vendredi 23 décembre 2016

commanditaire, et non donneur d'ordres

A de très rares exceptions près, l'expression "donneur d'ordre" est incorrecte en français, parce qu'elle est employée par méprise sur le sens des termes qui la composent.

Le mot anglais order signifie ordre, à tous les sens du terme français : l'ordre ordonné (remettre en ordre), ou l'ordre ordonnant (donner des ordres). Mais l'anglais order doit parfois se traduire par portion (une portion de frites), car le verbe to order signifie aussi commander, passer commande ; or une portion de frites est comprise par la langue anglaise comme une commande de frites, c'est-à-dire comme l'ordre donné et reçu de servir une certaine quantité de frites.

Le mot anglais order est donc en partie un faux ami. À ce titre, il a fait germer en français contemporain une curieuse manière de dénommer ses clients, manière un rien brutale et oublieuse de du sens des mots : les donneurs d'ordre ! En réalité, il s'agit de ceux passent commande (anglais order) , et non de ceux qui donnent des ordres... Le terme correct, préconisé par la Mission linguistique francophone et par le bon sens, en lieu et place de ce méchant "donneur d'ordre(s)", est alors le bienveillant commanditaire. Dans certaines professions, ce sera le maître d'ouvrage, appellation dans laquelle la notion de commande(ment) et de directive reste non moins présente mais moins brutale que chez le désastreux et naïf "donneur d'ordres".

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mercredi 14 décembre 2016

mûr ou parvenu à maturité, mais pas "mature"

En français, le contraire d'immature n'est pas mature (anglicisme) mais mûr.

L'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature. La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, écrivains, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français.

En effet, l'emploi de l'adjectif inverse de immature, à savoir mûr, est devenu minoritaire dans les médias francophones écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Or, le terme "mature" est impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie mûr et, par extension parvenu à maturité sexuelle donc adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque le contraire de l'adjectif mûr est le mot immature, le contraire de l'adjectif immature est le mot mûr. Sauf à admettre l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale...

La locution parvenue à maturité ou parvenu à maturité est aussi un substitut très satisfaisant à l'anglicisme "mature", si jamais on estime que l'adjectif francophone mûr ne suffit pas à traduire en français le contraire de l'immaturité.

NDE : Divers dictionnaires estimables ont récemment entériné une acception psychologique de "mature" au lieu de mûr. Il ne faut y voir qu'un opportunisme commercial et non une légitimation officielle de cette impropriété de terme.