dimanche 28 décembre 2014

controverse contre versus

Dans un contexte de type "David contre Goliath", on note une tendance récente (XXIe siècle) de la publicité et des médias francophones à remplacer le mot français contre par l'abréviation américaine "vs" [prononcée versus]. Cette abréviation a été créée par les anglophones pour écourter le mot latin versus, lequel signifie en anglais contre.

Sous des dehors de latinisme chic, c'est un anglicisme banal qui détrône sans nécessité la préposition contre, dont l'emploi restera préférable aussi longtemps que l'anglais et le français ne seront pas devenus une seule et même langue.

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lundi 29 septembre 2014

le prestige serait-il mort (de rire) ?

La télévision nationale française lance une nouvelle grande émission de parlotte (de la radio filmée, si l'on préfère) intitulée Un soir à la Tour Eiffel, dont la présentatrice explique à la presse qu'il s'agit d'un "programme* autour d'un invité prestigieux". Et de nous livrer les noms des trois premiers invités de prestige : trois amuseurs publics. Pas de grand inventeur dans le lot, pas de héros de la paix, pas de souverains exemplaires, pas de géante ni de géant de la pensée ou de l'action. Juste trois amuseurs de renommée passagère, nettement paillards pour deux d'entre eux. Voilà l'idée que les décideurs de l'audiovisuel public français se font du "prestige" : une bonne tranche (horaire) de rigolade en compagnie d'une animatrice morte de rire rien que d'y penser.

* programme est ici un anglicisme employé à la place du français émission.
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lundi 22 septembre 2014

disponible à la location : un cas d'obésité de la langue

Sur les flancs de ses véhicules utilitaires, une grande entreprise de location proclame "4000 véhicules disponibles à la location !"

En français non tarabiscoté, non précieux, cela se dit : "4000 véhicules à louer !".

"À louer" : deux syllabes et six lettres.

"Disponibles à la location" : quatre fois plus de syllabes et quatre fois plus de lettres. Sans bénéfice aucun.

Qui croit encore que le français contemporain évolue vers plus de simplicité ? Qui croit encore qu'en se déformant et se boursouflant de la sorte, il évolue harmonieusement ? Quand un organisme vivant s'hypertrophie sans nécessité ni plaisir (et la langue française est un organisme vivant), ce n'est jamais signe de bonne santé ni de vitalité, mais toujours le symptôme d'un dérèglement alarmant. Cancérologues, cardiologues, phlébologues, endocrinologues, parasitologues et vétérinaires le savent. Professionnels de l'information, de la communication, du marketing et de la culture (donc de la langue) semblent toujours plus nombreux à l'ignorer.

[illustration réemployée avec l'aimable autorisation de Zeiss]
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jeudi 18 septembre 2014

lettre ouverte aux éco-imbéciles éco-heureux

Les observateurs et commentateurs de la Mission linguistique francophone vous prient de pardonner leur coup de gueule unanime ci-après, mais trop c'est trop, comme dit la tautologie populaire. Le vent, non pas de folie, mais de profonde imbécilité sémantique qui souffle à nos oreilles des éco-naisereies et des éco-lapalissades ininterrompues souffle maintenant jusque dans les hameaux de nos campagnes, que voici rebaptisés, sans rire et par des esprits malades de suivisme technocratique, des "éco-hameaux".

Il semble que la traduction saine d'esprit de "éco-hameau", en vrai français, soit hameau écologique.

Inventer le hameau écologique, donc en en prise avec la nature environnante et féru de voisinage de proximité, c'est se qui s'appelle inventer l'eau froide, non  ?

En Auvergne, par exemple, "l'éco-hameau" (sic) de Bertignat [Puy-de-Dôme] se caractériserait, selon le Palmarès des jeunes urbanistes [France] "par ses constructions proches de la nature, sa prairie et son verger partagé". Oui, comme tout hameau ou toute commune rurale, sauf erreur.

Oh, les jeunes ("jeunes" urbanistes de 40 à 45 ans, en l'occurrence, tout de même), vous ne voyez pas que les conseillers ministériels capables de primer de pareilles balivernes, et même d'en susciter l'invention puis la promotion, vous prennent pour des éco-imbéciles éco-heureux ? Vous n'avez pas conscience de saccager l'environnement premier de l'être humain, la langue dans laquelle il s'exprime ?

Oh, les jeunes, les vieux, les entre-deux, vous tous qui jonchez le paysage francophone de telles inepties lexicales, c'est bientôt fini ce délire éco-néologique éco-crispant à éco-mort ?  Vous nous polluez la langue, bande de vandales !

Voilà, c'est dit.

MISS L.F.

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vendredi 12 septembre 2014

sortir de l'impôt

Dans un français de très bas étage qui lui semble convenable, un inspecteur des finances jargonne à l'oreille d'un ministre, voire d'un Premier ministre, et la langue tout entière est contaminée par une ineptie de plus.

Tel est le statut de l'expression "sortir de l'impôt". Car l'impôt n'est pas un lieu ni même une condition. On ne saurait donc en "sortir" et moins encore en être sorti par la loi. En français, on est exonéré ou dispensé de payer des impôts, on échappe à l'imposition. On est ainsi sorti du pétrin, mais on n'est pas "sorti de l'impôt" (sic).

Reprise sans guillemets ni distance par toute la presse écrite, parlée et audiovisuelle de France et de Navarre, une telle impropriété de terme, une telle négligence d'expression contamine la langue vivante en quelques heures. Tout laisse craindre qu'elle y laissera une cicatrice disgracieuse, comme l'a déjà fait l'emploi trivial du même verbe sortir dans le commentaire sportif : "Chose a sorti Machin en quarts". Traduction : "Chose a éliminé Machin en quart de finale", "Chose a vaincu Machin", "Chose l'a emporté sur Machin".

La trivialité de l'emploi du verbe sortir comme synonyme de vaincre échappe aux commentateurs sportifs. La disqualification du verbe sortir comme synonyme d'être exonéré de  échappe manifestement aux hauts fonctionnaires du ministère de l'économie et des finances autant qu'aux rédacteurs des discours ministériels, pourtant tous sortis des plus grandes écoles...

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jeudi 11 septembre 2014

noms de fonctions en charabia : la RATP donne l'exemple

Sœur de la journaliste Christine Ockrent, Isabelle Ockrent peut apparaître comme une femme déterminée et sûre d'elle, puisqu'elle a réussi à se hisser au poste élevé de Directrice de la communication et de la marque de la RATP (1). Mais ce serait mal la connaître : la Directrice de la communication et de la marque de la RATP est une femme timide, souvent même effacée.

En voici la preuve.

Madame Ockrent assiste de plein droit aux conseils d'administration de la RATP. Il en va de même pour son éminent collègue François Saglier. Ces deux cadres supérieurs se voient donc régulièrement, et sur un pied d'égalité hiérarchique. La seule différence entre eux consistant en ceci : il est du ressort d'une directrice de la communication de veiller à la bonne formulation de tous les intitulés officiels, y compris les noms de fonctions.
Malgré cela, et certainement en raison d'une timidité invalidante plutôt que d'une incompétence coupable, la directrice de la communication n'a jamais osé dire à son collègue François Saglier qu'il s'était affublé d'un nom de fonction à hurler, tant les fautes de français y sont lourdes. Et tant la qualité de la communication en est donc désastreuse pour l'image de la marque RATP. Monsieur Saglier se présente en effet comme "Directeur en charge (sic) du service, de la relation clients (sic et resic) et des espaces multimodaux".

Madame Ockrent, il est vrai, peine pour sa part à distinguer le féminin du masculin dans l'énoncé de sa propre fonction, puisqu'elle se présente comme Directeur (sic) de la communication. Or, il est établi avec une absolue certitude que Madame Ockrent est une femme. Qu'elle soit une femme de grande culture francophone, la chose est soudain moins certaine.

Quoi qu'il en soit, la Mission linguistique francophone invite Mme Ockrent et M. Saglier à mettre de côté leur touchante timidité, à surmonter la honte secrète que leur inspire sans doute leur calamiteuse maîtrise des règles élémentaires du français dès qu'il est question de leur activité professionnelle, et à évoquer ensemble leurs problèmes de charabia fonctionnel. L'idéal étant qu'ils s'en entretiennent en présence d'un francophone qui n'aurait pas encore fait son deuil d'une langue limpide, sobre et juste. Nous en avons à leur disposition, au besoin.

[Illustration : M. François Saglier, bien en peine de faire l'analyse grammaticale de son nom de fonction]

(1) NDE : Isabelle Ockrent a cédé son poste courant juin 2015 à Anaïs Lançon, à qui va désormais revenir la tâche de nettoyer le fatras de bévues et fautes de français accumulées dans les tics de langage, écrit et parlé, de la RATP. L'avenir dira si Mme Lançon s'y montrera efficace.

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mercredi 3 septembre 2014

les preuves et l'épreuve

A l'instar de l'acheteur de meubles suédois qui doit construire son achat de retour chez lui, le francophone de France et de Navarre devient toujours plus fréquemment obligé par les médias parlés de remettre en forme à ses frais le français approximatif déversé dans ses oreilles. Mais sans que la notice lui soit fournie... Voici un exemple parmi des millions.

Dans un entretien radiophonique, un ancien ministre effare les auditeurs un peu attentifs par cette absurdité : "l'épreuve des chiffres ne résiste pas à l'analyse" (sic). Phrase totalement inepte, chacun en conviendra. Sans doute cet orateur professionnel voulait-il affirmer, en réalité, que les chiffres ne résistent pas à l'épreuve de l'analyse, autrement dit que les chiffres ne résistent pas à l'analyse tout court ?

Non, ce n'est pas encore ça.

En fait, il se trouve que M. le ministre ne sait simplement pas prononcer les sons de sa propre langue : ce n'était pas l'épreuve [lépreuv] des chiffres qu'il voulait réfuter mais les preuves [lêpreuv] des chiffres. Preuves qui, selon lui, ne résistent pas à l'analyse. Hélas, M. le ministre, bien qu'étant passé par l'école primaire et avoir reçu des leçons sur l'accent aigu et l'accent grave, croit savoir aujourd'hui que l'épreuve et les preuves se prononcent exactement de la même manière. Il est vrai que cette ignorance est dans l'air du temps.

Le son é et le son ê sont pourtant tellement différents à l'oreille qu'une langue mère de la nôtre, le grec, s'est dotée pour ces deux sonorités de deux lettres distinctes, impossibles à confondre visuellement : l'epsilon et le hêta.

Dans notre langue comme en grec, le son é et le son ê sont tellement peu interchangeables que personne ne se ridiculise à proposer de boire une biére au lieu d'une bière, à parler une langue étrangére plutôt qu'étrangère, ou à marcher sur la corde réde plutôt que raide. Pourtant, le nombre d'orateurs professionnels - politiciens, journalistes, enseignants, comédiens - qui articulent au hasard un é au lieu d'un ê ne cesse de croître. Le parler médiatique propage dans le français courant cette dislocation du sens et de la sonorité. La perte de repères orthographiques en facilite ensuite la propagation.

Mais dans le cas du ministre qui confond les preuves et l'épreuve, ont peut douter que la mauvaise maîtrise de l'orthographe soit en cause, et présumer que seule la tendance ambiante à la négligence articulatoire soit en cause. A charge pour les auditeurs de reconstruire laborieusement du sens. Ou de ne rien comprendre à ce que les politiciens racontent à la radio et ne pas s'en étonner outre mesure.

mercredi 27 août 2014

politiquement infantile

La Mission linguistique francophone émet une réserve sur la formulation "papa d'un petit garçon", "maman d'une petite fille" dans la biographie officielle d'élus ou de candidats à des élections nationales. C'est un registre de langue doublement infantile qui convient dans un hall de crèche mais pas en assemblée représentative de la nation. Passons sur le "petit" garçon (qui bientôt ne le sera plus, espérons). Mais ne passons pas sur l'emploi régressif des surnoms enfantins, ou noms propres privés, Maman et Papa au lieu des noms communs exacts mère et père qui seuls désignent en français adulte le statut de chacun des parents. Chers candidats, chers élus, ce sont les enfants et eux seuls qui appellent leurs parents "papa et maman". Or, vos électeurs ne sont pas vos enfants... Et ce n'est pas votre intimité parentale qu'ils élisent.

mardi 15 juillet 2014

nouvelle carte des régions de France

La refonte de la carte des régions administratives françaises est un projet auquel la Mission linguistique francophone apporte son soutien actif, et pour lequel elle a donc formulé une proposition créative.

Cette proposition (ci-contre et ci-après) diffère de celles débattues initialement dans l'arène politique, en ce qu'elle ne commet pas la même erreur intrinsèque : apparier plus ou moins adroitement des régions existantes, alors même que ces régions sont vouées à disparaître. Il y a là une faille logique importante dans laquelle s'embourbent les projets et contre-projets soumis à l'appréciation des élus et de l'opinion. De plus, en tant que module de base de fabrication des nouvelles régions, les actuelles régions sont surdimensionnée pour permettre d'opérer une refonte territoriale innovante avec la finesse voulue.

Par ailleurs, la question onomastique (la problématique des noms propres) a été laissée de côté jusqu'à présent, comme si la force symbolique d'un nom de région n'était pas déterminante.

La proposition émise par la Mission linguistique francophone se signale au contraire par la prise en considération première d'un possible nom pour chacune de ces régions. Le choix s'est toujours porté sur une désignation concise, évocatrice et aussi peu technocratique que possible, caractérisée d'abord par sa légitimité au regard de l'histoire, la géographie et l'image internationale de la France.


PROPOSITION
La France se composera désormais de quatorze régions, dont l'une regroupera l'ensemble des départements et territoires d'outre-mer.

Ces régions seront constituées et dénommées comme suit.

1. Île-de-France ou Région parisienne [Paris + Seine-et-Marne + Yvelines + Essonne + Hauts-de-Seine + Val-d'Oise + Val-de-Marne + Seine-Saint-Denis].

2. Haut-de-France [Pas-de-Calais + Nord + Somme + Oise + Aisne + Ardennes].

3. Alsace-et-Lorraine ou Lorraine-et-Alsace [Meuse + Meurthe-et-Moselle + Moselle + Bas-Rhin + Vosges + Haut-Rhin].

4. Trois-Vignobles, à savoir ceux de Champagne, de Bourgogne et du Jura [Marne + Aube + Haute-Marne + Haute-Saône + Doubs + Territoire-de-Belfort + Yonne + Côte-d'Or + Jura + Nièvre° + Saône-et-Loire].  °Nièvre : voir erratum en pied de liste.

5. Rhône-et-Alpes [Loire + Rhône + Ain + Haute-Savoie + Savoie + Hautes-Alpes + Isère + Drôme + Ardèche].

6. Méditerranée [Hérault + Gard + Vaucluse + Alpes-de-Haute-Provence + Alpes-Maritimes + Var + Bouches-du-Rhône + Haute-Corse + Corse-du-Sud].

7. Massif central [Creuse + Allier + Puy-de-Dôme + Loire + Haute-Loire + Lozère + Aveyron + Cantal + Corrèze].

8. Gascogne ou Nouvelle Gascogne [Lot + Tarn-et-Garonne + Tarn + Gers + Haute-Garonne + Hautes-Pyrénées + Ariège + Aude + Pyrénées orientales].

9. Aquitaine ou Nouvelle Aquitaine [Gironde + Dordogne + Lot-et-Garonne + Landes + Pyrénées-Atlantiques].

10. Portes-de-l'Atlantique [Maine-et-Loir* + Vendée + Deux-Sèvres + Vienne + Charente-Maritime + Charente + Haute-Vienne**].

11. Val-de-Loire [Maine-et-Loir* + Sarthe + Eure-et-Loire + Loiret + Loir-et-Cher + Indre-et-Loire + Cher + Indre + Nièvre°].

12. Bretagne ou Pointe-de-France [Finistère + Côtes-d'Armor + Ille-et-Vilaine + Mayenne + Morbihan + Loire-Atlantique].

13. Normandie  [Manche + Calvados + Eure + Seine-Maritime + Orne].

14. Outremer ou Région d'outre-mer  [ensemble des départements et territoires d'outre-mer].

ERRATUM (mars 2015) 
° Bien qu'elle figure en région n°4 sur notre carte, il apparaît plus opportun d'inclure la Nièvre en Val-de-Loire, région n°11 sur notre carte)

VARIANTES (juillet 2014)
* Plutôt que le rattachement du département du Maine-et-Loir à la région n°10 (Portes-de-l'Atlantique), on peut approuver le rattachement du Maine-et-Loir à la région n°11 (Val-de-Loire) : la première option est à l'échelle européenne ; la seconde est à l'échelle du plus grand fleuve de France.

** Plutôt que le rattachement du département de la Haute-Vienne à la région n°10 (Portes-de-l'Atlantique), on peut approuver le rattachement de la Haute-Vienne à la région n°7 (Massif central) : la première option présente l'avantage de ne pas séparer la Vienne de la Haute-Vienne ; la seconde option présente l'avantage d'attribuer au Massif central un département qui s'y inscrit en totalité du point de vue de la géographie physique de ce massif montagneux.


MÉTHODOLOGIE
Voici les dix lignes de conduite qui ont guidé le remodelage des régions de France proposé par la Mission linguistique francophone.

1. Les cellules de base de recomposition de la carte des régions ne sont pas les actuelles régions mais les actuels départements.
2. Hormis la région parisienne, aucune des nouvelles régions n’existe déjà sous cette forme exacte, ce qui minimise les griefs de disparités de traitement dans ce remaniement géographique.
3. Les disparités de nombre d’habitants ou de nombre de départements par région sont reconnues comme inéluctables, mais les trop grandes disparités de superficie sont évitées ; seule l’exceptionnelle densité de population de la région parisienne justifie l’exceptionnellement faible superficie de l’Île-de-France.
4. Aucune région ne regroupe moins de cinq départements.
5. Aucune île ne voit son isolement augmenté par l’absence de rattachement, soit à une ou plusieurs autres îles, soit au continent.
6. Toute région est dotée d’une identité très forte et nettement parlante, en France comme hors de France ; la contribution de ce découpage à un meilleur rayonnement international n’est pas oubliée.
7. Dénomination : aucune région ne s’approprie un nom de point cardinal (Nord, Grand Ouest, par exemple) ; les adjectifs péjoratifs (bas Rhin, bas Armagnac, basse Normandie, basse Provence, basses Alpes, basses Pyrénées, Seine inférieure, Loire inférieure) sont bannis.
8. Les régions créées sont suffisamment vastes et puissamment enracinées dans l’histoire pour que des territoires emblématiques y coexistent en une même entité administrative sans craindre de s’y effacer (par exemple : Corse et Provence ; Bourgogne et Champagne ; Anjou et Vendée ; Antilles et Réunion ; etc)
9. Aucune région n'est instaurée qui ne jouisse d'une cohérence thématique et culturelle indéniable.
10. Aucune région autre que l’Île-de-France n’est focalisée autour d’une grande ville ; et aucune région n’en est dépourvue. Dans toutes les régions autres que l’Île-de-France, la notion de capitale régionale perd ainsi de sa pertinence ; il n’y aura pas à trancher entre Rennes et Nantes ni entre Dijon et Besançon, non plus qu’entre Caen et Rouen, Strasbourg et Metz, Toulouse et Montpellier ou Saint-Denis-de-La-Réunion et Fort-de-France : les duos, trios ou quatuors de métropoles en une même région constitueront une innovation positive dans la nouvelle carte de France.

















cliquez sur la carte pour l'agrandir


DISCUSSION
La Mission linguistique francophone vous invite à commenter et analyser cette proposition sur son site (fenêtre commentaires ci-dessous), sur vos réseaux sociaux et avec vos élus.

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NOTE DE L'AUTEUR (9 juillet 2016) : Cet article de juin 2014, qui a été ultérieurement consulté et pris en "haute" considération par les 150 lycéens de l'ancienne région Nord-Pas-de-Calais chargés de réfléchir à l'appellation de leur nouvelle région, atteste que notre proposition de HAUT-DE-FRANCE a fait mouche. A défaut d'en avoir été félicités par le Président du Conseil régional concerné, nous nous félicitons de cette contribution bénévole et de l'adhésion qu'elle a suscité en haut de la France.

Notre seule réticence concerne l'emploi du pluriel "les hauts", certainement par mimétisme avec les Hauts-de-Seine. Ce renoncement au singulier retire à la désignation exacte que nous avions préconisée sa plein pertinence et son absence de prétention sinon de fierté.

En effet, "les hauts" évoquent des hauteurs topographiques qui n'existent pas dans les HAUTS-DE-FRANCE ou qui, en tout cas, ne les caractérisent aucunement (contrairement aux Hauts-de-Seine ou aux Hauts de Hurlevent qui sont bien situés sur des hauteurs topographiques ; et contrairement à la Savoie ou au Puy-de Dôme qui se situent bien dans "les hauts" de la France). La région affiche en effet une très faible altitude moyenne de 98 m au-dessus du niveau de la mer.

Au singulier, "le haut" de France proposait plus finement une simple inversion du péjoratif (nord = froid) en positif (nord = haut). Si la région du nord de la France s'est cherché un nouveau nom, c'est effectivement parce que dans l'inconscient collectif, vivre au nord, c'est vivre dans le froid, la grisaille et la pluie. Mais être situé au nord de la France, c'est aussi être indiscutablement en haut de la carte de France, et donc, mot pour mot, en haut de France : telle est la désignation imparable que nous avons préconisée dès le printemps 2014. Appellation dépourvue de revendication d'une chimérique altitude, et sans prétention sinon sans fierté.

L'adoption du pluriel, deux ans plus tard, n'est certes pas irrecevable ! Mais elle ajoute à bas bruit quelques connotations indésirables : une touche de prétention (le "nous" royal), de distance (le "vous" au lieu du "tu") ainsi qu'une légère perte de sens (le nord ne se trouve pas "en hauts" de la carte de France mais "en haut"), un manque de cohésion (un territoire qui s'unit devient un et non plusieurs) et une moindre rareté : ce qui est unique n'a-t-il pas davantage de prix ?

F.A.

samedi 14 juin 2014

demander à aller en pension

Sous le titre "Je veux aller en pension",  paraît dans Le Parisien n°21624 un article qui débute ainsi : "Les notes du trimestre sont catastrophiques et tout à coup, votre ado vous demande d'aller en pension." La journaliste a confondu la directive donnée à autrui de faire quelque chose (je te demande de le faire) avec la volonté de faire quelque chose soi-même (je demander à le faire). Et ainsi nous raconte-t-on par mégarde l'histoire d'un adolescent qui demande à ses parents de partir à sa place en pension. Sans doute pour lui laisser les coudées franches près du radiateur au fond de la classe... et couper court à leurs remarques sur sa mauvaise maîtrise du français, accompagnées peut-être de cette moquerie : "continue à baragouiner comme ça et tu deviendras journaliste".

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vendredi 13 juin 2014

forums, aquariums et lavabos

Certains internautes se demandent s'ils participent à des forums ou à des fora (selon le nominatif pluriel neutre du latin forum). L'Académie française a tranché depuis longtemps : les mots étrangers adoptés par la langue française y deviennent des objets grammaticaux du français, et perdent leur pluriel étranger au bénéfice d'un pluriel à la française. Le pluriel d'aquarium est donc aquariums, et le pluriel de forum est forums (1). On notera avec soulagement qu'en nous épargnant de décliner ou de conjuguer les mots français d'origine latine, l'Académie a permis aux plombiers de poser des lavabos (du latin lavabo, "je laverai") plutôt que des lavabimus ("nous laverons") !

(1) L'Académie admet certaines exceptions dont l'usage est solidement ancré dans l'histoire de notre langue, comme lieder (pluriel allemand de lied) ou tennismen (pluriel anglais de tennisman). Mais elle rejette la pédanterie des pluriels pseudo italo-latins. Le pluriel de concerto est donc concertos (et non concerti), et le pluriel de scénario est scénarios (et non scenarii - pluriel italien avec deux i et sans accent aigu). Quant au mot médium (dont l'accent aigu montre bien qu'il n'est plus latin depuis longtemps), son pluriel est médiums quand il s'agit de charlatans qui se targuent de capacités divinatoires, et médias quand il s'agit de supports de communication (forme hybride admise par indulgence à titre exceptionnel, additionnant à mauvais escient le a du pluriel neutre latin et le s français).

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jeudi 22 mai 2014

cas par cas

La locution "au cas par cas" est une faute de français qui s'est répandue très largement depuis l'an 2000.

Dans notre langue, pourtant, les choses que l'on examine l'une après l'autre se réglent cas par cas, et non "au cas par cas" (sic). Curieusement, cette faute de construction grammaticale n'affecte pas les autres locutions construites sur le même modèle que cas par cas. On entend bien "marcher deux par deux", "progresser mètre par mètre", "s'informer heure par heure", "réfuter point par point" [et non "au deux par deux", "au mètre par mètre", "au point par point", "à l'heure par heure"]. Ce sont les mystères du panurgisme linguistique...

Une fois de plus, il s'avère que les altérations de la langue française vont rarement dans le sens d'une simplification. Ici, il faut quatre mots pour faire une faute, au lieu de trois dans la formulation correcte.

mardi 22 avril 2014

un monstre administratif : le support papier

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme tel sont donc des barbarismes à proscrire.

Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic) ni les choses "papier" d'une manière générale.

L'article ci-après a été publiée en mai 2011, après une première observation parue début 2009. Mais la manie du "support papier" et des "versions papier" s'étant aggravée jusqu'à devenir paroxystique [on disait jadis paroxyntique, et l'on peut dire aussi paroxysmique], nous replaçons cette mise en garde sur le dessus de la pile de nos papiers...

Le vocabulaire le plus simple est perdu de vue en même temps que le jargon s'hypertrophie. La syntaxe s'en détache par lambeaux.

Dans les administrations - et par contagion dans la vie courante - on assiste à la mutation du mot papier en une sorte d'adjectif invariable. Un terme sans statut grammatical précis, accolé à divers autres pour exprimer l'idée de documents palpables et lisibles à l'œil nu, par opposition à ceux dont la lecture exige un écran informatique. Par un excès de précision irréfléchi doublé d'un viol de la syntaxe, on ne nous demande plus de remplir un imprimé ni de fournir nos papiers, on nous demande de transmettre un document "sur support papier". En français pas encore tout à fait fou, cela se dit simplement un document sur papier.

Sachant que le papier est par nature un support, il est étrange de le préciser, comme il serait étrange de voyager "en véhicule voiture" ou de réclamer "un récipient verre d'eau" pour se désaltérer. Cette redondance fautive a pour nom périssologie. La périssologie est la griserie à laquelle succombent les chefs de service passionnés de "support papier".

On trouve aussi cette faute non moins affligeante, consistant à exiger la transmission de documents "sous format papier A4". Le papier n'est pas un format mais une matière. Et l'expression "sous format" n'a aucun sens en français. Elle résulte du télescopage des notions de forme (sous forme imprimée) et de format (en grand format ; au format légal), dans des esprits que les aberrations du français médiatique et administratif ont totalement déboussolés en matière de choix des prépositions et de construction de membres de phrases. Les termes sont amalgamés en une pâte (à papier ?) sans ordre logique, et les mots de liaisons sont choisis à la loterie.

Apparemment, ces contorsions ineptes de la syntaxe et du vocabulaire n'effraient pas grand monde mais fascinent, au contraire, comme la danse du serpent venimeux.

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vendredi 21 mars 2014

la rediffusion du replay

Sur France Info, il existe une émission dans laquelle Céline Asselot s'efforce de nous intéresser au web mais aussi au print, émission de grande écoute qu'elle a intitulée "Le replay" (sic). Heureusement qu'on est sur France Info, on pourrait en douter...

Fondée historiquement par des anglophiles notoires, La Mission linguistique francophone brille par son absence d'aigreur à l'encontre de l'hégémonie internationale de la langue anglaise. Les observateurs de notre institution tiennent ce fait culturel pour acquis. Constat indéniable et nullement attristé, qui n'est pas incompatible avec celui-ci : l'équilibre de la langue française et sa belle vitalité exigent le refus de l'anglomanie de pure paresse ou de pur snobisme, tel qu'il irrigue la langue médiatique et commerciale.

La paresse consiste à ne pas employer de termes existant en français mais à céder au courant destructeur alimenté par des médias qui promeuvent à satiété le lexique anglais. Le snobisme consiste à considérer comme impropre à la consommation la terminologie francophone officielle ou officieuse, et à lui préférer un jargon comme "print", "web", "replay", "naming" ou "bedding". Et des titres d'émissions comme Dropped ou Le replay, à mettre exactement dans le même sac.

NB : l'Académie française a tranché...net : internet est incorporé à notre langue ; web ne l'est pasReplay (à comprendre ici comme rediffusion) ne l'est pas non plus, et print (qui signifie imprimé, impression ou édition selon le contexte), pas davantage.

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samedi 8 mars 2014

ni : la juste négation de l'addition

Les professionnels de la langue française - journalistes, orateurs politiques, enseignants - tendent à perdre de vue l'existence de la conjonction ni. Ainsi le journal français Le Monde titre-t-il : "pas de sanctions pour Madrid et Lisbonne". Or, la négation de l'addition n'est pas et mais ni. La rédaction correcte est ici : "pas de sanctions pour Madrid ni Lisbonne".

Dans un souci de meilleure information, il eut été plus correct encore de nous épargner ces métonymies géographiques routinières dans le commentaire politique, et d'écrire  avec plus de simplicité :  "pas de sanctions pour l'Espagne ni le Portugal", puisque c'est effectivement de mesures de rétorsion économique contre des pays et non contre des villes qu'il était question dans l'actualité internationale.

lundi 10 février 2014

métier n'est pas un adjectif

Le site officiel du ministère de l'Intérieur français annonce simultanément un bonne et une mauvaise nouvelle, et le fait en ces termes : "intégrer une direction qui comporte une grande diversité de domaines « métier » avec de hauts niveaux d’expertise, c'est l'opportunité que vous propose [le] ministère de l'intérieur."

Cherchant à se libérer de l'obligation de trouver le mot juste, on remarque que le rédacteur de l'annonce du ministère, gêné par sa propre carence, s'est senti obligé d'entourer "métier" de guillemets, comme si cela gommait ou atténuait la faute de français. Détrompons-le charitablement :

1°/ non, "métier" n'est pas un adjectif qualificatif ;
2°/ non, un mot au singulier ne peut pas qualifier un mot au pluriel ;
3°/ non, les guillemets ne gomment pas les fautes, ils les enjolivent à peine.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'il y a quatre fautes de français dans ce seul membre de phrase : trois impropriétés de termes (dont deux anglomanies : "opportunité" et "expertise") et un viol de la syntaxe.

La bonne nouvelle, c'est que le poste de rédacteur compétent n'étant manifestement pas déjà pourvu, le ministère de l'Intérieur entend peut-être remédier à cette lacune en recrutant quelques rédacteurs avec qualification de haut niveau (alias "haut niveau d'expertise") en langue française.

Mais la mauvaise nouvelle, c'est aussi que tout candidat s'étant appliqué au cours de sa vie à se doter d'une excellente maîtrise de sa langue maternelle s'exposera ici à ne pas voir cette qualité reconnue, dans la mesure où les recruteurs n'ont rien trouvé à redire à la formulation défectueuse précitée et sont donc sourds et aveugles à leur propre langue. Inaptes à distinguer une véritable compétence rédactionnelle ("un bon rédactionnel" comme ils disent) d'une aptitude à imiter servilement les travers langagiers ambiants.

Il existe probablement une autre mauvaise nouvelle encore entre les lignes de cette offre d'emploi : c'est qu'en dépit de l'ordonnance de Villers-Cotterêts [du 5 août 1539, déjà], il n'est pas permis de tenir tête à un chef qui vous dicte une ânerie linguistique à s'arracher les cheveux. Car il est plus périlleux que jamais de se singulariser par sa maîtrise de la langue dans des milieux professionnels qui reprennent à leur compte les formulations les plus navrantes et s'en gargarisent pour mieux se souder, tous métiers confondus.

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lundi 27 janvier 2014

les emmarchements, escaliers pédants

Selon les urbanistes au service de la mairie de Paris, relayés par le célèbre quotidien français Le Monde, la place de la Bastille sera bientôt restructurée et "ouvrira sur un large belvédère auquel il sera possible d'accéder grâce un double emmarchement."

En français, on appelle emmarchement la largeur d'une marche d'escalier ou l'emplacement creusé dans le limon d'un escalier pour y fixer une marche. Ceux qui parlent correctement français comprendront donc que les escaliers de la Bastille seront élargis, en vue d'obtenir un double emmarchement, autrement dit une double largeur de marches. Ces francophones éclairés se trompent, car ils ignorent le haut degré de préciosité qui parasite l'information ci-dessus. Ici, emmarchement est à comprendre comme synonyme ou métonymie d'escalier. Le "double emmarchement" annoncé est donc un escalier "double", autrement dit deux escaliers. Cet abus de langage fait florès dans le monde de l'architecture et de l'urbanisme. La Mission linguistique francophone va surveiller de près la prolifération de ce mal et s'efforcer d'éviter la disparition définitive des escaliers (trois syllabes) au profit des prétentieux emmarchements, avec leur vaine métonymie et leur syllabe supplémentaire qui ronfle dans le discours urbanistique ambiant pour jeter de la poudre aux yeux du commun des mortels, jusqu'alors résigné à n'avoir guère qu'un pied à mettre devant l'autre pour monter benoîtement de sobres escaliers.

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mercredi 1 janvier 2014

fêter un an

En français, le pluriel commence à deux. On ne peut donc pas "fêter ses un an" (sic). On fête son premier anniversaire, sa première année, ou on fête un an ; un an de succès, d'existence, de liberté, etc. D'un bébé, on peut célébrer les douze mois. Mais on ne fête pas "les un an" de qui ni de quoi que ce soit. À moins de fêter par la même occasion son inaptitude à compter jusqu'à 1 sans se tromper.


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