mercredi 30 août 2017

de dont

Faut-il dire "c'est de ça que je parle" ou "c'est de ça dont je parle" ?

On apprend dès l'école élémentaire que dont signifie "de...que".
Le pronom dont ne doit JAMAIS être précédé de la préposition "de" puisqu'il la contient déjà. Seules ces deux tournures, exactement synonymes et exactement aussi élégante l'un que l'autre, sont donc correctes : "c'est de cela que je parle" ou "c'est cela dont je parle".

Cependant, un nombre impressionnant de professionnels de la parole croient pouvoir nous dire "c'est de ça dont je vous parle", commettant ainsi une lourde faute de grammaire. Si un cuisinier versait systématiquement double dose de sel comme ces orateurs nous versent systématiquement double dose de "de", nul doute qu'ils seraient vite contraints de changer de métier.

jeudi 24 août 2017

bleu cocu

Aujourd'hui, l'infidélité est jaune. Jaune cocu. Sous Louis XI, elle était bleue : "les bleu-vêtus", c'étaient les maris trompés. La langue évolue avec liberté, la condition humaine se perpétue avec libertinage...
Mais quand un évènement devient un événementiel (sic), et quand de bonnes relations deviennent un bon relationnel (sic), la langue évolue-t-elle ou se dénature-t-elle ? La réponse est dans la question : ici la nature des mots s'altère. Les adjectifs dérivés des substantifs évincent les substantifs eux-mêmes. Ils les font cocus. Sans liberté ni libertinage, hélas, mais dans une vaniteuse surcharge de syllabes.

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mercredi 23 août 2017

colocataires

La Mission linguistique francophone constate une tendance à la féminisation erronée du mot colocataire, transformé à tort en "colocatrice" (sic). Alors même que personne ne songe à parler d'une "locatrice"au lieu d'une locataire.

En français, la désinence -trice est le féminin de la désinence -teur, et d'elle seule. Un lecteur, une lectrice ; un inspecteur, une inspectrice ; un dessinateur, une dessinatrice. Tandis que les mots se terminant par -aire ne varient pas du masculin au féminin. Un propriétaire n'a pas pour homologue féminine une "propriétrice", mais une propriétaire... De même pour adversaire, récipiendaire, milliardaire, millionnaire ou locataire qui peuvent être masculins ou féminins.

Le sachant, un locataire et sa colocataire vécurent heureux et eurent beaucoup de petits colocataires. Mais pas une seule "colocatrice"...

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dimanche 20 août 2017

participer à / participer de

La Mission linguistique francophone met en garde contre cette confusion, trop fréquente dans les milieux intellectuels, entre les deux constructions du verbe participer : participer à et participer de ne sont pas interchangeables, et moins encore synonymes. Participer à la fête, c'est y prendre part, y apporter sa contribution. Tandis que participer de la fête, ce n'est pas en faire partie ni y participer ni y contribuer, c'est en avoir certaines caractéristiques. Ainsi peut-on dire très justement que "les bombardements de civils participent du meurtre" [ils ne participent pas au meurtre, ils y ressemblent à bien des égards].

Le psychiatre et infatigable mystificateur Jacques Lacan (1901-1981) était passé maître dans l'art d'impressionner ainsi à peu de frais son auditoire en nimbant de fausse profondeur des propos dont le sens échappait à tous grâce à l'emploi de mots de liaison inattendus, de verbes dévoyés, de termes arbitrairement redéfinis. Il en résultait des affirmations de ce type : "le désir est la métonymie du manque à être". Et toc !

Cette obscurité voulue participait à son prestige mais participait de l'escroquerie intellectuelle (1). Ses suiveurs perpétuent la tradition quasi religieusement. D'autres font du charabia à la Lacan sans le savoir, notamment en remplaçant à tort l'expression participer à par la tournure participer de dans un sens inexact.

(1) Le fait que l'obscurité lacanienne participe de l'escroquerie a été démontré notamment par Maria Pierrakos (in La tapeuse m'a dit), François Georges (in L'Effet 'yau de poêle), François Roustang (in Lacan, de l'équivoque à l'impasse) et Jacques Bricmont et Alain Sokal (in Impostures intellectuelles).

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lundi 14 août 2017

Jeu télévisé : la loterie phonétique

Ce lundi 14 août 2017 est à marquer d'une pierre noire. Sur une chaîne francophone d'informations télévisées en continu, un commentaire de reportage enregistré a été ainsi prononcé par une voix masculine rétribuée pour ce faire : "un soldat est décédé, vin autres sont blessés".

Il ne s'agit pas d'un bafouillage aussitôt déploré par le piètre locuteur professionnel, mais d'une rude faute de liaison (en l'occurrence, une liaison omise) lue avec application par un récitant devant l'oreille attentive d'un ingénieur du son, vérifié par un rédacteur en chef, puis diffusé par le diffuseur. En boucle et sans retouche ni regrets.

Désormais, il est donc publiquement reconnu comme admissible que l'orthographe du nombre vingt soit incertaine pour un journaliste de la presse parlée devant son micro et pour ses collègues, au point que, dans le doute, mieux vaille s'abstenir de prononcer les liaisons obligatoires [dix-z-ans, vingt-t-ans, etc], dans la mesure où elles supposent une connaissance minimale de l'orthographe. Sur BFMTV, et bientôt partout ailleurs, on va pouvoir gagner sa vie comme commentateur sans savoir écrire le nombre 20 en toutes lettres, et donc en prononçant "vain an" au lieu de "vingt ans" et "vain autre" au lieu de "vingt autres".

Patience : plus que trois ou quatre ans à ce rythme médiatique, et on se sentira idiot de prononcer instinctivement "vingt ans et deux enfants" au lieu de "vin-an et deu-enfant".

vendredi 11 août 2017

le Cdt n'est pas cordial

En français, les trois lettres Cdt sont l'abréviation du mot Commandant.* Il existe pourtant des correspondants par voie de courriels, nullement titulaires du grade de commandant, qui vous terminent leurs messages par les trois lettres "Cdt".

En réalité, ils ignorent les usages épistolaires de base et entendent par là vous saluer cordialement. Mais ils pourraient aussi bien vous tirer la langue ou vous faire un bras d'honneur. Car si l'on n'est pas cordial au point de prendre la peine d'écrire en toutes lettres une formule de politesse déjà concise à l'extrême, alors on ne l'est pas du tout.

*Tout en capitales, CDT est le sigle des comités départementaux du tourisme.

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mercredi 9 août 2017

"par contre" est parfaitement correct

Il est tout à fait faux que la locution adverbiale par contre soit grammaticalement incorrecte, comme on l'entend dire aujourd'hui encore.

La cabale contre cette expression est ancienne, puisqu'elle est l'œuvre de Voltaire qui fit, on ne sait pas exactement pourquoi, une fixation contre par contre. Il a fallu attendre 1920 pour qu'André Gide s'emploie à contrer définitivement le feu de feu Voltaire en démontrant que non seulement par contre était grammaticalement correct, mais qu'il existait des contextes dans lesquels on ne pouvait pas remplacer par contre par en revanche comme prétendait l'exiger ce bon Voltaire - et comme se croient obligés de le faire ceux qui se laissent piéger par la rumeur discréditant depuis lors l'emploi de "par contre".

• Sur le plan grammatical et syntaxique
Par contre est formé sur le modèle de par ailleurs, si l'on considère "contre" comme un adverbe [comme dans : ''seul contre tous''] ; et sur le modèle de par avance, si l'on considère "contre" comme un substantif [comme dans : ''un contre foudroyant'']. Or, par ailleurs et par avance sont parfaitement corrects et ne sont contestés par personne. De même, par contre est parfaitement correct et ne devrait plus être contesté par personne à notre époque.

• Sur le plan logique et stylistique
Pour démontrer la nécessité de conserver l'expression par contre dans l'arsenal sémantique, André Gide a pris à peu près l'exemple que voici. Si vous dites : "mon bien aimé mari n'a été que blessé à la guerre, en revanche mes deux fils adorés y ont perdu la vie", vous dites une absurdité, car il n'y a là nulle revanche (sauf pour votre ennemi, peut-être). La seule formulation sensée est donc : "mon bien aimé mari n'a été que blessé à la guerre, par contre mes deux fils adorés y ont perdu la vie'".

Illustration : Voltaire, partisan courageux et rationnel de l'abolition de la peine de mort, mais ennemi injuste et irrationnel de la locution par contre

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samedi 5 août 2017

a minima

En français, on peut préciser qu'une équipe doit être constituée de trois personnes au moins ou constituée de trois personnes au minimum. Les deux expressions sont exactement synonymes et elles sont l'une et l'autre irréprochables.

Mais il existe depuis peu une tendance à remplacer ces locutions adverbiales françaises au moins et au minimum par la locution juridique latine "a minima". Cette regrettable latinisation, d'inspiration pédante, est fautive car le sens en est inexact, voire opposé. C'est typiquement ce qu'on appelle un abus de langage.

En effet, la formule latine a minima n'est utilisée à bon escient que dans l'expression juridique "appel a minima". Il s'agit d'un appel que le ministère public interjette lorsqu'il estime qu'une peine prononcée par une juridiction est trop clémente. Il y a alors protestation du ministère public "issue de l'insuffisance (de la sanction)" : a(b) minima, en latin. Par extension - et toujours par pédanterie - le latin a minima peut signifier à l'extrême rigueur "réduit au minimum". Mais en aucun cas le latin a minima ne peut être utilisé dans le sens de au minimum ni au moins.

Les choses se gâtent encore avec l'introduction de la faute d'orthographe qui abâtardit le tout : "à minima" (sic), comme s'il s'agissait de la préposition francophone à et non d'une locution purement latine.

On constate aussi, depuis 2010, une tendance croissante à remplacer les adjectifs minimal et minime par la locution a minima :  "vers une TVA a minima ?" titrait ainsi le quotidien français Le Monde, pour évoquer la perspective d'une TVA réduite, une TVA minimale sinon minimaliste, une TVA minime ou minimisée peut-être. Cette impropriété de terme relève de la même pédanterie ou de la même préciosité, et d'un même suivisme aveugle et sourd à la justesse des termes.

Quand on choisit de se parer du prestige d'une langue morte plutôt que de choyer sa bonne petite langue vivante, il faut au moins ne pas se prendre les pieds dans le catafalque. C'est bien le minimum.


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vendredi 4 août 2017

tsunami sur les raz-de-marée

Ce qui s'appelle en français raz-de-marée se dénomme en japonais tsunami. La vogue de ce terme japonais repris par les anglophones est telle en France, depuis le début des années 2000, que le tsunami tend à éclipser le français raz-de-marée dans la presse et chez quelques traducteurs scientifiques peu regardants.

À propos d'un raz-de-marée déferlant ou ayant déferlé loin des côtes du Japon et sans aucun lien avec l'activité sismique ou météorologique nippone, l'emploi du mot tsunami est pourtant impropre par son incongruité culturelle. Concernant la Grèce antique ou la civilisation inca, par exemple, ce japonisme est en outre anachronique, donc doublement aberrant.

Dans ce raz-de-marée de tsunamis, le français médiatique continue de se noyer chaque jour, comme se noyèrent les moutons de Panurge. Et par le même réflexe grégaire.

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