dimanche 16 avril 2017

pour la gêne occasionnée




















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samedi 15 avril 2017

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

 

La forme extrême du purisme s'appelle l'hypercorrection. C'est un une méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation ne méritant en réalité aucune réprobation.

 

Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression "elle n'a pas l'air méchante" serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en "méchant" une épithète qualifiant l'air et non qualifiant la personne incriminée. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'hypercorrection, donc fausse.

Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : "elle a un air absent" signifie qu'elle affiche un air absent. Tandis que "elle a l'air absente" signifiera qu'elle semble ne pas être là : "j'ai cherché Adeline, je ne la trouve nulle part, elle a l'air absente".

En effet, l'expression "avoir l'air" est aussi employée dans un français impeccable comme une locution figée, synonyme des verbes paraître ou sembler. Dans ce cas, il faut toujours accorder l'adjectif avec le genre du sujet qui a un certain air : si elle semble compétente, alors "elle a l'air compétente" est parfaitement juste, sur le plan grammatical comme sur celui du style.

Inversement, il est pour le moins maladroit de dire qu'une table a l'air branlant plutôt que branlante.

Car les objets inanimés n'ont pas d'expressions faciales ni de postures comportementales, et n'adoptent donc aucun air qui puisse être qualifié pour lui-même. Il est préférable de considérer que les qualificatifs ne s'appliquant pas à une expression du visage ni à un comportement doivent toujours être accordés avec le genre du sujet, et non avec le genre du complément air : cette exposition a l'air ennuyeuse, cette bague a l'air précieuse, cette table a l'air branlante.

L'Académie française le confirme. C'est pourquoi toute contestation du présent rappel aura l'air peu judicieuse.

* Illustration : une femme ayant l'air sérieuse (= l'air d'être sérieuse), puisqu'elle est apte à se voir confier une mission spatiale, mais n'ayant pas l'air sérieux (= n'ayant pas sur le visage un air plein de sérieux) puisqu'elle sourit.

* NDA : en tant que synonyme de sembler ou paraître, le groupe "avoir l'air" peut non seulement ne pas être complété par une épithète du mot air, mais il peut être compléter par un adverbe et non un adjectif : "elle a l'air ailleurs", dira-t-on dans un français irréprochable à propos d'une personne en train de rêvasser.

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mardi 4 avril 2017

mandat et mandature

Terme réprouvé par les académiciens français et par tout locuteur soucieux de sobriété, il semble que la mandature, malgré sa jolie sonorité évocatrice de législature et de robe de bure, n'existe pas. 

Ce ne serait qu'un néologisme élégant mais vain, installé dans le vocabulaire des orateurs politiques et de ces journalistes que la durée des mandats électifs passionne. Aucune mandature ne serait légitime, et seuls le seraient les mandats : le mandat de maire, de député, de sénateur, par exemple. "Oui mais..." protestent divers journalistes et politiciens "... la mandature c'est la période durant laquelle s'exerce le mandat". Eh bien non. L'Académie française ne laisse planer aucun doute là-dessus : le mandat désigne aussi bien la fonction que la période pendant laquelle cette fonction est exercée.

Mais le monde francophone comprend une vaste population de grenouilles fortement désireuses de sembler plus savantes qu'un bœuf, et qui enflent à plaisir leur discours en optant avec une constance remarquable pour le terme inutile mais long, plutôt que pour le terme juste mais trop peu ronflant à leur goût... Faut-il adresser ce grief aux orateurs qui ont inclus la "mandature" dans leur lexique, malgré sa superfluité indéniable ? Ou faut-il leur reconnaître cette liberté, afin que les détenteurs d'un mandat aient leur mandature, comme les législateurs ont leur législature et les paons leur parure ? Nos chers mandés semblent en avoir tellement envie, que ce serait peut-être méchant de la leur refuser. En tout cas, la Mission linguistique francophone s'en abstient.   A voté.

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lundi 3 avril 2017

snobisme et sexisme des alumni

C'est désolant cette américanisation forcenée des grandes écoles et universités francophones. Non, nous n'avons pas besoin de rebaptiser "alumni" nos associations d'anciens élèves ni les anciens eux-mêmes.

Ce pluriel du mot latin alumnus (signifiant élève, au masculin) n'est évidemment pas arrivé chez nous par le latin, mais par imitation servile d'un emprunt déjà très ancien des étudiants nord-américains au latin. Notre ré-emprunt est nettement panurgique, comme en atteste sa propagation aussi soudaine et fulgurante que tardive : les moutons ont le réflexe vif mais l'esprit lent.

Nous ferions mieux d'imiter les universités des USA pour leurs extraordinaires fanfares de plusieurs centaines de musiciens. Ces formations artistiques et ludiques persistent à briller par leur absence dans nos universités, où l'apprentissage d'un instrument de musique ne fait plus le poids dans l'esprit d'un étudiant - non plus que dans celui d'un président d'université, manifestement - face aux joies du pianotage à outrance sur un téléphone portable...

Pour en revenir aux alumni, il est étonnant que les institutions de l'enseignement supérieur ne se soient pas émues de l'adoption de ce masculin pluriel nettement genré, puisque le latin comprend aussi le féminin pluriel alumnae et le neutre pluriel alumna. C'est donc bien le masculin mâle qui a été adopté, et non le neutre pluriel plus approprié pour des ensembles mixtes.

A défaut de s'émouvoir de cette nouvelle étape d'américanisation de notre culture estudiantine par l'invasion des alumni directement importés d'outre-Atlantique sans passer par Rome, les étudiantes elles-mêmes eussent pu s'émouvoir de la prédominance masculine qui s'y attache, peu compatible avec les efforts sincères de la société pour éradiquer les marques d'infériorisation d'un sexe par un autre. Encore eut-il fallu qu'elles sussent distinguer le masculin pluriel d'une langue morte, et qu'elles ne fussent pas éblouies par le miroir aux alouettes de l'exotisme américanisant qui étincelle dans ce suivisme cuistre.