former convenablement le complément de nom : en général, un document numérique s'oppose à un document sur papier.

On peut aussi se souvenir de l'existence des mots "manuscrit" et "imprimé", et les employer soit comme adjectifs ("la copie imprimée et l'original manuscrit"), soit comme substantifs ("remettez-moi l'imprimé et le manuscrit"). En ingénierie et en architecture, on ne doit en aucun cas parler de "plans papier" (sic) ni même de plans sur papier - bien que ce soit grammaticalement correct - car cela s'appelle des tirages de plans. Idem en photographie : on encadre des tirages photographiques et non des "photos papier" (sic)...

Quant aux documents "sous forme papier" (sic), "au format papier" (sic) ou, plus affligeant encore, "sous format papier" (sic), sachant que le papier n'est ni une forme ni un format mais une matière, vous pouvez soit les jeter directement à la poubelle, soit les ajouter au collier disgracieux des perles administratives les plus ineptes.


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