lundi 3 avril 2017

snobisme et sexisme des alumni

C'est désolant cette américanisation forcenée des grandes écoles et universités francophones. Non, nous n'avons pas besoin de rebaptiser "alumni" nos associations d'anciens élèves ni les anciens eux-mêmes.

Ce pluriel du mot latin alumnus (signifiant élève, au masculin) n'est évidemment pas arrivé chez nous par le latin, mais par imitation servile d'un emprunt déjà très ancien des étudiants nord-américains au latin. Notre ré-emprunt est nettement panurgique, comme en atteste sa propagation aussi soudaine et fulgurante que tardive : les moutons ont le réflexe vif mais l'esprit lent.

Nous ferions mieux d'imiter les universités des USA pour leurs extraordinaires fanfares de plusieurs centaines de musiciens. Ces formations artistiques et ludiques persistent à briller par leur absence dans nos universités, où l'apprentissage d'un instrument de musique ne fait plus le poids dans l'esprit d'un étudiant - non plus que dans celui d'un président d'université, manifestement - face aux joies du pianotage à outrance sur un téléphone portable...

Pour en revenir aux alumni, il est étonnant que les institutions de l'enseignement supérieur ne se soient pas émues de l'adoption de ce masculin pluriel nettement genré, puisque le latin comprend aussi le féminin pluriel alumnae et le neutre pluriel alumna. C'est donc bien le masculin mâle qui a été adopté, et non le neutre pluriel plus approprié pour des ensembles mixtes.

A défaut de s'émouvoir de cette nouvelle étape d'américanisation de notre culture estudiantine par l'invasion des alumni directement importés d'outre-Atlantique sans passer par Rome, les étudiantes elles-mêmes eussent pu s'émouvoir de la prédominance masculine qui s'y attache, peu compatible avec les efforts sincères de la société pour éradiquer les marques d'infériorisation d'un sexe par un autre. Encore eut-il fallu qu'elles sussent distinguer le masculin pluriel d'une langue morte, et qu'elles ne fussent pas éblouies par le miroir aux alouettes de l'exotisme américanisant qui étincelle dans ce suivisme cuistre.

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