jeudi 3 décembre 2015

halte à la confusion entre "vous" et "je"


Combien d'années d'études brillantes et d'examens difficiles, combien de prodiges d'arrivisme il faut avoir réussis pour se retrouver président ou directeur général d'institution du service public ! On s'étonne d'autant plus des égarements grammaticaux et sémantiques les plus ineptes qui sont avalisés par ces gens admirables dans les messages émis par les organismes dont ils ont obtenu la responsabilité.

L'un de ces égarements connaît une vogue sournoise dont attestent, par exemple, les messages émis par d'innombrables sociétés de service public de premier plan comme la RATP ou les offices de gestion des logements à loyers modérés des villes de Caen, de Paris ou des départements du Rhône ou du Tarn.

Les unes comme les autres se sont dotées de dirigeants et de communicants affectant de croire que le pronom personnel convenable pour s'adresser à quelqu'un n'est ni tu (singulier de proximité) ni vous (pluriel de nombre ou de politesse). Faisant fi de ce seul choix possible dans notre conjugaison - deuxième personne du singulier ou deuxième personne du pluriel - ces organismes s'adressent désormais à leurs usagers en les interpellant à la première personne du singulier - je - même quand les destinataires du message se comptent par millions. Exactement comme on le fait avec les très jeunes enfants ou ceux que l'on appelait jadis des arriérés mentaux. "Je vais mettre mes jolies bottes ?" dit l'adulte attendri par l'incapacité du petit à s'exprimer de façon plus élaborée et l'aidant à enfiler ses jolie bottes.

Rien d'attendri ni d'attendrissant dans le fait que PARIS HABITAT, la RATP, L'ASSISTANCE PUBLIQUE-HOPITAUX DE PARIS [qui vous remettra noir sur blanc "Ma pochette de sortie" au lieu de votre pochette de sortie ou une pochette de sortie] et une foule d'autres institutions du service public nous croient pareillement immatures et s'adressent désormais à nous dans le même registre infantilisant et en recourant aux même substitutions grammaticales : je, mon, ma, mes étant désormais de règle dans leurs messages à la place de tu, ton, ta, tes, vous, vos.

Le commerçant s'adressant jadis à son client à la troisième personne à la manière italienne ("il veut quoi, le monsieur ?") faisait aimablement sourire. Mais l'office d'HLM du Rhône avec son fléchage institutionnel "Je suis locataire" ou Paris Habitat proposant à ses locataires de consulter "mon compte (de) locataire"* ou la RATP affichant au fronton de ses bus "Je monte, je valide", nous parlent comme à des demeurés ou des bambins et se comportent eux-mêmes en psychotiques incapables de distinguer soi d'autrui.

Le pire, c'est que tout cela est mûrement réfléchi : infantilisons-les tous, ils ne méritent que ça. Vraiment?

* Non contents de confondre "mon" et "votre", les rédacteurs de cet intitulé sabotent la syntaxe : puisque "locataire" qualifie manifestement le compte, et sachant que "locataire" n'est pas un adjectif, la simple juxtaposition "compte locataire" n'est pas admise en français, contrairement à l'anglais. Ce charabia "mon compte locataire" vise à décrire soit votre compte locatif (adjectif correct) soit votre compte de locataire (complément de nom correct).

mardi 10 novembre 2015

s'égarer en politique

Un député français a déclaré, à propos d'un adversaire politique, ex-ministre de l'éducation nationale et ancien professeur de philosophie : "c'est un philosophe égaré en politique". Cette attaque (car c'en est une dans l'esprit du locuteur) sent bon le compliment involontaire. Elle sent aussi l'inculture linguistique, politique et philosophique. Car la politique est une branche de la philosophie ; comme le sont la logique, la morale, l'esthétique, l'épistémologie, etc. Tout philosophe est donc chez lui en politique, et non "égaré" là.

On aimerait que les politiciens se souviennent que leur activité ne se définit ni comme l'exercice du pouvoir sur autrui, ni comme l'art du pugilat verbal, ni comme la mise en scène de soi-même sous des titres avantageux, mais effectivement comme la philosophie en action dans la société pour le bien de tous.

dimanche 18 octobre 2015

potentialités et fonctionnalités

Selon l'adage sarcastique "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué", des millions de francophones, désireux de passer pour hyper-compétents à coup d'hypertrophie incorrecte de mots corrects, se sont mis à nous parler des "potentialités" plutôt que du potentiel des choses, et de leurs "fonctionnalités" plutôt que de leurs fonctions (notamment dans le jargon informatique). Ils ont bien tort.

Car si notre langue cède à ce travers, par souci de lui conserver sa cohérence nous ne devrons plus calculer par additions ni par soustractions mais par additionnalités et soustractivités ; et nous devrons nous interdire de commettre des crimes passionnels dans des tunnels : nous serons contraints de passer aux crimes de passionnalité dans des tunnalités. On voit combien cette mauvaise pente, d'un ridicule particulièrement raide, est casse-gueule. Le mieux est de cesser de s'y aventurer.

Fonctions et potentiels suffiront, partout où font actuellement fureur les "fonctionnalités" et les "potentialités". Merci de faire passer le messages aux mordus de la boursouflure et de la vaine acrobatie sémantique.

jeudi 15 octobre 2015

label EcoQuartier


"Écoquartier est un terme abominable. C'est un slogan politique approximatif adossé (...) à beaucoup de cynisme." Ce jugement sans appel est celui de l'architecte Rudy Ricciotti**. C'est aussi le nôtre. Rien ne justifie le culte idolâtre organisé dans les métiers du bâtiment et les conseils municipaux autour de ce néologisme de politique locale, si ce n'est le suivisme le moins réfléchi ou l'opportunisme affairiste le plus courtisan.

Hélas, les pouvoirs publics voient autrement les choses puisqu'ils distribuent à tours de bras au nom du peuple français le vain "label EcoQuartier", censé attester d'une vertu environnementale ineffable selon les uns, mesurable selon les autres, favorisant pêle-mêle les économies de gazole et "le vivre ensemble" (sic).

EcoQuartier. Terme mal bâti censé encenser les bâtisseurs. Tout un programme... Ce jargon est suffisamment affligeant en lui-même, suffisamment contraire à l'esprit de notre langue qui n'agglutine pas les syllabes comme le malgache ou le hongrois mais juxtapose les mots (quartier écologique), à quoi bon y ajouter une boursouflure orthographique sans précédent dans notre langue : la majuscule en milieu de mot ? Pourquoi le faire officiellement, dans les textes réglementaires du gouvernement français et dans les satisfecit qu'il décerne de quartier en quartier, de "ville durable" (sic) en "commune écocitoyenne" (...sic) ?

Nous aimerions beaucoup que la ministre française de la Culture - à la fois ministre de la langue, ministre de la communication et ministre de l'architecture - sorte de son silence pour exprimer sa réprobation quand ses collègues de l'Écologie, des Territoires, de la Ruralité et du Grand charabia accouchent béatement de ce genre d'inventions communicationnelles abracadabrantes qui empiètent à triple titre sur ses attributions.

PHOTO : Rudy Riciotti (D.R.). Sa déclaration est extraite d'un entretien avec Luc Le Chatelier pour Télérama. **Rudy Ricciotti est lauréat du Grand prix national de l'architecture, décerné par un jury réuni par le ministre de la Culture.


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mercredi 14 octobre 2015

cocorico

Il y a vingt ans, la Mission linguistique francophone - encore à l'état de club facétieux qui décochait des courriers moqueurs à l'attention des professionnels de la langue les plus obstinés dans l'erreur - a dressé une liste de mots anglais dont la mauvaise compréhension par les journalistes et traducteurs de l'audiovisuel et du marketing risquait de déborder le seul cadre des fautes de traductions pour se répandre et s'installer massivement dans le français courant. C'est chose faite.

Ces mots anglais avaient leur juste équivalent en français, mais des traducteurs négligents ont fini par imposer dans notre langue un terme de la forme la plus ressemblante et non la plus juste. Ainsi, en matière de cinéma, le mot latin studio désigne en français un lieu de prise de vues ou d'enregistrement. Pourtant aujourd'hui, quand on vous parle de "grands studios américains" on évoque en fait "les grandes sociétés de production de films américaines". Plus fâcheux, aujourd'hui "abuser un enfant" est souvent employé au sens erroné de "abuser d'un enfant" ou "maltraiter un enfant", ce qui est très différent : en français abuser un enfant, c'est lui faire croire des sornettes ; abuser d'un enfant, c'est le prendre de force pour partenaire sexuel.

Voici d'autres mots français, faux amis de termes anglais, qui ont supplanté leur juste traduction, en peu d'années de pilonnage médiatique ignorant, comme nous l'avions craint : flexibilité (anglais flexibility = souplesse), attractif (anglais attractive = séduisant, attrayant), mature (anglais mature = mûr, adulte), le futur (anglais the future = l'avenir), consultant (anglais consultant = conseiller, conseil), éditer (anglais to edit = monter, faire un montage, modifier), générer (anglais to generate = engendrer, causer, créer), dédier (anglais to dedicate = consacrer, destiner, réserver), dédié (anglais dedicated = spécifique, spécialisé, spécialement destiné, dévoué, dévolu), renommer (anglais to rename = rebaptiser, changer de nom, donner une autre nom), émuler (anglais to emulate = imiter, reproduire), être en charge de (anglais to be in charge of = être chargé de), sécuriser (anglais to secure = assurer, mettre en sécurité, rendre sûr), tracer (anglais to trace = suivre, suivre à la trace, retrouver la trace, identifier [quelque chose selon son origine], remonter à l'origine [d'un phénomène, d'une situation]). À cette liste il convient d'ajouter des dérivés calamiteux comme : flexibilisation, traçabilité, sécurisation, renommage, etc.

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samedi 26 septembre 2015

l'attrait et non l'attractivité

 L'emploi malencontreux en français du faux ami anglais attractive, qui signifie attirant, séduisant, a donné naissance dans certains esprits au néologisme "attractivité" [comme dans "attractivité touristique du Morbihan"] dont l'usage est vivement déconseillé, voire prohibé.

Ce barbarisme s'épanouit sans complexes - et sans doute irréversiblement - dans le discours politique et technocratique français, et jusque dans l'intitulé de certains organismes d'État ou travaux de recherche. Débarrassée de sa difformité anglomane, "l'attractivité" (sic) c'est pourtant dans notre langue l'attrait, la séduction, l'intérêt (que suscite quelque chose), le charme, le pouvoir d'attraction ou l'attirance.

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lundi 21 septembre 2015

à propos du dû

Un ancien président de grande association de cadres prend la plume dans son blogue pour demander la démission d'une ministre du travail française qui vient de choquer ses concitoyens par son ignorance patente de la législation la plus fondamentale en matière de contrats de travail précaires. Cet excellent homme est fâché contre la ministre, et il y a sans doute lieu de l'être, mais il est aussi fâché avec l'accent circonflexe puisqu'il l'omet quand il en faut un et qu'il l'ajoute où il n'y en a pas. Ainsi évoque-t-il "le respect qui lui est du" au lieu du respect qui lui est dû, puis une "côte de popularité" au lieu d'une cote de popularité.

A force de ne plus prononcer correctement les sons voyelles selon la présence ou l'absence d'un accent circonflexe (1), un nombre croissant de professionnels de la communication s'égarent à confondre la tâche qu'ils accomplissent avec la tache que leur ignorance de la phonétique ajoute à leur mauvaise maîtrise de l'orthographe.

(1) La prononciation "ôrange" est de plus en plus répandue au lieu de orange, pourtant dérivé du mot or encore correctement prononcé par tous. Incohérence. La prononciation "vallée du Rhone" fait fureur chez bien des présentateurs de la météo nullement méridionaux, au lieu de vallée du Rhône - ce qui est à proprement parler une faute d'orthographe orale.

Illustration : un moderne Sisyphe éternellement condamné à gravir sa côte de popularité pour faire remonter sa cote de popularité.

samedi 15 août 2015

le vyomanaute est sur orbite

Le mot vyomanaute désignerait un astronaute originaire d'Inde ou navigant à nord d'un vaisseau spatial indien. Avec un bonne dose d'inauthenticité, son étymologie mêle le sanskrit व्योम vyoma (ciel) et le latin nautes (marin).

Au même titre que le terme "taïkonaute", l'usage de ce néologisme ébouriffant est à réserver aux professionnels du commentaire spatial qui ont perdu le sens commun.  Ceux qui jonglent, selon les fusées, avec les cosmonautes, spationautes, astronautes, taïkonautes, coréonautes ou vyomanautes ; et ne perçoivent pas l'absurdité de prétendre imposer à la langue française la complication inouïe de désigner une même activité professionnelle par un nom différent selon la nationalité de qui exerce la profession ou pratique l'activité.

On plane dans l'absurde intersidéral. Un skieur, une infirmière ou un pâtissier changent-ils de désignation selon leur pays d'origine ?

Aux tenants du terme "vyomanaute" que cette objection ne fait pas redescendre sur terre, nous posons (avec gravité, bien sûr) la question stratosphérique que voici : quel mot vous faut-il maintenant inventer ou adopter pour désigner un cosmonaute gréco-turc formé par les Russes et embarqué dans une capsule kenyane cofinancée par l'Inde et la Chine pour embêter la Corée du Nord  ?

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mercredi 5 août 2015

literie et mobilier de jardin

Dans le catalogue et dans la signalétique intérieure d'une enseigne d'ameublement dont l'un des dirigeants est un ex-ministre français du redéploiement industriel, les chalands peuvent s'effarer de se voir proposer une rubrique intitulée Chambre et bedding (sic) au lieu de Chambre et literie.

On trouve pareilles anomalies linguistiques chez des marchands de mobilier de jardin qui qualifient leurs collections de "outdoor" (sic).

Egarés dans le snobisme des jargons professionnels faussement anglophones mais réellement snobs, les directeurs du marketing qui préconisent de tels intitulés semblent avoir complètement perdu le sens commun. We are NOT English speaking customers, guys !  Merci de nous parler français. Il se trouve que les mots jardin et literie sont particulièrement agréables à l'oreille et à l'esprit, et pas plus longs à écrire ni à articuler que leurs équivalents anglais ; so why the f... change them for this awkward "outdoor" and this ugly "bedding" ?

Ah ! ces mercaticiens boursouflés par trop de frime sémantique goulûment ingurgitée en école de commerce...

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dimanche 28 juin 2015

ambiguïté et ubiquité

Mot d'enfant d'un commentateur sportif radiophonique, à propos de Machin-Truc, footballeur de son état, pressenti pour jouer à la fois en France et en Espagne :"il n'a pas le don d'ambiguïté".

Contrairement à l'ambiguïté qui ne vous situe nulle part, l'ubiquité est le don d'être partout à la fois. L'étymologie latine en est limpide : ubi signifie ; de là, ubique, qui signifie initialement et où, a pris en latin le sens de partout. L'ubiquité de la maîtrise approximative de la langue par les professionnels de l'actualité sportive se manifeste au détour de confusions de ce genre...



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mercredi 3 juin 2015

le gravage ou la gravure ?


Dans leurs publicités et leur explications techniques, certains graveurs industriels ou artisanaux (graveurs de DVD, graveurs sur verre, etc) font preuve de beaucoup d'attachement à l'emploi du terme incorrect "gravage". L'action de graver s'appelle pourtant la gravure.

Le gravage est un brabarisme qui se trompe de suffixe. La langue française a choisi d'unifier ses beaux-arts par une même désinence : peinture, sculpture, architecture, gravure, et non gravage, peintage, sculptage et architectage. Les graveurs artisanaux ou industriels qui emploient cependant "gravage" donnent à cela une explication embarrassée : gravure ça ferait trop artiste justement, trop beaux-arts, tandis que "gravage" ferait plus technique.

Cette crainte n'est pas fondée. D'une part la désinence en -ure est fréquente dans les termes techniques (soudure, armature, bouture, reliure, ferrure, ossature, brochure, etc). D'autre part, ni les entreprises de peinture de fuselage des avions ni celles de peinture en bâtiment n'ont éprouvé le besoin de créer le mot peintage pour faire sérieux. L'argument est donc irrecevable, et il s'agit bien d'une erreur de terme maladroitement justifiée a posteriori par des personnes décidées à s'obstiner dans leur mauvais maniement du français. La célèbre marque Michelin nous parle bien de la sculpture de ses pneus, et non de leur "sculptage", sans se condamner à perdre ainsi son statut industriel, ni craindre d'être confondue avec Jean-Michel Michelin, sculpteur en pâte-à-sel...

La vérité est que l'instinct du mot juste tend à se diluer toujours plus amplement dans l'imprécision, sans que les erreurs de vocabulaire soient scrupuleusement corrigées, comme le sont les erreurs d'orthographe, aussitôt signalées. Ainsi le "gravage" (de CD) a-t-il été forgé par analogie irréfléchie avec pressage et marquage - termes corrects. En résultat, on obtient un mot inutile, plus proche du gavage que de la gravure.

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dimanche 10 mai 2015

impacter

Le verbe "impacter" ressemble à du français, mais ce n'en est pas. C'est un barbarisme à prétentions anglophones, employé dans divers sens liés à la notion d'impact.

• Impact physique. Ce sont ici les verbes percuter, heurter, frapper et leurs synonymes qui doivent toujours être employés au lieu du barbarisme "impacter". Exemple correct : "la balle l'a frappée ici ; on en voit nettement l'impact."

• Impact immatériel, symbolique, émotionnel. "Impacter" remplace ici abusivement des verbes comme affecter, toucher, heurter, ébranler et tous leurs synonymes exprimant un effet subtil ou violent sur un élément immatériel, sur une émotion, sur un destin, sur un projet.

Ainsi, une étude d'impact s'efforce-t-elle de déterminer dans quelle mesure une intervention affectera une situation donnée. Dans quelle mesure elle influera sur l'état actuel. Et non dans quelle mesure elle "l'impactera" (sic).

Les professeurs avaient autrefois l'habitude d'étiqueter certains élèves "partisan du moindre effort". C'est un label qui convient bien aux personnes adultes de langue maternelle française qui ne font plus même l'effort de trouver dans un vocabulaire de fin d'études primaires le verbe juste, pour exprimer ce qui résulte d'une influence, d'un choc ou d'un impact.

En ce sens, "impacter" signifie : "avoir un poil dans la main dans la tête".

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mercredi 6 mai 2015

veaux-l'ail (et autres chimères phonétiques)

Au journal télévisé de France 2*  du 6 mai 2015, une bonne nouvelle économique nous est annoncée : tel grand groupe rachète telle usine en faillite, sauvant ainsi deux cents emplois. Hélas, cette bonne nouvelle s'accompagne d'une autre, désastreuse : la journaliste qui relate cette information est payée pour massacrer la langue française aux heures de grande écoute et sans vergogne. Dans sa bouche, en effet, les volailles conditionnées dans cette usine deviennent des veaux-l'ail (sic). Et nul ne la corrige.

La presse écrite, parce qu'elle est lue, traque sans merci les fautes d'orthographe dans ses articles. D'où vient que la presse parlée, alors qu'elle est écoutée, ne traque pas sans merci les fautes de prononciation de ses journalistes ?

La Mission linguistique francophone rappelle charitablement aux rédacteurs en chef, journalistes et présentateurs de tous les médias parlés que le mot volaille est dépourvu d'accent circonflexe. Et que les orateurs professionnels ne sont donc pas libres de le prononcer comme s'il en était doté. Car ce faisant, ils affichent leur ignorance crasse de leur propre langue ou leur mépris de sa cohérence interne. Une volaille, c'est un animal que vole. Or, la même journaliste qui prononce [vôlaille] au lieu de volaille ne prononce pas [en plein vôl] au lieu de en plein vol. Elle semble donc sourde et aveugle à la cohérence sémantique et aux liens phonétiques logiques qui constituent l'une des composantes de toute langue. Sa place dans la presse parlée semble, dès lors, usurpée.

* France 2 est la principale chaîne de la télévision publique en France

cheffe ou chef de service ?



"Un véritable barbarisme", voilà l'arrêt de mort qu'a signé l'Académie française [dès 2002, avec confirmation en 2014] contre la féminisation inepte de chef en cheffe. La respectable assemblée rappelle qu'il importe peu que telle ou tel ministre ponde une circulaire prônant l'adoption d'un barbarisme comme "cheffe de service"ou "proviseure", car nul gouvernement n'est habilité à décider de ce qui constitue le bon usage de la langue française. Nul gouvernement n'est légitimé à promouvoir la cacographie ni le "parler moche", plutôt qu'une langue fluide d'époque en époque, vivante et cohérente. Or, la capacité à juger de la cohérence des évolutions du français et l'autorité de trancher ces question sont l'apanage de la clairvoyante Académie, sans discontinuité depuis quatre siècles comme elle se plaît à le souligner.

La Mission linguistique francophone ajoute à cette mise au point sa propre démonstration : la féminisation de chef par cheffe n'a, en tout état de cause (reconnaissance de l'autorité des Académiciens ou non), ni légitimité ni pertinence, puisque la désinence -effe n'est aucunement le propre du féminin comme en atteste le greffe du tribunal. Réciproquement, la désinence -ef n'est nullement d'une insupportable masculinité, comme en atteste l'existence de la nef. On notera que des apocopes du langage courant, comme la basse def et la haute def [pour basse définition et haute définition], actualisent encore la mixité de la désinence -ef.

Si l'on veut se signaler comme étant la chef plutôt que le chef, il n'est pas indispensable de se signaler à cette occasion comme inapte à réfléchir plus loin que le bout de sa toison de mouton de Panurge, en voyant le mal - qui est ici le mâle, bien entendu - où il n'est pas.

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jeudi 23 avril 2015

braquage, braqueur, braquer : c'est de l'argot

Les journalistes nous informent généralement qu'un suspect a parlé et non "jacté". Nous leur savons gré de ne pas s'adresser à nous en argot. On s'agace donc légitimement de leur propension à employer sans clairvoyance les mots "braquage", "braqueur" et le verbe "braquer" comme si ces mots n'étaient pas du registre argotique alors qu'ils le sont, lorsqu'ils sont employés avec le sens de dévaliser, voler (à main armée), cambrioler, commettre un hold-up. Idem pour les satanés "papiers" évoqués par les journalistes, en lieu et place des articles (de journaux). Ou les "breloques" olympiques au lieu des médailles*. Gardez ces familiarités pour vous, ou nous serons bien obligés de militer pour qu'on vous désigne officiellement, vous aussi, par des noms argotiques comme si de rien n'était, puisqu'il en existe pour vous désigner dans notre langue verte : journaleux, gratte-papier, fouille-merde, entre autres gracieusetés.

* NDE : une breloque est un bijou de pacotille, sans valeur, à la différence d'une médaille olympique, objet de grand prix et porteur d'un immense prestige.

vendredi 20 mars 2015

allée Louis de Funès

Si vous flânez dans le huitième arrondissement de Paris du côté de l'allée Louis de Funès nouvellement créée, vous tomberez sur quelque chose de désopilant. Ou de consternant si vous aimez la simplicité. Le pâté de maison y est en chantier, et la mairie de Paris vous annonce l'ouverture prochaine "d'un pôle scolaire" (comprenez : une école) doté d'un "pôle de restauration" (comprenez : un restaurant scolaire, une cantine) et non loin de là, la création imminente  "d'un espace engazonné". En termes moins ridiculement précieux, cela s'appelle une pelouse ou un jardin, n'est-ce pas ma Biche ?

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samedi 28 février 2015

les serious games des jeunes francophones

Il faut le voir pour le croire. Voyez-le ci-contre. Le groupe public de télévision France Télévisions a créé une chaîne éducative, où l'on n'enseigne ni explicitement le français ni ouvertement l'anglais, mais où l'on patauge dans le marais intermédiaire du franglais : serious games (sic) et replay (sic) sont au programme. Et en gras, dans le résumé des contenus de la chaîne. Les expressions jeux éducatifs (alias serious games) et rediffusion (alias replay) existent bien depuis des décennies. Mais justement, tel est leur tort selon les fonctionnaires de l'éducation télévisuelle de France : les termes exacts sont éculés, il faut du sang neuf. Donc du sang franglais, bien sûr.

Que fait le CSA ? Et que fera la nouvelle présidente de France Télévision ?

Sachant que cette estimable personne se targue de promouvoir des concepts comme "le voir ensemble" (sic), au mépris du sens commun et des récentes mises en garde de l'Académie française contre l'emploi de l'expression "le vivre ensemble", on peut craindre qu'une dirigeante à ce point férue de jargon et aussi naturellement prompte au suivisme langagier s'emploie à aggraver le sabotage, et continue à concentrer ses efforts intellectuels sur d'autres aspects de l'ambition qui l'anime de place en place. Puisse l'avenir nous donner tort.

jeudi 26 février 2015

les mal logés et leur logement désolant

À l'heure où la difficulté de se loger dignement atteint un degré critique pour une frange toujours plus large de la population mondiale, le débat francophone sur les mal logés dérive vers un débat sur le mal-logement (sic). Le fléau se double alors d'une maladresse.

L'invention du terme mal-logement reflète une très mauvaise maîtrise des mécanismes de la langue française, qu'il s'agisse de syntaxe, de sémantique ou d'orthographe.

Sur le plan orthographique, le trait d'union est injustifié : en français, le manque d'adresse est maladresse et non "mal-adresse" ; le contraire de la bienveillance est la malveillance et non la "mal-veillance" ; une denrée putride est malodorante et non "mal-odorante" ; etc. Pour ne pas contredire les règles orthographiques du français, il faudrait donc écrire ainsi ce néologisme : mallogement.

Or, cette orthographe met en lumière la malformation (et non la "mal-formation") du terme, et son inadéquation à la langue française. En effet, le français rejette - sous le nom d'haplologie - l'ajout à notre vocabulaire de groupes de mots soudés (on dit aussi "lexicalisés") présentant un tel redoublement entre la terminaison de l'un et le début de l'autre. Pour éviter spontanément de telles lexicalisations entachées d'haplologie, le français a notamment forgé le mot tragicomique au lieu de "tragico-comique" ; et a transformé le nom propre Clermont-Montferrand en Clermont-Ferrand.

Si l'on contourne cette objection en considérant qu'il n'y a pas effectivement de lexicalisation de la notion de "mal logement", c'est-à-dire qu'elle ne donne pas naissance à un mot mal formé mais reste simplement employée en tant que groupe de deux mots, alors c'est la syntaxe de cet assemblage de mots qui est défectueuse. En effet, un adverbe (en l'occurrence l'adverbe mal) ne peut pas qualifier un nom commun ! Un adverbe ne peut qualifier qu'un verbe. Logé, venu, appris, veillant et odorant sont des verbes conjugués ; c'est pourquoi mal logé, malvenu, malappris, malveillant et malodorant sont correctement formés. ''Logement'' n'est pas un verbe et ne peut donc pas être qualifié par l'adverbe ''mal'' ; c'est pourquoi mallogement et mal-logement sont des néologismes aussi navrants, infantiles et mal bâtis que le seraient les termes "bientrain" ou "bien-train" pour désigner des conditions de transport ferroviaire confortables et dignes.

Sur le plan terminologique, bien qu'entérinée inconsidérément par le dictionnaire Robert [à partir de 2006] et reprise par une foule d'orateurs publics, la locution "mal logement" (sic) promue par la Fondation Abbé Pierre est donc malencontreuse, et ses lexicalisations mal-logement ou mallogement sont plus défectueuses encore. La recherche d'un terme adapté reste ouverte. À supposer qu'un néologisme soit nécessaire, et que le français doive absolument être transformé en langue agglutinante. À supposer, donc, que le couple adjectif + substantif sur lequel se fonde la langue française ne fournisse pas d'abondantes solutions aux âmes de bonne volonté pour désigner ce qu'elles combattent ici : mauvais logement, piètre logement, logement indigne, logement misérable, habitat désolant ou désolé (comme on parle d'une ''terre désolée''), habitat dégradant ou dégradé, etc.

Iconographie : Image de couple mal logé publiée avec l'aimable autorisation de la Fondation Abbé Pierre

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lundi 16 février 2015

c'est énorme

"Le public il est énorme" déclare sur France Info un basketteur vedette, commettant ainsi trois fautes de français en une seule courte phrase de cinq mots : 1°/ ajout infantile du pronom personnel en doublon du sujet ("la maîtresse elle est gentille", "le public il est énorme") 2°/ absence de prononciation d'une liaison obligatoire en français ("ilê-énorm" au lieu de "ilê-t-énorm") 3°/ emploi inapproprié de l'adjectif énorme.

Dans le vocabulaire des sportifs de haut niveau et des commentateurs de leurs exploits, l'adjectif "énorme" bat tous les records. En tout cas, celui de la fréquence et celui de la niaiserie. C'est le champion des lieux communs. En cas de victoire, il se rabâche dans les médias sous la forme de cette déclaration enthousiaste : "C'est énorme !" Incrédule devant sa propre excellence, le sportif s'ébahit en ces termes : "Ce que j'ai fait, c'est énorme." Et la journaliste abonde avec beaucoup de cœur à l'ouvrage : "Ce que vous avez fait, c'est énorme !" Le choix de ce qualificatif est pourtant une énormité, puisque l'adjectif "énorme" n'est pas laudatif par nature mais péjoratif. Autrement dit, ce n'est pas en principe un compliment mais un reproche. Ce qui est énorme n'est pas immense ni gigantesque ni colossal, c'est-à-dire d'une grandeur imposante et noble. Ce qui est énorme est trop grand, d'une taille critique et même critiquable. Des yeux immenses sont indéniablement beaux, des yeux énormes sont certainement disgracieux.

Ce glissement de sens pourrait s'analyser comme une touche d'autodérision plaisante, si toutefois l'emploi à outrance de cet adjectif énorme ne relevait pas simplement de la maîtrise défaillante du sens des mots, qui caractérise la pratique journalistique en général et particulièrement la langue exténuée du commentaire sportif. Cet univers passionné de combats, où l'on croit aussi que breloque [1] est l'exact synonyme de médaille, avec la même perte de repères entre le noble et le ridicule.

Dans l'hommage de Tony Parker cité en introduction, on ne sait pas exactement quelle est la qualité du public que l'adjectif sportif passe-partout "énorme" est censé exprimer, puisque le contexte de l'entretien indique qu'il ne s'agit pas d'un public nombreux ni d'un public d'obèses. Ben... ilê'énorm. Rien n'est dit donc tout est dit.

[1] Une breloque est un pendentif de pacotille, un bijou de mauvais goût et de peu de valeur. Une médaille est une distinction honorifique de grande valeur.

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mardi 20 janvier 2015

global et globalisation ou mondial et mondialisation ?

Le réchauffement climatique de notre planète s'appelle en anglais "global warming", parce que l'adjectif anglais global qualifie ce qui se rapporte au globe (terrestre). L'adjectif français global n'a pas ce sens. En français, les termes global, globalité et globalement se rapportent à un tout, mais qui n'est pas la terre entière. En français, ce qui concerne tout le globe terrestre est planétaire ou mondial. Employer "global" pour signifier mondial ou international est donc un anglicisme ; et plus précisément, une faute de traduction banalisée par de médiocres traducteurs professionnels et d'innombrables dilettantes de la traduction exerçant le métier de journaliste ou de dircom.

Il en va de même pour la globalisation (ou globalization) du vocabulaire géopolitique, qui appartient exclusivement à la langue anglaise et s'appelle en français la mondialisation.

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mercredi 14 janvier 2015

exit le Brexit

Forgée outre-Manche, la contraction expéditive des deux mots anglais British (britannique) + exit (sortie) a donné le néologisme Brexit. Dans le jargon du commentaire politique anglais, ce mot-valise désigne le renoncement du Royaume-Uni à faire partie de l'Union européenne ; sa sortie de l'Europe.

Bien qu'un infime minorité de Français connaisse le sens du mot exit, les journalistes de France ont soudain affecté de croire que le mot exit était connu de tous. Avec la précaution des guillemets autour de Grexit (Greece exit) puis de Brexit, les premiers jours seulement.

L'argot de métier - ici l'argot journalistique - est depuis trente ans le jargon qui façonne le français courant. Rarement en le tirant vers la lumière.

L'obscur et vilain petit Brexit a ainsi envahi tout le français médiatique quelques jours à peine après sa divulgation dans les commentaires de la presse anglophone. Pendant une semaine, la presse écrite française nous l'a imposé entre guillemets. Puis sans guillemets en moins d'un mois. Tant pis pour qui n'avait pas eu le nez rivé sur les débats politiques à la télé ni la une des journaux. Faut suivre. Pas de place à l'ère numérique pour les traînards du jargon médiatique anglomane.

La Mission linguistique francophone analyse différemment les choses : tous les professionnels du commentaire politique qui ont adopté, en français, le terme d'argot politique anglais Brexit (et son acolyte Grexit pour exprimer l'éjection de la Grèce) sont à classer dans la catégorie des professionnels de la communication les moins compétents dans le maniement de leur propre langue. Donc les moins compétents tout court, dans la mesure où la langue est l'outil premier de la communication.

Inversement, ceux qui s'émeuvent de suivisme anglomane outrancier qui entache la communication des médias francophones ne méritent ni moquerie ni mépris.

C'est pourquoi la Mission linguistique francophone met officiellement en garde les journalistes francophones contre l'emploi du terme d'argot de métier anglophone Brexit qui n'a pas sa place dans la langue française, dans la mesure où il est à la fois étranger à sa syntaxe, à son vocabulaire et à son usage en matière de néologie.

SYNTAXE
• Primo : en français, l'adjectif qualifiant la nationalité est placé après le mot qu'il qualifie (nationalité italienne, étudiant chinois, république française) et non devant comme il l'est dans British exit. British exit est donc un anglicisme pur et dur, et sa contraction en Brexit le durcit encore.

• Secundo : le principe de l'agglutination de syllabes pour exprimer une idée n'existant pas sous forme de terme unique - et exigeant donc en français l'association d'un nom et d'un adjectif ou d'un nom et d'un complément - ce principe appelé "agglutination" est intrinsèque au hongrois, au coréen, au japonais, au malgache et au basque, et dans une moindre mesure à l'allemand et à l'anglais, mais il est totalement étranger au français. Du moins l'était-il avant le travail de sape de leur propre langue négligemment entrepris depuis le début du XXe siècle par les professionnels de la communication (orateurs politiques, journalistes, enseignants, publicitaires) les moins compétents en matière de maniement de la langue mais parfois les plus influents cependant.

VOCABULAIRE
La syllabe Br- ne qualifie jamais en français ce qui est britannique. Le français emploie pour cela deux préfixes : anglo- et plus rarement britannico-.

Le verbe latin exit ("il ou elle sort") est employé comme substantif par les anglophones pour désigner une sortie, voire une sortie de secours (emergency exit, exit sign). C'est dans ce second sens précis que l'emploient outre-Manche les partisans de la rupture avec l'Europe. Aucun journaliste français ne l'a souligné à ce jour, probablement parce qu'aucun ne s'en est avisé, trop affairé à ressasser cet anglicisme jargonnant sans bien en comprendre la subtilité.

USAGE
Le français est pollué depuis la fin du XXe siècle par des inepties mercatiques nées de contractions irréfléchies, qui ne lui sont pas naturelles. Certaines sont des contractions grammaticales (la relation clients, au lieude relation avec les clients ou relation comerciale) ; d'autres sont des contractions syllabiques. Ainsi le téléthon (contraction, opérée aux USA, de quelques syllabes de télévision et de marathon). En français, "un téléthon", ce serait un thon à distance... pas un marathon télévisuel, qui pourrait se dire télémarathon, avec beaucoup d'indulgence...

Rendus aveugles et sourds à l'ineptie de l'adoption de "thon à distance", voilà nos amis journalistes de France et de Navarre mûrs pour l'adoption du "brexit", sans considération pour le génie propre à chaque langue, dont la leur.

Les esprits fins, ni trop paresseux de la plume ou du gosier ni trop suivistes, laisseront toute évocation d'un brexit aux Britanniques, et commenteront avec leurs propres mots l'intention de la Grande-Bretagne de quitter l'Europe. Merci d'avance.


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mercredi 7 janvier 2015

certificat de niais sens

La mode des éco-ceci, éco-cela rend les communicants un peu fous... Ou au moins, un peu niais à leurs heures. Pas davantage que les moutons de Panurge, mais juste autant.

Ainsi dans la description d'un grand hôtel parisien sur son site internet lit-on qu'il est en Europe "le premier hôtel Eco-certifié" (sic). Bravo. Mais pourquoi affubler semblable jargon de trois fautes d'orthographe d'un seul coup ? Quitte à se flatter d'employer ce néologisme, et quel qu'en soit le sens creux, autant ne pas y ajouter les trois bévues que voici : 1/ pas de majuscule en français aux adjectifs (pas même dans Directeur général ni dans Académie française) ; 2/ pas de trait d'union entre un tel préfixe et son radical (on écrit écologie et non éco-logie ; idem pour écocertifié) ; 3/ contrairement à ce qu'on croit souvent, les majuscules ne sont pas dispensées d'accent ["les accents on pleine valeur orthographique en français, y compris sur les majuscules", Acad. fr.]. Mais cette troisième faute se corrigera d'elle-même quand vous aurez corrigé la première.

PS : L'organisme qui veille à faire connaître ce genre de certifications fumeuses y perd tellement son latin que, dans sa communication écrite, il évoque d'un côté l'éco-labellisation et de l'autre les écolabels. Faut choisir, camarades. En l'occurrence, faut choisir de renoncer au trait d'union.

Illustration : détail du grand hôtel en question ; architecte : Edouard François