jeudi 22 janvier 2015

participer à / participer de

La Mission linguistique francophone met en garde contre cette confusion, trop fréquente dans les milieux intellectuels, entre les deux constructions du verbe participer : participer à et participer de ne sont pas interchangeables, et moins encore synonymes. Participer à la fête, c'est y prendre part. Tandis que participer de la fête, c'est en avoir certaines caractéristiques ["les révolutions participent de la fête populaire"] mais ce n'est pas en faire partie ni y participer ni y contribuer.

Le psychiatre et génial mystificateur Jacques Lacan (1901-1981) était passé maître dans l'art d'impressionner ainsi à peu de frais son auditoire en nimbant de fausse profondeur des propos dont le sens échappait à tous grâce à l'emploi de mots de liaison inattendus, de verbes dévoyés, de termes arbitrairement redéfinis. Il en résultait des affirmations de ce type : "le désir est la métonymie du manque à être". Et toc !

Cette obscurité voulue participait à son prestige mais participait de l'escroquerie intellectuelle (1). Ses suiveurs perpétuent la tradition quasi religieusement. D'autres font du charabia à la Lacan sans le savoir, notamment en remplaçant à tort l'expression participer à par la tournure participer de dans un sens inexact.

(1) Le fait que l'obscurité lacanienne participe de l'escroquerie a été démontré notamment par Maria Pierrakos (in La tapeuse m'a dit), François Georges (in L'Effet 'yau de poêle), François Roustang (in Lacan, de l'équivoque à l'impasse) et Jacques Bricmont et Alain Sokal (in Impostures intellectuelles).

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mardi 20 janvier 2015

global et globalisation ou mondial et mondialisation ?

Le réchauffement climatique de notre planète s'appelle en anglais "global warming", parce que l'adjectif anglais global qualifie ce qui se rapporte au globe (terrestre). L'adjectif français global n'a pas ce sens. En français, les termes global, globalité et globalement se rapportent à un tout, mais qui n'est pas la terre entière. En français, ce qui concerne tout le globe terrestre est planétaire ou mondial. Employer "global" pour signifier mondial ou international est donc un anglicisme ; et plus précisément, une faute de traduction banalisée par de médiocres traducteurs professionnels et d'innombrables dilettantes de la traduction exerçant le métier de journaliste ou de dircom.

Il en va de même pour la globalisation (ou globalization) du vocabulaire géopolitique, qui appartient exclusivement à la langue anglaise et s'appelle en français la mondialisation.

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mercredi 14 janvier 2015

exit le Brexit

Forgée outre-Manche, la contraction expéditive des deux mots anglais British (britannique) + exit (sortie) a donné le néologisme Brexit. Dans le jargon du commentaire politique anglais, ce mot-valise désigne le renoncement du Royaume-Uni à faire partie de l'Union européenne ; sa sortie de l'Europe.

Bien qu'un infime minorité de Français connaisse le sens du mot exit, les journalistes de France ont soudain affecté de croire que le mot exit était connu de tous. Avec la précaution des guillemets autour de Grexit (Greece exit) puis de Brexit, les premiers jours seulement.

L'argot de métier - ici l'argot journalistique - est depuis trente ans le jargon qui façonne le français courant. Rarement en le tirant vers la lumière.

L'obscur et vilain petit Brexit a ainsi envahi tout le français médiatique quelques jours à peine après sa divulgation dans les commentaires de la presse anglophone. Pendant une semaine, la presse écrite française nous l'a imposé entre guillemets. Puis sans guillemets en moins d'un mois. Tant pis pour qui n'avait pas eu le nez rivé sur les débats politiques à la télé ni la une des journaux. Faut suivre. Pas de place à l'ère numérique pour les traînards du jargon médiatique anglomane.

La Mission linguistique francophone analyse différemment les choses : tous les professionnels du commentaire politique qui ont adopté, en français, le terme d'argot politique anglais Brexit (et son acolyte Grexit pour exprimer l'éjection de la Grèce) sont à classer dans la catégorie des professionnels de la communication les moins compétents dans le maniement de leur propre langue. Donc les moins compétents tout court, dans la mesure où la langue est l'outil premier de la communication.

Inversement, ceux qui s'émeuvent de suivisme anglomane outrancier qui entache la communication des médias francophones ne méritent ni moquerie ni mépris.

C'est pourquoi la Mission linguistique francophone met officiellement en garde les journalistes francophones contre l'emploi du terme d'argot de métier anglophone Brexit qui n'a pas sa place dans la langue française, dans la mesure où il est à la fois étranger à sa syntaxe, à son vocabulaire et à son usage en matière de néologie.

SYNTAXE
• Primo : en français, l'adjectif qualifiant la nationalité est placé après le mot qu'il qualifie (nationalité italienne, étudiant chinois, république française) et non devant comme il l'est dans British exit. British exit est donc un anglicisme pur et dur, et sa contraction en Brexit le durcit encore.

• Secundo : le principe de l'agglutination de syllabes pour exprimer une idée n'existant pas sous forme de terme unique - et exigeant donc en français l'association d'un nom et d'un adjectif ou d'un nom et d'un complément - ce principe appelé "agglutination" est intrinsèque au hongrois, au coréen, au japonais, au malgache et au basque, et dans une moindre mesure à l'allemand et à l'anglais, mais il est totalement étranger au français. Du moins l'était-il avant le travail de sape de leur propre langue négligemment entrepris depuis le début du XXe siècle par les professionnels de la communication (orateurs politiques, journalistes, enseignants, publicitaires) les moins compétents en matière de maniement de la langue mais parfois les plus influents cependant.

VOCABULAIRE
La syllabe Br- ne qualifie jamais en français ce qui est britannique. Le français emploie pour cela deux préfixes : anglo- et plus rarement britannico-.

Le verbe latin exit ("il ou elle sort") est employé comme substantif par les anglophones pour désigner une sortie, voire une sortie de secours (emergency exit, exit sign). C'est dans ce second sens précis que l'emploient outre-Manche les partisans de la rupture avec l'Europe. Aucun journaliste français ne l'a souligné à ce jour, probablement parce qu'aucun ne s'en est avisé, trop affairé à ressasser cet anglicisme jargonnant sans bien en comprendre la subtilité.

USAGE
Le français est pollué depuis la fin du XXe siècle par des inepties mercatiques nées de contractions irréfléchies, qui ne lui sont pas naturelles. Certaines sont des contractions grammaticales (la relation clients, au lieude relation avec les clients ou relation comerciale) ; d'autres sont des contractions syllabiques. Ainsi le téléthon (contraction, opérée aux USA, de quelques syllabes de télévision et de marathon). En français, "un téléthon", ce serait un thon à distance... pas un marathon télévisuel, qui pourrait se dire télémarathon, avec beaucoup d'indulgence...

Rendus aveugles et sourds à l'ineptie de l'adoption de "thon à distance", voilà nos amis journalistes de France et de Navarre mûrs pour l'adoption du "brexit", sans considération pour le génie propre à chaque langue, dont la leur.

Les esprits fins, ni trop paresseux de la plume ou du gosier ni trop suivistes, laisseront toute évocation d'un brexit aux Britanniques, et commenteront avec leurs propres mots l'intention de la Grande-Bretagne de quitter l'Europe. Merci d'avance.


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lundi 12 janvier 2015

halte à la confusion entre "vous" et "je"


Combien d'années d'études brillantes et d'examens difficiles, combien de prodiges d'arrivisme il faut avoir réussis pour se retrouver président ou directeur général d'institution du service public ! On s'étonne d'autant plus des égarements grammaticaux et sémantiques les plus ineptes qui sont avalisés par ces gens admirables dans les messages émis par les organismes dont ils ont obtenu la responsabilité.

L'un de ces égarements connaît une vogue sournoise dont attestent, par exemple, les messages émis par d'innombrables sociétés de service public de premier plan comme la RATP ou les offices de gestion des logements à loyers modérés des villes de Caen, de Paris ou des départements du Rhône ou du Tarn.

Les unes comme les autres se sont dotées de dirigeants et de communicants affectant de croire que le pronom personnel convenable pour s'adresser à quelqu'un n'est ni tu (singulier de proximité) ni vous (pluriel de nombre ou de politesse). Faisant fi de ce seul choix possible dans notre conjugaison - deuxième personne du singulier ou deuxième personne du pluriel - ces organismes s'adressent désormais à leurs usagers en les interpellant à la première personne du singulier - je - même quand les destinataires du message se comptent par millions. Exactement comme on le fait avec les très jeunes enfants ou ceux que l'on appelait jadis des arriérés mentaux. "Je vais mettre mes jolies bottes ?" dit l'adulte attendri par l'incapacité du petit à s'exprimer de façon plus élaborée et l'aidant à enfiler ses jolie bottes.

Rien d'attendri ni d'attendrissant dans le fait que PARIS HABITAT, la RATP, L'ASSISTANCE PUBLIQUE-HOPITAUX DE PARIS [qui vous remettra noir sur blanc "Ma pochette de sortie" au lieu de votre pochette de sortie ou une pochette de sortie] et une foule d'autres institutions du service public nous croient pareillement immatures et s'adressent désormais à nous dans le même registre infantilisant et en recourant aux même substitutions grammaticales : je, mon, ma, mes étant désormais de règle dans leurs messages à la place de tu, ton, ta, tes, vous, vos.

Le commerçant s'adressant jadis à son client à la troisième personne à la manière italienne ("il veut quoi, le monsieur ?") faisait aimablement sourire. Mais l'office d'HLM du Rhône avec son fléchage institutionnel "Je suis locataire" ou Paris Habitat proposant à ses locataires de consulter "mon compte (de) locataire"* ou la RATP affichant au fronton de ses bus "Je monte, je valide", nous parlent comme à des demeurés ou des bambins et se comportent eux-mêmes en psychotiques incapables de distinguer soi d'autrui.

Le pire, c'est que tout cela est mûrement réfléchi : infantilisons-les tous, ils ne méritent que ça. Vraiment?

* Non contents de confondre "mon" et "votre", les rédacteurs de cet intitulé sabotent la syntaxe : puisque "locataire" qualifie manifestement le compte, et sachant que "locataire" n'est pas un adjectif, la simple juxtaposition "compte locataire" n'est pas admise en français, contrairement à l'anglais. Ce charabia "mon compte locataire" vise à décrire soit votre compte locatif (adjectif correct) soit votre compte de locataire (complément de nom correct).

mercredi 7 janvier 2015

certificat de niais sens

La mode des éco-ceci, éco-cela rend les communicants un peu fous... Ou au moins, un peu niais à leurs heures. Pas davantage que les moutons de Panurge, mais juste autant.

Ainsi dans la description d'un grand hôtel parisien sur son site internet lit-on qu'il est en Europe "le premier hôtel Eco-certifié" (sic). Bravo. Mais pourquoi affubler semblable jargon de trois fautes d'orthographe d'un seul coup ? Quitte à se flatter d'employer ce néologisme, et quel qu'en soit le sens creux, autant ne pas y ajouter les trois bévues que voici : 1/ pas de majuscule en français aux adjectifs (pas même dans Directeur général ni dans Académie française) ; 2/ pas de trait d'union entre un tel préfixe et son radical (on écrit écologie et non éco-logie ; idem pour écocertifié) ; 3/ contrairement à ce qu'on croit souvent, les majuscules ne sont pas dispensées d'accent ["les accents on pleine valeur orthographique en français, y compris sur les majuscules", Acad. fr.]. Mais cette troisième faute se corrigera d'elle-même quand vous aurez corrigé la première.

PS : L'organisme qui veille à faire connaître ce genre de certifications fumeuses y perd tellement son latin que, dans sa communication écrite, il évoque d'un côté l'éco-labellisation et de l'autre les écolabels. Faut choisir, camarades. En l'occurrence, faut choisir de renoncer au trait d'union.

Illustration : détail du grand hôtel en question ; architecte : Edouard François