vendredi 21 avril 2017

c'est moins compliqué mais plus difficile

La complication et la difficulté sont deux notions différentes : les mots pour les désigner ne sont pas interchangeables. Ni en français ni dans la plupart des langues.

Les observateurs de la Mission linguistique francophone constatent pourtant depuis 2012 que cette distinction est en voie de disparition dans l'esprit des orateurs publics. La confusion de sens s'opère dans leur esprit au détriment de l'adjectif difficile, auquel ils tendent massivement à préférer actuellement l'adjectif compliqué.

Même lorsque la difficulté en question est dépourvue de complication, tout ce qui est en réalité difficile est devenu "compliqué".

Nager plus vite que ses concurrents serait "compliqué". Non, c'est très simple (il suffit de nager plus vite !) mais c'est très difficile car épuisant.


La Mission linguistique francophone rappelle à ces orateurs imprécis et distraitement suivistes que seul ce qui est dépourvu de simplicité ou de clarté peut être qualifié de compliqué. Ce qui n'est pas facile mais clair et net, est difficile mais non compliqué.

Si c'est prendre le lecteur pour un demeuré que de lui rappeler cette vérité première, que dire du journaliste ou du tribun médiatique qui la perd de vue et décèle désormais du "compliqué" partout et du difficile nulle part ? Qu'il est un demeuré ? Non, ce serait trop facile. Car la cause réelle de cette tendance est sans doute plus... compliquée : s'y mêlent un peu toutes les négligences professionnelles qui altèrent le français médiatique. Nous n'en ferons pas la liste. Ce ne serait ni difficile ni compliqué ; ce serait désobligeant.

Deux ans après l'apparition de ce phénomène régressif (1), la tendance s'est amplifiée et l'éventail de qualificatifs paresseusement remplacés dans la langue médiatique par compliqué s'est accru. Ainsi, les distinctions de sens suivantes sont-elles en passe d'être considérées comme trop "compliquées" à manier par les professionnels de la parole, qui les remplacent graduellement par "compliqué" : difficile, délicat, embarrassant, gênant, maladroit, hasardeux, périlleux, dangereux, exclu, incertain, peu probable, compromis, voué à l'échec, impossible, rebutant, inenvisageable, inacceptable, décourageant, déprimant, triste, grave [par exemple : prendre une grave décision et non une décision compliquée, comme le dit aujourd'hui un dignitaire annonçant sa démission].

(1) Il n'y a pas là "évolution" de la langue mais bien régression et atrophie, puisque des distinctions de sens disparaissent et que le discours s'appauvrit au lieu de s'épanouir.

NDE : Cet article a été publié en juin 2014. Devant la persistance de cette confusion, et pour épauler les efforts de l'Académie française qui nous a récemment emboîté le pas à ce sujet, nous le remettons sur le dessus de la pile.
 
CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

jeudi 13 avril 2017

être candidat ou postuler

Adopté depuis quelques années par certains jargons professionnels, le verbe "candidater" est né des amours banales du snobisme et de la paresse. Le snobisme qui pousse à parler de façon pseudo-compétente, même au prix d'un lourd barbarisme. Et la paresse d'articuler l'une des expressions correctes pour exprimer cette action, à savoir : postuler, être candidat, se porter candidat, faire acte de candidature ou se présenter (à un examen, un concours d'entrée, une élection).

On note que le verbe postuler ne comporte que trois syllabes, contre quatre pour le verbe candidater. Il ne s'agit donc pas ici d'une paresse des muscles de l'articulation, comme souvent, mais de la paresse intellectuelle qui empêche de faire le lien entre la notion de postulat et celle de candidature.

La Mission linguistique francophone rappelle à tous les employeurs et à tous les candidats que le verbe postuler ne signifie pas répondre (à une offre d'emploi) - contrairement à ce que croient mordicus les créateurs du site Cadremploi, à qui l'erreur a été signalée par notre institution dès 2008 mais qui persistent à vous proposer de cliquer sur une touche ainsi libellée : "postuler à l'offre" (sic). Le verbe postuler signifie au contraire solliciter, demander. C'est pourquoi on ne sollicite pas "à une offre d'emploi"... On y répond. C'est l'emploi que l'on postule, pas l'annonce ! Et il faut prendre encore soin de ne pas postuler à l'emploi ; car postuler - nous sommes navrés de radoter - signifie solliciter. La construction grammaticale est donc la même : on sollicite une faveur, on postule un emploi.

L'emploi du verbe postuler est devenu tellement précaire qu'on peut craindre qu'il soit bientôt au chômage... Pour lui éviter ça, on est prié de s'abstenir de malmener sa signification et, bien sûr, de "candidater" (sic).

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

jeudi 6 avril 2017

mandat et mandature

Terme réprouvé par les académiciens français et par tout locuteur soucieux de sobriété, il semble que la mandature, malgré sa jolie sonorité évocatrice de législature et de robe de bure, n'existe pas. 

Ce ne serait qu'un néologisme élégant mais vain, installé dans le vocabulaire des orateurs politiques et de ces journalistes que la durée des mandats électifs passionne. Aucune mandature ne serait légitime, et seuls le seraient les mandats : le mandat de maire, de député, de sénateur, par exemple. "Oui mais..." protestent divers journalistes et politiciens "... la mandature c'est la période durant laquelle s'exerce le mandat". Eh bien non. L'Académie française ne laisse planer aucun doute là-dessus : le mandat désigne aussi bien la fonction que la période pendant laquelle cette fonction est exercée.

Mais le monde francophone comprend une vaste population de grenouilles fortement désireuses de sembler plus savantes que le bœuf, et qui enflent à plaisir leur discours en optant avec une constance remarquable pour le terme inutile mais long, plutôt que pour le terme juste mais trop peu ronflant à leur goût... Faut-il adresser ce grief aux orateurs qui ont inclus la "mandature" dans leur lexique, malgré sa superfluité indéniable ? Ou faut-il leur reconnaître cette liberté, afin que les détenteurs d'un mandat aient leur mandature, comme les législateurs ont leur législature et les paons leur parure ? Nos chers mandés semblent en avoir tellement envie, que ce serait peut-être méchant de la leur refuser. En tout cas, la Mission linguistique francophone s'en abstient.

A voté !


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI