mardi 20 janvier 2015

global et globalisation ou mondial et mondialisation ?

Le réchauffement climatique de notre planète s'appelle en anglais "global warming", parce que l'adjectif anglais global qualifie ce qui se rapporte au globe (terrestre). L'adjectif français global n'a pas ce sens. En français, les termes global, globalité et globalement se rapportent à un tout, mais qui n'est pas la terre entière. En français, ce qui concerne tout le globe terrestre est planétaire ou mondial. Employer "global" pour signifier mondial ou international est donc un anglicisme ; et plus précisément, une faute de traduction banalisée par de médiocres traducteurs professionnels et d'innombrables dilettantes de la traduction exerçant le métier de journaliste ou de dircom.

Il en va de même pour la globalisation (ou globalization) du vocabulaire géopolitique, qui appartient exclusivement à la langue anglaise et s'appelle en français la mondialisation.

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mercredi 14 janvier 2015

exit le Brexit

Forgée outre-Manche, la contraction expéditive des deux mots anglais British (britannique) + exit (sortie) a donné le néologisme Brexit. Dans le jargon du commentaire politique anglais, ce mot-valise désigne le renoncement du Royaume-Uni à faire partie de l'Union européenne ; sa sortie de l'Europe.

Bien qu'un infime minorité de Français connaisse le sens du mot exit, les journalistes de France ont soudain affecté de croire que le mot exit était connu de tous. Avec la précaution des guillemets autour de Grexit (Greece exit) puis de Brexit, les premiers jours seulement.

L'argot de métier - ici l'argot journalistique - est depuis trente ans le jargon qui façonne le français courant. Rarement en le tirant vers la lumière.

L'obscur et vilain petit Brexit a ainsi envahi tout le français médiatique quelques jours à peine après sa divulgation dans les commentaires de la presse anglophone. Pendant une semaine, la presse écrite française nous l'a imposé entre guillemets. Puis sans guillemets en moins d'un mois. Tant pis pour qui n'avait pas eu le nez rivé sur les débats politiques à la télé ni la une des journaux. Faut suivre. Pas de place à l'ère numérique pour les traînards du jargon médiatique anglomane.

La Mission linguistique francophone analyse différemment les choses : tous les professionnels du commentaire politique qui ont adopté, en français, le terme d'argot politique anglais Brexit (et son acolyte Grexit pour exprimer l'éjection de la Grèce) sont à classer dans la catégorie des professionnels de la communication les moins compétents dans le maniement de leur propre langue. Donc les moins compétents tout court, dans la mesure où la langue est l'outil premier de la communication.

Inversement, ceux qui s'émeuvent de suivisme anglomane outrancier qui entache la communication des médias francophones ne méritent ni moquerie ni mépris.

C'est pourquoi la Mission linguistique francophone met officiellement en garde les journalistes francophones contre l'emploi du terme d'argot de métier anglophone Brexit qui n'a pas sa place dans la langue française, dans la mesure où il est à la fois étranger à sa syntaxe, à son vocabulaire et à son usage en matière de néologie.

SYNTAXE
• Primo : en français, l'adjectif qualifiant la nationalité est placé après le mot qu'il qualifie (nationalité italienne, étudiant chinois, république française) et non devant comme il l'est dans British exit. British exit est donc un anglicisme pur et dur, et sa contraction en Brexit le durcit encore.

• Secundo : le principe de l'agglutination de syllabes pour exprimer une idée n'existant pas sous forme de terme unique - et exigeant donc en français l'association d'un nom et d'un adjectif ou d'un nom et d'un complément - ce principe appelé "agglutination" est intrinsèque au hongrois, au coréen, au japonais, au malgache et au basque, et dans une moindre mesure à l'allemand et à l'anglais, mais il est totalement étranger au français. Du moins l'était-il avant le travail de sape de leur propre langue négligemment entrepris depuis le début du XXe siècle par les professionnels de la communication (orateurs politiques, journalistes, enseignants, publicitaires) les moins compétents en matière de maniement de la langue mais parfois les plus influents cependant.

VOCABULAIRE
La syllabe Br- ne qualifie jamais en français ce qui est britannique. Le français emploie pour cela deux préfixes : anglo- et plus rarement britannico-.

Le verbe latin exit ("il ou elle sort") est employé comme substantif par les anglophones pour désigner une sortie, voire une sortie de secours (emergency exit, exit sign). C'est dans ce second sens précis que l'emploient outre-Manche les partisans de la rupture avec l'Europe. Aucun journaliste français ne l'a souligné à ce jour, probablement parce qu'aucun ne s'en est avisé, trop affairé à ressasser cet anglicisme jargonnant sans bien en comprendre la subtilité.

USAGE
Le français est pollué depuis la fin du XXe siècle par des inepties mercatiques nées de contractions irréfléchies, qui ne lui sont pas naturelles. Certaines sont des contractions grammaticales (la relation clients, au lieude relation avec les clients ou relation comerciale) ; d'autres sont des contractions syllabiques. Ainsi le téléthon (contraction, opérée aux USA, de quelques syllabes de télévision et de marathon). En français, "un téléthon", ce serait un thon à distance... pas un marathon télévisuel, qui pourrait se dire télémarathon, avec beaucoup d'indulgence...

Rendus aveugles et sourds à l'ineptie de l'adoption de "thon à distance", voilà nos amis journalistes de France et de Navarre mûrs pour l'adoption du "brexit", sans considération pour le génie propre à chaque langue, dont la leur.

Les esprits fins, ni trop paresseux de la plume ou du gosier ni trop suivistes, laisseront toute évocation d'un brexit aux Britanniques, et commenteront avec leurs propres mots l'intention de la Grande-Bretagne de quitter l'Europe. Merci d'avance.


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mercredi 7 janvier 2015

certificat de niais sens

La mode des éco-ceci, éco-cela rend les communicants un peu fous... Ou au moins, un peu niais à leurs heures. Pas davantage que les moutons de Panurge, mais juste autant.

Ainsi dans la description d'un grand hôtel parisien sur son site internet lit-on qu'il est en Europe "le premier hôtel Eco-certifié" (sic). Bravo. Mais pourquoi affubler semblable jargon de trois fautes d'orthographe d'un seul coup ? Quitte à se flatter d'employer ce néologisme, et quel qu'en soit le sens creux, autant ne pas y ajouter les trois bévues que voici : 1/ pas de majuscule en français aux adjectifs (pas même dans Directeur général ni dans Académie française) ; 2/ pas de trait d'union entre un tel préfixe et son radical (on écrit écologie et non éco-logie ; idem pour écocertifié) ; 3/ contrairement à ce qu'on croit souvent, les majuscules ne sont pas dispensées d'accent ["les accents on pleine valeur orthographique en français, y compris sur les majuscules", Acad. fr.]. Mais cette troisième faute se corrigera d'elle-même quand vous aurez corrigé la première.

PS : L'organisme qui veille à faire connaître ce genre de certifications fumeuses y perd tellement son latin que, dans sa communication écrite, il évoque d'un côté l'éco-labellisation et de l'autre les écolabels. Faut choisir, camarades. En l'occurrence, faut choisir de renoncer au trait d'union.

Illustration : détail du grand hôtel en question ; architecte : Edouard François