dimanche 28 juin 2015

ambiguïté et ubiquité

Mot d'enfant d'un commentateur sportif radiophonique, à propos de Machin-Truc, footballeur de son état, pressenti pour jouer à la fois en France et en Espagne :"il n'a pas le don d'ambiguïté".

Contrairement à l'ambiguïté qui ne vous situe nulle part, l'ubiquité est le don d'être partout à la fois. L'étymologie latine en est limpide : ubi signifie ; de là, ubique, qui signifie initialement et où, a pris en latin le sens de partout. L'ubiquité de la maîtrise approximative de la langue par les professionnels de l'actualité sportive se manifeste au détour de confusions de ce genre...



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jeudi 11 juin 2015

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux, au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand. Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté.

Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzès font du ski, dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût, voire très bon goût.

Inventé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, l'adjectif goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa trivialité ni de la connotation humoristique qui s'y attache.

Quant à "goûteux" (sic), que l'on trouve parfois aussi dans les médias à la place de savoureux, c'est un terme totalement impropre qui n'existe qu'avec l'orthographe goutteux et qui se rapporte alors à une maladie des articulations, appelée goutte. Rien de bien appétissant ! *

"Ta salade de lentilles est gourmande" : l'Académie française a récemment émis une mise en garde contre l'extension de sens abusive de l'adjectif gourmand appliqué, non pas à des êtres friands d'aliments réjouissants ("Robert est gourmand"), mais à des mets dont la consommation est propre à plaire aux gourmands ("un café gourmand"). Cette inversion de sens pollue la publicité et le commentaire médiatique, notamment dans la bouche des candidats et jurés participant aux émissions de compétitions culinaires. La réprobation de l'Académie à ce propos est légitime car il y a là une confusion diamétrale entre le mangeur et le mangé ; entre le sujet et son complément. Son complément alimentaire, bien sûr...

En résumé : Seul un mangeur peut être gourmand. Un plat est bon, savoureux ou succulent. Un plat n'est pas "gourmand" ; il ne peut qu'exciter la gourmandise humaine. Eliminez donc totalement de vos commentaires culinaires le lancinant "c'est gourmand". Et réservez "c'est goûtu" au registre de la blague ; si vous êtes sérieux, dites plutôt :  ça a du goût, ça a bon goût, ça a beaucoup de goût, c'est savoureux, c'est délicieux, etc. Ou tout simplement c'est (très) bon !

*N'est-ce pas, chère Hélène Darroze, qui avez souvent été détrompée par nos soins et ceux de l'Académie française à propos de votre tristement célèbre "goutteux" ou "goûteux", mais n'en avez cure et persistez à donner à votre public télévisuel une indigestion de ce terme impropre, sans vous inquiéter de propager ainsi la méconnaissance générale de votre propre vocabulaire professionnel ?

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mercredi 3 juin 2015

le gravage ou la gravure ?


Dans leurs publicités et leur explications techniques, certains graveurs industriels ou artisanaux (graveurs de DVD, graveurs sur verre, etc) font preuve de beaucoup d'attachement à l'emploi du terme incorrect "gravage". L'action de graver s'appelle pourtant la gravure.

Le gravage est un brabarisme qui se trompe de suffixe. La langue française a choisi d'unifier ses beaux-arts par une même désinence : peinture, sculpture, architecture, gravure, et non gravage, peintage, sculptage et architectage. Les graveurs artisanaux ou industriels qui emploient cependant "gravage" donnent à cela une explication embarrassée : gravure ça ferait trop artiste justement, trop beaux-arts, tandis que "gravage" ferait plus technique.

Cette crainte n'est pas fondée. D'une part la désinence en -ure est fréquente dans les termes techniques (soudure, armature, bouture, reliure, ferrure, ossature, brochure, etc). D'autre part, ni les entreprises de peinture de fuselage des avions ni celles de peinture en bâtiment n'ont éprouvé le besoin de créer le mot peintage pour faire sérieux. L'argument est donc irrecevable, et il s'agit bien d'une erreur de terme maladroitement justifiée a posteriori par des personnes décidées à s'obstiner dans leur mauvais maniement du français. La célèbre marque Michelin nous parle bien de la sculpture de ses pneus, et non de leur "sculptage", sans se condamner à perdre ainsi son statut industriel, ni craindre d'être confondue avec Jean-Michel Michelin, sculpteur en pâte-à-sel...

La vérité est que l'instinct du mot juste tend à se diluer toujours plus amplement dans l'imprécision, sans que les erreurs de vocabulaire soient scrupuleusement corrigées, comme le sont les erreurs d'orthographe, aussitôt signalées. Ainsi le "gravage" (de CD) a-t-il été forgé par analogie irréfléchie avec pressage et marquage - termes corrects. En résultat, on obtient un mot inutile, plus proche du gavage que de la gravure.

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