dimanche 27 mars 2016

Hop ! En marche ! Debout !

Incorporer un signe de ponctuation à un nom propre est une idée à demi heureuse seulement, apparue dans le secteur de la publicité au cours des années 1970. Plusieurs mouvements politiques et diverses marques ont récemment eu recours au point d'exclamation pour s'inventer une appellation. Dans le secteur des transports, c'est Hop !, nouvelle marque d'Air France. Dans le monde politique, ce sont Debout la France ! et En marche !

Il n'y a là aucune maltraitance de notre langue. Mais la décision d'inscrire un point d'exclamation dans les noms d'institutions ou d'entreprises ne présage rien de bon. Outre le suivisme que cela dénote, on peut en effet se demander si les garants de notre liberté, ceux qui briguent du pouvoir ou en détiennent déjà, font un choix judicieux en se donnant pour dénomination une injonction.

"Une injonction ? Mais non ! Une exhortation - diront certains - une simple et joyeuse exhortation."
Si l'onomatopée Hop ! sonne effectivement comme une exhortation débonnaire à partir en voyage dans la décontraction, on ne peut en dire autant d'exclamations de masse qui nous invitent impérieusement à changer de position (s'il faut nous mettre debout !, c'est que nous ne l'étions pas) ou d'allure (s'il nous faut nous mettre en marche !, c'est que nous étions statiques). Merci beaucoup, chers conseillers en communication politique, pour ces injonctions répétées et leurs postulats unanimement péjoratifs...

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dimanche 20 mars 2016

vf de Wikipédia

L'encyclopédie collaborative Wikipédia a lancé un appel à la générosité de ses utilisateurs. Contributrice assidue à sa version francophone, la Mission linguistique francophone se consacre presque exclusivement à la correction des fautes de français et à l’amélioration de formulations naïves, obscures ou impropres.

Les fautes corrigées par les soins de nos observateurs sont souvent rétablies ensuite par des intervenants peu éclairés, qui cependant menacent de rétorsions les correcteurs bénévoles, fussent-ils lexicographes de métier. Ce dysfonctionnement fait de la version française de Wikipédia une caisse de résonance de l’inculture syntaxique et lexicale, dont le pouvoir de nuisance sur la francophonie est connu et très préoccupant.

Concernant l'anglomanie, on note que la version française de Wikipédia n’échappe pas à ce travers. Des termes anglophones dont il existe un équivalent français bénéficient hâtivement d’une entrée dans la vf de Wikipédia, tandis que le terme français correct en est dépourvu. Il n’est souvent mentionné qu’accessoirement dans le corps de l’article. Et malheur à qui voudrait remédier à cette carence tandis qu’un censeur œuvrant sous pseudonyme et doté du pouvoir de nuire s’y oppose. Bref, la question d’une qualité encyclopédique (et non triviale ou jargonnante) de la langue française n’est manifestement pas abordée de façon satisfaisante dans la vf de Wikipédia.

Pour devenir donateurs de Wikipédia, comme nous en sommes priés, nous sommes nombreux à attendre que la qualité du français de la vf devienne une priorité éditoriale collaborative, et non un sujet de « guerres d’édition », selon le terme effrayant jailli de la pensée autoritaire de certains membres de cette association culturelle.

jeudi 10 mars 2016

métier et clientèle

La Mission linguistique francophone constate depuis dix ans la progression dans les jargons professionnels de la double faute constituée par l'emploi d'un substantif désaccordé à la place d'un adjectif accordé.

Ainsi le substantif "métier" désaccordé ("domaines métier", "activités métier", "compétence métiers") est-il de plus en plus fréquemment employé à la place de l'adjectif "professionnel" correctement accordé ("domaines professionnels", "activités professionnelles", "compétence professionnelle"). Des entreprises revendiquent même dans leur organigramme l'existence d'un directeur métiers - personnage à la mission énigmatique. Pour constater de vos propres yeux cette étrangeté, cliquez ici.

C'est l'un des symptômes d'une paresse linguistique caractéristique du début du XXIe siècle : quand l'adjectif et le substantif n'ont pas une parenté d'aspect flagrante, comme l'ont médecine et médical par exemple, on passe directement au charcutage de la langue par les moyens les plus barbares. Ainsi l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux métiers devient-il tout sottement... métier. Et l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux clients devient-il massivement... clientèle (qui n'est pas davantage un adjectif que métier n'en est un) ou même client. Et le monde des affaires s'engorge de responsables clientèle et de responsables de la relation client (sic) ; au lieu de responsables commerciaux ou responsables des relations commerciales, puisque le statut de client s'acquiert exclusivement dans le cadre d'une relation commerciale.

Mais les décideurs des affaires ont peut-être oublié que ce qu'on appelle le commerce, c'est l'art des relations de séduction de clients actuels ou potentiels. Ce qui expliquerait pourquoi dans le monde francophone, à la différence du monde anglo-saxon, tant d'entreprises privées et publiques traitent le client comme un importun ou un administré plutôt que comme ce qu'il est en principe : le bénéficiaire de toutes les attentions professionnelles et commerciales.

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mercredi 2 mars 2016

listing, naming, pressing

Académie française (12 juillet 2016) : "On rappellera qu’appeler listing une liste n’améliore en rien la qualité ou la valeur de cette dernière, sauf à penser que l’emploi d’anglicismes, fussent-ils de mauvais aloi, est une marque de modernité. " Et toc.

Il en va de même pour le ridicule bedding, cher à quelques professionnels de l'ameublement et du snobisme, qui désignent ainsi la literie. Même pichenette pour se débarrasser du grotesque naming, jargon riche en poudre aux yeux et empoisonnée par une anglomanie de carnaval, supposé exprimer l'action de donner un nom ou d'inventer un nom avec beaucoup de flair commercial. Ce qui s'appelle en français la dénomination, l'appellation ou la création de marque.

Enfin, même coup pied au derrière des commentateurs sportifs adeptes de l'inepte pressing, qu'ils croient voir exercé par une équipe affrontant une autre. Il s'agit peu probablement de blanchisserie et sans doute de pression ou de combativité.

En anglais, la  pression (morale, physique, sportive) se dit pressure ; tandis que le nettoyage à sec se dit dry cleaning (pour désigner l'activité) ou dry cleaner (pour désigner le commerçant ou sa boutique).