mardi 23 mai 2017

le vyomanaute est sur orbite

Le mot vyomanaute désignerait un astronaute originaire d'Inde ou navigant à nord d'un vaisseau spatial indien. Avec un bonne dose d'inauthenticité, son étymologie mêle le sanskrit व्योम vyoma (ciel) et le latin nautes (marin).

Au même titre que le terme "taïkonaute", l'usage de ce néologisme ébouriffant est à réserver aux professionnels du commentaire spatial qui ont perdu le sens commun.  Ceux qui jonglent, selon les fusées, avec les cosmonautes, spationautes, astronautes, taïkonautes, coréonautes ou vyomanautes ; et ne perçoivent pas l'absurdité de prétendre imposer à la langue française la surcharge inouïe de désigner une même activité professionnelle par un nom différent selon la nationalité de qui exerce la profession ou pratique l'activité.

Aux tenants du terme "vyomanaute" que cette objection ne fait pas redescendre sur terre, nous posons (avec gravité, bien sûr) la question stratosphérique que voici : quel mot vous faut-il maintenant inventer ou adopter pour désigner un cosmonaute gréco-turc formé par les Russes et embarqué dans une capsule kenyane cofinancée par l'Inde et la Chine pour embêter la Corée du Nord  ?

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lundi 22 mai 2017

le ministre américain des Affaires étrangères

Une fois pour toutes : cet homme n'a jamais été "le Secrétaire d'état américain" (sic) mais le ministre américain des Affaires étrangères. Big difference.

En sa qualité de Secretary of State, cet homme, John Kerry, fut statutairement le membre le plus éminent du gouvernement des États-Unis, exception faite du président et du vice-président.

Néanmoins, il existe encore dans les pays francophones des cohortes de professeurs d'histoire contemporaine, de politologues, de journalistes et de lexicographes qui le dénomment "Secrétaire d'État", en raison de la similitude d'apparence entre le groupe de mots Secretary of State et le groupe de mots secrétaire d'État. Bien entendu, ils sont imités sans discernement par ces encyclopédistes plein d'amateurisme qui régentent doctement la version française de Wikipédia en y propageant la majeure partie des bourdes ambiantes.

Ces professionnels et amateurs francophones du commentaire politique ne vont pas jusqu'à se demander si la similitude entre le groupe de mots Secretary of State et le groupe de mots secrétaire d'État ne serait pas trompeuse, puisqu'un secrétaire d'État est en français un tout petit ministre, tandis que le Secretary of State est, aux USA, le plus grand des ministres... Pire : si vous les alertez sur ce contresens de traduction qui fausse l'information, que font-ils ? Rien. Ils continuent à aller répétant que le ministre le plus éminent du gouvernement américain est un secrétaire d'État ; sans préciser au demeurant s'il est secrétaire d'État au tourisme, aux anciens combattants ou à la chasse à la palombe.

Et pour cause : un Secretary of State n'est secrétaire d'État de rien du tout. Il est ministre d'État chargé des Affaires étrangères. Hélas, tant que la fonction ubuesque de Minister of Estate of the Strange Affairs (1) n'existera pas, son titre exact lui sera refusé dans le monde francophone des traducteurs approximatifs.

Le plus dommage, c'est que John Kerry parle un français exquis, hérité de sa propre mère, et qu'il serait à même de détromper les cuistres forcenés qui se croient encyclopédistes, les profs de sciences-po emmurés dans leur routine terminologique impropre, et les journalistes fourvoyés dans le français médiatique. Tous capable de confondre, à longueur de commentaire, un éminent ministre des Affaires étrangères avec un sous-ministre de rien.

(1)  "Minister of Estate of the Strange Affairs" - juxtaposition de mots qui ressemble hâtivement à Ministre d'État des Affaires Étrangères, si l'on est aveugle et sourd aux faux amis franco-anglais - n'a aucun sens, sinon celui-ci :"ministre de la propriété des affaires étranges"... Aux USA, nous le redisons avec force, ministre d'État (chargé) des Affaires étrangères se dit Secretary of State. Et son ministère s'appelle Department of Sate, ce qui ne signifie pas "département d'État" (sic) mais ministère des Affaires étrangères.

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mercredi 17 mai 2017

la crise n'est pas près de finir

La Mission linguistique francophone rappelle que les adverbes sont massivement invariables*. Y compris les adverbes loin et près.

L'idée fausse selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre, d'être tantôt masculin tantôt féminin, s'est pourtant incrustée dans certains esprits, notamment ceux de nombreux professionnels de la presse parlée. 

En dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif prête comme le féminin de l'adverbe près, et ne craignent pas de dire : "La crise n'est pas prête de finir" au lieu de : "la crise n'est pas près de finir."

Si leur intention est en réalité d'utiliser ici l'adjectif prêt au féminin, alors ils font une grossière erreur de syntaxe, en construisant prêt avec la préposition de au lieu de la préposition à. En français, on est près de la sortie mais on est prêt à sortir. La crise serait donc prête à finir, mais certainement pas prête de finir. Car en français, on est "prêt à tout", et non "prêt de tout" !

On note avec soulagement que les journalistes de la presse parlée ne nous invitent pas encore à féminiser de la même manière l'adverbe loin, antonyme de l'adverbe près. On ne les entend pas dire "Charlotte ira lointaine" au lieu de "Charlotte ira loin".

En fait, on ne les entend accorder de force aucun autre adverbe. "Ils sont souvent là" ne donne pas chez eux "elles sont souventes là"...  "Il m'a parlé méchamment" ne donne pas non plus "elle m'a parlé méchammente".

La féminisation aberrante du mot près s'avère non seulement unique dans la famille des adverbes mais sélective. On remarque que les adeptes de cette faute ne disent pas : "Aussi loin que nous soyons l'un de l'autre, je vis prête de toi", au lieu de "je vis près de toi". Perdus pour perdus, ils ont tort de s'en priver : ici au moins, on aurait sur la langue la saveur délicate d'une licence poétique...

*Les seules exceptions admises en matière d'invariabilité des adverbes concernent des adjectifs devenus adverbes : tout (tout seul), grand (grand ouvert), doux (filer doux), par exemple. Et encore leur nature adverbiale est-elle incertaine dans bien des cas où ces mots sont accordés : ils sont tout tristes (adverbe), elle est toute triste (adverbe synonyme de totalement ou adjectif signifiant tout entière ?).

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lundi 15 mai 2017

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l'Académie française unissent leurs efforts éditoriaux pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son "déroulé" (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Et dans la bouche de ceux que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le "déroulé" (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. Et de toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation.

[*] Faux : le néologisme "un déroulé" est issu du participe passif du verbe (se) dérouler ; il est donc impropre à évoquer l'action autrement que subie. Il appartient indéniablement au registre de la passivité et non de l'activité.

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dimanche 14 mai 2017

prejudice ou préjudice ?

L'un des faux amis les plus trompeurs entre le français et l'anglais est le mot prejudice (anglais, sans accent aigu) ou préjudice (français). En anglais, your prejudice, ce sont vos préjugés. Ce sont souvent eux qui porteront préjudice et non l'inverse ! On notera que l'anglais prejudice est invariable : prejudice, ce sont les préjugés. De même, le verbe to prejudice ne signifie pas porter préjudice.

Le 16 mars 2017, l'AFP s'est engouffrée dans ce piège et a entraîné tous les médias francophones d'Europe à sa suite. Au sujet d'un décret présidentiel repoussé, la veille aux USA par un magistrat hawaïen, on nous a répété que ce décret avait été reconnu susceptible de causer "un préjudice irréparable", alors qu'il a été déclaré de nature à inscrire des préjugés (religieux, en la circonstance) de façon irrémédiable dans la législation américaine.

samedi 13 mai 2017

snobisme et sexisme des alumni

Inquiétante, cette prise de distance croissante des grandes écoles et universités de France vis-à-vis de leur propre langue : non, il n'y a ni pertinence ni légitimité à rebaptiser "alumni" les associations d'anciens élèves d'écoles francophones ni leurs anciens élèves eux-mêmes.

Le pluriel du mot latin alumnus (signifiant élève, au masculin) n'est évidemment pas arrivé chez nous par le latin, mais par imitation servile d'un emprunt déjà très ancien des étudiants nord-américains au latin. Notre ré-emprunt est nettement digne des moutons de Panurge, comme en atteste sa propagation aussi soudaine et fulgurante que tardive : les moutons ont le réflexe vif mais l'esprit lent.

Nous ferions mieux d'imiter les universités des USA pour leurs extraordinaires fanfares de plusieurs centaines de musiciens. Ces formations artistiques et ludiques persistent à briller par leur absence dans nos universités, où l'apprentissage d'un instrument de musique ne fait plus le poids dans la journée d'un étudiant - non plus que dans l'esprit d'un président d'université, manifestement - face aux joies du pianotage à deux pouces sur un téléphone portable...

Pour en revenir aux alumni, il est étonnant que les institutions de l'enseignement supérieur ne se soient pas émues de l'adoption de ce masculin pluriel nettement genré, puisque le latin comprend aussi le féminin pluriel alumnae et le neutre pluriel alumna. C'est donc bien le masculin mâle qui a été adopté, et non le neutre pluriel plus approprié pour des ensembles mixtes.

A défaut de s'émouvoir de cette nouvelle étape d'américanisation de notre culture estudiantine par l'invasion des alumni directement importés d'outre-Atlantique sans passer par Rome, les étudiantes elles-mêmes eussent pu s'émouvoir de la prédominance masculine qui s'y attache, peu compatible avec les efforts sincères de la société pour éradiquer les marques d'infériorisation d'un sexe par un autre. Encore eut-il fallu qu'elles sussent distinguer le masculin pluriel d'une langue morte, et qu'elles ne fussent pas éblouies par le miroir aux alouettes de l'exotisme américanisant qui étincelle dans ce suivisme cuistre.

lundi 1 mai 2017

mandat et mandature

Terme réprouvé par les académiciens français et par tout locuteur soucieux de sobriété, il semble que la mandature, malgré sa jolie sonorité évocatrice de législature et de robe de bure, n'existe pas. 

Ce ne serait qu'un néologisme élégant mais vain, installé dans le vocabulaire des orateurs politiques et de ces journalistes que la durée des mandats électifs passionne. Aucune mandature ne serait légitime, et seuls le seraient les mandats : le mandat de maire, de député, de sénateur, par exemple. "Oui mais..." protestent divers journalistes et politiciens "... la mandature c'est la période durant laquelle s'exerce le mandat". Eh bien non. L'Académie française ne laisse planer aucun doute là-dessus : le mandat désigne aussi bien la fonction que la période pendant laquelle cette fonction est exercée.

Mais le monde francophone comprend une vaste population de grenouilles fortement désireuses de sembler plus savantes qu'un bœuf, et qui enflent à plaisir leur discours en optant avec une constance remarquable pour le terme inutile mais long, plutôt que pour le terme juste mais trop peu ronflant à leur goût... Faut-il adresser ce grief aux orateurs qui ont inclus la "mandature" dans leur lexique, malgré sa superfluité indéniable ? Ou faut-il leur reconnaître cette liberté, afin que les détenteurs d'un mandat aient leur mandature, comme les législateurs ont leur législature et les paons leur parure ? Nos chers mandés semblent en avoir tellement envie, que ce serait peut-être méchant de la leur refuser. En tout cas, la Mission linguistique francophone s'en abstient.   A voté.

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