jeudi 27 avril 2017

"être vent debout" : sens et contresens

"Vent debout" est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte.

C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique une douzaine d'années après l'an 2000.

Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont "vent debout contre" telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux...

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

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samedi 22 avril 2017

métier et clientèle

La Mission linguistique francophone constate depuis dix ans la progression dans les jargons professionnels de la double faute constituée par l'emploi d'un substantif désaccordé à la place d'un adjectif accordé.

Ainsi le substantif "métier" désaccordé ("domaines métier", "activités métier", "compétence métiers") est-il de plus en plus fréquemment employé à la place de l'adjectif "professionnel" correctement accordé ("domaines professionnels", "activités professionnelles", "compétence professionnelle"). Des entreprises revendiquent même dans leur organigramme l'existence d'un directeur métiers - personnage à la mission énigmatique. Pour constater de vos propres yeux cette étrangeté, cliquez ici.

C'est l'un des symptômes d'une paresse linguistique caractéristique du début du XXIe siècle : quand l'adjectif et le substantif n'ont pas une parenté d'aspect flagrante, comme l'ont médecine et médical par exemple, on passe directement au charcutage de la langue par les moyens les plus barbares. Ainsi l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux métiers devient-il tout sottement... métier. Et l'adjectif qualifiant ce qui a trait aux clients devient-il massivement... clientèle (qui n'est pas davantage un adjectif que métier n'en est un) ou même client. Et le monde des affaires s'engorge de responsables clientèle et de responsables de la relation client (sic) ; au lieu de responsables commerciaux ou responsables des relations commerciales, puisque le statut de client s'acquiert exclusivement dans le cadre d'une relation commerciale.

Mais les décideurs des affaires ont peut-être oublié que ce qu'on appelle le commerce, c'est l'art des relations de séduction de clients actuels ou potentiels. Ce qui expliquerait pourquoi dans le monde francophone, à la différence du monde anglo-saxon, tant d'entreprises privées et publiques traitent le client comme un importun ou un administré plutôt que comme ce qu'il est en principe : le bénéficiaire de toutes les attentions professionnelles et commerciales.

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dimanche 16 avril 2017

pour la gêne occasionnée




















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samedi 15 avril 2017

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

 

La forme extrême du purisme s'appelle l'hypercorrection. C'est un une méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation ne méritant en réalité aucune réprobation.

 

Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression "elle n'a pas l'air méchante" serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en "méchant" une épithète qualifiant l'air et non qualifiant la personne incriminée. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'hypercorrection, donc fausse.

Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : "elle a un air absent" signifie qu'elle affiche un air absent. Tandis que "elle a l'air absente" signifiera qu'elle semble ne pas être là : "j'ai cherché Adeline, je ne la trouve nulle part, elle a l'air absente".

En effet, l'expression "avoir l'air" est aussi employée dans un français impeccable comme une locution figée, synonyme des verbes paraître ou sembler. Dans ce cas, il faut toujours accorder l'adjectif avec le genre du sujet qui a un certain air : si elle semble compétente, alors "elle a l'air compétente" est parfaitement juste, sur le plan grammatical comme sur celui du style.

Inversement, il est pour le moins maladroit de dire qu'une table a l'air branlant plutôt que branlante.

Car les objets inanimés n'ont pas d'expressions faciales ni de postures comportementales, et n'adoptent donc aucun air qui puisse être qualifié pour lui-même. Il est préférable de considérer que les qualificatifs ne s'appliquant pas à une expression du visage ni à un comportement doivent toujours être accordés avec le genre du sujet, et non avec le genre du complément air : cette exposition a l'air ennuyeuse, cette bague a l'air précieuse, cette table a l'air branlante.

L'Académie française le confirme. C'est pourquoi toute contestation du présent rappel aura l'air peu judicieuse.

* Illustration : une femme ayant l'air sérieuse (= l'air d'être sérieuse), puisqu'elle est apte à se voir confier une mission spatiale, mais n'ayant pas l'air sérieux (= n'ayant pas sur le visage un air plein de sérieux) puisqu'elle sourit.

* NDA : en tant que synonyme de sembler ou paraître, le groupe "avoir l'air" peut non seulement ne pas être complété par une épithète du mot air, mais il peut être compléter par un adverbe et non un adjectif : "elle a l'air ailleurs", dira-t-on dans un français irréprochable à propos d'une personne en train de rêvasser.

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