jeudi 15 octobre 2015

label EcoQuartier


"Écoquartier est un terme abominable. C'est un slogan politique approximatif adossé (...) à beaucoup de cynisme." Ce jugement sans appel est celui de l'architecte Rudy Ricciotti**. C'est aussi le nôtre. Rien ne justifie le culte idolâtre organisé dans les métiers du bâtiment et les conseils municipaux autour de ce néologisme de politique locale, si ce n'est le suivisme le moins réfléchi ou l'opportunisme affairiste le plus courtisan.

Hélas, les pouvoirs publics voient autrement les choses puisqu'ils distribuent à tours de bras au nom du peuple français le vain "label EcoQuartier", censé attester d'une vertu environnementale ineffable selon les uns, mesurable selon les autres, favorisant pêle-mêle les économies de gazole et "le vivre ensemble" (sic).

EcoQuartier. Terme mal bâti censé encenser les bâtisseurs. Tout un programme... Ce jargon est suffisamment affligeant en lui-même, suffisamment contraire à l'esprit de notre langue qui n'agglutine pas les syllabes comme le malgache ou le hongrois mais juxtapose les mots (quartier écologique), à quoi bon y ajouter une boursouflure orthographique sans précédent dans notre langue : la majuscule en milieu de mot ? Pourquoi le faire officiellement, dans les textes réglementaires du gouvernement français et dans les satisfecit qu'il décerne de quartier en quartier, de "ville durable" (sic) en "commune écocitoyenne" (...sic) ?

Nous aimerions beaucoup que la ministre française de la Culture - à la fois ministre de la langue, ministre de la communication et ministre de l'architecture - sorte de son silence pour exprimer sa réprobation quand ses collègues de l'Écologie, des Territoires, de la Ruralité et du Grand charabia accouchent béatement de ce genre d'inventions communicationnelles abracadabrantes qui empiètent à triple titre sur ses attributions.

PHOTO : Rudy Riciotti (D.R.). Sa déclaration est extraite d'un entretien avec Luc Le Chatelier pour Télérama. **Rudy Ricciotti est lauréat du Grand prix national de l'architecture, décerné par un jury réuni par le ministre de la Culture.


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mercredi 14 octobre 2015

cocorico

Il y a vingt ans, la Mission linguistique francophone - encore à l'état de club facétieux qui décochait des courriers moqueurs à l'attention des professionnels de la langue les plus obstinés dans l'erreur - a dressé une liste de mots anglais dont la mauvaise compréhension par les journalistes et traducteurs de l'audiovisuel et du marketing risquait de déborder le seul cadre des fautes de traductions pour se répandre et s'installer massivement dans le français courant. C'est chose faite.

Ces mots anglais avaient leur juste équivalent en français, mais des traducteurs négligents ont fini par imposer dans notre langue un terme de la forme la plus ressemblante et non la plus juste. Ainsi, en matière de cinéma, le mot latin studio désigne en français un lieu de prise de vues ou d'enregistrement. Pourtant aujourd'hui, quand on vous parle de "grands studios américains" on évoque en fait "les grandes sociétés de production de films américaines". Plus fâcheux, aujourd'hui "abuser un enfant" est souvent employé au sens erroné de "abuser d'un enfant" ou "maltraiter un enfant", ce qui est très différent : en français abuser un enfant, c'est lui faire croire des sornettes ; abuser d'un enfant, c'est le prendre de force pour partenaire sexuel.

Voici d'autres mots français, faux amis de termes anglais, qui ont supplanté leur juste traduction, en peu d'années de pilonnage médiatique ignorant, comme nous l'avions craint : flexibilité (anglais flexibility = souplesse), attractif (anglais attractive = séduisant, attrayant), mature (anglais mature = mûr, adulte), le futur (anglais the future = l'avenir), consultant (anglais consultant = conseiller, conseil), éditer (anglais to edit = monter, faire un montage, modifier), générer (anglais to generate = engendrer, causer, créer), dédier (anglais to dedicate = consacrer, destiner, réserver), dédié (anglais dedicated = spécifique, spécialisé, spécialement destiné, dévoué, dévolu), renommer (anglais to rename = rebaptiser, changer de nom, donner une autre nom), émuler (anglais to emulate = imiter, reproduire), être en charge de (anglais to be in charge of = être chargé de), sécuriser (anglais to secure = assurer, mettre en sécurité, rendre sûr), tracer (anglais to trace = suivre, suivre à la trace, retrouver la trace, identifier [quelque chose selon son origine], remonter à l'origine [d'un phénomène, d'une situation]). À cette liste il convient d'ajouter des dérivés calamiteux comme : flexibilisation, traçabilité, sécurisation, renommage, etc.

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dimanche 11 octobre 2015

pas de futur après si

Ce que les linguistes appellent joliment le sentiment linguistique, c'est l'instinct qui nous permet d'identifier les fautes de grammaire dans notre langue maternelle. Donc de ne pas les commettre. Les journalistes semblent souvent très peu sentimentaux sur ce plan-là... Au point d'utiliser, pour certains d'entre eux, le futur après si. Ce qui donne par exemple [ Le Progrès de Lyon ] : "Si la construction sera abandonnée" (sic).

En anglais, when (quand) est suivi du présent pour exprimer le futur : when I'm 64 se traduisant par quand j'aurai 64 ans. En français, c'est la conjonction si qui est suivie du présent pour exprimer une éventualité future : il faut dire "si vous venez, j'en serai ravi", et non "si vous viendrez, j'en serai ravi". On s'étonne de devoir le rappeler à des professionnels de la langue. Mais on s'étonne plus encore qu'ils s'obstinent dans l'erreur et tentent de démontrer avec beaucoup d'acrobatie que, si, la conjonction si accepte le futur. Or, non.*

*Ceux qui soutiennent ne pas commettre de faute estiment avoir droit au futur lorsque si exprime davantage une comparaison qu'une hypothèse, par exemple dans des phrases alambiquées, comme : "Si, malgré une opposition farouche au tracé choisi par la SNCF, le TGV arrivera bien en gare de Toulouse centre, il n'en va pas de même pour Montpellier."  En réalité, ils commettent bien une lourde faute mais s'expriment de façon tellement tortueuse qu'ils perdent le fil du lien entre leur "si..." de début de phrase et l'action future qui tarde à lui succéder dans leur propos.

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