mercredi 5 juillet 2017

taiseux


Qui parle trop est bavard, qui parle trop peu est taciturne.

Avec le sympathique adjectif et substantif taiseux, les Belges et les Franc-Comtois ont donné au français un synonyme familier de taciturne. On constate que taiseux tend à s'imposer dans la langue des médias au détriment de taciturne, sans conscience de son registre familier ni crainte d'anachronisme. "Cyrus le Taiseux", titre Le Monde au sujet de l'empereur persan, très éloigné dans le temps et dans l'espace de ce récent patois bisontin et non byzantin... Le titre qui s'imposait, historiquement et géographiquement, était "Cyrus le Taciturne".

Il est vrai que taiseux, contrairement à taciturne, épargne aux journalistes et aux animateurs de radio et de télévision - puis à chacun de nous par mimétisme médiatique -  l'effort de remonter à la racine latine tacere trop éloignée en apparence de "se taire". Le jour où le mot taciturne aura ainsi disparu de notre langue quotidienne, il nous restera la nostalgie de sa sonorité singulière, sa rime rarissime.

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dimanche 2 juillet 2017

Prix de la femme architecte

Il faut une bien déplaisante vision de la vie et de sa propre place dans la société pour estimer que le genre des membres d'une profession manuelle ou intellectuelle importe en soi. Le Prix de l'homme magistrat et le Prix de la femme architecte appartiennent à cette vision inepte et discriminatoire. Par chance, le Prix de l'homme magistrat est une fiction, bien que la magistrature soit majoritairement féminine (80% des effectifs sortant de l'Ecole de la magistrature sont des femmes ; source Le Point février 2012) et que les hommes y soient donc une minorité méritante, pour qui veut voir ainsi les choses. On attend sans aucune impatience le Prix de la femme dentiste, celui de la femme équilibriste, de la femme fleuriste ou de la femme directrice de la communication, qui souligneront combien leurs homologues masculins sont méchants et indignes d'être éventuellement distingués à leurs côtés.​

Sur le plan linguistique, on remarque que la profession d'architecte, comme celles de dentiste ou de juge, est désignée par un même mot quelque soit le genre de la personne qui l'exerce. Cela semble couper l'herbe sous le pied de ceux qui militent contre les désignations neutres par l'ajout de la fameuse terminaison -e qu'ils croient caractéristique du féminin, et qui s'efforcent avec un certain succès d'imposer les proviseure, docteure, chercheure, auteure, pourtant réprouvés par l'Académie française en tant que "purs barbarismes". Parce que ni architectee ni dentistee ni fleuristee ne tiennent la route sur la voie des chamailleries entre filles et garçons qui leur est chère, ces stratèges de la guéguerre des sexes prônent le nouveau syntagme femme architecte, en attendant femme pneumologue, femme juge, femme fleuriste, femme artiste et femme génie. Tiens ? L'adjectif stupide aussi est le même quel que soit le genre.