vendredi 13 novembre 2015

INSEE : personnes questionnées


La Mission linguistique francophone s'inquiète de voir grandir une confusion majeure dans la construction des verbes les plus simples. Ainsi, le verbe enquêter.

De nombreux organismes effectuant des enquêtes ne craignent pas d'évoquer "des personnes enquêtées". Le ministère de l'Écologie (décidément très fâché avec le français si l'on en juge par "le Grenelle environnement" et la "taxe carbone") ne craint pas de titrer une rubrique de son site officiel "entreprises enquêtées".

L'INSEE a donné le premier ce très mauvais exemple en jargonnant publiquement à coup de "millions de personnes enquêtées". Ses responsables prétendent même prier l'Académie française d'accepter leur acception... Or, on enquête sur des personnes, mais on n'enquête pas des personnes. Si l'INSEE veut absolument utiliser un forme transitive directe, il lui suffit de changer de verbe. On peut questionner des personnes ("personnes questionnées"), on peut interroger des personnes ("personnes interrogées"), on peut recenser des personnes ("personnes recensées"), mais on ne peut pas "enquêter des personnes".

Si cette tournure relève de l'argot de métier de l'INSEE et d'autres instituts de sondage, rappelons que l'argot n'a pas sa place dans des messages destinés au public.

mardi 10 novembre 2015

s'égarer en politique

Un député français a déclaré, à propos d'un adversaire politique, ex-ministre de l'éducation nationale et ancien professeur de philosophie : "c'est un philosophe égaré en politique". Cette attaque (car c'en est une dans l'esprit du locuteur) sent bon le compliment involontaire. Elle sent aussi l'inculture linguistique, politique et philosophique. Car la politique est une branche de la philosophie ; comme le sont la logique, la morale, l'esthétique, l'épistémologie, etc. Tout philosophe est donc chez lui en politique, et non "égaré" là.

On aimerait que les politiciens se souviennent que leur activité ne se définit ni comme l'exercice du pouvoir sur autrui, ni comme l'art du pugilat verbal, ni comme la mise en scène de soi-même sous des titres avantageux, mais effectivement comme la philosophie en action dans la société pour le bien de tous.