jeudi 11 avril 2013

travaux publics et enseignement laïque



Le gouvernement français est-il laïc ? Non.

En effet, il a choisi d'être un gouvernement laïque qui communique actuellement par voie d'affiches sur l'enseignement laïque (sic) de la morale. Quitte à promouvoir ainsi la désuétude de la distinction entre le masculin laïc et le féminin laïque, il va falloir s'attaquer maintenant à la forme masculine de l'adjectif public pour la faire disparaître à son tour. Et harmoniser l'orthographe officielle des travaux publiques, des établissements publiques, des amoureux qui se bécotent sur les bancs publiques, du secteur publique et des pouvoirs publiques avec celle de l'enseignement laïque. Sans cette précaution, le français médiatique et politique poursuivrait toujours plus avant son cheminement dans l'incohérence : pourquoi neutraliser laïc et pas public ? Si l'on en juge par l'irréprochable prospérité des adjectifs à désinence unique en -ique à tous les genres, renoncer totalement à la charmante exception des adjectifs en -ic au masculin ne serait pas inepte. Mais y renoncer partiellement serait inconséquent.

De fait, à quelques semaines des examens et concours de fin d'année scolaire, la Mission linguistique francophone recommande aux étudiants francophones du monde entier de ne pas écrire "travaux publiques laïcs" ni "travaux publics laïques". Il y a encore des correcteurs qui pourraient tiquer. Non pas qu'ils soient couverts de tiques, mais plutôt saisis de tics.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•] 

mercredi 10 avril 2013

CAPTCHA du CSA in English

En France, l'une des missions premières du  Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) est de garantir la vitalité du français dans l'air ambiant.
 
Par esprit de contradiction, sans doute, les auteurs du propre site internet du Conseil supérieur de l'audiovisuel français l'ont équipé d'un captcha* sonore... qui vous dicte un code en anglais !

Franchement, dear CSA, en découvrant que vous exigez d'eux qu'ils dactylographient, en guise de sésame, votre petite dictée anglophone, même les plus anglophiles des Francophones peinent à garder leur calme.

Est-ce ainsi que l'autorité de régulation de l'audiovisuel public français veille à l'accessibilité d'internet aux "personnes en situation de handicap" ? Y compris les personnes dont la "situation de handicap" consiste à n'entendre que le français ?

*le terme captcha (mot masculin créé par lexicalisation du sigle CAPTCHA, marque déposée) désigne divers procédés permettant de vérifier que l'utilisateur d'un site internet est bien un humain et non un logiciel importun. Le CSA, institution publique de la République française, a choisi de vérifier l'humanité de ses visiteurs par une devinette sonore en anglais. Cette incongruité lui a été signalée mais en vain.

CLIQUEZ ICI  POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE

mercredi 3 avril 2013

cosmonautes, astronautes, spationautes, taïkonautes


Comment appellera-t-on en français un astronaute suédois ? Ou un cosmonaute rwandais ?

Nul ne sait. Mais à chaque mission spatiale chinoise, la presse francophone s'engouffre avec une promptitude irréfléchie dans l'emploi d'un terme spécifique pour les cosmonautes chinois : ce seraient des taïkonautes. Le journal Le Monde va jusqu'à donner cette précision étymologique toute aussi irréfléchie ; c'est-à-dire tout aussi fausse : "taïkonaute signifie homme de l'espace en chinois". Absolument inexact. Taïkonaute signifie quelque chose comme "navigateur du grand vide" en greco-latino-chinois [nautes est un mot latin emprunté au grec].

Certains ont propagé l'idée qu'il faudrait employer des termes différents selon la nationalité de l'homme de l'espace : astronaute pour un citoyen des USA, cosmonaute pour un Russe, spationaute pour un Français et taïkonaute, donc, pour un Chinois. Ce serait le seul exemple dans toute la langue française d'un nom de métier adapté à la nationalité du professionnel ! Un danseur, un cuisinier ou un architecte ne changent pas de nom selon leur pays d'origine. Pas davantage dans le sport - haut lieu du chauvinisme, pourtant. Un skieur et un nageur restent, en français journalistique comme en français courant, un skieur et un nageur, quelle que soit leur nationalité.

Wikipédia (dont les lexicographes improvisés ne sont jamais à court de certitudes étranges et naïves) va jusqu'à affirmer que le terme cosmonaute "s'applique à un Russe ou à un Français ayant volé avec un Russe..." De mieux en mieux. Et comment appellera-t-on un Hongrois ayant volé avec une Guatémaltèque et deux Siamois, chers wikipédiens de génie ?

La Mission linguistique francophone invite les professionnels francophones de l'information et leur public à renoncer à cette idée absurde selon laquelle il faudrait employer des mots différents pour qualifier les cosmonautes ou astronautes des différents pays du monde. Cette lubie est d'autant plus sidérante (c'est le cas de le dire) que la navigation spatiale ne connaît ni frontières ni contours territoriaux d'aucune sorte.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI