mercredi 7 décembre 2016

Directrices, fondatrices et chercheuses

Dans les fonctions de direction, chaque fois qu'il est établi qu'une femme n’est pas un homme, il est certain que le titre de sa fonction ne saurait être "directeur" (sic) mais bien directrice.

Idem pour toute fondatrice qui n'est pas un fondateur, et pour toute femme pratiquant la recherche, qui est bien une chercheuse et non un chercheur ni -pire encore- une chercheure (sic)..

Paradoxalement revendiquée par de nombreux écervelés soutenant que les femmes seraient mieux loties avec des oripeaux d'hommes, l'adoption par des femmes d'un titre masculins dont le féminin existe pourtant depuis des siècles est une erreur grammaticale pure et simple ; une confusion des genres, à proprement parler.

En cas d'entêtement dans l'erreur - et quelle qu'en soit la justification, ouvertement subjective ("je préfère") ou calculée ("cela me confère davantage d'autorité") - il appartient aux dirigeants de sociétés et institutions diverses de faire remédier, dans les organigrammes et sur les cartes de visite, à ces impropriétés de terme à forts relents sexistes.

Car contre cette marque de discrimination ("un directeur, un fondateur ou un chercheur, c’est plus sérieux qu’une directrice, une fondatrice ou une chercheuse") pratiquée par des femmes contre des femmes ("le caprice de m'affubler d'un titre masculin m'est réservé et il est hors de question que les chanteuses du chœur que je dirige se fassent appeler chanteurs"), il existe une législation rigoureuse dans les pays civilisés, et chacune ne peut que s’en réjouir.

Illustration : Christine Hodgson, pas fondatrice ni chercheuse mais directrice et fière de l'être.

vendredi 11 novembre 2016

sérendipité

Le Journal du Dimanche ayant intitulé une de ses rubriques "sérendipité", nous republions à l'attention de son rédacteur en chef cet article de 2007.
En anglais, on appelle serendipity le fait d'effectuer une découverte inespérée. On cherchait quelque chose, on en trouve une autre. Et cette autre chose s'avère plus importante, plus précieuse, plus fructueuse.

Internet est un lieu de recherches propice à de telles trouvailles.

Inventé par Horace Walpole [ci-contre portraituré par Ramsay, et ci-devant Comte d'Oxford] en 1754, le mot serendipity a été importé par certains dans notre langue sous sa forme francisée sérendipité. Un peu pédant, très obscur, ce néologisme n'a pas eu grand succès dans le langage courant. Des Canadiens francophones lui ont récemment (vers 2000) trouvé un substitut autrement plus savoureux : la fortuité.

Plus concis que la sérendipité [trois syllabes au lieu de cinq], plus euphonique et plus lumineux, le mot fortuité est immédiatement compréhensible. En prime, il agrandit à point nommé la petite famille déjà composée du couple fortuit et fortuitement, qui l'adopte sans hésiter.

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mardi 8 novembre 2016

relations publics

Cette faute d'orthographe manifeste est en réalité un barbarisme insidieux, inventé par idolâtrie du jargon des affaires, entre communicants fiers de leur perte de repères linguistiques et logiques, et désireux d'en faire largement étalage. Voici de quoi il retourne.

En France, quelques agences spécialisées dans les relations publiques se sont regroupées dans le syndicat Syntec, dont le président a tenté de promouvoir entre 2010 et 2016 la notion de "relations publics" (sic). Désignation ahurissante adoptée depuis par une des sociétés ainsi syndiquées, à l'instigation de l'inventeur ci-contre, dont il convient de taire le nom par humanité.

Cette tournure grammaticalement fautive se veut calquée sur le modèle d'autres expressions incorrectes telles que "les relations investisseurs" (sic) [au lieu de les relations avec les investisseurs] ou "la relation clients" (sic) [au lieu de la relation commerciale ou les relations avec les clients]. Il faut donc comprendre le barbarisme "relations publics" comme une paresseuse parataxe de "relations avec les publics"... notion qu'expriment avec simplicité les relations publiques !

La faute grammaticale inspirée de l'anglais se double ainsi d'une préciosité sémantique purement franco-française : l'ignorance de la notion de singulier de portée générale. Dans notre langue, ''le public, l'électorat, la magistrature, la presse'' sont autant de singuliers parfaitement aptes à désigner l'ensemble des composantes du public, de l'électorat, de la magistrature ou des organes de presse, sans qu'il soit besoin de les subdiviser en "les magistratures, les presses, les électorats, les publics".

Les relations publiques devenus relations publics, alors les voies publiques deviennent voies publics et les opérations financières se muent en opérations financiers. Merci Syntec Conseil en Relations Publics. Le français est démoli de l'intérieur, et notre homme, ça le fait sourire.

Francophones de tous les pays, ayons pitié d'inventeurs lexicaux à ce point dévoyés, ils ne savent pas ce qu'ils font... Mais laissons ces charmants Diafoirus de la com' à leur fausse bonne idée, comme on dit par litote. On pourrait aussi, plus sévèrement, parler d'un snobisme corporatiste irréfléchi et destructeur de ce qui devrait être leur outil premier : une langue vivante plutôt que nécrosée dans l'étau d'imbécilité où certains nous la coincent.

Illustration : portrait officiel d'un mercantile saboteur de la langue, convaincu que ses barbarismes et anglicismes forcenés favorisent le commerce en jetant de la poudre aux yeux du public (et non "des publics").

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vendredi 21 octobre 2016

l'usine digitale ?

Publication dérivée de L'usine nouvelle (fondée en 1891), voici un moment déjà que sa déclinaison L'usine digitale est parue. Il y a de quoi être atterré qu'un aussi vénérable éditeur de presse propage sans garde-fou la lourde bévue, indigne de professionnels de l'écriture, qu'est la confusion entre l'adjectif "numérique" et son faux ami anglophone "digital"... En français, l'usine digitale, c'est l'usine où l'on travaille avec ses doigts ou pour les doigts.

Confirmation récente et indiscutable par l'Académie française, disponible ici.

Il doit y avoir une jouissance gourmande à massacrer sa propre langue de travail sous les coups de l'incompétence terminologique, de l'inculture lexicale et de la fascination pour les jargons les plus mal bâtis, sans quoi vous n'auriez aucun lecteur, n'est-ce pas ?

jeudi 6 octobre 2016

olympisme et sécurité

L'un de nos premiers articles, du 7 avril 2009, remis sur le dessus de la pile, car toujours d'actualité

La flamme olympique des Jeux organisés par la Chine traverse difficilement Paris en dépit d'une protection policière considérable. Au pays des Droits de l'homme, il semble que la population ne soit pas en liesse à la vue d'une flamme olympique ternie et si lourdement cuirassée.

Selon la presse audiovisuelle qui commente ce parcours, à chaud et en direct, vers 13h15 la flamme a dû être mise "dans un lieu sécurisé" (...) "et le déroulé de l'événement est compromis". En fait, la flamme a été mise en lieu sûr (et non "dans un lieu sécurisé"), et le déroulement (et non "le déroulé") de l'événement est compromis.

Mais cent fois, les commentateurs nous rediront que la flamme est sécurisée, qu'une bulle sécurisée ( ? ) l'entourerait, qu'un bus sécurisé l'abriterait, et qu'il faudrait tout sécuriser pour que tout soit sécurisé.

Parce que la liberté souffre aussi gravement qu'elle souffre en Chine, faut-il que la langue française souffre à ce point en France ? Ce terrible appauvrissement de la langue sert-il le bon commentaire de l'information ? Non. Donne-t-il plus ou moins de poids à la cause légitimement défendue par ceux qui perturbent ce parcours ? Non plus. Cet appauvrissement est donc sans importance. C'est certainement pourquoi il submerge la langue du journalisme, entièrement concentrée sur l'essentiel, bien sûr.


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mercredi 21 septembre 2016

alerte au "géocaching" !

Un néologisme véritablement monstrueux [NDE : nous sommes avares de ce genre de qualificatifs, mais ici il s'impose] déboule dans nos oreilles et sous nos yeux : le géocaching (sic).

Aïe, aïe, aïe, que d'ignorance condensée en si peu de lettres...

Il s'agit de ce qu'on appelait jusqu'à présent une chasse au trésor, une course d'orientation ou un rallye. La seule nouveauté supposée étant l'usage de la boussole GPS de son téléphone portable au lieu d'une boussole magnétique à l'ancienne. Cette évolution technique n'appelle pas de terme nouveau, pas plus que la navigation n'a changé de nom en passant de la voile latine au moteur hors-bord, et pas plus que la gloutonnerie n'a besoin de changer de nom selon qu'elle se rassasie à la fourchette, à la baguette ou avec les doigts.

L'honorable amusement consistant à retrouver des objets cachés dans la nature se voit depuis peu dénommé par le terme précité, lequel est d'une connerie sans bornes [NDE : nous sommes avares de ce genre de trivialité, mais ici elle s'impose]. Bien sûr, la caisse de résonance des vogues niaises et des terminologies sauvages qu'est trop souvent Wikipédia lui octroie une entrée.

Une telle imbécilité terminologique - "le géocaching" (sic) - a-t-elle sa place dans une prétendue encyclopédie francophone, sans avertissement au lecteur ? Bien sûr que non, et pas davantage dans une encyclopédie anglophone. Parce que le terme est inepte dans ces deux langues, sans ergotage possible.

Le verbe anglais to market ("mettre sur le marché", "commercialiser") donne marketing, son participe présent, à partir duquel apparaît l'anglicisme le marketing, créé par substantivation du participe présent d'un verbe existant bel et bien en anglais. Tout ça est cohérent. Mais le verbe "to cache", lui, n'existe pas ! La création "caching"(sic)  est donc incohérente : en anglais, "cacher" se dit "to hide", comme chacun sait. En anglais, le mot "cache" n'existe que comme nom commun signifiant la même chose qu'en français : une cache. Mais pas le moindre verbe "to cache" à l'horizon. Donc pas de "caching" possible, et moins encore de "geocaching" - ni de "géocaching" pour l'écrire comme dans Wikipédia. L'abruti d'anglophone [NDE : nous sommes avares de ce genre de qualificatifs, mais ici il s'impose] qui a créé ce néologisme ne maîtrise donc pas sa propre langue, et croit dur comme fer que les noms communs se conjuguent ! Aussi fâché soit-il avec la plus élémentaire compréhension des mots, il trouve quelques suiveurs chez les anglophones. Cela ne nous oblige pas, nous francophones, à suivre sans réfléchir ces suiveurs irréfléchis.

Rappelons que l'accent aigu n'existe pas en anglais, et que le "géocaching" est donc une stupidité encore supérieure au "geocaching".

Nous avons invité les vigiles de Wikipédia à expulser cette ineptie de l'encyclopédie qu'ils contrôlent d'une main de fer. Ou à rebaptiser ce concept d'un nom irréprochable ou moins défectueux (et non le "renommer", ce qui signifierait "lui donner une excellent réputation" ; on tend à l'oublier). Hélas, le contrôle des administrateurs masqués de la sphère wikipédienne s'exerce trop souvent pour veiller à en maintenir le niveau d'exigence culturelle au ras des pâquerettes et sous la domination de la mode, plutôt que pour gommer de cette belle entreprise intellectuelle ce qui fait honte à l'intelligence collective des francophones comme des anglophones. Tel le "géocaching" qui ferait bien, en effet, d'aller se cacher.

mercredi 10 août 2016

scandalistes et esclandriers

Zorro œuvrait à couvert : pleutre le jour, héros la nuit. Son courage physique se doublait du courage moral de supporter le mépris de ceux-là même qu'il défendait. Zorro était un moraliste en action, inactif en apparence.

Prodigieuse abnégation. Mythe admirable.

D'autres moralistes - moins héroïques mais aussi moins fictifs - défendent au contraire en plein jour et sabre au clair leur vision généreuse de la vie sociale. Il en résulte souvent pour eux des frictions publiques ou privés avec le grand nombre de ceux qui placent au contraire leurs propres droits très au-dessus de leurs devoirs, leur importante personne ou leur petit clan plus haut que le reste des humains, leur quiétude au-dessus de tout, et fuient dès qu'ils entendent exhorter à la bonté ou appeler au secours, tels de petits Zorro en négatif - estimables en apparence, méprisables en secret.

Les frictions sociales sont inévitables entre les partisans d'une bienveillance mutuelle active, attentionnée, parfois militante, parfois périlleuse, et les partisans du chacun pour soi - ceux que Chamfort [1741 - 1794] appelait "les faibles", non pour les plaindre mais pour les décrire aussitôt comme "les troupes légères de l'armée des méchants"...

Quand ces frictions interpersonnelles s'accompagnent de réactions véhémentes de l'une ou l'autre des parties, elles prennent des noms comme scandale ("faire un scandale", "faire du scandale"), éclat ("faire un éclat"), esclandre ("faire un esclandre").

Contrairement à d'autres langues, le français est dépourvu de mot pour désigner ceux qui "font un scandale" ou ont la réputation de "faire du scandale" plus souvent que d'autres, que ce soit à bon ou mauvais escient. La Mission linguistique francophone propose de combler cette lacune par deux néologismes distincts.

D'une part, le substantif "scandaliste" [une/un scandaliste], forgé sur le modèle de moraliste, activiste, arriviste, polémiste, duelliste, etc.

Selon le point de vue du locuteur et le profil de l'intéressé, le mot scandaliste sera péjoratif ("les paranoïaques sont souvent des scandalistes compulsifs") ou indulgent, voire laudatif ("Gandhi fut un scandaliste admirable, que personne n'est parvenu à museler").

D'autre part, "esclandrier" [un esclandrier / une esclandrière], moins fort et dépourvu de connotations morales. Esclandrier désignera le protagoniste d'un esclandre, quel que soit le rôle qu'il y tient ("La police municipale a été appelée pour séparer deux esclandriers").


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mercredi 13 juillet 2016

dataroom et meet-up au Grand Paris

L'établissement public de la Métropole du grand Paris s'est doté d'un site internet dont les intitulés vomissent la langue française avec une âpreté désolante. Jugez plutôt ce que la capitale élargie du monde francophone vous donne à lire comme titres de rubriques dans sa version française : dataroom, meet-up, agenda.

Agenda peut sembler irréprochable, si ce n'est que le mot est ici utilisé dans l'acception anglophone du terme. Ce n'est pas le petit carnet que l'on promène sur soi pour y noter ses rendez-vous (ce qui est l'unique sens de du mot agenda en français). C'est the agenda : le programme des activités à venir, l'ordre du jour, la liste des points à aborder. Mais on pourrait ne rien trouver à redire à cette métonymie [ métonymie = boire un verre au lieu de boire le contenu d'un verre] si elle ne venait pas corroborer le constat d'un snobisme anglomane omniprésent par ailleurs.

Car avec meet-up et dataroom, l'ambiguïté n'existe pas : c'est de l'anglais pur et simple, dépourvu de sens voisin en français. Cette communication négligente et pédante est supposée servir le dessein qui anime cet établissement public : faire plus amplement rayonner la capitale française.

C'est vachement bien parti, mon kiki.

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mardi 12 juillet 2016

hubs et clusters au Grand Paris

Dans les messages publics de l'établissement public de la Métropole du grand Paris, nous ne sommes pas seulement orientés à contre-sens vers la dataroom et le meet-up, il est aussi question de hubs, de clusters, de coworking, de tout ce qui se fait de plus exaspérant comme jargon irréfléchi et suiviste chez les tenants du style m'as-tu-vu-sortir-de-mon-école-de-management.

Les constructions grammaticales autour de ces anglicismes forcenés achèvent de saccager notre langue : "ce document sera mis sur la dataroom", nous informe-t-on. Comprenne qui pourra. Une "(data) room" étant une salle (de données), on ne saurait placer quoi que ce soit "sur" une dataroom mais peut-être dans la salle en question ? Ne cherchons pas la petite bête, ne soyons suspects ni de purisme ni de passéisme : à l'heure où l'on se targue d'habiter "sur Paris" (quelle envergure il faut pour cela, pour habiter SUR une ville !) au lieu d'habiter naturellement à Paris ou dans Paris, il est peu surprenant que d'éminentes personnes publiques en complète déroute linguistique vous rangent des documents SUR une salle et non dans une salle. D'autant qu'ils vous le disent en anglais, langue qu'ils maîtrisent encore plus pitoyablement que le français.

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vendredi 1 juillet 2016

sur un ton comminatoire

La plupart des dictionnaires disponibles sur internet donnent mot pour mot la même définition de l'adjectif comminatoire, appliqué à la manière de s'exprimer. "Qui a le caractère d'une menace ; menaçant. Style comminatoire, ton comminatoire."

La nature exacte de la menace contenue en français courant dans la notion de ton comminatoire mérite d'être précisée : c'est un ton qui ne souffre pas la discussion ; un ton cassant de supérieur à subalterne ; le ton sur lequel on donne sèchement un ordre dont l’inexécution sera sanctionnée.

Ce n'est pas la menace du maître-chanteur ni du tueur à gages. C'est une menace de chef. Et c'est bien ce qui rend insupportable le ton comminatoire employé par qui n'est pas notre chef.

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mardi 28 juin 2016

les pro-brexit


Le suivisme médiatique a marqué un point décisif : le calamiteux néologisme journalistique britannique Grexit = Greek exit, qui n'aurait jamais dû apparaître dans les gros titres de la presse francophone, s'est imposé dans le discours ambiant sous sa forme anglo-anglaise : Brexit = British exit.

Il est vrai que les grands bouleversements politiques à portée historique ont souvent enrichi la langue française par l'apport de termes étrangers qu'elle a adoptés en raison de leur authenticité et de leur capacité à nous transporter dans le contexte international. Après le Diktat, l'Ukaze, l'Anschluß, nous voici équipés du Brexit. La Mission linguistique francophone prend acte de l'entrée fulgurante dans le lexique français, en juin 2016, de cette fusion de syllabes exogène qu'est le "brexit".

On note toutefois avec inquiétude que l'adoption de ce jargon atrophié s'opère aux dépends de notre syntaxe. Car le français n'est pas une langue agglutinante, comme le sont le japonais, le hongrois et partiellement  l'anglais ou l'allemand, mais une langue qui s'exprime naturellement par juxtaposition de termes* plutôt que par contraction de plusieurs mots en un seul : lune de miel et non honeymoon ; député européen et non eurodéputé.

Il semble pourtant que la terminologie politique concernant l'Europe soit condamnée par les chroniqueurs et rédacteurs en chef de France et de Navarre à s'actualiser par ce pillage paresseux des néologismes du journalisme britannique, qu'il s'agisse donc des "eurodéputés" (les députés européens), des "eurosceptiques" (les anti-européens) ou des brexit, grexit, itaxit, spaixit, polxit, frexit, belxit, suexit, porxit, huxit. Sans oublier le Turject (Turkish reject = rejet de la Turquie) ni le Germain (Germany remain = maintien de l'Allemagne) qui nous pendent au nez pour dans pas longtemps.

Ceux à qui le ridicule de cette énumération n'apparaît pas ont bien raison d'employer brexit à satiété et sans guillemets ni moquerie. Ils doivent aussi se préparer à décliner cela en vingt-sept autres calembours ineptes plutôt que de s'exprimer en français sous la forme nom+adjectif ou nom+complément de nom. Car si le Portugal ou la Hongrie s'en vont à leur tour ou envisagent la question, il faudra bien parler de porxit (Portugese exit) et de huxit (Hungarian exit), sous peine de discrimination, n'est-ce-pas ?

ORTHOGRAPHE
Si le terme est adopté en français, rien ne justifie de l'orthographier avec une majuscule puisqu'il s'agit d'un nom commun. Il faudra donc écrire brexit et non Brexit, qui constituera une faute d'orthographe puisque les termes adoptés par le français sont traités selon les règles d'orthographe et d'accord propres à notre langue ("des concertos" et non "des concerti", par exemple). Or la langue française, contrairement à l'anglais, ne veut pas de majuscules aux adjectifs de nationalité ("un vin français" et non "un vin Français").

PRONONCIATION
Le terme est d'origine anglo-latine (en latin exit = il/elle sort ; en anglais exit = sortie). Or, le mot exit se prononce "êg-zite" en latin comme en anglais. La Mission linguistique francophone invite donc les professionnels du commentaire politique à ne pas nous bassiner avec leur prononciation erronée "brê-Kssite" (par analogie avec excite, sans doute ?) et à s'en tenir à la justesse de la phonétique de ce néologisme qui doit se prononcer "brê-Gzite".

Et sur ce point, pas d'argutie possible, donc pas besoin de référendum.

F.A. et Miss L.F.

* nom+adjectif, verbe+adverbe, voire préfixe+mot - ce que n'est pas le "brexit", puisque "br-" n'est nullement un préfixe signifiant "britannique", pas même en anglais.



dimanche 26 juin 2016

défense et attaque de Didier D., orateur footballistique

En France, une émission satirique de la télévision [Le Petit Journal] se délecte de railler la diction d'un dirigeant du football local, M. Didier Deschamps, qui serait coutumier de ne pas prononcer correctement la lettre X et de la remplacer par le phonème S : un homme d'espérience au lieu d'expérience.

Chez l'intéressé, cette élision du son x relève d'un accent régional. Cela ne prête donc pas à la critique acerbe, contrairement à la prononciation ignare de "archet" comme "archer", selon une désaffection pour la justesse des voyelles qui conduit des cohortes de professionnels de la diction sans le moindre accent régional pittoresque à nous dire "elle voulez" au lieu de "elle voulait", ou à nous parler de la cote au lieu de la côte et inversement.

Ce qui est beaucoup plus désolant dans le discours du locuteur que nous venons de défendre pour sa diction, c'est le massacre de la syntaxe qu'il propage dans les esprits en construisant de travers un verbe central dans son métier : le verbe jouer (au football). Comme la plupart de ses confrères entraîneurs, M. Deschamps croit qu'une équipe joue une autre ("La France va jouer la Suisse") alors qu'une équipe joue contre une autre. Les commentateurs de tennis aussi semblent croire qu'un joueur joue un autre, alors qu'un joueur joue contre un autre ("Nadal n'a jamais joué contre Lacoste").

En qualité de leaders d'opinion, voilà ces éminents analystes des jeux de balle mais piètres francophones imités par un grand public qui les prend pour modèles d'éloquence. La Mission linguistique francophone tient à détromper leurs supporters : dans notre langue pas encore disqualifiée, quand "les Français jouent les Suisses", ils ne cherchent pas à les vaincre mais à les imiter ("arrête de jouer les imbéciles").

Ce qui devrait exciter l'ironie des satiristes, c'est cette perte de sens commun. Hélas, eux-mêmes étant gagnés par les faux-sens et abus de langage du jargon médiatique, ils sont bien en peine d'en relever les dérives les plus navrantes. Il ne leur reste donc à se mettre sous la dent que les saveurs d'un accent régional. Coup bas.

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jeudi 23 juin 2016

vent debout

Les tics de la langue médiatique toquent à la coque du paquebot francophone. La mer moutonne, et ce sont une fois encore des moutons de Panurge... Depuis quelque mois, dans la presse français, on est "vent debout" à tout propos. Comme le rappelle Jacques Michaud, "lorsqu'un bateau à voile est exactement face au vent, le foc et la grand voile sont dégonflés et pendouillent ou fasseyent en produisant quelques maigres ondulations et de légers claquements. Le bateau n'avance plus. Quelqu'un qui est vent debout contre une idée, une proposition, un projet, est opposé à sa réalisation." Il est opposé, certes, mais ne peut l'être que passivement, réduit à l'inaction par un vent diamétralement contraire qui l'empêtre dans le cliquetis improductif de son propre gréement. Il est opposé mais frustré. Et sans ressources. Au lieu de quoi, on nous parle de gens "dressés vent debout" contre une réforme comme de vigoureux opposants dont l'élan et la détermination déferlent telle une tempête vengeresse.

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

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vendredi 3 juin 2016

Eurovision : voici la dame qui se flatte d'avoir rendu la francophonie aphone

Les responsables de divertissements télévisuels de 24 pays d'Europe sur 26 ont choisi, pour le concours de l'Eurovision 2016, des chansons anglophones ou pseudo-anglophones ou en partie anglophones - comme si le charme notoire de l'italien, ne se suffisait pas à lui-même, non plus que celui du russe, du polonais, de l'arménien ou du grec.

De trois choses l'une :

• soit toutes les langues d'Europe autres que l'anglais et le pseudo-anglais doivent être reconnues comme langues mortes, y compris le français qui ne fut chanté de bout en bout que par une Autrichienne, laissé pour morte par le jury de professionnels, puis ranimée par le vote du public - nous y reviendrons ;

• soit les responsables des divertissements télévisuels des pays non anglophones sont des incompétents dotés de responsabilités qui les dépassent du tout au tout, à commencer par celle de faire vivre leur langue ;

• soit le concours de chanson de l'Eurovision s'est mué en un concours de la chanson anglophone.

La dernière hypothèse est amplement vérifiée. Et pourquoi pas ? Mais alors, il importe de rebaptiser ainsi ce concours pour sa prochaine édition, et d'y laisser libre cours au panurgisme des responsables français, espagnols et allemands de ce divertissement multiculturel par définition, mais en passe de ne plus l'être du tout.

Pour ce qui est de la vitalité linguistique de l'ensemble des langues d'Europe dans la chanson contemporaine, cette diversité existe pourtant toujours en 2016. Le choix du public européen en atteste, qui s'est porté sur une chanson en langue rare, et l'a fait triompher - à la différence des jurés de professionnels de la télévision, s'exaltant pour une chanson en anglais défendue par... l'Australie. Ancienne dépendance britannique et continent insulaire des antipodes, pays admirable par sa géographie et son histoire, l'Australie présente toutefois une lacune si l'Eurovision est le thème de ce concours de chanson : les contours de l'Europe ne l'englobent pas.

Voilà démontré par l'absurde le fait que le concours de chanson de l'Eurovision n'existe plus, et qu'il est à recréer, peut-être.

Le bouche-à-bouche bouleversant fait par le public à l'Ukraine tatarophone et la main qu'il a tendue à l'Autriche étonnamment francophone sont aussi un pied de nez voire une gifle adressée aux dames haut perchées (directrices des divertissements du service public, excusez du peu) de l'audiovisuel français qui, de Sébastien Tellier à Amir Haddad, ajoutent sans vergogne au festin européen de serviles serveurs de yaourt anglophone inepte, voués les uns après les autres, pour cette raison, à des insuccès bien mérités.

Et que dire de l'alibi des quelques lignes en français autour du plat de résistance (le refrain) en anglais pour faire avaler la pilule aux mauvais coucheurs qui voudraient que la chanson française ne soit pas morte sous les coups redoublés de l'inculture des décideurs précités et du suivisme général ? Rien. Les grandes douleurs sont muettes...

*

Illustration : Nathalie André, une autodidacte issue du secteur de la coiffure qui a réussi la prouesse de se hisser au poste de directrice d'un secteur-clef de l'audiovisuel public français, et fière de "promotionner (sic - en français : "promouvoir") depuis 23 ans" la chanson française teintée d'anglais. Mme André déclare "ne pas comprendre" l'indignation que suscite le fait de voir, à son initiative, le berceau de la langue française laisser à l'Autriche le soin de chanter dans cette langue, sans maquillage anglophone. Elle fait valoir que la France est porteuse, à son initiative, d'un texte "à 70% en français". Outre qu'il s'agit d'une présentation tendancieuse de la situation (l'interprète consacre l'essentiel de son énergie et de son temps à son refrain anglophone), si Nathalie ne comprend pas que l'indignation provient des 30% manquants, d'une part, et de l'indigence globale de ces paroles hybrides (bouts-rimés de mirliton, quelle que soit la langue), d'autre part, elle n'est peut-être pas the right person at the right place. En tout cas, à en juger par les insuccès répétés de leurs candidats (se classer sixième ou dix-neuvième ne sont pas des succès dans une compétition qui ne décerne de distinction qu'au premier), et la vigueur de leur entêtement dans l'erreur, les directrices autodidactes successivement chargées de décider qui fera briller la France au firmament de la chanson enchaînent les mauvais choix avec beaucoup de détermination, on ne peut pas leur retirer ça.

Miss LF


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dimanche 1 mai 2016

autant pour moi ou au temps pour moi ?

La forme sensée de l'expression en question est bien "autant pour moi", et non "au temps pour moi", comme certains le soutiennent.

"Autant pour moi !" était à l'origine une sorte d'interjection militaire, par laquelle un supérieur reconnaissait devant ses subalternes une bévue - et initialement, une injustice - qu'il avait commise. Par ces mots, il s'attribuait fictivement, en signe de contrition et de bonne foi, le même quantum de sanction que ce qu'il eut infligé à un subordonné pareillement pris en faute (autant de pompes, autant de jours de consigne ou d'arrêts de rigueur, autant de kilos de patates à éplucher, autant de centimètres de remontée de bretelles, autant de coups de pieds au cul qui se perdent) : "autant pour moi !", s'exclamait-il et s'exclame-t-il encore.

Contrairement à une rumeur qui va se propageant dans certains dictionnaires de difficultés du français, et jusque sur les bancs de l'Académie française, il ne s'agit nullement d'une affaire de temps musical ni de défilé militaire. Selon cette explication compliquée dont nul bidasse n'a le souvenir, l'homme de base d'une colonne en défilé, ayant commis une erreur de marche au pas, se redonnerait la mesure en lui-même ("1 ! 2 !") et clamerait à ses camarades, par-dessus l'autorité de ses supérieurs : "au temps pour moi !", par référence au temps du solfège (cf. valse à trois temps). Ce qui n'est conforme ni à la langue musicale ni à la langue militaire ni au français courant. Ce n'est pas davantage plausible au regard du règlement militaire qui impose très strictement, et depuis toujours, le silence absolu dans les rangs - a fortiori aux bidasses qui commettent un impair ! La question est cependant toujours disputée. Ce qui est le propre des faux bruits à succès.

Ce faux bruit est entériné çà et là par de grands éditeurs lexicographiques qui ont sans doute été dispensés d'étudier le solfège puis exemptés de service militaire. En leur temps.

NDA : En musique comme en chorégraphie, on dit "sur le temps", et non "au temps", en précisant lequel (sur le temps fort, sur le temps faible, le temps précédent, le temps suivant, le premier, le deuxième, etc), sans quoi personne ne sait où se retrouver.

[Cet article a déjà été publié sur ce site le 19 mars 2009. Constatant que le débat se ravive, le comité éditorial de la Mission linguistique francophone remet l'article sur le dessus de la pile...]

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samedi 30 avril 2016

Mbappé ne s'appelle pas M-Bappé

La prononciation correcte du patronyme camerounais Mbappé ne tend aucun piège. Les journalistes de France et de Navarre s'en inventent pourtant un, et le prononcent majoritairement de façon fautive, en créant une séparation fictive entre la consonne M et les autres lettres. Ce qui donne l'étrange lecture "Êm' Bappé", qui est une absurdité comme le serait "Êss' Tendhal" au lieu de Stendhal ou "Tom Cé Ruise" au lieu de Tom Cruise.

Si les professionnels de la parole ont du mal à articuler la succession de consonnes MB, ils peuvent s'y exercer en répétant sans la moindre difficulté : "Je m'bats pas contre Mbappé" ou "Mbappé m'bat".

dimanche 3 avril 2016

louer solidaire

Cherchant à concurrencer les sites de location de particulier à particulier, la mairie de Paris a créé un service municipal spécifique (1). Personne n'a été en mesure de lui trouver un nom en vrai français. La première magistrate de la ville semble avoir jugé préférable d'accélérer l'effondrement de la syntaxe et du vocabulaire en choisissant la dénomination "louez solidaire", qui viole durablement la grammaire du français. La Fondation Abbé Pierre tombe dans le même travers, sans davantage d'égards pour ce trésor premier des humbles : la langue qu'ils parlent sans bourse délier.

On apprend pourtant dès l'école primaire que les verbes (ici le verbe louer à l'impératif) sont qualifiés non par des adjectifs (ici solidaire) mais par des adverbes. En français, on participe activement, on donne généreusement, on informe charitablement et on agit solidairement.

La Mission linguistique francophone invite donc les propriétaires parisiens à s'abstenir absolument [et non "s'abstenir absolu", pour reprendre la même faute de construction] de "louer solidaire" comme les y exhorte leur mairie.

Nous nous plaçons en cela sous la protection de la loi de 1994 imposant aux administrations l'emploi du français, et non de ce charabia de stagiaire en roue libre, régurgitant la langue délabrée dont il s'est goinfré à longueur de pause de publicité devant la télévision. Il est encore temps de corriger en haut lieu cette atteinte négligente à une langue française qui n'en peut plus. La majorité du Conseil municipal n'est sans doute pas constituée d'ignares, sourds à la syntaxe de leur propre langue. Quant à l'entêtement dans l'erreur, si les élus locaux étaient tentés de s'y adonner comme s'y adonnent ici les cadres territoriaux concernés, rappelons-leur que ce n'est pas l'apanage des incompétents, mais que c'en est souvent le signe distinctif...

On note que l'incitation publicitaire placardée par la mairie de Paris "louez solidaire et sans risque" qualifie doublement le verbe : une fois correctement (locution adverbiale sans risque) et une fois n'importe comment.  Noue ne somme pas prof de français, mais sa nous constêrne... Tiens, là vous tiquez enfin, chers élus municipaux, n'est-ce pas ?  Les fautes de syntaxe sont pourtant plus graves que celles d'orthographe, car elles s'attaquent à l'intelligence même de la langue en faisant s'effondrer sa cohérence structurelle. Que n'y remédiez-vous ?

Nous ne doutons pas que la Fondation Abbé Pierre vous montrera la voie en rectifiant le tir la première, par charité pour le trésor premier des humbles évoqué ci-avant. A moins qu'à la Fondation aussi, les entêtés dans l'erreur règnent en maîtres.

(1) Un service spécifique... et non un service "dédié".

NDE : Historiquement, la dérive de l'adverbe vers l'adjectif correspondant s'est répandue en France sous l'influence d'un slogan publicitaire ainsi formulé dans les années 1980 : "ne bronzez pas idiots", sur le modèle de l'expression "ne pas mourir idiot". Il se trouve que "mourir idiot" est parfaitement correct sur le plan grammatical, puisqu'il est question de mourir en étant idiot, et non pas de mourir idiotement (par exemple d'un coup de bilboquet sur le crâne). "Bronzer idiot" avait déjà un statut grammatical plus ambigu, puisqu'il s'agissait moins d'être un idiot, reconnaissable au choix de vacances sans intérêt, que de bronzer idiotement car sans rien faire d'intelligent, à la façon d'un idiot que l'on n'est pas. Le succès de ce slogan a engendré une multitude de titres d'articles de presse et de prises de parole publique sur le même modèle ("ne votez pas idiot", "ne mangez pas idiot" ; puis "votez utile" au lieu de votez utilement, ou "mangez sain" au lieu de mangez sainement). Ce tic médiatique a fait tache d'huile dans le français familier. "Louer solidaire" descend donc directement de la contorsion publicitaire "bronzer idiot", et non de "travailler dur" ou "frapper fort", tournures irréprochables, car dur et fort y sont bien des adverbes invariables et non les adjectifs homonymes.

dimanche 27 mars 2016

Hop ! En marche ! Debout !

Incorporer un signe de ponctuation à un nom propre est une idée à demi heureuse seulement, apparue dans le secteur de la publicité au cours des années 1970. Plusieurs mouvements politiques et diverses marques ont récemment eu recours au point d'exclamation pour s'inventer une appellation. Dans le secteur des transports, c'est Hop !, nouvelle marque d'Air France. Dans le monde politique, ce sont Debout la France ! et En marche !

Il n'y a là aucune maltraitance de notre langue. Mais la décision d'inscrire un point d'exclamation dans les noms d'institutions ou d'entreprises ne présage rien de bon. Outre le suivisme que cela dénote, on peut en effet se demander si les garants de notre liberté, ceux qui briguent du pouvoir ou en détiennent déjà, font un choix judicieux en se donnant pour dénomination une injonction.

"Une injonction ? Mais non ! Une exhortation - diront certains - une simple et joyeuse exhortation."
Si l'onomatopée Hop ! sonne effectivement comme une exhortation débonnaire à partir en voyage dans la décontraction, on ne peut en dire autant d'exclamations de masse qui nous invitent impérieusement à changer de position (s'il faut nous mettre debout !, c'est que nous ne l'étions pas) ou d'allure (s'il nous faut nous mettre en marche !, c'est que nous étions statiques). Merci beaucoup, chers conseillers en communication politique, pour ces injonctions répétées et leurs postulats unanimement péjoratifs...

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dimanche 20 mars 2016

vf de Wikipédia

L'encyclopédie collaborative Wikipédia a lancé un appel à la générosité de ses utilisateurs. Contributrice assidue à sa version francophone, la Mission linguistique francophone se consacre presque exclusivement à la correction des fautes de français et à l’amélioration de formulations naïves, obscures ou impropres.

Les fautes corrigées par les soins de nos observateurs sont souvent rétablies ensuite par des intervenants peu éclairés, qui cependant menacent de rétorsions les correcteurs bénévoles, fussent-ils lexicographes de métier. Ce dysfonctionnement fait de la version française de Wikipédia une caisse de résonance de l’inculture syntaxique et lexicale, dont le pouvoir de nuisance sur la francophonie est connu et très préoccupant.

Concernant l'anglomanie, on note que la version française de Wikipédia n’échappe pas à ce travers. Des termes anglophones dont il existe un équivalent français bénéficient hâtivement d’une entrée dans la vf de Wikipédia, tandis que le terme français correct en est dépourvu. Il n’est souvent mentionné qu’accessoirement dans le corps de l’article. Et malheur à qui voudrait remédier à cette carence tandis qu’un censeur œuvrant sous pseudonyme et doté du pouvoir de nuire s’y oppose. Bref, la question d’une qualité encyclopédique (et non triviale ou jargonnante) de la langue française n’est manifestement pas abordée de façon satisfaisante dans la vf de Wikipédia.

Pour devenir donateurs de Wikipédia, comme nous en sommes priés, nous sommes nombreux à attendre que la qualité du français de la vf devienne une priorité éditoriale collaborative, et non un sujet de « guerres d’édition », selon le terme effrayant jailli de la pensée autoritaire de certains membres de cette association culturelle.

jeudi 10 mars 2016

métier et clientèle

La Mission linguistique francophone constate depuis dix ans la progression dans les jargons professionnels de la double faute constituée par l'emploi d'un substantif désaccordé à la place d'un adjectif accordé.

Ainsi le substantif "métier" désaccordé ("domaines métier", "activités métier", "compétence métiers") est-il de plus en plus fréquemment employé à la place de l'adjectif "professionnel" correctement accordé ("domaines professionnels", "activités professionnelles", "compétence professionnelle"). Des entreprises revendiquent même dans leur organigramme l'existence d'un directeur métiers - personnage à la mission énigmatique. Pour constater de vos propres yeux cette étrangeté, cliquez ici.

C'est l'un des symptômes d'une paresse linguistique caractéristique du début du XXIe siècle : quand l'adjectif et le substantif n'ont pas une parenté d'aspect flagrante, comme l'ont médecine et médical par exemple, on passe directement au charcutage de la langue par les moyens les plus barbares. Ainsi l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux métiers devient-il tout sottement... métier. Et l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux clients devient-il massivement... clientèle (qui n'est pas davantage un adjectif que métier n'en est un) ou même client. Et le monde des affaires s'engorge de responsables clientèle et de responsables de la relation client (sic) ; au lieu de responsables commerciaux ou responsables des relations commerciales, puisque le statut de client s'acquiert exclusivement dans le cadre d'une relation commerciale.

Mais les décideurs des affaires ont peut-être oublié que ce qu'on appelle le commerce, c'est l'art des relations de séduction de clients actuels ou potentiels. Ce qui expliquerait pourquoi dans le monde francophone, à la différence du monde anglo-saxon, tant d'entreprises privées et publiques traitent le client comme un importun ou un administré plutôt que comme ce qu'il est en principe : le bénéficiaire de toutes les attentions professionnelles et commerciales.

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mercredi 2 mars 2016

listing, naming, pressing

Académie française (12 juillet 2016) : "On rappellera qu’appeler listing une liste n’améliore en rien la qualité ou la valeur de cette dernière, sauf à penser que l’emploi d’anglicismes, fussent-ils de mauvais aloi, est une marque de modernité. " Et toc.

Il en va de même pour le ridicule bedding, cher à quelques professionnels de l'ameublement et du snobisme, qui désignent ainsi la literie. Même pichenette pour se débarrasser du grotesque naming, jargon riche en poudre aux yeux et empoisonnée par une anglomanie de carnaval, supposé exprimer l'action de donner un nom ou d'inventer un nom avec beaucoup de flair commercial. Ce qui s'appelle en français la dénomination, l'appellation ou la création de marque.

Enfin, même coup pied au derrière des commentateurs sportifs adeptes de l'inepte pressing, qu'ils croient voir exercé par une équipe affrontant une autre. Il s'agit peu probablement de blanchisserie et sans doute de pression ou de combativité.

En anglais, la  pression (morale, physique, sportive) se dit pressure ; tandis que le nettoyage à sec se dit dry cleaning (pour désigner l'activité) ou dry cleaner (pour désigner le commerçant ou sa boutique).

mardi 2 février 2016

qualitatif et requalification

A-t-on le droit d'être gêné par l'emploi surabondant de l'adjectif "qualitatif" dans le français courant et les échanges professionnels depuis 2010 ? Oui. Voici pourquoi.

Cet adjectif, en vogue sous un sens faux, n'est pas du tout synonyme de "de bonne qualité" et ne convient donc pas dans une formule comme : "nos produits sont très qualitatifs". L'adjectif qualitatif signifie "concernant la qualité"... bonne ou mauvaise. Porter un jugement qualitatif, c'est porter un jugement sur la qualité, ce n'est pas un porter un jugement qui impressionne par sa qualité.

Il est un autre terme impropre, lié à l'idée de qualité, dont les urbanistes et les élus locaux abusent : la "requalification" architecturale ou urbaine, devenue dans leur esprit un synonyme de la notion de rénovation, de réhabilitation. Or, la requalification, en vrai français, c'est un changement de qualification (requalification par la justice d'un homicide involontaire en meurtre), ce n'est pas une amélioration de la qualité ; ni même une amélioration de la qualification. "Requalifier le quartier de la gare", ce serait donc cesser de le qualifier de quartier de la gare, et le qualifier par exemple de quartier des écoles, de quartier pourri, de ghetto de riches ou de nouvel Eldorado des promoteurs.

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