mardi 30 juillet 2013

ville durable

"Perpettes-la-Grande, ville durable" (comprenez : "ville écologique"). On lit et entend de plus en plus souvent ce genre de  proclamation municipale inepte, dont les variantes sont : "une politique durable au service du bien-vivre à Perpettes-le-Roi" ou "jardinage durable : préservons le patrimoine naturel Perpettois".

Pourtant, en français non jargonnant, non médiatique, non xyloglotte (qui parle la langue de bois), en français sain de corps et d'esprit, l'adjectif "durable" n'a qu'un seul sens : qui dure.

Non, l'adjectif "durable" n'est pas à lui seul synonyme de "respectueux de l'environnement". Non, "durable" ne signifie pas "écologique".

Oui, l'expression "développement durable" - maladroitement traduite de l'anglais sustainable development, qui signifie exactement croissance soutenable, par opposition à saccage insoutenable -  est bien la terminologie employée, depuis une petite décennie, pour désigner avec beaucoup de préciosité tout ce qui a trait à la protection de l'environnement et aux politiques censées préserver la nature. Mais il n'en résulte pas que l'adjectif "durable" exprime autre chose qu'une certaine persistance dans le temps.

Affecter à un adjectif les vertus d'un des substantifs qu'il qualifie couramment, voilà l'une des plus grandes bévues sémantiques qui soient. L'adjectif "blanc" n'est pas synonyme de "breuvage viticole" du seul fait qu'il qualifie le vin blanc !  Pourquoi, sinon par perte de discernement sous les coups du discours médiatique et technocratique, devrions-nous considérer soudain que l'adjectif "durable" est devenu synonyme de respect de l'environnement ? Certes, nous disons volontiers d'une voix naturelle en binant nos terres : "vive le développement durable !" Mais, non, cela de fait pas du mot "durable" un adjectif synonyme d'amour de la terre et de la nature ! Pas davantage le fait que nous disions volontiers, en levant nos verres, "à la tienne, Étienne !" ne fait de l'adjectif "tienne" un mot qualifiant tout ce qui enivre ou tout ce ce qui se boit de bon cœur, ni même tout ce qui appartient à Étienne.

Il est étonnant de devoir ferrailler avec les moutons de Panurge du discours ambiant (conseillers ministériels en tête, rédacteurs de Wikipédia en queue) pour s'efforcer de faire entendre cette vérité première.

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jeudi 25 juillet 2013

l'orange et le viol

On entend de plus en plus souvent prononcer la voyelle "O" comme si elle était ornée d'un accent circonflexe, dans des mots où elle en est pourtant dépourvue. Ainsi les journalistes de la presse parlée - dont l'art de prononcer de manière irréprochable devrait être une compétence première - évoquent-ils les déboires d'une entreprise dénommée Orange, comme s'il s'agissait de l'entreprise Aurange ou Ôrange.

Plus tard, ils vous parlent de "viôlences" ou de "viaulences", à charge pour nous de comprendre qu'il s'agit malheureusement de violences. Ils évoquent ensuite une série de viols et le prix de l'or, mais sans déformer aucun de ces deux mots. On peut s'étonner de cette incohérence.

Le viol est une violence : la racine de viol et de violence est la même et la prononciation de leur syllabe commune ne doit différer en rien. L'orange a une couleur d'or rougeoyant : la racine d'or et d'orange est la même et la prononciation de leur syllabe commune ne doit différer en rien.

La Mission linguistique francophone le martèle : la phonétique n'est pas une dimension accessoire de la langue. Elle nous renseigne instantanément sur la génétique des mots : quels sont leurs liens, leurs ascendants, leurs parents. La précision phonétique clarifie le sens du propos sans obliger à le déduire du contexte : ma belle Aude ou ma belle ode ? Archet ou archer ? Poignets ou poignées ? Le plus grand mal ou le plus grand mâle ? Maroc ou ma rauque ? La prononciation juste est non seulement la musique juste de toute langue mais le véhicule premier de l'information parlée. C'est pourquoi il est sain de ne pas enkyster dans les esprits ces incohérences phonétiques, ces approximations de prononciation qui sont autant de négligences professionnelles chez un professionnel de la parole francophone.

PS : Ce sont généralement les mêmes orateurs médiatiques négligents qui vous ajoutent un accent circonflexe sur le o de orange et qui vous le retirent sur celui de Vallée du Rhône...

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lundi 8 juillet 2013

être démis ou démissionner, telle est la question

La Mission linguistique francophone a pris la peine de signaler aux rédacteurs concernés la lourde faute de français qui entachait les gros titres de la presse française - et par contrecoup leur crédibilité en matière rédactionnelle :
"Delphine Batho démissionnée" (sic). Pour mémoire, on ne "démissionne" pas quelqu'un, on le démet (de ses fonctions). La femme politique en question a donc été démise - ou poussée à la démission - et non "démissionnée". De même, une personne qui s'alimente n'est pas "mangée", elle mange. La confusion entre les significations d'un même verbe selon qu'il est employé à la forme active ou passive est en principe une erreur qu'on ne commet plus au sortir de l'école élémentaire ; faute de quoi on n'est pas admis au collège. Et moins encore admis à rédiger les titres de la presse francophone.

vendredi 5 juillet 2013

employabilité : aptitude à l'emploi

La critique du terme employabilité nous donne l'occasion de rappeler l'observation extrêmement judicieuse de la physicienne et lexicographe Colette Galeron : "L'anglais est une langue du mot, le français une langue de la phrase".

Pour jauger l'aptitude à l'emploi (alias "employability"), ce dont le français a besoin n'est pas forcément un néologisme pesamment construit à l'imitation de l'anglais, mais une idée exprimée avec humanité en joignant naturellement quelque mots simples, inusables et justes. Surtout lorsque l'alliance équilibrée de mots justes (aptitude à l'emploi - six syllabes) ne coûte pas une syllabe de plus que le façonnage d'un néologisme patibulaire (employabilité - six syllabes aussi).

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