samedi 21 octobre 2017

fainéant

Il y a des fainéants de la logique qui disent et écrivent "feignant" au lieu de "fainéant".

Le fainéant, c'est celui qui fait néant, qui ne fait rien ou ne veut rien faire. Pas difficile à comprendre, si ?

La prononciation rapide des syllabes "fainéant" peut dériver vers "fainiant". C'est ce qui a introduit la méprise entre ce mot et le participe présent feignant du verbe feindre, dont la sonorité est proche de la prononciation imprécise de fainéant.

Il semble que certains aient imaginé à partir de là que le feignant était celui qui feignait de travailler. Or la personne qui feint est une feinteuse ou un feinteur et non un "feignant".

Le "feignant", en tant que paresseux, n'existe pas. Sauf sous la plume de rédacteurs professionnels qui ne réfléchissent pas à ce qu'ils écrivent. Ce qui ne fait pas pour autant d'eux des fainéants, mais peut-être des feinteurs, habiles à se faire passer pour compétents en matière de langue française sans vraiment l'être.

Enfin, rappelons que le fainéant cède à la fainéantise, et non à la feignantise.

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mercredi 18 octobre 2017

potentialités et fonctionnalités

Selon l'adage sarcastique "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué", des millions de francophones, désireux de passer pour hyper-compétents à coup d'hypertrophie incorrecte de mots corrects, se sont mis à nous parler des "potentialités" plutôt que du potentiel des choses, et de leurs "fonctionnalités" plutôt que de leurs fonctions (notamment dans le jargon informatique). Ils ont bien tort.

Car si notre langue cède à ce travers, par souci de lui conserver sa cohérence nous ne devrons plus calculer par additions ni par soustractions mais par additionnalités et soustractivités ; et nous devrons nous interdire de commettre des crimes passionnels dans des tunnels : nous serons contraints de passer aux crimes de passionnalité dans des tunnalités. On voit combien cette mauvaise pente, d'un ridicule particulièrement raide, est casse-gueule. Le mieux est de cesser de s'y aventurer.

Fonctions et potentiels suffiront, partout où font actuellement fureur les "fonctionnalités" et les "potentialités". Merci de faire passer le messages aux mordus de la boursouflure et de la vaine acrobatie sémantique.

mardi 17 octobre 2017

le masculin ne l'emporte pas (en paradis)

Sur leur site Internet, voici plusieurs années déjà, les correcteurs du quotidien français Le Monde lançaient un concours d'idées concernant l'invention d'un nouveau pronom personnel pour les pluriels mixtes, afin d'en finir avec la fameuse règle grammaticale maladroitement formulée, selon laquelle ce serait "le masculin qui l'emporte" quand un pluriel mêle des sujets féminins et masculins.

La solution est peut-être une convention de style, plutôt qu'une création lexicale.

Dans le cas de ces pluriels mixtes, on pourrait décider d'employer "eux" à la place de "ils". Si ils évoque trop foncièrement il pour être supportable à certains féminismes sourcilleux, on ne peut pas faire le même reproche au pronom eux, qui ne sonne ni comme ils ni comme elles, et qui se montre donc nettement plus impartial. "Je pars avec eux" s'est déjà imposé depuis des siècles pour exprimer le fait que l'on parte avec ses amis, femmes et hommes, garçons et filles, à tel point qu'il serait saugrenu de dire : "Je pars avec ils"! De même, décidant que le seul pronom pluriel mixte est désormais "eux", on pourrait prendre l'habitude de dire "eux n'en veulent pas", ce qui est objectivement plus neutre que "ils n'en veulent pas" ou "elles n'en veulent pas". À propos de l'exemple cité par les correcteurs du journal Le Monde, concernant cinq infirmières et un médecin accusés à tort "d'un crime qu'ils n'ont pu commettre", on pourrait parler "d'un crime qu'eux n'ont pu commettre".

Avant que cette recommandation toute simple de la Mission linguistique francophone* entre dans les mœurs avec l'aide du journal Le Monde, il faudrait surtout cesser d'énoncer si faussement dans les écoles la règle de grammaire en question, et ne plus affirmer que "le masculin l'emporte" - ce qui est objectivement inexact. La formulation juste serait : "tout pluriel mixte devient neutre",  que ce neutre soit d'apparence masculine ou féminine (1).

Ce sera l'occasion de clarifier la notion de genres en français, et d'y enseigner l'existence de quatre genres et non deux :

- le genre féminin
- le genre masculin
- le genre neutre
- le genre mixte

Le genre neutre est tantôt homonyme du genre féminin ("une personne", "une passion", "une victoire"), tantôt homonyme du genre masculin ("un canon", "un destin", "un espoir"). Le genre mixte, toujours pluriel par essence [sinon, où serait la mixité ?], est plus souvent homonyme du genre masculin pluriel ("les jeunes mariés"), mais il aussi parfois du genre féminin pluriel ("les personnalités invitées"). Ce qui, par réciprocité, indique que le genre masculin est plus neutre que le genre féminin. Ainsi, le féminin n'est-il nullement dévalorisé ; il est au contraire reconnu comme plus affirmé que le genre masculin. Qui cela peut-il offenser, hormis les enragés d'un sexe contre l'autre ?

(1) "Toutes les personnes présentes sont venues de leur plein gré" est un bon contre-exemple de pluriel dans lequel "le féminin l'emporte" et non le masculin, tout comme les célébrités et leurs victimes sont convoquées au tribunal : quel que soit le sexe ou le genre des célébrités comme des victimes, le féminin l'emporte. Ou plus exactement, le neutre de forme féminine.

*La présente recommandation de notre organisme a été publiée voici dix ans déjà sou la forme de cet article. Nous la remettons sur le dessus de la pile, compte tenu de l'obstination générale à ressasser que "le masculin l'emporte", au lieu de reconnaître la forme francophone du NEUTRE PLURIEL ou du mixte pluriel comme pouvant être alternativement masculine (par exemple : les individus, les gens) ou féminine (par exemple : les personnes, les victimes).

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lundi 16 octobre 2017

après la numéro un mondiale, voici la numéro une

Les commentateurs sportifs francophones sont connus pour leurs multiples entorses à la langue française. Parfois, ils vont jusqu'à en déchirer les ligaments, comme dans l'expression "la numéro un mondiale" (sic).

Créée en France pour la joueuse de tennis Amélie Moresmo, cette expression fautive est maintenant appliquée sans relâche à toute championne du monde. Elle se décline à des échelons inférieurs ["la numéro un française", "la numéro un de notre club"] et dans d'autres secteurs que le sport [telle entreprise est "la numéro un mondiale"].

Cette coutume nouvelle viole une règle élémentaire de notre langue : un mot féminin doit avoir un article féminin [la femme et non le femme], un mot masculin exige un article masculin. Sans exception aucune. Robert est une personne charmante, Robert n'est pas un personne charmant. Donc Amélie n'est pas une numéro un.

Numéro
étant un mot masculin, et non un adjectif variable, nulle ne saurait être "une numéro". Pas même "une numéro mondial". Moins encore "une numéro mondiale"... puisqu'une seconde règle est ici violée : l'obligation d'accorder le substantif [un numéro] et son qualificatif [mondiale] !

Les observateurs de la Mission linguistique francophone constatent que cette faute échappe à la vigilance des rédacteurs en chef des grands supports de presse, et pas seulement aux journalistes de L'Equipe. À tel point que Le Monde ait pu imprimer ceci, en gros caractères [26.01.2008, pp 34 et 35] : "Claire Leroy, barreuse cérébrale détrône la numéro un mondiale". Si la championne est cérébrale, la correctrice, elle, est distraite...

NDE : cet article publié en 2008 est remis sur le dessus de la pile à la faveur de l'arrivée en salles d'un film intitulé Numéro une, autre confusion grammaticale liée au numéro 1 : dans "numéro un", le mot un n'est pas l'adjectif numéral variable un/une ; c'est le nom invariable d'un chiffre, le 1. Il n'existe donc pas dans les transports en commun de "ligne une" mais uniquement des "lignes 1" (= lignes portant le numéro 1) ni dans les supermarchés de "caisse une"(même motif), et il n'existe pas de dame numéro une, car ce n'est pas la dame qui est une mais son numéro qui est 1. Le 1.

dimanche 15 octobre 2017

note sur les memos et les focus


La Mission linguistique francophone [M•L•F•] ne manifeste aucune aversion pour la langue anglaise, bien au contraire. C'est ce qui la distingue d'autres organisations dites "de défense de la langue française".

Dans sa tâche permanente d'observation des coups portés à la langue française par les professionnels francophones de la communication, la M•L•F• ne s'emploie qu'à dépister les atteintes morbides (1) au vocabulaire et à la syntaxe de notre langue, celles qui lui occasionnent des pertes de sens, de substance ou de cohérence : lorsque le vocabulaire ou la syntaxe d'une autre langue font insidieusement irruption dans la nôtre, par ignorance, par incompétence, par snobisme, par suivisme, par corporatisme parfois, et non par choix créatif ou stylistique.

La Mission linguistique francophone ne s'autorise à émettre aucune objection à la libre anglophilie, voire anglomanie, de certains auteurs ou locuteurs francophones. Elle ne mène ni ce combat rétrograde ni aucun autre de même nature. C'est au contraire la pleine vitalité des langues, chacune dans sa sphère d'intelligence et de sensibilité, que notre organisation promeut pour le présent et l'avenir. Nos observatrices et observateurs réunis sous le pseudonyme collectif de Miss L•F•, ne font guère figure de vieux barbons crispés sur leur dictionnaire de termes vétustes...

C'est donc avec ce seul souci de clarté dans les emprunts langagiers que la Mission linguistique francophone alerte ici les habitués des "mémos" et des "focus" sur le fait que ces termes anglais dérivés du latin n'ont pas leur place dans la langue de travail des entreprises francophones. The focus, c'est le point (le point de netteté focale d'un système optique, vers lequel on fait la mise au point, par exemple) ; par analogie, to focus, c'est se concentrer (sur un sujet, comme les rayon lumineux se concentrent au point focal d'une lentille).

Quant à ce que les anglophones appellent aujourd'hui a memo (contraction de memorandum), en français c'est simplement une note (une note de service, par exemple), un compte rendu (de réunion, par exemple) et non un mémorandum (qui pourrait alors légitimement s'abréger en "mémo" dans notre langue aussi). La Mission linguistique francophone invite donc les responsables d'entreprises francophones à s'abstenir de demander à leurs interlocuteurs "un memo avec un focus sur les actions commerciales" - et à l'exprimer plutôt en français : "une note avec un point sur les actions commerciales" ou "un compte rendu des actions commerciales".

(1) Morbide : [adjectif] qui relève de la maladie ; à ne pas confondre avec sordide (qui évoque une extrême bassesse) ni macabre (qui évoque la mort, avec une certaine délectation).

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mercredi 11 octobre 2017

cartonner, faire un carton, carton plein

La différence de niveau de langue entre "peu importe" et ''je m'en branle" semble échapper à une cohorte d'orateurs professionnels, et spécialement aux présentateurs et journalistes de télévision et de radio qui sont en train d'abandonner collectivement les mots succès, victoire et triomphe au bénéfice de leur synonyme argotique carton ("faire un carton").

Pour une écrasante victoire, ils vont parfois vont jusqu'au "carton plein", comme s'il s'agissait d'un carton de déménagement ou d'une grille du loto traditionnel pleine de pions gagnants, alors qu'initialement la dérive argotique du mot carton, au sens de succès foudroyant, vient de la cible en carton du stand de tir dont on réussit à atteindre le centre.

Le festival de Cannes 2015 honore-t-il 100% de films français par ses trois palmes les plus en vue ? Pour les présentatrices des deux grandes chaînes françaises d'information télévisée en continu, "le cinéma français cartonne". Et l'on demande au critique de cinéma invité au journal télévisé de la grande chaîne généraliste du service public comment il explique non pas ce triomphe ni ce succès ni cette triple victoire mais, fatalement, ce carton.

La langue du commentaire sportif argotique s'est maintenant emparée du discours analytique sur la culture. L'inculture fait un carton et le mot juste fait ses cartons. Merci qui ?

NB : Aussi appelé registre de langue, le niveau de langue mesure le degré de raffinement de la langue employée par le locuteur. Il ne doit pas être confondu avec le niveau en langue(s) qui mesure le degré d'aisance dans la pratique d'une langue : "j'ai un très bon niveau d'anglais mais je confonds les niveaux de langue du français !"  Telle est l'autocritique que peuvent s'adresser les journalistes de langue maternelle française qui croient correct d'employer "cartonner" ou "faire un carton" à la place de "triompher", "être un succès", "avoir du succès", "gagner", "réussir", "l'emporter", "s'imposer", "briller", "marquer des points", "battre des records", "enthousiasmer le public", "être très applaudi", etc.

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dimanche 8 octobre 2017

mûr et immature

Il manque à notre langue des mots tout simples. Tels certains antonymes [ces termes de sens opposés, comme joie et tristesse] qui restent à inventer. Ainsi, l'exact antonyme de profond n'existe pas en français. Notre langue s'en tire par des périphrases comme "peu profond" ou "pas profond". L'adjectif "superficiel" fonctionne aussi comme antonyme de profond, mais seulement dans certains sens propres (une plaie superficielle) et certains sens figurés (une analyse superficielle). Au sens général, il ne convient pas : un estuaire est profond ou peu profond, il n'est pas "superficiel".

Inversement, l'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature.

La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français: ils croient que le contraire d'immature, c'est "mature". Or, c'est exact en anglais (she is mature) ; mais pas en français non (elle est très mûre pour son âge, et non très "mature" pour son âge).

La Mission linguistique francophone a relevé dès les années 1990 que l'adjectif mûr était pourtant devenu minoritaire dans les médias écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Ce terme reste impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie mûr et, par extension, adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque l'antonyme du mot mûr est le mot immature, l'antonyme du mot immature est le mot mûr. Seuls peuvent en disconvenir les ennemis de la logique la plus imparable et les partisans de l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale...

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samedi 7 octobre 2017

grosso modo, grosso merdo

Popularisée au début des années 1970 dans la bouche d'un humoriste radiophonique raillant une mauvais maîtrise du français doublée de la prétention de le parler admirablement, la formule "incessamment sous peu" accumulait deux adverbes ayant strictement le même sens. Forgée avec l'intention de faire sourire par son ridicule, cette bourde a fini par être prise au sérieux, et trouve depuis pas mal d'années sa place dans des propos qui se veulent absolument sérieux.

Il commence à en aller de même pour la déformation ordurière et humoristique grosso merdo, dérivée de grosso modo. Elle surgit répétitivement, et sans aucune mine amusée, dans des conversations de travail au cours desquelles personne ne se permet pourtant de dire "c'est un résultat de merdre" au lieu de "c'est un mauvais résultat".

Ce grosso merdo, vous qui l'avez à la bouche, crachez-le discrètement à la poubelle avant d'entrer en réunion ou en cours, tel un chewing-gum dont la mastication bruyante et béante ne peut qu'irriter la plupart de vos voisins.

Sinon, souvenez-vous de l'adage "les meilleures plaisanteries sont souvent les plus courtes". Pour montrer combien vous êtes drôle, dites une fois "grosso merdo", puis ne le dites plus jamais. En gros, c'est ce qui peut vous arriver de mieux. À vos interlocuteurs aussi.

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lundi 2 octobre 2017

...et autres inepties

Dans les pages du journal Le Monde, un article intitulé "Adidas et autres Coca-cola misent gros" semble affirmer par ces mots qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille.

Cet usage de la locution "et autres" suivie d'un terme qui ne désigne pas un groupe d'éléments analogues est à bannir. Non pour des raisons de style ou d'esthétique, mais parce qu'il convient, si l'on aspire à vivre le plus heureux possible, de s'abstenir de passer pour parfaitement stupide devant son auditoire. On entend pourtant, encore de nos jours, de trop nombreux orateurs professionnels (journalistes, politiciens, enseignants) procéder à des énumérations de ce genre : "les tigres, pumas et autres lions". Or, ni les tigres ni les pumas n'étant des lions, il ne peut exister "d'autres lions" à ajouter au tigres et aux pumas !

Sous peine d'aboutir à un énoncé incohérent, la formule "et autres" doit toujours être suivie - explicitement ou implicitement - d'une catégorie commune à tous les éléments de l'énumération. Dans l'exemple ci-avant, il faudrait dire : "tigres, pumas et autres félins" ou "tigres, pumas et autres fauves". À la rigueur, on peut aussi placer "et autres" en extrême fin d'énumération, sans préciser la catégorie : "tigres, pumas, lions et autres" - sous-entendu "autres félins, autres fauves", etc.

Mais dire : "il portait tout un arsenal - fusils, pistolets, grenades et autres sabres" est aussi absurde que de dire "j'ai emmené en vacances femme, enfants et autres chats". A moins d'être un papa gato [chat en espagnol], bien sûr.

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samedi 30 septembre 2017

à très vite ou à très bientôt ?

Evidemment, seuls "à bientôt" et "à très bientôt" sont corrects, tandis que "à très vite" est un monstre grammatical dont la présence dans la bouche et sous la plume de gens sensés étonne.

En effet, la préposition à introduit ici l'annonce d'un moment dans le temps. Or, "très vite" n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder "très vite" d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain, à ce soir, à plus tard ou à bientôt.

Raisonnons par l'absurde : si "à très vite" [= revoyons-nous très vite] était correct, alors "à volontiers" [= revoyons-nous avec plaisir] comme "à peut-être" [= revoyons-nous peut-être] et "à hors de question" [= plutôt crever que de nous revoir] le seraient aussi. Un jour viendra peut-être où la structure de la langue sera démolie à ce point. Elle ne l'est pas encore.

Sortons-nous donc de la tête les "à très vite", les "suite à", les "au final", les "éditions papier" et autres effondrements grammaticaux ravageurs.

vendredi 29 septembre 2017

concertos et scénarios

Le pluriel de scénario est scénarios. Le pluriel de concerto est concertos. Tout comme le pluriel de lavabo est lavabos.

L'Académie française a depuis longtemps tranché la question du pluriel des mots étrangers adoptés par le français : ils doivent être traités comme des mots français, c'est-à-dire équipés au pluriel d'un S final.

On trouve pourtant encore de nombreux partisans des "concerti" et des "scénarii", formes d'inspiration italienne [d'inspiration, seulement, car le pluriel italien du mot italien scenario est scenari, avec un seul i] mais fautives en français - langue dans laquelle les pluriels de ces mots sont concertos et scénarios. De fait, le mot scénario n'est manifestement plus un mot italien, puisqu'il est équipé d'un accent aigu, inconnu en Italie. Comme souvent, l'incohérence est au rendez-vous : les mêmes qui veulent écouter des concerti en rédigeant des scénarii ne disent pas qu'ils redoutent la prolifération des "viri dans les aquaria" mais bien des virus dans les aquariums.

Alors, restons sobres et n'étalons pas de prétentions latinistes ni italianisantes quand le français fait tout pour nous faciliter la vie. Ce qui n'est pas toujours dans sa nature... 

mardi 26 septembre 2017

l'attrait et non l'attractivité

 L'emploi malencontreux en français du faux ami anglais attractive, qui signifie attirant, séduisant, a donné naissance dans certains esprits au néologisme "attractivité" [comme dans "attractivité touristique du Morbihan"] dont l'usage est vivement déconseillé, voire prohibé.

Ce barbarisme s'épanouit sans complexes - et sans doute irréversiblement - dans le discours politique et technocratique français, et jusque dans l'intitulé de certains organismes d'État ou travaux de recherche. Débarrassée de sa difformité anglomane, "l'attractivité" (sic) c'est pourtant dans notre langue l'attrait, la séduction, l'intérêt (que suscite quelque chose), le charme, le pouvoir d'attraction ou l'attirance.

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dimanche 24 septembre 2017

près de / prête à

La Mission linguistique francophone rappelle que les adverbes sont tous invariables. Y compris les adverbes loin et près.

Une idée fausse s'est pourtant installée dans certains esprits, et notamment dans l'esprit de nombreux professionnels de la presse parlée, qui lisent devant des millions d'auditeurs et de téléspectateurs des textes d'information entachés de cette bévue : l'idée selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre. Autrement dit, d'être tantôt masculin, tantôt féminin. Personne - pas même un journaliste - ne se hasarde pourtant à accorder d'autres adverbes que celui-là. "Ils sont souvent là" ne donne pas au féminin "elles sont souventes là"...

La réalité est qu'en dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif prête comme le féminin de l'adverbe près ; et ne craignent donc pas de dire : "La crise n'est pas prête de finir" au lieu de : "la crise n'est pas près de finir."

Si leur intention est en réalité d'utiliser ici l'adjectif prêt au féminin, alors ils font une grossière erreur de syntaxe, en construisant prêt avec la préposition de au lieu de la préposition à. En français, on est près de la sortie mais on est prêt à sortir. Donc prête à finir, et non prête de finir. Car en français, on est "prêt à tout", et non "prêt de tout"!

On note avec soulagement que les journalistes de la presse parlée ne nous invitent pas encore à féminiser l'adverbe loin, antonyme de l'adverbe près. On ne les entend pas dire "Charlotte ira lointaine" au lieu de "Charlotte ira loin".

Ils ne disent pas non plus : "Aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis prête de toi", au lieu de "aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis près de toi". Perdus pour perdus, ils ont tort de s'en priver : ici au moins, on aurait sur la langue la saveur délicate d'une licence poétique...

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vendredi 22 septembre 2017

"être vent debout" : sens et contresens

"Vent debout" est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte.

C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique une douzaine d'années après l'an 2000.

Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont "vent debout contre" telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux...

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

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jeudi 21 septembre 2017

spécialisé en p'tit nègre

Dans la présentation des sites internet d'un célèbre éditeur de la presse professionnelle, on peut lire cette description, très conforme à une tendance du français des affaires : "sites spécialisés métier" (sic).

C'est ce qu'on appelait jadis du "p'tit nègre", parce que les Francophones d'Afrique noire fraîchement colonisés avaient injustement attiré sur eux les railleries qu'inspiraient une maîtrise parfois sommaire de la syntaxe de la langue maternelle de leurs colons. Hier : "y'a bon Banania". Aujourd'hui : "sites spécialisés métier".

Ne sait-on plus, dans le monde des affaires ni chez les rédacteurs de la presse professionnelle francophone, comment construire une simple phrase comprenant le mot spécialisé ? Réveillez-vous : en français non risible, on n'est pas pas "spécialisé chose" ! On est spécialisé en ou spécialisé dans quelque chose. On est spécialisé dans les métiers de la fonction publique, ou spécialisé en droit administratif. Cette syllabe supplémentaire n'est ni épuisante à articuler ni coûteuse à écrire.

On remarquera que la formule précitée ("sites spécialisés métier") souffre par ailleurs de l'absence d'un S au pluriel de métiers. À moins que ces sites soient spécialisés dans un seul métier. Mais alors pourquoi plusieurs sites ?

Attaqué par le snobisme corporatiste et par l'ignorance, jusque dans sa syntaxe, le français va mal. Sur internet plus encore qu'ailleurs. Et sous la plume des communicants plus que sous n'importe quelle autre. Ce qui les discrédite métier (1).

(1) Pour parler comme ils écrivent... Comprenez : "ce qui les discrédite professionnellement".

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mercredi 20 septembre 2017

on ne renseigne pas un formulaire

On lit de plus en plus souvent cette injonction : "Renseignez le questionnaire".

Dans la langue dénaturée que pratiquent la plupart des administrations, cela signifie qu'il faut fournir les renseignements demandés. Qu'il faut remplir ou compléter le questionnaire.

Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc).

Nombreux sont ceux pour qui les mots n'ont plus qu'un sens vague, interchangeable. Mais le verbe renseigner désigne exclusivement l'action de fournir des renseignements à des êtres humains : un panneau routier et une dictionnaire peuvent nous renseigner, mais nous ne pouvons pas renseigner un dictionnaire ni un panneau routier. Cela n'a aucun sens.

On lit pourtant de telles recommandations : "dans la première case, renseignez votre nom" (sic). La Mission linguistique francophone rappelle à ces rédacteurs administratifs en déroute - à qui il manque sans doute plus d'une case - qu'on ne "renseigne" pas son nom dans une case ni dans l'orielle d'un interlocuteur de chair et d'os, on l'indique. C'est la personne à qui vous indiquez votre nom que vous renseignez... Ce n'est pas votre nom que vous renseignez, c'est celui qui vous le demande !

Dans le même esprit, il existe depuis peu une tendance à porter dans les cases non remplies d'un formulaire la mention "Non renseigné" au lieu de "Néant" ou "NC" ("Non communiqué") ou "Sans objet" ou NSP ("Ne sait pas") ou "À remplir". Cette tendance est absurde, pour les raisons expliquées ci-avant. Vous voilà renseignés.

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vendredi 15 septembre 2017

quand tout est "sécurisé", plus rien n'est sûr...

En France, le discours ambiant des premières années du vingt et unième siècle a été pétri de considérations sur la sécurité.

La Mission linguistique francophone constate qu'il en résulte des dérives lexicales malencontreuses. Si le vif succès du mot "insécurité" n'appelle pas de mise en garde, il n'en va pas de même pour l'emploi fautif des barbarismes "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation", actuellement omniprésents dans le vocabulaire des professionnels de la langue et, par suite, du public.

Les choses ne sont plus sûres, elles sont "sécurisées".
Les biens et les personnes ne sont plus en sécurité, ils sont "sécurisés".
Les inquiets ne sont plus rassurés, ils sont "sécurisés".
Les faibles ne sont plus protégés, ils sont "sécurisés".
Les activités à risque minime ne sont plus encadrées ni surveillées, elles sont "sécurisées".
Les périmètres dangereux pour notre sécurité ne sont plus interdits ni bouclés, ils sont "sécurisés".
Les champs de mines ne sont plus déminés, ils sont "sécurisés".
Les falaises, les voûtes, les murets qui menacent de s'écrouler ne sont plus consolidés ni étayés, ils sont "sécurisés".
Les villes assiégées ne sont plus envahies ni conquises ni prises ni même défendues, comme elles l'étaient jadis ; les correspondants de guerre nous disent qu'elles sont maintenant "sécurisées" par l'assaillant (c'est-à-dire qu'il s'en est rendu maître) - ou "sécurisées" par l'assiégé s'il se défend bien.

Bref, "Sécurisé/sécuriser" peuvent signifier tout et son contraire.

Mais cette vacuité de sens n'est pas leur moindre défaut. La Mission linguistique francophone rappelle que "sécuriser" et "sécurisé" sont initialement des barbarismes dérivés d'une mauvaise traduction du verbe anglais "to secure" [signifiant "assurer", "rassurer", "rendre sûr", "garantir"].

Paradoxe ultime : aussi présent qu'il soit sous divers aspects déformés, le mot sécurité lui-même perd sa vigueur de jour en jour et vit dans la plus grande insécurité, menacé de disparition sous les coups lourds et gauches du barbarisme "sécurisation" (sic) - un synonyme illégitime dont abusent rédacteurs et locuteurs professionnels, tous secteurs confondus - organismes officiels compris.

Conclusion : "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation" sont à proscrire activement dans le langage courant (1). La langue française dispose de tous les mots voulus et n'a nul besoin de ces néologismes paresseux qui dévorent les mots de sens clair, ces parasites brutaux au sens vague, à l'origine défectueuse, nuisibles à sa clarté et à sa cohérence.

Car quand tous est "sécurisé", plus rien n'est sûr. Ni certain.

(1) Le verbe sécuriser et à réserver aux spécialiste de la psychologie lorsqu'ils évoquent l'action d'instaurer un sentiment de sécurité. Ce qui peut aussi très bien se dire "rassurer", mais laissons-leur la jouissance exclusivement technique de ce jargon qu'ils emploient depuis plusieurs générations et qu'ils chérissent. Par contre, il n'y a pas à prêter attention aux dictionnaires, imprimés ou en ligne, qui autorisent d'autres acceptions en français courant, sous prétexte qu'on les a lues dans la presse au détour d'un article mal rédigé... 

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jeudi 14 septembre 2017

support papier : hors de question

Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic), le support papier (sic) ni les choses "papier" d'une manière générale. Les choses sont en papier ou sur papier ou de papier.

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme qualificatif sans l'équiper de la construction grammaticale appropriée - de papier, en papier, sur papier - sont donc des barbarismes à proscrire. 

Quant à "sur support papier", c'est une ineptie aussi grande que le serait "sur meuble table" ou "en moyen de transport voiture" : le papier étant un support, inutile de le préciser ! Surtout pas en violant la grammaire. Merci aux agents et chefs de service des administrations françaises d'en prendre définitivement note. Grrrr...

mercredi 13 septembre 2017

participer à / participer de

La Mission linguistique francophone met en garde contre cette confusion, trop fréquente dans les milieux intellectuels, entre les deux constructions du verbe participer : participer à et participer de ne sont pas interchangeables, et moins encore synonymes. Participer à la fête, c'est y prendre part, y apporter sa contribution. Tandis que participer de la fête, ce n'est pas en faire partie ni y participer ni y contribuer, c'est en avoir certaines caractéristiques. Ainsi peut-on dire très justement que "les bombardements de civils participent du meurtre" [ils ne participent pas au meurtre, ils y ressemblent à bien des égards].

Le psychiatre et infatigable mystificateur Jacques Lacan (1901-1981) était passé maître dans l'art d'impressionner ainsi à peu de frais son auditoire en nimbant de fausse profondeur des propos dont le sens échappait à tous grâce à l'emploi de mots de liaison inattendus, de verbes dévoyés, de termes arbitrairement redéfinis. Il en résultait des affirmations de ce type : "le désir est la métonymie du manque à être". Et toc !

Cette obscurité voulue participait à son prestige mais participait de l'escroquerie intellectuelle (1). Ses suiveurs perpétuent la tradition quasi religieusement. D'autres font du charabia à la Lacan sans le savoir, notamment en remplaçant à tort l'expression participer à par la tournure participer de dans un sens inexact.

(1) Le fait que l'obscurité lacanienne participe de l'escroquerie a été démontré notamment par Maria Pierrakos (in La tapeuse m'a dit), François Georges (in L'Effet 'yau de poêle), François Roustang (in Lacan, de l'équivoque à l'impasse) et Jacques Bricmont et Alain Sokal (in Impostures intellectuelles).

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mardi 12 septembre 2017

de dont

Faut-il dire "c'est de ça que je parle" ou "c'est de ça dont je parle" ?

On apprend dès l'école élémentaire que dont signifie "de...que".
Le pronom dont ne doit JAMAIS être précédé de la préposition "de" puisqu'il la contient déjà. Seules ces deux tournures, exactement synonymes et exactement aussi élégante l'un que l'autre, sont donc correctes : "c'est de cela que je parle" ou "c'est cela dont je parle".

Cependant, un nombre impressionnant de professionnels de la parole croient pouvoir nous dire "c'est de ça dont je vous parle", commettant ainsi une lourde faute de grammaire. Si un cuisinier versait systématiquement double dose de sel comme ces orateurs nous versent systématiquement double dose de "de", nul doute qu'ils seraient vite contraints de changer de métier.

samedi 9 septembre 2017

s'enfuir et s'ensuivre, même combat

Le verbe s'ensuivre ne s'écrit pas en deux mots "s'en suivre". Pas davantage que le verbe s'enfuir ne s'écrit "s'en fuir" ou que le verbe s'enfermer ne s'écrit "s'en fermer". Le grand public peut s'y tromper. Mais des personnes faisant profession d'écrire en français ne devraient pas s'y méprendre.

On trouve pourtant toujours des professionnels de la communication écrite qui vous écrivent des choses comme : "il s'en est suivi une grève des pilotes" (sic) [Le Monde] au lieu de "il s'est ensuivi une grève des pilotes". Ces même professionnels n'écrivent pourtant pas "il s'en est gagé à s'en tendre avec nous" (sic) au lieu de "il s'est engagé à s'entendre avec nous".

C'est pourquoi la Mission linguistique francophone rappelle qu'en bon français le verbe s'ensuivre n'est pas sécable et se conjugue d'un seul tenant, comme tout autre verbe débutant par le préfixe en-.

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samedi 2 septembre 2017

loin s'en faut

Très prisée de certains orateurs politiques et commentateurs médiatiques, l'expression "loin s'en faut" (sic) est une contorsion vide de sens, qui résulte de l'hybridation difforme de deux ou trois expressions, toutes parfaitement correctes quand on ne les mélange pas : loin de là et il s'en faut de beaucoup ou il s'en faut de peu.

On s'étonne que des êtres doués de raison, et ayant pour mission ou pour ambition de régler le fonctionnement de la vie sociale, s'égarent à ce point dans l'absurde et soient à ce point privés de la capacité de s'assurer qu'une formule dont ils se gargarisent possède bien une queue et une tête. Car vraiment,  c'est quoi Monsieur le Sénateur un loin qui s'en faut ? Vous pouvez nous en faire l'analyse grammaticale ? Certes non.

Vous qui ne pérorez pas dans les médias, n'allez pas non plus imaginer que "loin s'en faut" vous fera paraître meilleur orateur que les adeptes de l'irréprochable "loin de là", car ce sera tout le contraire : vous passerez juste pour une grenouille occupée à tenter de se faire plus grosse qu'un bœuf.

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vendredi 1 septembre 2017

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

 

La forme extrême du purisme s'appelle l'hypercorrection. C'est un une méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation ne méritant en réalité aucune réprobation.

 

Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression "elle n'a pas l'air méchante" serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en "méchant" une épithète qualifiant l'air (méchant) de cette personne et non la personne (méchante) elle-même. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'hypercorrection, donc fausse.

Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : "elle a un air absent" signifie qu'elle affiche un air absent. Tandis que "elle a l'air absente" signifiera qu'elle semble ne pas être là : "j'ai cherché Adeline, je ne la trouve nulle part, elle a l'air absente", qui doit s'accorder au féminin car c'est Adeline qui apparaît comme étant absente, ce n'est pas son air qui est absent.

En effet, l'expression "avoir l'air" est aussi employée dans un français impeccable comme synonyme des verbes paraître ou sembler. Dans ce cas, il faut toujours accorder l'adjectif avec le genre du sujet qui a un certain air : si elle semble compétente, alors "elle a l'air compétente" est parfaitement juste, sur le plan grammatical comme sur celui du style.

Car "elle a l'air" signifie ici "elle a l'air d'être", autrement dit, "elle semble". C'est ce que que les linguistes appellent une locution figée, porteuse d'un sens qui doit être prise en compte pour lui-même. Voilà pourquoi notre cosmonaute, dont l'air est rieur, a cependant l'air sérieuse.

Il est même des cas dans lesquels accorder le qualificatif au masculin en dépit d'un sujet féminin est pour le moins maladroit, voire indéfendable. Ainsi est-il étrange de dire qu'une table a l'air branlant plutôt que branlante. Car on voit mal une table adopter un air : les objets inanimés n'ont pas d'expressions faciales ni de postures comportementales, et n'adoptent donc aucun air qui puisse être qualifié pour lui-même.

Il est préférable de considérer que les qualificatifs ne s'appliquant pas à une expression du visage ni à un comportement doivent toujours être accordés avec le genre du sujet, et non avec le genre du complément air : cette exposition [féminin] a l'air ennuyeuse (elle semble ennuyeuse), cette bague [féminin] a l'air précieuse (elle semble précieuse), cette table a l'air branlante.

L'Académie française le confirme. C'est pourquoi toute contestation du présent rappel aura l'air peu judicieuse - et non peu judicieux.

* Illustration : une femme ayant l'air sérieuse (= l'air d'être sérieuse), puisqu'elle est apte à se voir confier une mission spatiale, mais n'ayant pas l'air sérieux (= n'ayant pas sur le visage un air plein de sérieux) puisqu'elle sourit.

* NDA : en tant que synonyme de sembler ou paraître, le groupe "avoir l'air" peut non seulement ne pas être complété par une épithète du mot air, mais il peut être compléter par un adverbe et non un adjectif : "elle a l'air ailleurs", dira-t-on dans un français irréprochable à propos d'une personne en train de rêvasser.

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mardi 29 août 2017

Mbappé ne s'appelle pas M-Bappé

La prononciation correcte du patronyme camerounais Mbappé ne tend aucun piège. Les journalistes de France et de Navarre s'en inventent pourtant un, et le prononcent majoritairement de façon fautive, en créant une séparation fictive entre la consonne M et les autres lettres. Ce qui donne l'étrange lecture "Êm' Bappé", qui est une absurdité comme le serait "Êss' Tendhal" au lieu de Stendhal ou "Tom Cé Ruise" au lieu de Tom Cruise.

Si les professionnels de la parole ont du mal à articuler la succession de consonnes MB, ils peuvent s'y exercer en répétant sans la moindre difficulté : "Je m'bats pas contre Mbappé" ou "Mbappé m'bat".

mercredi 23 août 2017

similitudes et similarité


Le fait de présenter des aspects similaires se dit comment en anglais ? Similarity. You are right. Et comment cela se dit-il en français ? Similarité ? Non : similitude.

La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction de similarity et de son pluriel similarities. Les professionnels concernés sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude".

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vendredi 18 août 2017

bleu cocu

Aujourd'hui, l'infidélité est jaune. Jaune cocu. Sous Louis XI, elle était bleue : "les bleu-vêtus", c'étaient les maris trompés. La langue évolue avec liberté, la condition humaine se perpétue avec libertinage...
Mais quand un évènement devient un événementiel (sic), et quand de bonnes relations deviennent un bon relationnel (sic), la langue évolue-t-elle ou se dénature-t-elle ? La réponse est dans la question : ici la nature des mots s'altère. Les adjectifs dérivés des substantifs évincent les substantifs eux-mêmes. Ils les font cocus. Sans liberté ni libertinage, hélas, mais dans une vaniteuse surcharge de syllabes.

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mardi 15 août 2017

le vyomanaute est sur orbite

Le mot vyomanaute désignerait un astronaute originaire d'Inde ou navigant à nord d'un vaisseau spatial indien. Avec un bonne dose d'inauthenticité, son étymologie mêle le sanskrit व्योम vyoma (ciel) et le latin nautes (marin).

Au même titre que le terme "taïkonaute", l'usage de ce néologisme ébouriffant est à réserver aux professionnels du commentaire spatial qui ont perdu le sens commun.  Ceux qui jonglent, selon les fusées, avec les cosmonautes, spationautes, astronautes, taïkonautes, coréonautes ou vyomanautes ; et ne perçoivent pas l'absurdité de prétendre imposer à la langue française la complication inouïe de désigner une même activité professionnelle par un nom différent selon la nationalité de qui exerce la profession ou pratique l'activité.

On plane dans l'absurde intersidéral. Un skieur, une infirmière ou un pâtissier changent-ils de désignation selon leur pays d'origine ?

Aux tenants du terme "vyomanaute" que cette objection ne fait pas redescendre sur terre, nous posons (avec gravité, bien sûr) la question stratosphérique que voici : quel mot vous faut-il maintenant inventer ou adopter pour désigner un cosmonaute gréco-turc formé par les Russes et embarqué dans une capsule kenyane cofinancée par l'Inde et la Chine pour embêter la Corée du Nord  ?

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lundi 14 août 2017

Jeu télévisé : la loterie phonétique

Ce lundi 14 août 2017 est à marquer d'une pierre noire. Sur une chaîne francophone d'informations télévisées en continu, un commentaire de reportage enregistré a été ainsi prononcé par une voix masculine rétribuée pour ce faire : "un soldat est décédé, vain autres sont blessés".

Il ne s'agit pas d'un bafouillage aussitôt déploré par le piètre locuteur professionnel, mais d'une rude faute de liaison (en l'occurrence, une liaison omise) lue avec application par un récitant devant l'oreille attentive d'un ingénieur du son, vérifié par un rédacteur en chef, puis diffusé par le diffuseur. En boucle et sans retouche ni regrets.

Désormais, il est donc publiquement reconnu comme admissible que l'orthographe du nombre vingt soit incertaine pour un journaliste de la presse parlée devant son micro et pour ses collègues, au point que, dans le doute, mieux vaille s'abstenir de prononcer les liaisons obligatoires [dix-z-ans, vingt-t-ans, etc], dans la mesure où elles supposent une connaissance minimale de l'orthographe. Sur BFMTV, et bientôt partout ailleurs, on va pouvoir gagner sa vie comme commentateur sans savoir écrire le nombre 20 en toutes lettres, et donc en prononçant "vain an" au lieu de "vingt ans" et "vain autre" au lieu de "vingt autres".

Patience : plus que trois ou quatre ans à ce rythme médiatique, et on se sentira idiot de prononcer instinctivement "vingt ans et deux enfants" au lieu de "vin-an et deu-enfant".

samedi 12 août 2017

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l'Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son "déroulé" (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Et dans la bouche de ceux que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le "déroulé" (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. Et de toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation.

[*] Faux : le néologisme "un déroulé" est issu du participe passif du verbe (se) dérouler ; il est donc impropre à évoquer l'action autrement que subie. Il appartient indéniablement au registre de la passivité et non de l'activité.

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vendredi 11 août 2017

le Cdt n'est pas cordial

En français, les trois lettres Cdt sont l'abréviation du mot Commandant.* Il existe pourtant des correspondants par voie de courriels, nullement titulaires du grade de commandant, qui vous terminent leurs messages par les trois lettres "Cdt".

En réalité, ils ignorent les usages épistolaires de base et entendent par là vous saluer cordialement. Mais ils pourraient aussi bien vous tirer la langue ou vous faire un bras d'honneur. Car si l'on n'est pas cordial au point de prendre la peine d'écrire en toutes lettres une formule de politesse déjà concise à l'extrême, alors on ne l'est pas du tout.

*Tout en capitales, CDT est le sigle des comités départementaux du tourisme.

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mercredi 9 août 2017

"par contre" est parfaitement correct

Il est tout à fait faux que la locution adverbiale par contre soit grammaticalement incorrecte, comme on l'entend dire aujourd'hui encore.

La cabale contre cette expression est ancienne, puisqu'elle est l'œuvre de Voltaire qui fit, on ne sait pas exactement pourquoi, une fixation contre par contre. Il a fallu attendre 1920 pour qu'André Gide s'emploie à contrer définitivement le feu de feu Voltaire en démontrant que non seulement par contre était grammaticalement correct, mais qu'il existait des contextes dans lesquels on ne pouvait pas remplacer par contre par en revanche comme prétendait l'exiger ce bon Voltaire - et comme se croient obligés de le faire ceux qui se laissent piéger par la rumeur discréditant depuis lors l'emploi de "par contre".

• Sur le plan grammatical et syntaxique
Par contre est formé sur le modèle de par ailleurs, si l'on considère "contre" comme un adverbe [comme dans : ''seul contre tous''] ; et sur le modèle de par avance, si l'on considère "contre" comme un substantif [comme dans : ''un contre foudroyant'']. Or, par ailleurs et par avance sont parfaitement corrects et ne sont contestés par personne. De même, par contre est parfaitement correct et ne devrait plus être contesté par personne à notre époque.

• Sur le plan logique et stylistique
Pour démontrer la nécessité de conserver l'expression par contre dans l'arsenal sémantique, André Gide a pris à peu près l'exemple que voici. Si vous dites : "mon bien aimé mari n'a été que blessé à la guerre, en revanche mes deux fils adorés y ont perdu la vie", vous dites une absurdité, car il n'y a là nulle revanche (sauf pour votre ennemi, peut-être). La seule formulation sensée est donc : "mon bien aimé mari n'a été que blessé à la guerre, par contre mes deux fils adorés y ont perdu la vie'".

Illustration : Voltaire, partisan courageux et rationnel de l'abolition de la peine de mort, mais ennemi injuste et irrationnel de la locution par contre

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samedi 5 août 2017

a minima

En français, on peut préciser qu'une équipe doit être constituée de trois personnes au moins ou constituée de trois personnes au minimum. Les deux expressions sont exactement synonymes et elles sont l'une et l'autre irréprochables.

Mais il existe depuis peu une tendance à remplacer ces locutions adverbiales françaises au moins et au minimum par la locution juridique latine "a minima". Cette regrettable latinisation, d'inspiration pédante, est fautive car le sens en est inexact, voire opposé. C'est typiquement ce qu'on appelle un abus de langage.

En effet, la formule latine a minima n'est utilisée à bon escient que dans l'expression juridique "appel a minima". Il s'agit d'un appel que le ministère public interjette lorsqu'il estime qu'une peine prononcée par une juridiction est trop clémente. Il y a alors protestation du ministère public "issue de l'insuffisance (de la sanction)" : a(b) minima, en latin. Par extension - et toujours par pédanterie - le latin a minima peut signifier à l'extrême rigueur "réduit au minimum". Mais en aucun cas le latin a minima ne peut être utilisé dans le sens de au minimum ni au moins.

Les choses se gâtent encore avec l'introduction de la faute d'orthographe qui abâtardit le tout : "à minima" (sic), comme s'il s'agissait de la préposition francophone à et non d'une locution purement latine.

On constate aussi, depuis 2010, une tendance croissante à remplacer les adjectifs minimal et minime par la locution a minima :  "vers une TVA a minima ?" titrait ainsi le quotidien français Le Monde, pour évoquer la perspective d'une TVA réduite, une TVA minimale sinon minimaliste, une TVA minime ou minimisée peut-être. Cette impropriété de terme relève de la même pédanterie ou de la même préciosité, et d'un même suivisme aveugle et sourd à la justesse des termes.

Quand on choisit de se parer du prestige d'une langue morte plutôt que de choyer sa bonne petite langue vivante, il faut au moins ne pas se prendre les pieds dans le catafalque. C'est bien le minimum.


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vendredi 4 août 2017

tsunami sur les raz-de-marée

Ce qui s'appelle en français raz-de-marée se dénomme en japonais tsunami. La vogue de ce terme japonais repris par les anglophones est telle en France, depuis le début des années 2000, que le tsunami tend à éclipser le français raz-de-marée dans la presse et chez quelques traducteurs scientifiques peu regardants.

À propos d'un raz-de-marée déferlant ou ayant déferlé loin des côtes du Japon et sans aucun lien avec l'activité sismique ou météorologique nippone, l'emploi du mot tsunami est pourtant impropre par son incongruité culturelle. Concernant la Grèce antique ou la civilisation inca, par exemple, ce japonisme est en outre anachronique, donc doublement aberrant.

Dans ce raz-de-marée de tsunamis, le français médiatique continue de se noyer chaque jour, comme se noyèrent les moutons de Panurge. Et par le même réflexe grégaire.

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mercredi 2 août 2017

les vingt-quatre dernières heures

La langue française a subi ces dix ou quinze dernières années une sévère poussée de désorganisation dans l'emploi des adjectifs dernier, premier, prochain placés au contact d'un nombre.

La grande majorité des journalistes, des orateurs politiques et des rédacteurs publicitaires nous parlent des "prochaines 48 heures" ou des "dernières 24 heures". Entraînant le public à patauger dans les fautes qu'ils banalisent, ces professionnels de la langue vivent sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais, langue dans laquelle l'ordre des mots est ici l'inverse du nôtre.

En français, l'adjectif cardinal (un, deux, trois, etc) doit toujours se situer avant l'adjectif qualificatif. Ce n'est pas une option, c'est une obligation. Le français exige que l'on dise : "j'ai trois grands enfants", et non : "j'ai grands trois enfants". On ne peut donc en aucun cas dire non plus "les dernières vingt-quatre heures". Le seul ordre correct de ces mots est : "les vingt-quatre dernières heures".

Cette règle intangible du français se vérifie aisément : chacun dit bien "dans les deux prochains jours" et non "dans les prochains deux jours" ; l'ordre à respecter est exactement le même pour "quarante-huit (prochaines) heures", synonyme de "deux (prochains) jours".

N'est-il pas vertigineux de devoir rappeler à des professionnels de la langue sur quelles fondations doit s'édifier leur discours, et ce jusque dans l'ordre le plus élémentaire des mots ?

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dimanche 23 juillet 2017

initier, générer, impacter


Le verbe initier n'a qu'un seul sens correct en français : procéder à une initiation, à un rite initiatique ; tous les autres sens qu'on lui donne depuis vingt ans sont faux, tels ceux-ci : prendre une initiative, être l'initiateur de, être à l'origine de ou lancer une action.

Le verbe générer n'a qu'un seul sens correct en français, et il est d'ordre mathématique. Tous les autres sens sont faux : une mauvaise nouvelle cause de l'inquiétude, elle n'en "génère" pas.

Le verbe "impacter" est un anglicisme et un barbarisme. Il n'a aucun sens correct en français.

"À côté des verbes irréguliers, s'est constituée [à la fin du vingtième siècle] une nouvelle famille, celle des verbes laids. Sont apparus valider, checker, initier, générer, impacter. Ils font autorité plus qu'ils ne signifient. Ils attestent de l'appartenance du locuteur à la sphère "manageuriale". C'est un sabir qui se parle dans l'industrie, dans les services, dans les administrations, dans les médias et demain, qui sait, dans les abbayes." (Philippe Delaroche, Caïn et Abel avaient un frère, Éditions de l'Olivier / Le Seuil, 2000, p. 23)