dimanche 14 février 2016

quand l'eau coule, le singe grimace


La Mission linguistique francophone a constaté en France, depuis 2008, un net accroissement de l'emploi du double sujet [nom+pronom] : "l'eau elle est froide", "le singe il grimace", etc. Cette construction était jusqu'à présent l'apanage des enfants ("le maître il a dit") ; et on les reprenait ("le maître a dit"). Le double sujet était aussi utilisé pour railler une mauvaise maîtrise du français par des étrangers peu instruits ("la madame elle est partie").

Mais depuis dix ans, l'accumulation du nom et du pronom est devenue fréquente dans la bouche des Français adultes, jusque dans celle des hauts personnages de ce beau pays qui, une fois encore, donnent le mauvais exemple en matière de francophonie.

Bien sûr, les journalistes et animateurs de médias audiovisuels suivent la même pente et propagent cette faute de syntaxe, comme si soudain le pronom faisait partie intégrante de la forme conjuguée des verbes à la troisième personne du singulier et du pluriel : "Louis il-chante ; Louise et Louisette elles-chantent". Cette évolution sera peut-être entérinée dans quelques décennies, et enseignée aux enfants des écoles. Pour l'heure, il n'en est rien. La Mission linguistique francophone rappelle donc aux professionnels et au grand public que le pronom fait double emploi avec le nom !   "Quand l'eau elle coule, le singe il grimace" se dit en vrai français : "quand l'eau coule, le singe grimace". Devant ce second énoncé simple et limpide, les amateurs d'une langue bien portante, eux, ne font plus la grimace.

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mardi 2 février 2016

qualitatif et requalification

A-t-on le droit d'être gêné par l'emploi surabondant de l'adjectif "qualitatif" dans le français courant et les échanges professionnels depuis 2010 ? Oui. Voici pourquoi.

Cet adjectif, en vogue sous un sens faux, n'est pas du tout synonyme de "de bonne qualité" et ne convient donc pas dans une formule comme : "nos produits sont très qualitatifs". L'adjectif qualitatif signifie "concernant la qualité"... bonne ou mauvaise. Porter un jugement qualitatif, c'est porter un jugement sur la qualité, ce n'est pas un porter un jugement qui impressionne par sa qualité.

Il est un autre terme impropre, lié à l'idée de qualité, dont les urbanistes et les élus locaux abusent : la "requalification" architecturale ou urbaine, devenue dans leur esprit un synonyme de la notion de rénovation, de réhabilitation. Or, la requalification, en vrai français, c'est un changement de qualification (requalification par la justice d'un homicide involontaire en meurtre), ce n'est pas une amélioration de la qualité ; ni même une amélioration de la qualification. "Requalifier le quartier de la gare", ce serait donc cesser de le qualifier de quartier de la gare, et le qualifier par exemple de quartier des écoles, de quartier pourri, de ghetto de riches ou de nouvel Eldorado des promoteurs.

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