dimanche 10 mai 2015

impacter

Le verbe "impacter" ressemble à du français, mais ce n'en est pas. C'est un barbarisme à prétentions anglophones, employé dans divers sens liés à la notion d'impact.

• Impact physique. Ce sont ici les verbes percuter, heurter, frapper et leurs synonymes qui doivent toujours être employés au lieu du barbarisme "impacter". Exemple correct : "la balle l'a frappée ici ; on en voit nettement l'impact."

• Impact immatériel, symbolique, émotionnel. "Impacter" remplace ici abusivement des verbes comme affecter, toucher, heurter, ébranler et tous leurs synonymes exprimant un effet subtil ou violent sur un élément immatériel, sur une émotion, sur un destin, sur un projet.

Ainsi, une étude d'impact s'efforce-t-elle de déterminer dans quelle mesure une intervention affectera une situation donnée. Dans quelle mesure elle influera sur l'état actuel. Et non dans quelle mesure elle "l'impactera" (sic).

Les professeurs avaient autrefois l'habitude d'étiqueter certains élèves "partisan du moindre effort". C'est un label qui convient bien aux personnes adultes de langue maternelle française qui ne font plus même l'effort de trouver dans un vocabulaire de fin d'études primaires le verbe juste, pour exprimer ce qui résulte d'une influence, d'un choc ou d'un impact.

En ce sens, "impacter" signifie : "avoir un poil dans la main dans la tête".

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mercredi 6 mai 2015

veaux-l'ail (et autres chimères phonétiques)

Au journal télévisé de France 2*  du 6 mai 2015, une bonne nouvelle économique nous est annoncée : tel grand groupe rachète telle usine en faillite, sauvant ainsi deux cents emplois. Hélas, cette bonne nouvelle s'accompagne d'une autre, désastreuse : la journaliste qui relate cette information est payée pour massacrer la langue française aux heures de grande écoute et sans vergogne. Dans sa bouche, en effet, les volailles conditionnées dans cette usine deviennent des veaux-l'ail (sic). Et nul ne la corrige.

La presse écrite, parce qu'elle est lue, traque sans merci les fautes d'orthographe dans ses articles. D'où vient que la presse parlée, alors qu'elle est écoutée, ne traque pas sans merci les fautes de prononciation de ses journalistes ?

La Mission linguistique francophone rappelle charitablement aux rédacteurs en chef, journalistes et présentateurs de tous les médias parlés que le mot volaille est dépourvu d'accent circonflexe. Et que les orateurs professionnels ne sont donc pas libres de le prononcer comme s'il en était doté. Car ce faisant, ils affichent leur ignorance crasse de leur propre langue ou leur mépris de sa cohérence interne. Une volaille, c'est un animal que vole. Or, la même journaliste qui prononce [vôlaille] au lieu de volaille ne prononce pas [en plein vôl] au lieu de en plein vol. Elle semble donc sourde et aveugle à la cohérence sémantique et aux liens phonétiques logiques qui constituent l'une des composantes de toute langue. Sa place dans la presse parlée semble, dès lors, usurpée.

* France 2 est la principale chaîne de la télévision publique en France

cheffe ou chef de service ?



"Un véritable barbarisme", voilà l'arrêt de mort qu'a signé l'Académie française [dès 2002, avec confirmation en 2014] contre la féminisation inepte de chef en cheffe. La respectable assemblée rappelle qu'il importe peu que telle ou tel ministre ponde une circulaire prônant l'adoption d'un barbarisme comme "cheffe de service"ou "proviseure", car nul gouvernement n'est habilité à décider de ce qui constitue le bon usage de la langue française. Nul gouvernement n'est légitimé à promouvoir la cacographie ni le "parler moche", plutôt qu'une langue fluide d'époque en époque, vivante et cohérente. Or, la capacité à juger de la cohérence des évolutions du français et l'autorité de trancher ces question sont l'apanage de la clairvoyante Académie, sans discontinuité depuis quatre siècles comme elle se plaît à le souligner.

La Mission linguistique francophone ajoute à cette mise au point sa propre démonstration : la féminisation de chef par cheffe n'a, en tout état de cause (reconnaissance de l'autorité des Académiciens ou non), ni légitimité ni pertinence, puisque la désinence -effe n'est aucunement le propre du féminin comme en atteste le greffe du tribunal. Réciproquement, la désinence -ef n'est nullement d'une insupportable masculinité, comme en atteste l'existence de la nef. On notera que des apocopes du langage courant, comme la basse def et la haute def [pour basse définition et haute définition], actualisent encore la mixité de la désinence -ef.

Si l'on veut se signaler comme étant la chef plutôt que le chef, il n'est pas indispensable de se signaler à cette occasion comme inapte à réfléchir plus loin que le bout de sa toison de mouton de Panurge, en voyant le mal - qui est ici le mâle, bien entendu - où il n'est pas.

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